« Nous avons vécu une aventure extraordinaire. Mais tout reste à faire. La cordillère Darwin reste un défi majeur. Il y a ici pour un siècle d’alpinisme à venir. »

Yvan Estienne, guide des Ecrins, chef de l’expédition « Un Rêve de Darwin » à l’AFP, ce 30/10/2009.

Un siècle d’alpinisme à venir … Noble phrase, magnifique perspective, vaste programme. A suivre, donc.

La réflexion de l’explorateur Christian Clot : quand les Russes et les Chinois s’y mettront….

Oui mais, les haut-alpins ont-ils dit leur dernier mot ?Mont Darwin

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J’ai l’air fin avec ma carte postale virtuelle du Cervin népalais, alias Ama Dablam, offerte sur ce blog à une certaine « Lu » ou « Lulu » …

Quelque part sur la Cordillère Darwin, entre  54°15’ et 54°50’ de latitude Sud, au bout du bout du monde austral, une cime s’appelle désormais Ludivine. Pas très haut mais très costaud et décoiffé en crête par un vent de 90 km/h  pelletant une tempête  de neige chronique.

 Il a été baptisé en l’honneur d’une jeune femme native du pays des Ecrins par un groupe d’alpiniste en expédition, au bout de six heures d’effort. C’était le 19, jour anniversaire de Ludivine Estienne, la fille du chef du rêve de Darwin Yvan Estienne.

Il paraît que, sur la plage aux congères de Bahia Pia, une otarie a applaudi. Ludivine a décidé de rester avec l’équipe jusqu’au bout. Qui a envie que sa part de rêve prenne fin ?

Depuis le Rêve de Darwin a fait des petits. Darwin 1 (D1) et Darwin 3 (D3) (la  D2 joue avec les sommets). Vous lirez tout ça sur www.unrevededarwin.fr . L’Amérique australe a décidément tendance à dépeupler les Vigneaux, au Pays des Ecrins, au profit de l’Amérique australe. Dans la famille Estienne, je demande le frère. Et cette fois c’est Gérard qui embarque dans le Rêve de Darwin.

Aux dernières nouvelles, l’équipe D2, celle de Dominique, Yann et Mathieu, a conquis un deuxième et sans doute un troisième sommet.  On attend confirmation quand iridium voudra bien s’exprimer. Yvan, Estienne Père, sans doute lassé de naviguer a décidé de les rejoindre (oui la montagne est l’avenir de la mer, je vous l’affirmais).

La D1 persite elle à caboter au Sud du Sud. On devrait dire « Cap-horner » en l’espèce.  Le voilier de 11, 80 skippé par l’ami Marcel, un belge des Antipodes se nomme Iorana.

C’est simple, « Iorana » signifie bonjour en Polynésien. C’est dans le titre d’une chanson traditionnelle interprété par une sirène surfeuse brune de l’Ile de Pâques (elle ne s’appelle pas Ludivine). Quelque chose en elle de la saudade des îles du Cap Vert. Ca berce comme un roulis transatlantique. Je la dédie à tous les insomniaques. Moi, je dois être très fati…..fa…f…..

J’ai l’impression que la sirène brune chante dans mon rêve.

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Darwin (la cordillère) a une sale manie : ses sourires se figent en grimaces… Même à 13 800 km, nous le percevons. A l’heure du debriefing vespéral, dans le camp refuge de la Maison Estienne aux Vigneaux en Pays des Ecrins, Annick Estienne ausculte la langue du glacier Roncagli sur l’écran de son PC. C’est à la fois sublime, sur le plan esthétique, et techniquement vilain.
Son oeil de femme de guide se plisse. Elle a naguère accompagné plus d’une fois Yvan, le chef du Rêve de Darwin, en expédition
–Je ne vois pas ni où ni comment ils pourront passer.

L’oeil d’Annick ne s’est –hélas—pas trompé. Le glacier qui semblait une porte vers le Mont Darwin en interdit en réalité l’accès. Très crevassé, trop. C’est ce qui nous semblait. Vous le lirez sous la plume de Thomas sur www.unrevededarwin.fr.

Yvan et ses trois compagnons ont renoncé à gagner le point de jonction prévu avec la première équipe, débarquée à Yendagaïa, qui progressait sur la cordillère depuis 4 jours. On ne parlera pas de rendez-vous manqué. Car cette cordée, où figure cette fois Yann, le fil d’Yvan et d’Annick doit aussi faire demi-tour.

Pour ajouter une pointe d’amertume à cette soupe à la grimace aussi grumeleuse qu’est suave le velouté d’Annick, la météo tourne. A priori la Nueva Galicia, le bateau camp de base, était hier bloquée au port.
Dans les Hautes-Alpes, au Pays des Ecrins, ce matin le temps vire à l’unisson des caprices d’un printemps austral ronchon. Dans ce pays aux 300 jours de soleil c’est assez rare pour être souligné.

Je m’en voudrais de vous laisser sur cette note aigrelette. Hier après midi, j’ai accompagné Michel Dimitrieff, le routeur météo de l’expé, au rocher baron. Il a grimpé avec des enfants en situation de handicap, comme lui, avec la complicité bénévole des guides du bureau des Ecrins. Il y avait Gérard Pailheret, Guillaume Christian et André Giraud.
Michel grimpe vite. –C’est fou comme il progresse, note Guillaume.
Dans ma tête et mon coeur, l’image du jour c’est celle de Michel. A mi-paroi, il tend la main à la petite Pauline. Elle sort sur la corniche. Ca vaut toutes les grandes expéditions croyez moi. Un Everest d’émotion.

PS. Dicton à l’ordre du jour : petite pluie abat grand vent. On a eu les deux. Ma propre modeste expédition semble prendre l’eau. Je devais réalise des prises de vue aériennes en Savoie, de l’autre côté du Galibier. Michel Dimitrieff me dit ce que sera jouable dimanche.
Si Michel me le dit, alors j’y crois. Je volerai.

Aujourd’hui, il neige sur Ushuaïa. Printemps, oui, mais austral quand même. Pas de son de l’expé. Iridium, iridium à quoi sers-tu ? A moins que….

–« Si tu étais concentré sur une affaire urgente, tu ne le couperais pas ton téléphone, toi ? », me fais remarquer l’ami Serge d’Ushuaïa. Oui, certes. Ben oui Serge.

Pas de son, alors quelques images muettes mais parlantes.

Caleta Ferrari – Bahia Yendegaïa, entre Cordillère de Darwin au nord et canal Beagle au sud. -54.8666667° -68.75°. Le numéro gagnant d’un gros lot en forme de paradis presqu’antarctique… Un corridor écologique intact. Chevaux et taureaux sauvages, oies de kelt et j’en passe (des oiseaux rares). Sur l’ancien territoire des indiens Yamanas –ils se nommaient eux-mêmes « bien portants » dans leur langue— se trouve une estancia de 40 000 km 2 dépendant d’une fondation, dont Serge nous a parlé. Un gaucho solitaire (presque) vit là depuis 11 ans. Sympa, et sa copine d’origine belge aussi, notre correspondant d’Ushuaïa les connait bien.

Ici une seule loi règne : « Ceux qui viennent aiment la nature, la paix, la solitude » (tiens, je n’ai pas souvenance du passage de Nicolas Hulot, ici, dites mois si je me trompe ?). La bande des 12 hauts alpins avec Yvan Estienne à sa tête a frappé à la bonne porte pour pénétrer sur le territoire de la Cordillère Darwin. Un hâvre, un répit avant d’attaquer vent debout les glaciers vierges et sommets inconnus qui les attendent désormais.

Ceux qui viennent ici aiment la nature… Ca me rappelle un autre décor. Et je n’en connais qu’un seul de comparable à sa manière, avec son Pelvoux, sa barre des Ecrins, son pré de Madame Carle …. et le sanctuaire du Parc naturel auquel il donne accès : le Pays des Ecrins. C’est en France dans les Hautes-Alpes. Ca ne vous tente pas ?
Moi j’y file au Pays des Ecrins. Demain à la même heure, si tout va bien, je serai avec Annick Estienne, l’épouse d’Yvan, la mère de Yann et Ludivine, dans la Maison Estienne, aux Vigneaux. Et si iridium veut bien fonctionner, on tentera une réunion de famille.

Je laisse à Serge le soin de continuer sa veille.
Si l’Espagnol (la langue) ne vous rebute pas, jetez un œil ci-dessous. Et faites de beaux rêves.
http://percataldo.spaces.live.com/blog/cns!79234704950A7CA4!435.entry

Les images promises. Attention, certaines peuvent choquer les « âmes sensibles ». Déconseills aux enfants, ce n’est pas une blague. La vie sauvage ne ressemble pas à du Walt Disney.

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La citation du jour dédiée aux alpinistes et grimpeurs de l’expé Un Rêve de Darwin qui débarquent du Bahia Azul dans une baie de la cordillère du même nom (voir précédents billets)…
« Celui qui n’a pas d’objectif ne risque pas de l’atteindre »
Sun Tzu, stratège chinois du Vie siècle avant J.-C. dans L’Art de la guerre.
On dirait un truisme, pourtant pensez-y…
Sun Tzu est le maître des maîtres en stratégie du contournement et Yvan Estienne, 58 ans, guide au Pays des Ecrins qui conduit l’expédition française à la conquête des dernières terres vierges, un habile disciple. Un retournement de son plan initial, contrarié l’armée coalisée des éléments hostiles, lui permet de toucher à son objectif. La traversée se fera d’Ouest en Est et non d’Est en Ouest (je précise : de l’Atlantique vers le Pacifique et non plus l’inverse, vous aviez rectifié de vous-même) comme cela avait été planifié. Place à la conquête.
La leçon d’une éprouvante semaine est une belle leçon de management et de prise de décision en situation difficile et/ou imprévu conformément à l’un des buts scientifiques (parrainé par l’Agence nationale de la Recherche, en l’occurrence) de l’aventure entreprise. Les « décideurs » apprécieront, la finesse.
Et maintenant on fête ça : une autre histoire de persévérance, illustrée en beaucoup plus drôle, par un mini film de l’ami Serge d’Ushuaïa.
A l’intention du P’tit Jules (6 ans et demi) grand lecteur de ce blog, je répète qu’on appelle les pingouins d’ici des manchots. Regardez et souriez SVP.

Serge Ouachée, Ushuaïa, 21h30 heure fuégienne vendredi– 2h30 heure des Ecrins samedi.

Hello et Hola, amigos mios de los Ecrinos,

Une fois encore, leur  Iridium ne répond pas, donc pas de message direct (ndlr : grrr)

Yvan et son équipe s’apprêtent à débarquer (ndlr, si ce n’est fait à l’heure où vous lisez) dans une large baie à seulement 35 km environ de Ushuaïa, à quelques km du Parc national argentin Tierra del Fuego qui fait frontière avec le Chili. Enfin à deux pas de chez moi si on veut….

Ces terres hébergent une estancia appartenant à un milliardaire américain, Ted Turner. Un couple de gardien y vit : un gaucho chilien et sa copine, une femme et navigatrice belge tombée sous le charme du gaucho et de ses terres…

Il y a des corps de ferme, une piste qui relie Porvenir et un petit poste de douane. Nous allons de temps en temps à cette estancia pour faire du cheval avec nos amis jusqu’au pied du glacier Alemania qui sera sans doute la porte d’entrée de l’expédition haute montagne du Rêve de Darwin. L’acte II en quelque sorte : après le préambule voici le cœur de l’action.

L’endroit est bien entendu grandiose et superbe.. La bahia Yedengaïa a été formée par ce glacier Alemania.

A leur nord, l’expédition se va se trouver face à une courte et basse chaîne de montagnes appelées Montes las Piramides, à leur sud-ouest se trouve le Pico Francès qui culmine à environ 2 150 m ; un peu plus à l’ouest le Cerro Italia à 2 350 m ; deux sommets déjà atteints par des alpinistes.

Yvan et son équipe d’alpinistes vont certainement franchir le glacier Alemania et atteindre ainsi la Campo de Hielo (glacier central et majeur) de la cordillère Darwin ; de ce côté ils atteindront plus rapidement sur le planning le fameux mont Darwin et ses sommets proches inconnus ainsi que le cœur inexploré de la Cordillère.

A ce stade on peut se demander pourquoi l’expédition n’est pas partie d’Uhuaïa ? Quelques raisons à cela : d’abord elle devait progresser d’est en ouest à l’origine, ensuite Punta Arenas et plus importante qu’Ushuaï  et surtout et enfin des questions administratives… La cordillère de Darwin se trouvant en territoire Chilien mieux valait s’élancer depuis une ville chilienne (la frontière passe sur le canal de Beagle que je vous montrais hier soir.).

Sur www.unrêvededarwin, je me suis permis de rassurer Ludivine et les autres –ceux qui resteront dans la baie en attendant quelques jours l’arrivée du bateau camp de base Nueva Galicia– : ils seront bien accueillis par le gaucho et sa compagne, des amis.

Attention je ne voudrais pas qu’on croie que c’est la Croisière s’amuse. Loin d’être le cas. C’est maintenant que commence la très grande aventure pour Yvan et ses alpinistes, avec une semaine de retard sur le programme prévu. Ce qui est le moindre mal chez nous en Terre de Feu.

Pour situer les lieux et l’ambiance, un extrait vidéo amateur tourné manifestement lors d’une croisière (février 2008, en plein été donc).Regardez à quoi ressemblent les abords de la Cordillère.

Avec Serge Ouachée, à Ushuaïa – Situation au 1/10/2009, 01h30 heure locale des Ecrins.

Face aux conditions impossibles de navigation, changement de stratégie, on renverse le problème et on change d’embarcation, un transbordeur en acier au lieu d’une “lancha” en bois…Le Rêve de Darwin doit troquer La Nueva Galicia contre le solide ferry Bahia Azul à destination de Puerto Williams qui déposerait au passage les alpinistes sur la Cordillère de Darwin.Du coup, l’équipe d’alpinistes du Rêve de Darwin envisage désormais de tenter sa traversée de la Cordillère de Darwin non plus d’Est en Ouest, comme prévu, mais à l’inverse d’ouest en est. En partant cette fois de Bahia Yendegaia, pas loin d’Ushuaïa, pour se diriger vers Bahia oceano, au risque assumé de progresser avec le vent de face. Une éventuelle difficulté supplémentaire mais qui vaut mieux que l’inaction forcée des derniers jours. Une inaction relative, ci-dessous.
Attente---kayak

La prise de décision en situation imprévue… C’est justement l’un des thèmes d’étude scientifique de l’expédition française Un Rêve de Darwin conduite par le guides des Ecrins Yvan Estienne.

Face aux conditions météo qui lui interdisent l’accès à son objectif, la Cordillère de Darwin, Yvan a décidé d’appliquer la recette à chaud au prix de quelques nuits d’ insomnie.

Pourquoi cette décision ? Vagues de 5 mètres et vents de 45 noeuds.  La Nueva Galicia, vénérable et pittoresque lancha (bateau de pêche) en bois à bord de laquelle l’expé a établi son camp de base flottant, est un peu “juste” dans le contexte météo actuel du  détroit de Magellan.  Pour atteindre le point de débarquement initialement prévu et situé à l’Ouest de la Cordillère, la Nueva Galicia devait emprunter des canaux qui s’ouvrent sur le redoutable Passage de Drake et s’exposer à de forts courants, vents et houle. Trop dangereux pour ce petit bateau. Les tentatives ont été infructueuses. Aucune fenêtre météo favorable n’est prévue dans les prochaines heures par le routeur météo au Pays des Ecrins Michel Dimitrieff (Dibona). Ci dessous la Nueva Galicia sur fond de cordillère inatteignable.
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D’où l’option d’Yvan : changer de bateau en revenant au départ, à Punta Arenas. (Le Dr Muller et François Neukirch sont partis en éclaireurs). A Punta Arenas, un ferry en acier de 46 m et 384 tonnes assure la liaison avec Puerto Williams l’ultime ville chilienne (et au monde) . Son itinéraire  passe devant la Bahia Yendegahia au bord de la Cordillère de Darwin. Nom du transbordeur, Bahia Azul. Son capitaine affirme lui pouvoir affronter les éléments.

 Après négociations, il accepte de débarquer les alpinistes dans la Bahias Yendegaia. Le reste de l’équipe les rejoindraient avec La Nueva Galicia lorsque le temps s’arrangerait. Voilà le nouveau plan. Les alpinistes ont pris leurs billets à bord du Bahia Azul.

Hier dans le carnet de bord, le médecin de l’expé, le Dr Pierre Muller notait :

–“Il faudra toutefois que le vent se calme et les prévisions (hélas, ndlr) ne vont pas dans ce sens. L’inaction nous pèse. Cette solution devrait nous permettre de mettre les pieds plus rapidement sur la cordillère. ce matin nous avons croisé un détachement de l’armée brésilienne eux aussi sont en attente dune accalmie pour aller en Antarctique.”

Pour lire le reste et voir les dernières photos :

www.unrevededarwin.fr

La citation du jour, encore Moitessier :

-      Le vent a viré au sud-ouest, ce qui, conjugué avec la forte hausse barométrique, indique d’une façon formelle que la dépression s’éloigne de nous.
Dans Le cap Horn à la voile  (1966), histoire de faire venir le beau temps, on y croit.

Pour suivre le Rêve de Darwin, nouvelle adresse :

Bahia Yendegaia
bahia yende

Latitude. -54.8666667°, Longitude. -68.75°. Pour une fois très clair sur Google Earth.

Voir aussi :

http://travelingluck.com/South+America/Chile/Magallanes+y+Ant%C3%A1rtica+Chilena/_3867688_Bah%C3%ADa+Yendegaia.html#local_map

L’ancien plan de navigation ci-dessous abandonné hier  :
traces-de-navigation

Le nouveau plan de navigation qui suit la ligne du Bahia Azul.
nouveau plan

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Par Serge Ouachée, Ushaïa. 30/09/2009. 
15 h 42 heure française.

Pour ceux qui auraient manqué les épisodes précédents : Serge Ouachée
vit à Ushuaïa
et affrête notamment des croisières
extrêmes dans le secteur du Horn et parmi les archipels
du détroit de Magellan, où l’expédition Un Rêve de Darwin
a trouvé refuge avant de reprendre sa route vers
la Cordillère de Darwin, son objectif. Serge
from Ushuaïa est le nouveau super consultant
de ce blog
,
une perle qui connaît aussi le Pays des Ecrins,
Yvan Estienne, le chef d’expé, et ses lieutenants. Il fait aussi
de sublimes image. Le coucher de soleil en Terre de Feu,
ci-dessus, est de lui. C’est à toi Serge…

La nuit dernière, le vent a tourné N/W mais
ne faiblit pas forcément… Même si dans les canaux
c’est bien plus calme, pour atteindre leur objectif l’expédition doit sortir de l’archipel par
le canal Cockburn
pour rejoindre la Bahia Desolada
et ainsi le canal Beagle (bras nord-est) et entrer
dans le fjord en question (Bahia Oceano, où il était
prévu qu’elle débarque en fin de semaine dernière).

Rappel : l’accès à la Cordillère ne se fait que par la mer et les canaux.

Si je lis ce genre de bulletins météos et que je suis
dans les canaux, j’estime que cela n’est pas bon
et je
me mets à l’abri dans une caleta et surtout je ne tente
pas la sortie vers le Passage du Drake (cap Horn !). J’ajoute facilement 15 à 20 noeuds supplémentaires
de vent aux bulletins annoncés pour me rapprocher
de la réalité

Bref : malheureusement, Yvan Estienne et
les membres du Rêve de Darwin subissent
une météo pourrie
. Mais je les préfère là que là-haut,
avec ce temps. Et comme dirait l’autre : après la pluie
le beau temps ! Yvan a plus d’une corde stratégique
à son arc et une ruse dans son sac.  On peut lui faire confiance.

Alors comment Yvan-Ulysse-Estienne des Ecrins va-t-il s’en sortir ?

A suivre (aussi) sur :

www.unrevededarwin.fr

Pour les initiés, le bulletin météo de la Marine Chilienne :
http://weather.gmdss.org/bulletins/METAREA15.HIGH_SEAS_FORECAST_COASTAL.1124.3011251524756.html
ou
http://meteoarmada.directemar.cl/site/pronosticos/pronostico_canales_australes.html

S.O.

Pour suivre l’ami Serge sur le Web www.butterflyvoyages.com

Pour naviguer (virtuellement) vers
le Passage de Drake =
58°34′49′’s-62°54′34″o.

101-ushuaia-2Aujourd’hui mercredi 30 septembre, il fait grand soleil sur l’Argentière-la-Bessée (44°47’n-6°33’e)  avec une brise de demoiselle n’excédant pas les 5 km/h. (On n’est pas bien au Pays des Ecrins ? Venez, vous verrez).

Message reçu depuis Ushuaïa capitale argentine de la Terre de Feu, à l’est de la Cordillère de Darwin, de la part du nouveau correspondant local du Pays des Ecrins, « l’ami Serge d’Ushuaïa » résidant de la ville la plus australe du monde, la fin du monde.

54°48’s-68°18’w Le 29/09/2009 à 22 h 41 min

–Après une journée de calme, voici ce sacré vent du S/SO qui revient à la charge… (là, à l’instant où je t’écris ce message, la maison vibre et la terre de la  «  rue  » se soulève en énormes nuages de poussières marrons) C’est toujours aussi soudain et violent.

En 5 minutes,  ce vent te surprend et pas le temps de prévoir quoi que ce soit… Les pêcheurs des canaux connaissent de nombreuses caletas (petites baies) bien protégées où ils attendent que la baston fasse son oeuvre ! C’est ce que le capitaine de la Nueva Galicia (le bateau-camp de base de l’expé  Un Rêve de Darwin)  a  fait (et bien fait) entre Punta Arenas et la Bahia Oceano (ndlr : point de départ prévu de l’expédition Un Rêve de Darwin sur la Cordillère du même nom)

Une pensée  forte pour l’équipage d’alpinistes de la Nueva Galicia et son chef Yvan Estienne, guide au Pays des Ecrins. On  ne les laissera pas tomber dans la tempête, on croise les doigts pour la suite.

PS. Le sel des voyages ce sont les rencontres, mêmes virtuelles sur le Web. Notre nouvel ami  à Ushuaïa s’appelle Serge Ouachée. Son job ? Organiser des treks et des croisières aussi extrêmes en latitude que sur mesure pour ses clients tour du Cap Horn compris.

A suivre sur : http://blogbutterflyvoyages.wordpress.com

Serge connaît les parages comme sa poche, il m’a promis des cartes de l’Armada chilienne (la marine quoi) en échange de pizzas du cap Froward (voir nos échanges d’hier dans les commentaires). J’attends ces cartes super précises et je vous les faits partager.

Par JPP
Tous les sommets auraient été conquis et la montagne ne serait plus qu’un parc de loisirs géants (et extrêmes)…Tous ? Non. Yvan Estienne, 58 ans, guide au Pays des Ecrins, met le cap sur les dernières cimes sans nom.  Et ce n’est ni sur la Lune, ni sur Mars…

Yvan Estienne, 58 ans, chef de l'expédition "Un rêve de Darwin".

Le  bled  le plus « proche » s’appelle Ushuaia, faubourg d’un bout du monde si cher à Nicolas Hulot. Mais il n’existe ni aéroport ni route –seulement le bateau, en guise de camp de base– pour se rendre là où Yvan Estienne s’apprête à conduire une expédition baptisée « Rêve de Darwin ». Un rêve digne du cercle des explorateurs disparus : poser le pied sur une parcelle — aussi résiduelle soit-elle– de Terra Incognita. Concrètement, il s’agit des derniers arpents de la planète encore inexplorés au XXIe siècle, un « blank on the map » à l’ère de Google Earth.
La destination d’Yvan et sa quinzaine de compagnons se situe à 12 000 km du soleil de la Vallouise et du Pays des Ecrins. Patagonie, le Sud du Sud de l’Amérique en Terre de Feu chilienne.  Un grand vent, le williwaw, balaie un champ glaciaire vaste comme tous les glaciers des Alpes réunis qui entreraient dans la mer, en s’éboulant dans des fjords profonds comme des abîmes. Une chaîne les hérisse. La Cordillère de Darwin — nommée d’après le père de la théorie de l’évolution– figure le dernier soubresaut des Andes à la pointe du continent où l’Atlantique et le Pacifique s’affrontent. Son principal sommet –Mont Darwin, environ 2500 m– a été conquis et ses marges abordées. Mais son cœur et ses pentes restent globalement vierges, malgré les récents raids du franco-suisse Christian Clot (en 2006).  Vierges et pour cause…
Le secteur a la réputation – justifiée– de posséder le « plus redoutable climat  du monde » entrecoupé de rares accalmies miraculeuses. En colère le williwa peut souffler à 250 km/h. Sans prévenir. Force 4 sur une échelle des ouragans qui en comporte cinq. Ici en Vallouise, à l’heure de boucler deux ans de préparatifs, Yvan n’ignore rien des nuances cauchemardesques de son « Rêve de Darwin » :
- Notre objectif est d’être les premiers hommes à gravir des sommets inconnus, à skier des glaciers que personne n’a encore foulés. On a appelé ça un « rêve » parce qu’aujourd’hui c’est tellement exceptionnel de pouvoir aller là où personne n’a jamais mis les pieds ! On sait bien que le climat  est extrême, qu’il va falloir affronter des bourrasques énormes, une météo capricieuse. Mais je crois que c’est cet ensemble qui nous a attiré, résume-t-il.
Yvan Estienne est né au Pays des Ecrins, « comme mes parents, mes grands parents, mes arrières grand parents…Ca remonte à loin », dit-il. Vivre au pays s’imposait. Il a été pisteur et chef pisteur à Puy-Saint-Vincent, avant de devenir guide à temps plein. Et d’assumer un appétit de « globe-grimpeur » : il entraîne aujourd’hui ses plus fidèles clients à travers l’association Azimut, qu’il a cofondée.  A son palmarès, trois 8000 dont deux fois l’Everest, l’Aconcagua (Argentine), le Chopicaqui (Pérou), le Kédar Dom (Inde), le Pic Lénine(Kirghizistan) parmi d’autres mythes planétaires…

L’enfant des Ecrins avait cinq ans quand Paul Keller, athlète de la foi  et haute figure du Bureau des guides des Ecrins, réalisait la première de l’arête sud-est de la Tour du Mustagh-Ata. Ca marque : Yvan fera plus tard ce sommet comme chef d’ « expé ». Il avait 11 ans lorsque le même Keller secondait Lionel Terray dans la conquête du Jannu (Népal). En 1979, âgé de 28 ans, il gagnait lui-même sa place dans la cordée historique  des guides des Ecrins qui réussissait la première de l’arête nord de l’Ama Dablam (Népal) sous la conduite de Raymond Renaud. « La plus belle montagne du monde, sourie-t-il encore. C’est elle qui a été mon déclencheur. »
Trois décennies plus tard, son « Rêve de Darwin » peut s’apparenter à une sorte d’aboutissement. Même si l’altitude moyenne de la Cordillère de Darwin paraît modeste (autour de 2500), l’exploit ne serait pas moindre. Les conditions hyper hostiles, on l’a vu, et le fait de devoir repartir, pour chaque course, depuis le niveau de la mer, ne bradent pas le challenge.
- Comme pour toutes les grandes premières, je crois qu’il y a une véritable jouissance, avoue Yvan.
Pour autant, le défi ne relève pas d’une « conquête de l’inutile ». Prélèvement d’échantillons de glace et topos, étude du fonctionnement des écosystèmes, du stress et de ses répercussions somatiques sur les humains, de l’histoire des premiers Patagons (les Kaweskars) sont inscrits au programme d’une expédition pluridisciplinaire et internationale, à but pédagogique. Ainsi qu’un écrivain et deux cinéastes pour narrer le tout  à destination du grand public (un film de 52’ est prévu ainsi qu’un blog pédagogique).
Parmi les retours d’expérience très « utiles » attendus, deux chercheurs, français et canadiens, vont peaufiner une analyse du management d’équipe et du leadership stratégique dans des situations hautement risquées. Elle pourra resservir dans l’espace ou ailleurs.  Cette dimension, Yvan, par ailleurs enseignant au CRET (« prépa » au probatoire d’aspirant guide) de Briançon, l’a voulue :
- Avec un collègue, nous avons travaillé sur une étude de gestion du risque pour la partie non technique, autant dire humaine. Là on va pouvoir confronter nos théories à la réalité de l’inconnu absolu. C’est totalement passionnant, s’enthousiasme le guide.
L’enjeu  justifie que l’expédition soit financée sur les deniers publics par l’Agence nationale de la recherche (ANR) française et qu’elle ait décroché une  bourse de l’équipementier historique de l’aventure, Millet, dans la catégorie scientifique.
Reste une autre facette du personnage qui a sa place dans le défi : l’humour. Quand il ne grimpe pas, n’enseigne pas, ne skie pas en Argentine ou ne part pas dans des courses en Asie et ailleurs, il invente une rafraichissante caricature de guide de haute-montagne en BD, Désiré Lamour, dont un nouvel album doit sortir (éd. du Fournel). De l’importance tout aussi stratégique de savoir ne pas se prendre fatalement au sérieux …
Le début du « Rêve de Darwin »  est programmé autour du 20 septembre (retour en novembre). J’espère pouvoir transmettre ici des (bonnes) nouvelles de la progression d’Yvan.
En attendant, ce projet démontre déjà deux trucs réjouissants.
1/Passé cinquante ans, tout est vraiment possible même l’impossible !
2/ Passé cent ans, l’âge du Bureau des guides, les rêves ne s’éteignent pas au Pays des Ecrins !
En tout cas une manière intéressante faire coup double : célébrer un centenaire et un bicentenaire, celui de Charles Darwin.
Une question cependant : cela vaut-il vraiment la peine pour l’homme de s’échiner à colorier l’un des derniers « blank on the map » de la Terre à l’heure de la conquête de Mars ? Mais peut-il s’en empêcher ? Serait-ce la résultante de l’évolution de notre espèce chère à Darwin ? A votre avis ?