Par JPP
Tous les sommets auraient été conquis et la montagne ne serait plus qu’un parc de loisirs géants (et extrêmes)…Tous ? Non. Yvan Estienne, 58 ans, guide au Pays des Ecrins, met le cap sur les dernières cimes sans nom. Et ce n’est ni sur la Lune, ni sur Mars…
Le bled le plus « proche » s’appelle Ushuaia, faubourg d’un bout du monde si cher à Nicolas Hulot. Mais il n’existe ni aéroport ni route –seulement le bateau, en guise de camp de base– pour se rendre là où Yvan Estienne s’apprête à conduire une expédition baptisée « Rêve de Darwin ». Un rêve digne du cercle des explorateurs disparus : poser le pied sur une parcelle — aussi résiduelle soit-elle– de Terra Incognita. Concrètement, il s’agit des derniers arpents de la planète encore inexplorés au XXIe siècle, un « blank on the map » à l’ère de Google Earth.
La destination d’Yvan et sa quinzaine de compagnons se situe à 12 000 km du soleil de la Vallouise et du Pays des Ecrins. Patagonie, le Sud du Sud de l’Amérique en Terre de Feu chilienne. Un grand vent, le williwaw, balaie un champ glaciaire vaste comme tous les glaciers des Alpes réunis qui entreraient dans la mer, en s’éboulant dans des fjords profonds comme des abîmes. Une chaîne les hérisse. La Cordillère de Darwin — nommée d’après le père de la théorie de l’évolution– figure le dernier soubresaut des Andes à la pointe du continent où l’Atlantique et le Pacifique s’affrontent. Son principal sommet –Mont Darwin, environ 2500 m– a été conquis et ses marges abordées. Mais son cœur et ses pentes restent globalement vierges, malgré les récents raids du franco-suisse Christian Clot (en 2006). Vierges et pour cause…
Le secteur a la réputation – justifiée– de posséder le « plus redoutable climat du monde » entrecoupé de rares accalmies miraculeuses. En colère le williwa peut souffler à 250 km/h. Sans prévenir. Force 4 sur une échelle des ouragans qui en comporte cinq. Ici en Vallouise, à l’heure de boucler deux ans de préparatifs, Yvan n’ignore rien des nuances cauchemardesques de son « Rêve de Darwin » :
- Notre objectif est d’être les premiers hommes à gravir des sommets inconnus, à skier des glaciers que personne n’a encore foulés. On a appelé ça un « rêve » parce qu’aujourd’hui c’est tellement exceptionnel de pouvoir aller là où personne n’a jamais mis les pieds ! On sait bien que le climat est extrême, qu’il va falloir affronter des bourrasques énormes, une météo capricieuse. Mais je crois que c’est cet ensemble qui nous a attiré, résume-t-il.
Yvan Estienne est né au Pays des Ecrins, « comme mes parents, mes grands parents, mes arrières grand parents…Ca remonte à loin », dit-il. Vivre au pays s’imposait. Il a été pisteur et chef pisteur à Puy-Saint-Vincent, avant de devenir guide à temps plein. Et d’assumer un appétit de « globe-grimpeur » : il entraîne aujourd’hui ses plus fidèles clients à travers l’association Azimut, qu’il a cofondée. A son palmarès, trois 8000 dont deux fois l’Everest, l’Aconcagua (Argentine), le Chopicaqui (Pérou), le Kédar Dom (Inde), le Pic Lénine(Kirghizistan) parmi d’autres mythes planétaires…
Pas de doute, la spécialité destinée à des fondeurs d’après la fonte (des neiges) a une longueur d’avance sur le célèbre réchauffement de la planète. Adieu planches, bonjours roulettes. On s’amuse mais on ne se moque pas, il ne s’agit pas d’une discipline au rabais, au contraire : l’exigence athlétique du haut niveau est au rendez-vous. Si vous êtes parmi nous au Pays des Écrins, ce week-end, vous pouvez vérifier. Du pas de patineur, du muscle de la sueur … On s’affûte pour l’hiver. Sinon, regardez …
Des images en léger différé puisque celles-ci (merci TLC ! a) datent de l’édition 2008. Les championnats de France de rollerski devaient se dérouler de ce vendredi 28 août à ce dimanche 30. Au programme du samedi :
- Prologue : Maison du Parc à Vallouise -> Puy Saint Vincent 1400; course contre la montre sur une distance de 4 kilomètres pour 250 mètres de dénivelé.
- Sprint : au Centre ville L’Argentière la Bessée, course contre la montre sur une distance de 200 mètres éliminatoire avec tournoi final.
Au programme du dimanche :
- Course poursuite sur le parcours Pelvoux -> Ailefroide pour une distance de 5 kilomètres et un dénivelé de 500 mètres.
La compétition clôture le stage de l’équipe de France dont les membre affrontent les meilleurs privés.
Pour tout savoir
Et si vous ne savez pas quoi faire ce week-end, cliquez ici
1977, je suis étudiant à Nice. Je viens de réussir le diplôme de moniteur de ski.
Je suis peu intéressé par mes études, j’ai décidé de devenir guide (…) J’avais l’habitude de grimper au Baou de Saint-Jeannet. C’est là que j’ai eu l’occasion de rencontrer Patrick Berhault (…) Patrick gravit presque toutes les voies les plus difficiles en escalade libre, ce qui est alors totalement nouveau et révolutionnaire. Il appelle cette façon de faire : grimper en jaune. Pour lui, « jaunir les pitons » signifie « ne pas les utiliser. »
(…) A cette même époque, je grimpe aussi avec Patrick Edlinger, que je connais depuis un an. Je l’ai rencontré à Ailefroide, où il a l’habitude de passer l’été avec ses parents, en réalisant des ascensions dans le massif des Ecrins. Les deux Patrick ne sont pas encore célèbres, et ne se connaissent pas (…) Il me vient l’idée que s’ils se rencontraient et grimpaient ensemble, ils progresseraient très vite, et feraient des miracles. Je vais faire en sorte qu’ils se rencontrent à Nice chez Patrick Berhault.
Dans sa maison, il y a une barre à tractions, entourée par une sangle. En guise d’entraînement, Patrick Berhault passe un doigt dans la sangle et effectue une traction d’un seul bras, suspendu sur un seul doigt.
Les deux Patrick passeront plus de trois ans à grimper ensemble…
Patrick Edlinger restera très attaché au site d’Ailefroide. Il y reviendra chaque été pendant plus de 10 ans, pour pratiquer l’escalade en bloc et en falaise. Il y ouvrira des passages de bloc d’une difficulté extrême.