Par Dominique Stumpert (guide de haute-montagne du Pays des Ecrins)
Chose promise… Voici le récit véridique de l’odyssée de Dominique Stumpert, et de ses compagnons, par l’authentique « Dom » Stumpert soi-même, inventeur et initiateur d’un raid instructif où le « pire » ennemi de l’homme n’est pas la nature mais le progrès secrété par l’homme. A défaut de photos, veuillez croire en l’authenticité des images jaillies de la plume de la sincérité faite guide. Et homme. Carnet d’aventure en forme de course d’obstacles. Et ça commence près de chez vous, à un péage.
Jour 1 : de Sisteron à Tallard
4h ; réveil attendu… Je suis debout avant qu’il ne sonne, c’est le grand jour !
4h15 ; appel de notre chauffeur, Dino, qui souffre d’une terrible rage de dents, et qui ne pourra pas nous accompagner. Cela commence bien ! Nous improviserons sur place (copains ou auto stop).
5h; ramassage « scolaire » des compagnons. Deux voitures sont nécessaires (Jacqueline et moi), pour les skieurs et leur matériel. Bonne ambiance et première blagues. La nuit nous empêche de voir l’état d’enneigement des bords du lac de Serre-Ponçon. C’est l’endroit le plus délicat, niveau d’eau assez élevé, schistes noirs, ensoleillement maximum…
7h; rendez vous au péage de Sisteron où nous rencontrons Monsieur Jean Beverragi du Comité Départemental du Tourisme, accompagné d’un journaliste du Dauphiné Libéré et de Christophe Rosanvallon. En quelques minutes, nous finalisons les sacs. Apparemment, aucun autre skieur ne se joindra à nous aujourd’hui.
7h15. Nous quittons le péage, pour la limite du département à 3,5 kilomètre de là, sur la RN 85.
7h30 ; moins 12°. Tous nos vêtements sont sur nous, et nous sommes impatients d’entrer en action. Photo au jour naissant sous le panneau des Hautes Alpes, en présence de notre petit comité d’accueil. Christophe, venu tourner quelques images du début de ce périple s’est pris au jeu. Il restera toute la matinée, nous filmant de place en place au fil de notre progression, petite tache orange que nous avons appris à repérer dans ce paysage de neige.
7h35. La neige elle, est abondante et de très bonne qualité. Elle porte et nous permet, en glissant rapidement entre bois et vergers, de gagner les rives du canal de la Durance un peu en aval du village du Poët. Notre objectif est de suivre le canal jusqu’à La Saulce, puis de gagner Tallard par le domaine de Trébaudon.
Ce matin, dans la voiture, Didier me faisait part de sa crainte « de ne pas avoir de vue » à cause de notre cheminement en fond de vallée. La surprise est de taille, car le canal offre un espace dégagé surplombant la vallée de quelques dizaines de mètres.
Les paysages sont grandioses; lever de soleil sur les montagnes de Mare et de Chabre au sud, vastes crêtes de l’Aup à l’ouest enserrant les villages perchés prisonniers des neiges, maisons Provençales aux chaudes couleurs rehaussées par ce blanc océan, quiétude des eaux calmes du canal, et partout, au delà des vergers, des dizaines de sommets aux apparences « himalayennes ».
Figés dans le froid et éclaboussés de soleil, Upaix et Ventavon glissent dans le décor à notre gauche. Nous progressons à bonne allure face à un petit vent du nord mordant, qui, ajouté au chuintement de nos skis sur la neige dure et à nos éclats de voix, nous empêche d’entendre l’autoroute, pourtant proche.
En passant près d’un pommier chargé de fruits pourris restées accrochées à l’arbre, Marcel (Molinatti) nous fait partager ses souvenirs d’enfance. Ils nous propose de manger ces pommes pourries !
–Non M’sieur, ce ne sont pas des pommes « pourries », mais des pommes « gelées ». Il ne faut pas manger la pulpe sous peine d’ennuis de transit (apparemment, il en a l’expérience…), seulement en retirer le jus sucré, glacé et légèrement fermenté. Nous suivons son exemple et goûtons. C’est un vrai cidre frappé. Délicieux.
12 h 17. Déjeuner sans façon sur un talus bordant l’autoroute, à l’abri d’un petit bunker en béton qui nous coupe le vent. Quelques véhicules klaxonnent joyeusement en nous apercevant, enfin ceux dont les chauffeurs ont lu le journal…
Réconfortés par cette halte et le casse-croûte, nous reprenons sereinement le chemin du Nord.
13h05. Las, nous n’avions pas remarqué sur nos cartes que le canal, à hauteur de Plan de Vitrolles, passe en siphon sous une petite rivière, Le Déoule. Elle est peu profonde, mais, eu égard au froid, aucun d’entre nous n’accepte de se mouiller les pieds. Un peu de réflexion, quelques astuces et un bon plan d’action viendront à bout de cet obstacle peu commun.
13h30.Le pont de la D220 enjambe l’autoroute, qui elle-même passe sur Le Déoule. D’abord, les consignes : désescalade du pont, regroupement derrière la haie de cyprès, récupération du souffle et des esprits… Puis sprint de 30 mètres sur la bande d’arrêt d’urgence, histoire de ne pas y traîner trop longtemps, des fois que…
Et…nous sommes pris sur le fait par une équipe de patrouilleurs de l’autoroute… Aïe aïe : je n’aime pas qu’on me tire les oreilles.
–Promis, c’était exceptionnel, il ne faut pas le faire et on ne le fera plus !
(Ndlr :Semonce sans PV. Est-ce qu’on vous retire des points sur le permis de skier ????)
13h50. Une clôture plus loin, nous voila repartis de plus belle, jusqu’à ce que, cette fois, l’autoroute enjambe le canal. Là, pas la moindre chance de ruser, même un souriceau ne pourrait passer. Pourtant, les poutrelles métallique du pont laissent accessible un trottoir pour équilibristes, très étroit, juste au-dessus de l’eau, sans rambarde. Si tu glisses, tu te baignes ! Analyse des enjeux et gestion du risque, réconfort des indécis et nous voici de l’autre coté.
15 h 30.Les vergers se succèdent. Pommiers à l’écorce rose, poiriers à l’écorce rugueuse. Une habitante nous conseille « son » meilleur chemin, en rive gauche de la Durance. Nous avions prévu de passer en rive droite mais c’est très « encombré » (autoroute, péage, nationale, lac de retenue du canal…), et nous nous rangeons à son avis.
16h30. Près de la Bonne Mére, des arboriculteurs en train de tailler leurs arbres nous saluent du haut de leurs plates-formes roulantes, alors que nous glissons vers Curbans. Le temps d’admirer église et chapelle, d’empêtrer nos skis sur les rives boisées de cette Durance sauvage, le soleil décline déjà.
17h00. Fièrement perché, le château de Tallard accroche les derniers rayons. Fourbus, nous nous hâtons vers le village où nous nous hydratons abondamment. Le repos nous attend.
18h00. Bonne journée dans les jambes, l’étape s’est globalement déroulée comme prévu : 42 km ont été parcourus, et — malgré mes espoirs– pas un de plus qui nous avancerait pour demain…
21h00. Nous passons la nuit à l’aérodrome de Tallard, dans un appartement loué pour une seule nuit.
A Suivre…
Un vieux doute subsiste sur la paternité de l’Everest, question première. 1924 ou 1954 ? Cela pourrait se jouer sur une photo finish, prisonnière latente et sans doute congelée, d’un Vest Pocket Kodak d’avant (la seconde) guerre. Un appareil à soufflet, ancêtre des compacts d’aujourd’hui, mais pas un pixel numérique, d’où l’espoir.
L’espoir, le rêve, le délire (?) est celui d’un certain Tom Holzel, historien agréé du « Toit du monde ». Ce Tom Holzel jure qu’il a repéré (sur des vues satellites) une « forme oblongue » qui pourrait bien être la dépouille d’un des deux premiers vainqueurs du sommet, 30 ans avant Sir Hillary et Tenzing Norgay.
La momie des cimes serait, selon Holzel, celle d’Andrew Irvine. A ses côtés se trouve, peut-être, le boîtier Kodak, nonagénaire, contenant virtuellement la preuve immatérielle qu’Irvine et son compagnon George Mallory avaient touché au but vers le 8 juin 1924.
Certes, l’espoir est plus mince qu’un film de celluloïde. Seule certitude, Irvine et Mallory ont trouvé la mort lors de leur tentative de 1924, réussie ou pas. La réflexion de Holzel s’est enclenchée après la découverte du cadavre de Mallory en 1999. La montagne conserve…
Les chaussure ferrées et autres oripeaux de Mallory ont résisté aux décennies telles les frusques d’un Otzi, l’homme des glaces du néolithique. Cependant — 1er indice pour l’historien– on n’a pas retrouvé sur lui la photo d’une épouse chérie et dont il avait juré, Mallory, qu’il la déposerait là-haut. On n’a pas plus retrouvé –seconde indice– l’appareil photo Vest Pocket Kodak dont Mallory ne se séparait jamais.
Alors, si Mallory n’avait pas son appareil sur lui, c’est sans doute qu’il l’avait passé à son compagnon Irvine de façon à se faire portraiturer. Et pourquoi pas en vainqueur de l’Everest ? Clic-clac, merci Kodak.
C’est en tout cas ce qu’extrapole un Holzel qui croit suffisamment à sa thèse pour annoncer une expédition (en mars ?) dédiée à la recherche d’Irvine et surtout du fameux Kodak, histoire de réécrire –son rêve– l’Histoire de l’Himalayisme grâce à une image dont nul ne sait si elle a impressionné la pellicule et, si oui, comment développer un film antédiluvien.
A quoi bon tant de risques alors que le jeune Namygal Sherpas projette lui de débarasser la zone des 8000 m de l’Everest des vestiges de ses conquêtes en tout genre. Soit, je le rappelle deux tonnes de « déchets » dont certains « restes » humains. Et pourquoi pas quelques grammes de précieuse pellicule argentique dans les restes hypothétiques, on l’a vu, d’un Vest Pocket Kodak comme on n’en trouve plus aux puces ? Aussi bien, Namygal et son équipe pourraient redescendre le glorieux souvenir –s’il existe– d’Irvine et Mallory célébrant leur éphémère victoire, entre autres impérissables souvenirs. Ce serait toujours ça. Autant qu’à jouer les éboueurs, que la mission soit historique. Les poubelles n’abondent-elles pas de trésors ?
A toutes fins utiles, Holzel a déposé un mode d’emploi des précautions manipulatoires de l’éventuelle relique photographique sur le Web :
http://www.scientificamerican.com/search/index.cfm?q=tom+holzel
Reste à mettre en contact Namygal et Tom. Pour ce faire, je ne connais qu’un homme : il s’appelle Yvan Estienne, guide de haute montagne du pays des Ecrins et passablement familier de l’Himalaya… Alors Yvan, un effort, appelle Namygal, qu’il rapporte le Kodak au monsieur et qu’on ait le cœur net. Mais pourquoi évoquer cette vieille histoire sur un blog consacré au rayonnement du Pays des Ecrins ?
Pourqoi ? Eh bien, parce que la quête de la photo preuve est toujours d’actualité. Par exemple, Dominique Stumpert, guide de haute montagne du Pays des Ecrins, a passé dernièrement une nuit blanche à s’escrimer en vain à transmettre les images véridiques de sa traversée des Hautes-Alpes en compagnie d’autres guides et sportifs.
Son dernier message : « Les photos ne passent pas, mon tuyau est trop petit… ». Mais non, Dom, mais non. On va les attendre tes photos et on ne lancera pas une expé pour autant. D’autat qu’il existe des images preuves de votre aventure, elles figurent sur le site de Christian Guillaume.
http://www.escalade-aventure.com/hautes-alpes-ski-nordique-18.php
Et puis au fond, avions besoin du film ? Le récit de « Dom » digne de foi est précis. D’ailleurs on se le repasse ici-même dès demain.
La traversée à ski de randonnée d’un département alpin vécue et raconté comme une expédition lointaine par un guide de haute montagne chevronné.
J1 : 7h30, température moins 12°. Tous nos vêtements sont sur nous, et nous sommes impatients d’entrer en action. Départ de la limite du département sur la RN85 en présence de Monsieur Jean BEVERAGGI du Comité Départemental du Tourisme, d’un journaliste du Dauphiné Libéré et de Christophe Rosanvallon, venu tourner quelques image du début de ce périple (et qui, pris au jeu, restera toute la matinée).
Très bonne neige qui porte et nous permet de glisser rapidement entre bois et vergers, et de gagner les rives du canal de la Durance tout près du village du Poët. Nous suivrons le canal surplombant la vallée jusqu’à La Saulce, avec des paysages grandioses ; villages perchés prisonniers des neiges, maisons Provençales aux couleurs rehaussées par ce blanc océan, quiétude des eaux calmes du canal, et partout des dizaines de sommets aux apparences « himalayennes ».
Nous progressons à bonne allure face à un petit vent du nord mordant, qui, ajouté au bruit de nos skis sur la neige dure, nous empêche d’entendre l’autoroute pourtant proche.
Nous n’avions pas remarqué sur nos cartes que le canal passe en siphon sous une petite rivière, Le Béoule. Bien que peu profond, aucun d’entre nous n’accepte de se mouiller les pieds.
Un peu de réflexion, quelques astuces et un bon plan d’action viendront à bout de cet obstacle (pont de l’autoroute toute proche, désescalade du pont, regroupement derrière la haie de cyprès, récupération du souffle et des esprits, sprint effréné sur la bande d’arrêt d’urgence, histoire de ne pas y traîner trop longtemps. et …arrivée sur les lieux d’une équipe de patrouilleur…
Aïe j’aime pas qu’on me tire les oreilles. Promis, on ne le fera plus M’sieur!) . Nous voilà repartis de plus belle, jusqu’à ce que l’autoroute enjambe le canal. Là, pas la moindre chance de ruser, même un souriceau ne pourrait passer. Pourtant le constructeur à laissé accessible un « trottoir » étroit, juste au dessus de l’eau et sans rambarde, si tu glisses, tu te baignes !
Analyse des enjeux et gestion du risque, réconfort des indécis et nous voici de l’autre coté. Les vergers aux troncs à l’écorce rose des pommiers se succèdent, une habitante nous conseille le meilleur chemin, des arboriculteurs en train de tailler leurs arbres nous saluent du haut de leurs plate forme roulantes alors que nous glissons vers Curbans.
Déjà le soleil décline et fourbus, nous nous hâtons vers Tallard où le repos nous attend. Bonne journée dans les jambes, il est 18 heures, l’étape s’est globalement déroulée comme prévu, et 42 km ont été parcourus. Mais pas un de plus qui nous avancerait pour demain….
J2 : 7h15, température moins 11°. Une fois de plus, tous nos vêtements sont sur nous, chaudes vestes en duvet et Gore Tex pour couper le petit norois qui nous glace. La proximité de la Durance rend l’endroit humide, ce qui accentue la sensation de froid. Départ du point exact où nous sommes arrivés hier.
Coincés entre falaise et rivière, nous sommes contraints de suivre la seule route de l’endroit, jusqu’à Lettret. Dès que possible nous quittons cette route pour traverser de nouveaux vergers, qui trop rapidement laissent la place à une forêt « folle », sans chemin ni entretiens.Le paradis des sangliers skieurs.
Après quelques échauffourées avec les baliveaux du lieu, nous débouchons sur de larges prairies qui nous conduisent à Valserres. Nous sommes dans la vallée de l’Avance, qui à pris ce matin un petit air de Sibérie, moins quinze degrés ! Personne n’émet le souhait de s’arrêter ne serais-ce qu’un instant et nous filons en lorgnant sur le soleil qui inonde le versant que nous suivons.
Nous pensions trouver des clôtures partout, il n’en est rien. Nous cheminons avec peu de contraintes dans cette très belle vallée et, quelques heures plus tard, Chorges est en vue. Aimable, la factrice locale nous donne des tuyaux et nous prenons pieds dans la cité Cathurige. Deux amies qui nous font une navette de voiture nous préviennent que le bord du lac de Serre Ponçon, contrairement à la semaine précédente, n’est plus skiable.
Qu’à cela ne tienne, en deux temps et trois mouvements, Didier, originaire de Chorges, nous trouve six vélos, et le moyen de les faire récupérer ce soir. L’itinéraire est plaisant, et les automobilistes surpris de nos équipages (nous avons les skis sur nos sac à dos…)
Nos moyens de transports occasionnels seront abandonnés à la plage de Boscodon, où nous rechaussons nos skis, et gagnons Embrun par la digue du lac. Arrivée à 17h30. Bob nous attendais avec quelques douceurs locales et un repas de fête. Alors nous avons fait la fête comme il se doit.
J3 : Bizarre, ce matin il plane quelques brumes dans nos esprits. 7h15, tous les skis sont chaussés, et on y voit à peine. Aucune clôture ne barre notre route, ce qui est préférable vu la vitesse à laquelle nous descendons dans la plaine, pour longer les falaises d’Embrun.
Aujourd’hui encore il fait très froid (moins 12°). La neige porte moins, et très rapidement nous ne trouvons plus que de la poudreuse. Une personne pressée de se rendre à son travail refuse de nous prendre en photo (pas le temps) et une autre sollicitée pour la même tâche se prend au jeu et n’arrête plus de nous mitrailler. Sauf quand le froid la mord elle aussi.
Direction Châteauroux, puis nous suivons une voie royale, large, enneigée, avec de très belles vues sur la Durance, de temps en temps de trucs qui passent en faisant « tchou tchou » nous arrivons à la fontaine pétrifiante. Un bon casse croûte dans l’estomac, quelques traces de skieurs et de raquettes, et nous doublons Saint-Crépin.
Un gros morceau reste : le passage de la carrière, et nous déchaussons sur environ 200 mètres. Une courte et raide descente dans les pins nous ramène au bord de la Durance, et le sport recommence dans une forêt abominable, comme on peut en trouver au bord des rivières. Enfin, un vague chemin se laisse entrevoir et nous le suivons jusqu’à Rama, puis l’Argentière en traversée par la voie verte, le Pont Gamoney et enfin la route des traverses. Il est 18 heures, nous avons fait 38 km et il fait nuit.
Demain (hier jeudi 21/01, en fait), nous reprendrons notre traversée à cet endroit pour nous rendre au Lauzet.
A suivre.
PS. Marcel Molinatti, le fameux, appartient bien à l’expé traversée des Hautes-Alpes. Il était cité en réalité, mais effectivement dans le message laissé ici par Dominique. Excuses, Marcel….

Six guides et sportifs du Pays des Ecrins ont entrepris un raid original : rallier Sisteron à la Grave en ski nordique. Une robuste randonnée départementale de 168 km, à défaut de la traversée de la Cordillère Darwin tentée à l’automne dernier par l’expédition Un Rêve de Darwin conduite par Yvan Estienne.
Un des membres de ce Rêve inachevé fait partie de la nouvelle expédition et l’aventure est ouverte à tous ceux qui veulent s’y joindre. Et c’est gratuit : il suffit d’appeler Dominique Stumpert au 06 08 21 39 49 pour participer, à son gré, à son rythme.
Mais d’abord, un petit flash back.
1/Embuez vos lunettes ou votre masque de ski…
2/Plongez la tête un bon moment dans un congélateur *** réglé au max…
3/Tentez de déchiffrer le mode de préparation d’une boîte de surgelés, imprimé en corps 5, et en Chinois de préférence, sachant que les idéogrammes sont de toute façon dans le désordre et qu’il en manque…
Si vous tentez cette petite expérience – un rien givrée– vous aurez alors une idée du curieux défi qu’a été le Rêve de Darwin, tel que s’en souvient un de ses membres : Dominique Stumpert, guide de haute montagne au Pays des Ecrins. Et encore, imaginez qu’un brouillard aussi opaque que laiteux persiste à vous cacher l’emballage d’un surgelé pourtant gros comme le mont Shipton-Darwin, 2 500 m d’altitude.
« On a été bien secoués », reconnaît Dominique Stumpert, 56 ans, Alsacien d’origine, Pelvousien d’adoption et de cœur, 60 ouvertures de voies à son compteur. Mais de déception, point. « J’ai pris ça comme des vacances », rit ce « vieux » complice d’Yvan Estienne, chef de l’expédition Un rêve de Darwin.
Moins de trois mois plus tard, Dom remet ça avec d’autres guides des Ecrins. Presque sans crier gare. Un message posté à minuit le 17 janvier sur ce blog :
–Après être allés chercher de la neige, des paysages somptueux et de l’aventure aux quatre coins du monde, voila que l’hiver nous offre la même chose à notre porte ; le département des Hautes Alpes est enneigé du sud au nord. Cela lui donne des airs de Laponie, et l’occasion est trop belle pour ne pas profiter de pareilles conditions « chez nous ».
Une petite équipe de hauts alpins (du pays des Ecrins) s’attaque dès lundi à la traversée du département en ski de fond, en 5 jours, de Sisteron à La Grave….
Lundi, c’est-à-dire ce 18 janvier, ils étaient partis. Certes le raid est moins raide que la cordillère Darwin au Sud du Sud de l’Amérique latine, le dernier frisson glacé des Andes avant le Cap Horn. Le parcours est honnêtement balisé : un itinéraire bien tracé sur l’équivalent de 32 feuilles format A4. La neige est splendide, le temps magnifique.
Et pourtant dès le premier jour des obstacles imprévus se sont dressés sur le chemin des skieurs… Des obstacles dû cette fois non à l’hostilité de la nature, mais aux aménagements humains… Un siphon qui coupe la piste, un Béoul infranchissable, un pont autoroutier redoutable, une bande d’arrêt d’urgence glissante…
Dominique nous a promis un compte rendu de son cru et bien sûr nous allons suivre cette nouvelle expédition, grâce aussi aux images de Guillaume Christian dès qu’il trouvera un spot WiFi de qualité pour les transmettre (désolé pas de satellite dispo).
D’ores et déjà une confirmation : l’aventure commence bien dès qu’on glisse une spatule hors de chez soi…
A destination de ceux qui seraient tentés de suivre la trace de Dominique, Guillaume et leur compagnons dont Martine de Vallouise et Didier instituteur au Pays des Ecrins, je republie les étapes de la semaine.
Mardi 19, décollage ce matin à 7 heures : de Tallard à Embrun par la vallée de l’Avance, Chorges, Savines, Embrun.
Mercredi 20 : Embrun, Châteauroux, St Clément, Chanteloube, l’Argentière-La-Bessée.
Jeudi 21 : l’Argentière La Bessée, Villard Meyer, Prelles, St Blaise, Les Queyrelles, Chantemerle, Monètier, Le Casset, Le Lauzet.
Vendredi 22 : Le Lauzet, col du Lautaret, Villard d’Arène, La Grave, les Fréaux et limite du département.
Pour se fixer rendez-vous un seul numéro : 06 08 21 39 49.
Enfin session de rattrapage, sur l’Ice Climbing du Pays des Ecrins, perturbé par la neige, mais ça n’empêche rien, la preuve vue sur le blog de Guillaume Coquin
http://guillaumecoquin.wordpress.com/2010/01/10/we-aux-ecrins-snow-et-glace-au-hasard/

Avant de s’envoler pour l’Europe, ils ont livré leurs frais souvenirs à chaud, sur www.unrevededarwin pour l’intégralité, en extraits ici.
Un joli petit exercice littéraire qui révèle, mine de rien, à travers la manière de restituer ses émotions et son rapport à demi avoué à la montagne –car la montagne comme la mer agit comme un révélateur– certains aspects de personnalités singulières qui forment un sacré team.
Tout aussi parlant : la façon de chacun d’aborder la frustration, la nostalgie et ce lien étrange qui semble s’être créé entre les membres du rêve de Darwin et la Cordillère australe.
A cet égard, ils sont deux à sécher l’avion du retour. Yann Estienne, je vous en ai parlé. Mais aussi Thomas Baratier qui embarque, lui, à destination de la Géorgie du Sud. Ne serait-ce pas en compagnie de Serge Ouaché à bord du voilier Xplore ? Petits cachottiers, va…
D’où l’envie de vous proposer un petit jeu basé sur la morphopsychologie pour mieux découvrir ces guides qui ont taquiné le Darwin (et pour ceux, surtout, qui n’ont pas encore lu les témoignages sur www.unrevededarwin.fr) Les parents, proches et amis ont le droit de jouer, puisqu’on ne va pas quand même déranger un huissier pour ça, non ?
Alors vous y êtes : d’abord les morceaux choisis numérotés en dessous le trombinoscope. A vous de recoller les morceaux, de faire correspondre les propos à la bonne personne. Rien à gagner sinon faire progresser sa propre perspicacité. Les réponses plus tard ou bien voyez www.unrevededarwin.fr
Vu la difficulté vous avez le droit, exceptionnellement, d’imprimer cette page pour répondre, le cachet de la Poste étant de mauvaise fois par les temps qui courent…
Alors qui a dit quoi, qui est qui ? Eux sont censé mieux se connaître. Et vous sauriez vous les distinguer ?
1./Neuf jours à patienter au pied d’une montagne de 2500 m, l’entrevoir du bout des yeux, la sentir à portée de nos piolets, l’imaginer sous nos crampons sans pouvoir la gravir, c’est un peu difficile à admettre pour nos modes de pensée d’alpins pourtant habitués aux expéditions himalayennes et andines…
2/« On ne pourra pas coucher avec toutes les femmes du monde, mais on se doit d’essayer ». Appliquée à nos convoitées montagnes, ce trait de Sacha Guitry résume à mes yeux l’inutilité, la déraison, et la beauté de la passion qui anime nos cœurs de montagnards.
3/ Trente jours ! Il m’aura fallu trente jours avant de fouler mon premier glacier dans ces montagnes du bout du monde. Trente longues journées de faux départs, de retours, de fuites devant la tempête ….penchés sur ces mauvaises cartes que l’on scrute mille fois par jour, y cherchant des réponses comme dans un Tarot.
4/Ici tout et tous s’affrontent pour finalement cohabiter harmonieusement. C’est comme si la force et la violence n’inspiraient que la tendresse et la douceur… Des petites montagnes, moins de 2000 mètres d’altitude … En fait elles sont immenses, inconnues et inaccessibles. Autant d’aventures sont à venir ici que celles vécues par nos aïeux dans les alpes.
5/Ici c’est la nature et dans la nature la loi du plus fort a toujours été respectée. Les saprophytes que nous sommes n’ont jamais été au sommet de la chaîne. Darwin nous avait prévenu, l’homme est une simple espèce, un animal interdépendant qui se cache et baisse les oreilles quand il a peur…
6/Darwin : l’Ultima Cordillera !!!!! L’aventure prend fin et, ce matin, devant nos yeux ébahis, en grande Dame que tu es, c’est déshabillée que tu t’es présentée. Venue nous dire au revoir ou adieu… ? Tu étais si belle dans ta nudité… Chaque pointe, chaque courbe de ton corps se dessinaient sur ce ciel enfin devenu bleu…
7/Darwin, Shipton, lequel des deux est devant nous, lequel des deux est le plus haut, quel itinéraire, quel glacier, quelle arête choisir ? Autant de questions que nous nous sommes posé, sans en trouver les réponses … C’est donc un curieux sentiment qui m’habite en ce jour de départ. Mélange de joie, de fascination et impression d’immense petitesse…
8/On aura appris qu’en Patagonie, la mer peut vous refuser la montagne… Bref, la montagne tu ne la touches pas comme ça en Terre de feu, n’est ce pas Dom ?… Yvan, merci d’avoir rendu cette aventure possible, merci de m’avoir proposé il y a près de 2 ans un soir à l’Ice de l’Argentière-la-Bessée de m’associer à ce projet… Au fait, tu en as d’autres des projets aussi fous que celui là ? Oui ?
9/Le feu, on le retrouve dans la chaleur de l’accueil et la sympathie des gens qui vivent ici, mais pas dans le climat. La Cordillère de Darwin est constituée de montagnes mystérieuses, pudiques qui ne dévoilent que très rarement leurs charmes. Nous l’apprendrons plus tard à nos dépends…
9/Voilà cinq semaines que nous attendions cet instant, le Mont Shipton est face à nous, imposant, ses immenses calottes glaciaires surplombent de grandes faces mixtes, une crête interminable le relie au Mont Darwin. Pas un souffle de vent n’agite les arêtes. Les conditions semblent parfaites, la montagne s’ouvre enfin à nous… Un bruit sourd se fait entendre… Alejandro, le capitaine du Nueva Galicia, vient de démarrer le moteur, c’est le départ
10/Terre de Feu : terre de contrastes et du risque réalisé. Mais aussi terre de rencontres, de découvertes et d’action. Terre australe et austère, où chaque jour se mérite, où demain est incertain mais où chaque journée qui s’achève porte en elle une victoire pour la vie. Et j’ai aussi appris à vos cotés que le seul et véritable échec, c’est la passivité et l’inaction…
Le trombinoscope



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De gauche à droite, de haut en bas : Dominique Stumpert, guide à Pelvoux – François Neukirch, alpiniste et entrepreneur Mat Carlhian, aspi et moniteur de ski, Montgenèvre Huber Sémiond, glaciologue et skieur
Pascal Arpin, guide en Haute-Tarentaise Pierre Muller, médecin urgentiste et guide
Stéphane Molinari, guide au pays des Ecrins -Yvan Estienne, papa alias le chef
Thomas Baratier, le webmaster -Yann Michallet, organisateur du Derby de la Meije
Yann Estienne, aspirant guide au pays des Ecrins