Temps fort de la Traversée des Hautes-Alpes à skis  (janvier 2010) initiée et  racontée par le Guide des Ecrins Dominique Stumpert, voici les images d’une épreuve qui n’a aucune chance de devenir olympique : l’emprunt de bande d’arrêt d’urgence autoroutière par des skieurs de randonnée…. L’autoroute était déserte, sauf une véhicule de patrouille qui survient pile au mauvais moment pour Dominique et ses compagnons. Mais, aucun point ne leur a été heureusement ôté sur leur permis de skier…. Cela se passait le premier jour de cette odyssée originale non dépourvue d’obstacles malgré une fine préparation cartographique.
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dominiquePar Dominique Stumpert (guide de haute-montagne du Pays des Ecrins) 

Chose promise… Voici le récit véridique de l’odyssée de Dominique Stumpert, et de ses compagnons, par l’authentique « Dom » Stumpert soi-même, inventeur et initiateur d’un raid instructif où le « pire » ennemi de l’homme n’est pas la nature mais le progrès secrété par l’homme. A défaut de photos, veuillez croire en l’authenticité des images jaillies de la plume de la sincérité faite guide. Et homme. Carnet d’aventure en forme de course d’obstacles. Et ça commence près de chez vous, à un péage.

Jour 1 : de Sisteron à Tallard

4h ; réveil attendu… Je suis debout avant qu’il ne sonne, c’est le grand jour !

4h15 ; appel de notre chauffeur, Dino, qui souffre d’une terrible rage de dents, et qui ne pourra pas nous accompagner. Cela commence bien ! Nous improviserons sur place (copains ou auto stop).

5h; ramassage « scolaire » des compagnons. Deux voitures sont nécessaires (Jacqueline et moi), pour les skieurs et leur matériel. Bonne ambiance et première blagues. La nuit nous empêche de voir l’état d’enneigement des bords du lac de Serre-Ponçon. C’est l’endroit le plus délicat, niveau d’eau assez élevé, schistes noirs, ensoleillement maximum…

7h; rendez vous au péage de Sisteron où nous rencontrons Monsieur Jean Beverragi du Comité Départemental du Tourisme, accompagné d’un journaliste du Dauphiné Libéré et de Christophe Rosanvallon. En quelques minutes, nous finalisons les sacs. Apparemment, aucun autre skieur ne se joindra à nous aujourd’hui.

7h15. Nous quittons le péage, pour la limite du département à 3,5 kilomètre de là, sur la RN 85.

7h30 ; moins 12°. Tous nos vêtements sont sur nous, et nous sommes impatients d’entrer en action. Photo au jour naissant sous le panneau des Hautes Alpes, en présence de notre petit comité d’accueil. Christophe, venu tourner quelques images du début de ce périple s’est pris au jeu. Il restera toute la matinée, nous filmant de place en place au fil de notre progression, petite tache orange que nous avons appris à repérer dans ce paysage de neige.

7h35. La neige elle, est abondante et de très bonne qualité. Elle porte et nous permet, en glissant rapidement entre bois et vergers, de gagner les rives du canal de la Durance un peu en aval du village du Poët. Notre objectif est de suivre le canal jusqu’à La Saulce, puis de gagner Tallard par le domaine de Trébaudon.

Ce matin, dans la voiture, Didier me faisait part de sa crainte « de ne pas avoir de vue » à cause de notre cheminement en fond de vallée. La surprise est de taille, car le canal offre un espace dégagé surplombant la vallée de quelques dizaines de mètres.

Les paysages sont grandioses; lever de soleil sur les montagnes de Mare et de Chabre au sud, vastes crêtes de l’Aup à l’ouest enserrant les villages perchés prisonniers des neiges, maisons Provençales aux chaudes couleurs rehaussées par ce blanc océan, quiétude des eaux calmes du canal, et partout, au delà des vergers, des dizaines de sommets aux apparences « himalayennes ».

Figés dans le froid et éclaboussés de soleil, Upaix et Ventavon glissent dans le décor à notre gauche. Nous progressons à bonne allure face à un petit vent du nord mordant, qui, ajouté au chuintement de nos skis sur la neige dure et à nos éclats de voix, nous empêche d’entendre l’autoroute, pourtant proche.

En passant près d’un pommier chargé de fruits pourris restées accrochées à l’arbre, Marcel (Molinatti) nous fait partager ses souvenirs d’enfance. Ils nous propose de manger ces pommes pourries !

–Non M’sieur, ce ne sont pas des pommes « pourries », mais des pommes « gelées ». Il ne faut pas manger la pulpe sous peine d’ennuis de transit (apparemment, il en a l’expérience…), seulement en retirer le jus sucré, glacé et légèrement fermenté. Nous suivons son exemple et goûtons. C’est un vrai cidre frappé. Délicieux. 

12 h 17. Déjeuner sans façon sur un talus bordant l’autoroute, à l’abri d’un petit bunker en béton qui nous coupe le vent. Quelques véhicules klaxonnent joyeusement en nous apercevant, enfin ceux dont les chauffeurs ont lu le journal…

Réconfortés par cette halte et le casse-croûte, nous reprenons sereinement le chemin du Nord.

13h05. Las, nous n’avions pas remarqué sur nos cartes que le canal, à hauteur de Plan de Vitrolles, passe en siphon sous une petite rivière, Le Déoule. Elle est peu profonde, mais, eu égard au froid, aucun d’entre nous n’accepte de se mouiller les pieds. Un peu de réflexion, quelques astuces et un bon plan d’action viendront à bout de cet obstacle peu commun.

13h30.Le pont de la D220 enjambe l’autoroute, qui elle-même passe sur Le Déoule. D’abord, les consignes : désescalade du pont, regroupement derrière la haie de cyprès, récupération du souffle et des esprits… Puis sprint de 30 mètres sur la bande d’arrêt d’urgence, histoire de ne pas y traîner trop longtemps, des fois que…

Et…nous sommes pris sur le fait par une équipe de patrouilleurs de l’autoroute… Aïe aïe : je n’aime pas qu’on me tire les oreilles.

–Promis, c’était exceptionnel, il ne faut pas le faire et on ne le fera plus !

(Ndlr :Semonce sans PV. Est-ce qu’on vous retire des points sur le permis de skier ????) 

13h50. Une clôture plus loin, nous voila repartis de plus belle, jusqu’à ce que, cette fois, l’autoroute enjambe le canal. Là, pas la moindre chance de ruser, même un souriceau ne pourrait passer. Pourtant, les poutrelles métallique du pont laissent accessible un trottoir pour équilibristes, très étroit, juste au-dessus de l’eau, sans rambarde. Si tu glisses, tu te baignes ! Analyse des enjeux et gestion du risque, réconfort des indécis et nous voici de l’autre coté.

15 h 30.Les vergers se succèdent. Pommiers à l’écorce rose, poiriers à l’écorce rugueuse. Une habitante nous conseille « son » meilleur chemin, en rive gauche de la Durance. Nous avions prévu de passer en rive droite mais c’est très « encombré » (autoroute, péage, nationale, lac de retenue du canal…), et nous nous rangeons à son avis.

16h30. Près de la Bonne Mére, des arboriculteurs en train de tailler leurs arbres nous saluent du haut de leurs plates-formes roulantes, alors que nous glissons vers Curbans. Le temps d’admirer église et chapelle, d’empêtrer nos skis sur les rives boisées de cette Durance sauvage, le soleil décline déjà. 

17h00. Fièrement perché, le château de Tallard accroche les derniers rayons. Fourbus, nous nous hâtons vers le village où nous nous hydratons abondamment. Le repos nous attend.

18h00. Bonne journée dans les jambes, l’étape s’est globalement déroulée comme prévu : 42 km ont été parcourus, et — malgré mes espoirs– pas un de plus qui nous avancerait pour demain…

21h00. Nous passons la nuit à l’aérodrome de Tallard, dans un appartement loué pour une seule nuit.

A Suivre…

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Par Dominique Stumpert, guide de haute montagne.

L’usage veut que l’on commence par le début, mais ce récit-là et sa leçon méritent de s’assoir sur l’usage. C’est l’histoire d’une traversée en ski nordique d’un département alpin, les Hautes-Alpes, par un guide rompu aux premières à travers la planète montagne. Ce pourrait être banal, c’est le contraire. Lisez la conclusion de Dominique Stumpert et demain on refait l’itinéraire de l’aventure avec lui et ses compagnon. Une aventure ? Oh oui. Une leçon de géographie humaine. Extrait.

Sur près de 190 km, et 1500 mètres de dénivelée, entre 500 et 2000 m. d’altitude, nous avons pris le temps de mesurer les traces de l’occupation humaine, intégrées ou non au paysage.

Travaux titanesques ou discrets pour disposer de l’eau (irrigation et énergie), parfois d’accès défendu, entretenus ou rendus à la nature.

Vignobles florissants de La Saulce, Trébaudon, Valserres, survivants à Châteauroux et Saint Clément, ou renaissants aux Vigneaux et à Villard Meyer où Didier vient de replanter quelques pieds d’un robuste cépage…

Petites ou grandes, les routes sont partout. Certaines forcent au meilleur endroit et de manière stratégique les étroitures de la vallées. Si, au volant , nous n’en avons plus conscience, l’emplacement des châteaux et fortifications peuvent nous les rappeler.

Bien qu’ayant pris le train à de nombreuse reprises, nous avons redécouvert une partie de la ligne Gap-Briançon, plus exactement entre Châteauroux les Alpes et Eygliers. A l’instar de la vallée de Chamonix (où le train est gratuit pour les vacanciers qui y séjournent), nous avons évoqué la possibilité d’exploiter à des fins touristiques ce beau tracé ; pour les navettes des sports d’eau vive, le VTT, la randonnée, les visites du patrimoine, etc… Et pourquoi pas avec une vieille locomotive à vapeur et des wagons panoramiques (nous en avons vu circuler sur des lignes aux paysages nettement moins variés). Il est facile de rêver.

Et puis, nous avons rencontrés des habitants ; qu’ils prennent le soleil en début d’après midi ou qu’ils taillent les vergers dans l’air glacé du matin, qu’ils distribuent le courrier, dament ou assurent la sécurité sur les pistes de ski, entretiennent les voies, enseignent, élèvent leurs enfants, travaillent dans le tourisme ou l’information, en retraite, déneigent les routes, tiennent un bar, louent du matériel, Hauts Alpins d’origine ou d’adoption, mais tous Hauts Alpins de cœur.

Je n’ai pas trop parlé de la météo, c’est parce que c’était comme d’habitude en cette saison, grand bleu, bien blanc, bien froid.

C’est déjà fini ? (La traversée a été effectuée par Dominique et ses compagnons en janvier, ndlr.)

J’aime beaucoup la définition suivante de l’aventure :

« L’aventure, c’est quand on ne sait pas comment cela va se terminer ».

Je ne sais pas à qui on la doit, mais je la trouve juste.

Bien que l’on connaisse l’inéluctable fin de tout être vivant, on ne sait ni quand ni comment notre vie va se terminer. Pour moi, la vie elle-même est une aventure.

Alors pour le « C’est déjà fini ? » Eh bien, non. Ce moment est passé, oui, mais maintenant nous allons pouvoir vivre avec ce qu’il a laissé en nous…et l’aventure continue.

Alors demain on recommence au jour 1… Prêts ?

jan
24
Classé dans (Histoires de Montagne, Non classé) par Ecrins le 24-01-2010

On pourrait appeler ça une cote d’alerte. Nos ordures débordent jusque par dessus le Toit du Monde, le sommet de l’Everest, à plus de 8000.  On a souillé la « mère des vents », nom tibétain de la montagne. Logique que ça ne sente pas la rose ici bas.

Plus de deux tonnes de « détritus » abandonnées. Des bouteilles d’oxygène, des tas de cordes, des vieilles tentes, des drapeaux de prière, « et au moins deux cadavres », recense Namygal Sherpa, 30 ans, qui a gravi déjà sept fois l’Everest.

Namygal va conduire, entre avril et la mousson, une expédition népalaise d’une vingtaine de membres dans ce qu’on appelle la « zone de la mort », là où l’oxygène se fait trop rare pour vivre. Objectif redescendre les déchets à raison de 15 kilos par homme à chaque voyage. Un curieux challenge.

Cette expédition sera une première, une vraie « audacieuse et héroïque » avoue le Sherpa. Tout ça pour quoi ? Récemment sur le Web, une amoureuse de la montagne confiait son désarroi. Elle venait de visionner un documentaire célébrant l’ascension de l’Everest pas un groupe d’alpiniste roumaine, au prix de la vie d’un Sherpa. Tragédie sobrement éludée par le commentaire tout à la glorification du pseudo exploit des roumaines. Qui ignore encore que de parfaits néophytes sont couramment « hissés » là haut, juste une question de fric. On se doute que bien des agences de trekking avec pignon sur sommet omettent de vérifier que les Sherpas bénéficient d’une assurance au profit des éventuelles veuves et orphelins… Est-ce que ça refroidit leurs fortunés clients ?

Donc que les Sherpas vivent et crèvent de la conquête de l’inutile, on le savait. Ce qui est nouveau c’est qu’ils se transforment en éboueurs de l’impossible, à nouveau au péril de leur peau pour ramasser la m… laissée par leur glorieux « clients » dans le giron de la Mère des Vents.

« Vous êtes priés de laisser les lieux aussi propre que vous souhaiteriez les trouver ». C’est le genre de panonceaux que l’on trouvait dans les WC des bistrots de campagne autrefois. Apparemment, ce genre de sagesse n’a jamais atteint le cerveau de prétendus alpinistes… Au moins ceux qui tels Strangl affrontent l’Everest sans assistance respiratoire ne laisse pas derrières eux leurs bouteilles vides et même peut-être consignées.

 

 

dominiquePar Dominique Stumpert

La traversée à ski de randonnée d’un département alpin vécue et raconté comme une expédition lointaine par un guide de haute montagne chevronné.

J1 : 7h30, température moins 12°. Tous nos vêtements sont sur nous, et nous sommes impatients d’entrer en action. Départ de la limite du département sur la RN85 en présence de Monsieur Jean BEVERAGGI du Comité Départemental du Tourisme, d’un journaliste du Dauphiné Libéré et de Christophe Rosanvallon, venu tourner quelques image du début de ce périple (et qui, pris au jeu, restera toute la matinée).
Très bonne neige qui porte et nous permet de glisser rapidement entre bois et vergers, et de gagner les rives du canal de la Durance tout près du village du Poët. Nous suivrons le canal surplombant la vallée jusqu’à La Saulce, avec des paysages grandioses ; villages perchés prisonniers des neiges, maisons Provençales aux couleurs rehaussées par ce blanc océan, quiétude des eaux calmes du canal, et partout des dizaines de sommets aux apparences « himalayennes ».
Nous progressons à bonne allure face à un petit vent du nord mordant, qui, ajouté au bruit de nos skis sur la neige dure, nous empêche d’entendre l’autoroute pourtant proche.
Nous n’avions pas remarqué sur nos cartes que le canal passe en siphon sous une petite rivière, Le Béoule. Bien que peu profond, aucun d’entre nous n’accepte de se mouiller les pieds.

Un peu de réflexion, quelques astuces et un bon plan d’action viendront à bout de cet obstacle (pont de l’autoroute toute proche, désescalade du pont, regroupement derrière la haie de cyprès, récupération du souffle et des esprits, sprint effréné sur la bande d’arrêt d’urgence, histoire de ne pas y traîner trop longtemps. et …arrivée sur les lieux d’une équipe de patrouilleur…

Aïe j’aime pas qu’on me tire les oreilles. Promis, on ne le fera plus M’sieur!) . Nous voilà repartis de plus belle, jusqu’à ce que l’autoroute enjambe le canal. Là, pas la moindre chance de ruser, même un souriceau ne pourrait passer. Pourtant le constructeur à laissé accessible un « trottoir » étroit, juste au dessus de l’eau et sans rambarde, si tu glisses, tu te baignes !

Analyse des enjeux et gestion du risque, réconfort des indécis et nous voici de l’autre coté. Les vergers aux troncs à l’écorce rose des pommiers se succèdent, une habitante nous conseille le meilleur chemin, des arboriculteurs en train de tailler leurs arbres nous saluent du haut de leurs plate forme roulantes alors que nous glissons vers Curbans.

Déjà le soleil décline et fourbus, nous nous hâtons vers Tallard où le repos nous attend. Bonne journée dans les jambes, il est 18 heures, l’étape s’est globalement déroulée comme prévu, et 42 km ont été parcourus. Mais pas un de plus qui nous avancerait pour demain….

J2 : 7h15, température moins 11°. Une fois de plus, tous nos vêtements sont sur nous, chaudes vestes en duvet et Gore Tex pour couper le petit norois qui nous glace. La proximité de la Durance rend l’endroit humide, ce qui accentue la sensation de froid. Départ du point exact où nous sommes arrivés hier.

Coincés entre falaise et rivière, nous sommes contraints de suivre la seule route de l’endroit, jusqu’à Lettret. Dès que possible nous quittons cette route pour traverser de nouveaux vergers, qui trop rapidement laissent la place à une forêt « folle », sans chemin ni entretiens.Le paradis des sangliers skieurs.

Après quelques échauffourées avec les baliveaux du lieu, nous débouchons sur de larges prairies qui nous conduisent à Valserres. Nous sommes dans la vallée de l’Avance, qui à pris ce matin un petit air de Sibérie, moins quinze degrés ! Personne n’émet le souhait de s’arrêter ne serais-ce qu’un instant et nous filons en lorgnant sur le soleil qui inonde le versant que nous suivons.

Nous pensions trouver des clôtures partout, il n’en est rien. Nous cheminons avec peu de contraintes dans cette très belle vallée et, quelques heures plus tard, Chorges est en vue. Aimable, la factrice locale nous donne des tuyaux et nous prenons pieds dans la cité Cathurige. Deux amies qui nous font une navette de voiture nous préviennent que le bord du lac de Serre Ponçon, contrairement à la semaine précédente, n’est plus skiable.

Qu’à cela ne tienne, en deux temps et trois mouvements, Didier, originaire de Chorges, nous trouve six vélos, et le moyen de les faire récupérer ce soir. L’itinéraire est plaisant, et les automobilistes surpris de nos équipages (nous avons les skis sur nos sac à dos…)

Nos moyens de transports occasionnels seront abandonnés à la plage de Boscodon, où nous rechaussons nos skis, et gagnons Embrun par la digue du lac. Arrivée à 17h30. Bob nous attendais avec quelques douceurs locales et un repas de fête. Alors nous avons fait la fête comme il se doit.

J3 : Bizarre, ce matin il plane quelques brumes dans nos esprits. 7h15, tous les skis sont chaussés, et on y voit à peine. Aucune clôture ne barre notre route, ce qui est préférable vu la vitesse à laquelle nous descendons dans la plaine, pour longer les falaises d’Embrun.

Aujourd’hui encore il fait très froid (moins 12°). La neige porte moins, et très rapidement nous ne trouvons plus que de la poudreuse. Une personne pressée de se rendre à son travail refuse de nous prendre en photo (pas le temps) et une autre sollicitée pour la même tâche se prend au jeu et n’arrête plus de nous mitrailler. Sauf quand le froid la mord elle aussi.
Direction Châteauroux, puis nous suivons une voie royale, large, enneigée, avec de très belles vues sur la Durance, de temps en temps de trucs qui passent en faisant « tchou tchou » nous arrivons à la fontaine pétrifiante. Un bon casse croûte dans l’estomac, quelques traces de skieurs et de raquettes, et nous doublons Saint-Crépin.

Un gros morceau reste : le passage de la carrière, et nous déchaussons sur environ 200 mètres. Une courte et raide descente dans les pins nous ramène au bord de la Durance, et le sport recommence dans une forêt abominable, comme on peut en trouver au bord des rivières. Enfin, un vague chemin se laisse entrevoir et nous le suivons jusqu’à Rama, puis l’Argentière en traversée par la voie verte, le Pont Gamoney et enfin la route des traverses. Il est 18 heures, nous avons fait 38 km et il fait nuit.

Demain (hier jeudi 21/01, en fait), nous reprendrons notre traversée à cet endroit pour nous rendre au Lauzet.

A suivre.

PS.  Marcel Molinatti, le fameux, appartient bien à l’expé traversée des Hautes-Alpes. Il était cité en réalité, mais effectivement dans le message laissé ici par Dominique. Excuses, Marcel….

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Six guides et sportifs du Pays des Ecrins ont entrepris un raid original : rallier Sisteron à la Grave en ski nordique. Une robuste randonnée départementale de 168 km, à défaut de la traversée de la Cordillère Darwin tentée à l’automne dernier par l’expédition Un Rêve de Darwin conduite par Yvan Estienne.

Un des membres de ce Rêve inachevé fait partie de la nouvelle expédition et l’aventure est ouverte à tous ceux qui veulent s’y joindre. Et c’est gratuit : il suffit d’appeler Dominique Stumpert au 06 08 21 39 49 pour participer, à son gré, à son rythme.

Mais d’abord, un petit flash back.
1/Embuez vos lunettes ou votre masque de ski…
2/Plongez la tête un bon moment dans un congélateur *** réglé au max…

3/Tentez de déchiffrer le mode de préparation d’une boîte de surgelés, imprimé en corps 5, et en Chinois de préférence, sachant que les idéogrammes sont de toute façon dans le désordre et qu’il en manque…

Si vous tentez cette petite expérience – un rien givrée– vous aurez alors une idée du curieux défi qu’a été le Rêve de Darwin, tel que s’en souvient un de ses membres : Dominique Stumpert, guide de haute montagne au Pays des Ecrins. Et encore, imaginez qu’un brouillard aussi opaque que laiteux persiste à vous cacher l’emballage d’un surgelé pourtant gros comme le mont Shipton-Darwin, 2 500 m d’altitude.
« On a été bien secoués », reconnaît Dominique Stumpert, 56 ans, Alsacien d’origine, Pelvousien d’adoption et de cœur, 60 ouvertures de voies à son compteur. Mais de déception, point. « J’ai pris ça comme des vacances », rit ce « vieux » complice d’Yvan Estienne, chef de l’expédition Un rêve de Darwin.

Moins de trois mois plus tard, Dom remet ça avec d’autres guides des Ecrins. Presque sans crier gare. Un message posté à minuit le 17 janvier sur ce blog :
–Après être allés chercher de la neige, des paysages somptueux et de l’aventure aux quatre coins du monde, voila que l’hiver nous offre la même chose à notre porte ; le département des Hautes Alpes est enneigé du sud au nord. Cela lui donne des airs de Laponie, et l’occasion est trop belle pour ne pas profiter de pareilles conditions « chez nous ».

Une petite équipe de hauts alpins (du pays des Ecrins) s’attaque dès lundi à la traversée du département en ski de fond, en 5 jours, de Sisteron à La Grave….

Lundi, c’est-à-dire ce 18 janvier, ils étaient partis. Certes le raid est moins raide que la cordillère Darwin au Sud du Sud de l’Amérique latine, le dernier frisson glacé des Andes avant le Cap Horn. Le parcours est honnêtement balisé : un itinéraire bien tracé sur l’équivalent de 32 feuilles format A4. La neige est splendide, le temps magnifique.

Et pourtant dès le premier jour des obstacles imprévus se sont dressés sur le chemin des skieurs… Des obstacles dû cette fois non à l’hostilité de la nature, mais aux aménagements humains… Un siphon qui coupe  la piste, un Béoul infranchissable, un pont autoroutier redoutable, une bande d’arrêt d’urgence glissante…

Dominique nous a promis un compte rendu de son cru et bien sûr nous allons suivre cette nouvelle expédition, grâce aussi aux images de Guillaume Christian dès qu’il trouvera un spot WiFi de qualité pour les transmettre (désolé pas de satellite dispo).

D’ores et déjà une confirmation : l’aventure commence bien dès qu’on glisse une spatule hors de chez soi…
A destination de ceux qui seraient tentés de suivre la trace de Dominique, Guillaume et leur compagnons dont Martine de Vallouise et Didier instituteur au Pays des Ecrins, je republie les étapes de la semaine.

Mardi 19, décollage ce matin à 7 heures : de Tallard à Embrun par la vallée de l’Avance, Chorges, Savines, Embrun.

Mercredi 20 : Embrun, Châteauroux, St Clément, Chanteloube, l’Argentière-La-Bessée.

Jeudi 21 : l’Argentière La Bessée, Villard Meyer, Prelles, St Blaise, Les Queyrelles, Chantemerle, Monètier, Le Casset, Le Lauzet.

Vendredi 22 : Le Lauzet, col du Lautaret, Villard d’Arène, La Grave, les Fréaux et limite du département.

Pour se fixer rendez-vous un seul numéro : 06 08 21 39 49.

 
Enfin session de rattrapage, sur l’Ice Climbing du Pays des Ecrins, perturbé par la neige, mais ça n’empêche rien, la preuve vue sur le blog de Guillaume Coquin
http://guillaumecoquin.wordpress.com/2010/01/10/we-aux-ecrins-snow-et-glace-au-hasard/
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Un commentaire laissé sur ce blog aujourd’hui par notre nouvel ami Luis Azua, vieux complice d’Yvan Estienne et guide franco-chilien, me fait rebondir sinon bondir. Luis poursuit un trek au long cours dans les montagnes du Yunnan au Sud de la Chine…

D’abord, Luis explique pourquoi il emploie dans ses messages le féminin accolé au nom Darwin.

Quelqu’un disait que cette chaîne se laissait seulement « caresser »…  (ndlr, ça on l’a bien vu Luis, rude caresse en retour). En fait pour nous, au Chili, nous la connaissons simplement comme « La cordillera de Darwin »… Cordillera est du  féminin : d’où vient le terme familier de « la » Darwin que j’emploie comme tous les Chiliens…

Mais ce n’est pas ça qui  m’a fait sursauter, au fond je m’en doutais…Non c’est la suite…

–C’était difficile d’avoir des nouvelles de l’expédition par le site http://www.unrevededarwin.fr. Problème propre à la Chine ? s’interroge Luis.

La question de Luis n’a rien d’absurde : pour endiguer la libre parole (certains mots sont tabous à Pékin, Tib…, Dalaï L…, Dro… de l’Hom…) qui s’écoule sur Internet comme un fleuve en cru, les autorités de la République populaire ont dressé un barrage. En termes techniques, un « fire wall ». Un pare-feu.

A l’extérieur on lui a donné un petit nom : « la Grande Muraille pare-feu de Chine ». C’est ironique, car la Grande Muraille, la vraie, en pierre, celle que l’on voit depuis la lune dans les légendes urbaines (car c’est archi-faux), n’a jamais empêché aucune invasion. Elle sert aujourd’hui à vendre des cartes postales et de squatt à d’ « impudents » randonneurs étrangers ! Ci-dessus une amusante version Aqualand (un montage bien sûr). Tout un symbole.

N’empêche, ce système que les derniers mandarins  de la dynastie décadente post-maoïste ont poétiquement baptisé « Bouclier d’or » a pour résultat de « bloquer » l’ouverture de certains sites choisis sur le Web, depuis les PC situés sur le territoire chinois. Sur la base du nom de domaine (exemple http//www.machintruc-tibetlibrebordel.com/) avant tout. En Français on dit censure.

Je conjecture : le mot « Rêve » serait-il proscrit par les héritiers de la Longue Marche et de son avatar sanglant, je veux dire la Révolution culturelle ? Pas impossible si l’on en croit Luis. Pas impossible encore que le mot Darwin ait aggravé le cas du Rêve Interdit.

Pensez-vous, Darwin, un représentant de l’idéologie impérialiste  professant que dans l’évolution des espèces les mâles dominants roulent dans des Ferrari rouges pour mieux transmettre leurs gênes égoïstes. Bouhhhhhhhhh, c’est pas en Chine qu’on verrait ça, hein, des milliardaire rouges  draguant la fleur de lotus en bouton dans des Ferrari itou et même pas honteux d’avoir leur carte du PCC.

Précision importante : www.unrevededarwin.fr était disponible au moindre clic depuis n’importe où sur la planète, d’Ushuaïa en Alaska. Sauf en Chine… Un problème technique, ben voyons l’informatique c’est pas fiable…

Ici faut pas rêver camarades. Darwin, porc révisionniste, au bûcher, allez zou !!!! Si on rajoute en plus le « .fr » comme France où tout un tas de crapules petites bourgeoises s’entichent d’un mec à lunettes qui sourit tout le temps bien que son pays soit envahi depuis des décennies, d’un type louche qui offre des écharpes à tous ceux qu’il rencontre (vous l’avez reconnu).  Bien sûr, là je parle au nom de mes amis de Pékin, hein, ce n’est pas moi qui le dit, on ne confond pas.

Concrètement, donc, certains mots écrits sur le Web, l’Internet, ne franchissent pas le pare-feu de la grande Chine nouvelle. Apparemment  c’est le cas pour la phrase « Un rêve de Darwin.fr ». Pour contourner l’obstacle, le franchir à tout prix, des petits malins utilisent une arme : « l’anonymiseur » de site.

En gros, un site d’appellation anodine qui sert de cheval de Troie au contenu interdit comme la Cité du même nom pour mieux s’y faufiler et prendre les abrutis à revers.

C’est ainsi que ce blog que vous lisez a servi d’anonymiseur au Rêve de Darwin, de cheval de Troie à l’expé française conduite par Yvan Estienne dans le pays aux dirigeants les plus gâteux du monde. Et j’en suis heureux.

Parce qu’Yvan qui croyait marcher sur un glacier  dansait en fait sur un volcan politique….

Parce que www.ecrins-leblog.com ça parle des Ecrins à sa manière mais ça ne craint pas, apparemment pour les descendants édentés mais sournois des « Gardes Rouges ». Doivent croire que c’est un site marchand pour camelote cheap genre Gagata et bijoux tocs. Tant mieux..

Tant mieux, si ce blog, mon pote depuis trois mois sonnés maintenant, n’a servi qu’à ça : faire sa petite brèche à lui dans la Grande Muraille de la Connerie , à l’heure où l’on célèbre les 20 ans de la chute du mur de Berlin justement.
Bien content, flatté, réjoui même que Luis finisse son petit mot par ça :

–Donc heureusement, à travers vous, j’ai pu savoir plus des activités de nos amis depuis le Yunnan. Merci pour votre site, je n’ai pas été deçu du tout ! Hasta pronto.

Le blog des Ecrins et moi te remercions, gracias Luis, poursuit ta longue marche à toi. J’espère qu’ils ne t’emmerderont pas à cause de ce billet (en fait pas de risque puisque c’est un cheval de Troie, vous verrez même pas une plainte de l’ambassade de Chine).

Pour fêter ça des images d’il y a 20 ans qu’on ne se lasse pas de voir et revoir. Beau comme une sortie au  sommet du Pelvoux quand le jour se lève.

Bientôt le tour de la Grande muraille de la Crétinerie Céleste…(et je compte sur Google pour traduire aux intéressés). 

PS – Pour qu’il n’y ait pas de confusion, je persiste et je signe : Jean-Pierre Pustienne (les Ecrins n’y sont pour rien, ni Yvan, ni personne) que le signataire.

Et j’ajoute vive le Tibet libre de croire au drôle de bonhomme qui distribue des écharpes même à ceux qui ne sont pas ses supporters.

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« EXPEDITION « LE REVE DE DARWIN »
Ils sont revenus, il y a quelques heures »…

C’est le titre du joli article du correspondant du Dauphiné ce matin du 4/11 dans l’édition du 05, Hautes-Alpes. Chapeau Robert Gerbet. Tout est dans ton « papier ».  

Les cartes existantes très succinctes (et contradictoires), les trois semaines perdues en mer, un glacier grand comme tous ceux des Alpes réunis et casse-gueule comme pas un,  l’imprévisibilité de la météo, les cols qui finissent en impasse, le taux d’humidité associé (comme un malfaiteur)  au refroidissement éolien pour descendre, en direct live, à du  -45° (à 500m d’altitude !)

Merci Robert de me ramener à l’essentiel. Et comme je suis un vrai « ingrat », je te « pique » la photo (promis je te la revaudrais au Kiosque) où les cinq aventuriers de « la » Darwin (comme dit Luis, voir billet précédent)  pose devant l’âtre de cette Maison Estienne où Annick et moi avons passé quelques soirées de « conjecturations », un mixte anxieux de conjectures et de conjuration.  D’un  malheur évité, grâce à la vigilante expérience d’Yvan. Ouf. Il avait juré qu’il ramènerait son monde vif et sauf. Devoir de guide. Mission accomplie. Pro de chez pro.

–Je suis que sûr que notre histoire va relancer une course à la traversée de la Cordillère Darwin, me disait hier soir Yvan. Je le crois volontiers.

 Sixième personnage (septième avec la cheminée…)  de l’expé sur ton image, Robert, la guitare de Dom (inique). Ecoutez… Ses cordes ont joué leur partition quand il s’agissait de dénouer les nerfs à la veillée. En rêve, j’entends leur écho dans la cabane de l’estancia de la Bahia Yendegaïa, le domaine du gaucho José, si près, si loin déjà.

Il faudra que je parle longuement de « Dom » : il y a quelque chose de Riccardo Cassin en lui –cette noblesse sans phrases du boulot bien fait, en ouvrier qualifié–  dussé-je violenter sa bonhommie sereine qui n’égale que son équanimité souriante. Un grand guide, sûr,  à qui je confierais mes pas sur tous les glaciers du monde. Et ceux de mes enfants. Comme aux autres membres du team (Pascal, Hubert, Stéphane : je vous appelle demain juré).

Reprenons notre discussion avec Yvan. Où en étions-nous ? Ah oui, le temps…. La durée….L’attente…

–La première de l’Ama Dablam au Népal dans laquelle j’étais (il y a 30 ans, 1979), c’était du ric-rac.  Nous sommes sortis par le sommet  à la dernière minute …C’est souvent comme ça. Ca passe, quand ça passe, à l’ultime instant. Dans la Cordillère Darwin, c’est vrai qu’idéalement il aurait fallu patienter des mois, à condition de tenir moralement. On en parlait tout à l’heure. Mais les billets d’avion sont chers, c’est pour ça aussi qu’on peut comprendre les deux Yann (Estienne, son fils qui s’affute sur les Torres Del Paine, et Michalet) d’en profiter un peu plus…

A ce point de la conversation, Robert du Dauphiné me tend la perche : « Et demain ils reprennent leur boulot de guides ». On allait l’oublier. Attention, ici « spoiler » comme on dit chez les amateurs de séries télévisée à suspense, ce qui suit en l’occurrence peut polluer  d’une certaine manière la légende, celle qu’il faudrait toujours écrire pour vendre du papier  (mais on n’est plus au Far-West, non ?).

–Il faut bien vivre aussi. Une expé comme ça (malgré les sponsors, les subventions et tout, ndlr) signifie deux mois de manque à gagner pour un guide de haute montagne. Non seulement, ça ne rapporte rien mais certains y ont été de leur poche, témoigne Yvan.

C’est l’autre pente du Rêve de Darwin, la face nord, cachée, de l’exploit accompli en tout ou partie, l’exploit d’être partis et revenus en entier. Oui partir, c’est réussir…. On dira que c’est le prix de la passion. A mes yeux (je ne sais pas pour vous) c’est aussi ce genre de don total de soi, de son temps, de son talent, qui confère son relief –positif et généreux— à l’Aventure, avec ce fameux grand A.

Le Rêve de Darwin n’est pas une sorte de Koh Lanta avec des pseudos baroudeurs cachetonnant (tant mieux pour eux, après tout  ils l’ont gagné contre TF1, un exploit judiciaire). Non, c’est « total respect » pour des hommes et femmes qui ne comptent pas, ne monétisent pas leur geste, leur peau, leurs engelûres. C’est tellement rare en 2009/2010 que je ne voulais pas passer à côté. Et m… à ceux qui me diront qu’ils n’ont qu’à rester devant TF1 et l’Ile de la Tentation… 

–Là je souffle un peu et ensuite je reprends avec les clients dans ma petite structure, Azimut. Norvège, Groenland, Dolomites. Le ski de grande randonnée… 

Ca donne envie, ne vous privez pas, cliquez sur  www.azimut-montagne.com

Les « derniers aventuriers »… Ces cinq devant l’âtre et l’objectif de Robert en sont. Je ne l’ai pas rêvé. Voyez sur le site de L’Express

http://www.lexpress.fr/diaporama/diapo-photo/actualite/environnement/les-derniers-aventuriers_794156.html

Yvan, Dom, Pascal, Hubert, François et les autres… Ils cohabitent sur le Web, en diaporama, avec Jean-Louis Etienne, qui sait ce que veut dire survivre financièrement compris;
Patrice Fransceshi, qui éponge en Sysiphe un tonneau des Danaïdes de dettes nommé Boudeuse;
Tara la ruineuse dans le sillage de Darwin ;
Laurence de la Ferrière
que je ne vous présente pas;
Mike Horn
qui a franchi tous les caps;
Jean-Christophe Lafaille (in memoriam);
 Loïc Jean-Albert
qui réinvente le mythe d’Icare;
 Jacky Bonnemain (in memoriam);
 Bertrand Piccard
qui court après le tour du monde en planeur solaire;
 Alain « Spiderman » Robert;
Nicolas Vanier
qui sort son film sur sa danse avec les loups (Loup, le 9 décembre sur les Ecrins, pardon les écrans).
Et Nicolas Hulot, mais parce qu’il fallait bien remplir le diaporama…

Quand le confrère de L’Express numérique m’a demandé s’il y avait un inconvénient à utiliser la photo que j’avais moi-même empruntée à www.unrevededarwin.fr, je lui ai dit : ne te gêne surtout pas. C’est pour ça que Robert du Dauphiné ne m’en voudra pas. J’espère…

Parce que  Yvan et son équipe appartiennent à cette famille-là. Ils ne l’ont pas volé et ça vaut toutes les médailles, et autres Légion d’Horreur…. 

Merci Robert, vive le Dauphiné, le pays des Ecrins et l’Aventure. Tout ça n’est qu’une même chose.
.
En prime, regardez la bande annonce de Loup, spécial dédicace pour un certain p’tit Jules qui hante les commentaires ci-dessous…Il a 7 ans, Nicolas please fait lui un petit coucou, toi qui aime les enfants…Tu veux pas?

Allez pour p’tit Jules qui m’a dessiné un mouton, voici le Loup même pas méchant p’tit Jules

A suivre…

 

Taklamakan-x

Si l’intuition, le sixième sens, font partie des matières que l’on enseigne dans la formation des guides de haute montagne, alors Yvan Estienne du pays des Ecrins doit être un formidable pédagogue, au CRET de Briançon comme à l’ENSA — l’ENA de la montagne– où il dispense son savoir plus que trentenaire…

Voici pourquoi : lundi (voir billet du 02) je m’interrogeais sur l’inconnu du Yunnan (Sud de la Chine) qui suivait avec attention le Rêve de Darwin sur ce blog. Yvan, hier soir, songeait à un guide franco-chilien de sa connaissance…

Pile dans le mille. Ce matin au petit déj’, je reçois ce commentaire en forme de cadeau inattendu. L’inconnu du Yunnan n’est pas un Fils du Ciel, mieux que ça. Du coup je laisse tomber mon croissant dans le bol de Nescafé, bonjour le « bain de pied ». Et je ne résiste pas à l’envie vous faire part de ma surprise….

La voici, la voilà

Luis Azua, le 4 novembre, 2009 à 6 h 09 min #

Bonjour, les blogueurs (salut Luis, mais je suis tout seul à l’instant) : oui, votre enquête était bonne!  Je suis Luis, un vieil ami d’Yvan qui essayait de connaître, depuis l’Empire du Milieu, les aventures du groupe auquel j’aurais dû participer. Hélas, je n’ai pas pu y aller.. .

Je rêvais aussi de cette terre déchaînée qui est « la » Darwin. Et je pensais souvent lors des campements dans les sables du Taklamakan (ci-dessus) ou bien au pieds du Muztag Hata, aux mille et une difficultés que vous deviez affronter dans cette cordillère.

Cette météo infernale , la même qui provoquait l’effroi des indiens de la Terre de  Feu,  Kaweskars et Yamanas à travers leurs  dieux tutélaires Ayayema et Kawtcho , fait de la Darwin une forteresse, protégée par les vagues de l’océan et les williwas violents. Elle résiste aux assauts depuis des décennies .

Super Yvan, Francois, Pierre et tous les autres d’avoir pu l’approcher et revenir.
Depuis la Chine, au revoir les amis.

Zhaijian ! Luis.

Pour en savoir plus sur Luis Azua et ses activités en Chine

http://www.allibert-trekking.com/index/2/82-nous-rencontrer.htm

PS. Quand je vous disais que les Vigneaux étaient au centre de toutes les chaînes du monde et le pays des Ecrins bien plus vaste qu’on ne le croit, je ne pensais pas avoir raison à ce point.

4les-vigneauxIls sont rentrés au pays des Ecrins. Mat Carlhian, le beau brun, a filé sur Nice histoire de  filer  en réalité le parfait amour (quand on a 27 ans…). Les deux Yann, Estienne et Michalet, Thomas, Ludivine… Eux, les autres jeunes, ils  ont opté pour prolonger à leur manière un certain  Rêve de Darwin, au bout du bout du monde, au sud du Sud de l’Amérique Latine,  langue prudente  dont la pointe s’aventure et s’enroule,  avec un délice masochiste, dans  la tourmente  glaciale de l’Antarctique.

Les « Vieux » –si l’on veut…–  ont regagné le Pays, les pénates, le foyer. Dominique, Pascal, Stéphane, Hubert Sémiond, Pierre « le Doc’ » Muller et les autres (pardon pour l’ellipse)

Ni flons-flons, ni  discours. Pizzas et légumes à croquer dans la chaleur du cocon reconstitué au rez-de-chaussée de la Maison Estienne au Vigneaux, au dessus de l’Argentière (ci-dessus).  (Maison d’hôte oblige :  les étages sont pour les « clients » et/ou amis).  C’était le cadeau-surprise d’Annick-Pénélope au retour de son Ulysse des Andes maritimes :  un foyer restauré ! Michel Dimitrieff, le routeur météo de l’expé –qui n’en pouvait mais– est venu de Vallouise. Elisabeth et Jean-Paul Carlhian, les parents de Mathieu, étaient descendus exprès de leur nid d’aigle franco-italien de Montgenèvre (belles sensations garanties, un ski dans chaque pays, descente sur la grande piste de l’Histoire…)

Otage anonyme de ce rapt motorisé dont le périphérique parisien est l’autre nom, j’ai raté le rendez-vous téléphonique  pris avec  ces héros. J’ai manqué la « fête ». M…. Demain je rappelle tout le monde. Un par un.

 20 h (de Paris) et pas mal de CO2 absorbé plus tard. Annick me passe Yvan, le chef de l’expédition Un Rêve de Darwin redevenu (temporairement) homme au foyer , foyer réhabilité. Faut bien récupérer.

–C’est beau… Revenir ici, au pays des Ecrins, chaque fois je suis aussi content de rentrer que de partir… On n’habite quand même pas dans une cité du  brouillard, tu le sais (oui Yvan, je suis dedans, dedans ce crachin gris honni que tu dédaignes, et tu as tellement raison que j’aimerais avoir des ailes…). Vous pouvez vérifier ci-dessus aussi.

Alors ça fait quoi, ce renoncement  à un sommet  ?

–On revient toujours grandi quelque part,  même si  là, avec la Cordillère Darwin, c’est vrai que les mots patience et humilité reviennent souvent… C’était fort, incontrôlable. Le vent. 140/150 km/h. Par surprise. Pas de signe avant-coureur. Pas le temps de monter une tente qui ne s’envole. Un froid modeste comme l’altitude : – 10°, -15° c au pire. Mais un taux d’humidité record. Résultat, si  tu ne bouges pas immédiatement, tu  meurs sur pieds en moins d’une heure ;  en quelques minutes le givre opacifie les lunettes, le masque…  J’ai 58 ans et une trentaine d’expéditions extrêmes au compteur et je n’avais jamais vécu ça nulle part ailleurs, ni dans l’Himalaya, ni dans les Andes…

Eric Shipton avait attendu son heure cinq mois avant de profiter de « la »  fenêtre  favorable pour gravir le « Darwin ». Il vous a manqué du temps ?

–Sans doute… Mais encore faut-il que le moral des hommes tienne le coup dans ce genre d’attente… On n’a jamais vu, visuellement parlant, le sommet  du Darwin-Shipton en fait, toujours resté encapuchonné. Même l’ultime jour quand ça s’est levé… enfin. C’était  le jour du départ. Mais on ne saura jamais comment la météo a tourné une fois que nous avons quitté la Bahia Pia sur le bateau. Ca change à la minute là-bas, tout en bas. Et puis c’est  aussi une question d’argent…

La suite de cet entretien vérité  à bâtons rompus plus tard,  les yeux me piquent.  Pas le givre, la pollution. A demain, si vous le voulez bien, pour découvrir avec moi la différence qu’il y a entre des aventures et l’Aventure avec un grand « A ». Sur ce blog qui entend aller au bout du bout du Rêve de Darwin, coûte que coûte, avec ceux qui en reviennent pour de bon.

PS – Un indice m’a été fourni par Yvan sur l’éventuelle identité de notre lecteur mystère  du Yunnan (Chine du Sud). Il pourrait bien s’agir d’un certain Luis, guide franco-chilien, proche d’Yvan qui accompagne des clients dans cette chaîne aux confins du Vietnam et de la Birmanie.

Oui, il est grand le pays des Ecrins, bien plus grand qu’on ne l’imagine. Un pays où le soleil paraît plus de 300 jours par ans. Et se couche toujours en apothéose. Ou ne se couche pas.