
En renonçant –sagement– aux 2500 m du Shipton-Darwin eu égard au temps imparti et à la météo subie, les guides du Rêve de Darwin dans la cordillère du même nom, n’ont pas eu à rougir. Au cours du demi-siècle écoulé — faut-il encore le rappeler ?– seules six expéditions internationales sur 70 ont touché le but fixé. Ici l’objectif était une traversée intégrale. Les éléments en ont décidé autrement. Idem pour l’ascension du culmen de la cordillère visée en dernier lieu, en guise de compensation sportive en quelque sorte.
Par la faute du dérèglement climatique, les conditions chaotiques de cette ultime terre au bout du bout de l’Amérique du Sud ne s’arrangent pas. Et se dégraderont, hélas, surement dans les décennies à venir dressant toujours plus de pièges et de chausses trappes sous les crampons des découvreurs du futur.
Les hommes d’Yvan Estienne l’ont vécu (Yvan en personne), notamment lors d’une tentative de franchissement du glacier Roncagli, désormais impossible en dehors du cœur de l’hiver austral qui solidifie à peine plus les glaces. Ils l’ont éprouvé lors d’une tentative –avortée– de passage du col Saint-Valentini. C’en était fait alors de l’objectif numéro 1.
Restait à réussir une autre expérience, dans une autre dimension. Celle-là a abouti. C’est une sorte de reconquête de l’essentiel, de »ce que l’on ne voit bien qu’avec le cœur »comme disait le renard au Petit Prince. Une qualité d’émotion sommitale qui se grave non pas dans la cire des tablettes du Livre des Records mais dans l’esprit (l’âme, si vous croyez) des Hommes se frottant à la haute mer comme à la montagne et qui les rend plus grands qu’eux-mêmes, plus grands que leur vie.
Ci-dessus (plus tard dans la journée), des extraits des souvenirs à chaud des guides du Rêve de Darwin que vous lirez en intégralité sur www.unrevededarwin.fr . Vous y retrouverez des reflets du passage initiatique dont je veux parler. Il y a aussi bien sûr des fragments d’un discours amoureux suscité par Eros, le discours du désir charnel inassouvi, le soupir du séducteur (macho ?) inassouvi , Don Juan pour une fois éconduit. Cela fait aussi partie du retour d’expérience de la Cordillère Darwin, qui demeure une terre d’exploration avant d’être un terrain d’exploits. Les deux mots commencent pareil mais divorcent après les premiers pas.
Tout apprentissage profond doit commencer par une révolte, une rébellion. C’est donc bon signe.
Dans cette philosophie-là, le chemin compte autant ou plus que l’objectif. C’était, m’expliquait l’explorateur Christian Clot (photo de sa tente solitaire dans la cordillère ci-dessus), la philosophie d’un Eric Shipton, himalayiste atypique de son temps, le premier vainqueur du Darwin au prix d’un jeu de patience qui dura cinq mois (et non cinq semaines ou cinq jours).
Elle est aux antipodes de ce qui fait courir aujourd’hui un Ueli Steck sur les cimes et les parois. Il exécute la face nord de l’Eiger en trois heures, et celle des Grandes Jorasses en 2h21’chrono. Et dire que l’on aime en France à dauber la prétendue lenteur suisse : Ueli, 33 ans, Piolet d’or, est originaire de l’Emmental et prépare ses courses comme un athlète olympique. Ca donne envie de le mettre au pied du Darwin . Je parie ma caméra que la Cordillère lui tiendrait le langage de la fable
–Rien ne sert de courir, mon petit Ueli…
Morale : cette autre approche de la montagne (par voie de mer, qui plus est) dont nous parle la Cordillère Darwin, est celle que nous choisissons, ici, sur www.ecrins-leblog.com. C’est elle que nous voulons promouvoir et faire partager, pas plus tard que demain, n’importe où sur la planète en commençant par Ailefroide, le vallon du Fournel, Puy Aillaud et autres lieux d’exploration.
Parce que le Rêve de Darwin s’achève sur le terrain mais continue dans nos têtes.
Comme dit le sage de Freissinières, j’ai nommé Lionel Condemine :
–Ce n’est pas à l’homme d’adapter la montagne, mais à l’homme de s’adapter à la montagne
Yvan des Vigneaux et les siens ont suivi ce haut et noble précepte. Nous saurons en tirer la leçon et la transposer à nos modestes expéditions. Oui, car même une randonnée peut être une expédition à la rencontre de l’essentiel.
« Nous avons vécu une aventure extraordinaire. Mais tout reste à faire. La cordillère Darwin reste un défi majeur. Il y a ici pour un siècle d’alpinisme à venir. »
Yvan Estienne, guide des Ecrins, chef de l’expédition « Un Rêve de Darwin » à l’AFP, ce 30/10/2009.
Un siècle d’alpinisme à venir … Noble phrase, magnifique perspective, vaste programme. A suivre, donc.
La réflexion de l’explorateur Christian Clot : quand les Russes et les Chinois s’y mettront….

A 13 800 km d’ici, au Sud, un Rêve de Darwin joue les prolongations histoire de faire cueillette de sublimes images (ci-dessus) destinées à compléter un film sur les hauts lieux de l’alpinisme patagon. Perito Moreno (un glacier pas un cousin de Carlos Gardel) et Mont FitzRoy comme un saphir dans l’écrin des Ecrins. Sûr que les spectateurs auront leur part de rêve servie dans un fauteuil…
Allez, faut se réveiller… Annick Estienne, la femme d’Yvan, s’est chargé de me pincer gentiment :
–Nous allons tous un peu revivre ou vivre tout simplement… Eh oui, c’est ça une expé; il faut réapprendre à vivre après….
Merci Annick. Même si pas évident.
Avant de “sauter du lit” retour sur www.unrevededarwin.fr, une minute encore. Ca y est la relation (presque) intégrale de la folle semaine des guides des Ecrins sur les pentes de la Cordillère est en ligne. A ne pas rater. Inutile de la paraphraser.
Pourtant je reviens comme malgré moi sur deux ou trois épisodes.
1/ L’explorateur Christian Clot doutait que l’on puisse franchir l’obstacle d’une insensée forêt primaire au sol tourbeux et spongieux avec des skis sur le dos. Il n’avait pas compté avec le coup de machette de Dominique, je crois, pour se frayer un chemin dans les nothofagus (faux hêtres mais vrais guépiers) aussi biscornus qu’enchevêtrés….La machette, je croyais que c’était l’apanage tropical des coupeurs de cannes. Raté : encore une spécialité pelvousienne qui m’avait échappé.
2/La Cordillère de Darwin parle occitan, voire le patois des Ecrins : « le col du Boutchiul » (ou col du buisson en parler de la Vallouise) culmine à 1440 m, belvédère avec vue exclusive sur le Shipton-Darwin. Ses coordonnées GPS sont : S 45 48 59-W 69 28 37. Autres données : le « Pico Ludivine » (du nom de la fille d’Annick et Yvan, un cadeau d’anniversaire de galants guides) culmine à 1187 m. (S 54 48 49
W 69 32 07).
Pour mémoire en Cordillère de Darwin toute course part du niveau de la mer, 1200 m équivalant à du 5000 m ailleurs sur la planète pour causes atmosphériques (selon Christian Clot).
3/ Yamahuste ! Un nouveau mot devrait apparaître dans le dictionnaire Chileno/occitan (mais ne le cherchez pas encore c’est un pur néologisme). En fait l’acronyme pour Pour YAnn, MAthieu, HUbert, STEphane, ses “conquérants”. C’est à ça que l’on sait que l’on a changé d’ère. Fut un temps où ce genre de privilège ne se partageait guère. Yann et Mathieu étant de surcroît deux “bleus”. A ce propos un rectificatif : c’est Mathieu Carlhian qui appartenait à la même promo de l’ENSA que Karine Ruby qui a désormais aussi son Pico darwinien. Yann Estienne les suivait dans la promo d’après.
En tout cas voilà une cordée unie dans le marbre des tablettes (sous réserve bien sûr d’homologation par les autorités chiliennes). Une leçon d’amitié et de confraternité qui va bien dans le sens de l’esprit du centenaire bureau des guides de Pelvoux (Ecrins). Solitaires souvent, solidaires toujours.
Voilà, je ne pourrais pas être de la fête du retour au Vigneaux. J’enrage, mais je leur prépare une surprise virtuelle sur ce blog qui continue son expé à lui sur d’autres chemins, peut-être plus proches désormais de la vallée. Allez savoir ?
Mes respects à l’Amiral, alias Henri qui cite sur www.unrevededarwin.fr un grand poète libanais :
– Entre les rivages des océans et le sommet de la plus haute montagne est tracée une route secrète que vous devez absolument parcourir avant de ne faire qu’un avec les Fils de la Terre.
Je la lui pique parce qu’elle était trop belle pour moi…

Nous nous y préparions, c’est en cours de réalisation dans une difficulté extrême, à l’image de la Cordillère Darwin, au bout du bout du monde austral.
Darwin 2, à savoir vraisemblablement Dominique Stumpert, Yann Estienne, Mathieu Carlhian et/ou leurs compagnons de montagne (ils sont sept) ont entrepris l’ascension d’un des points culminants de la Cordillère Darwin dans des conditions météo épouvantables, propres à la cordillère, auxquelles nous sommes habitués (et eux aussi).
Ils ont été bloqués par une tempête dans la journée d’hier lundi 26. Retour au camp de base flottant Nueva Galicia.
Le site officiel www.unrevededarwin.fr évoque aujourd’hui une tentative d’ascension du Mont Darwin alors que les précédents messages émis faisaient état d’une préparation autour du Mont Shipton. S’agit-il d’une confusion ? Pour mémoire Darwin et Shipton sont des sommets distincts même si l’himalayiste britannique Eric Shipton a nagère les a lui même confondus. Allez disons que c’est le Shipton-Darwin !
A l’instar de la météo (pluie) les communications sont mauvaises avec la Bahia Pia, vous le lirez sur www.unrevededarwin.fr, le compte rendu préparé par Yvan n’a pu être transmis ou reçu.
Les guides de Darwin 2 qui se sont préparé une semaine durant en multipliant les premières (voir nos précédents billets) devaient faire une nouvelle tentative dans la matinée de ce mardi 27. L’ultime ?
A suivre pour le dénouement, dès ce soir ou cette nuit, ici même et sur www.unrevededarwin.fr.
Sinon, nos amis les médias se réveillent enfin. Les membres de l’expé ont donné une interview samedi dernier sur France Info.
Autre médiatisation sur le net à découvrir ci-dessous sous forme de diaporama en forme d’hommage aux “Derniers aventuriers”. Un excellent titre !
Précision : notre image (aquarelle) du jour (ci-dessus), le Mont Shipton, provient du film Ultima Terra de l’explorateur Christian Clot.
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Ils sont aspirants guides, ont 27 ans en 2009. Quand ils en avaient douze, le temps de l’amitié à vie, le dôme des Ecrins leur servait à tous deux de jardin d’enfance de (futurs) guides de haute montagne. Les photos en Kodachrome des albums de famille ont postérisé leur slalom parallèle. Close up sur Yann et Mathieu
Yann Estienne, le fils du chef de l’expédition Un Rêve de Darwin et d’Annick (que nous avons rencontrés ensemble sur ce blog). Mathieu Carlhian, le fils de Jean-Paul, délégué régional de l’Ecole du ski français à Montgenèvre et d’Elisabeth, brune et douce sujette d’Albion (Grande Bretagne) tombée en amour pour les Ecrins et un homme taillé dans un bloc d’Ailefroide, aux yeux d’azur par-dessus les cimes. J’ai désigné Jean-Paul.
Les destins de Yann et Mathieu se sont croisés avant qu’ils ne se rencontrent au collège, comme des traces dans la poudreuse vierge. Avaient-ils quatre ou cinq ans ? Le premier juché sur des crampons sur mesure, un piolet forgé et taillé exprès pour sa menotte. Le second sur les spatules paternelles.
Ils avaient rendez-vous depuis longtemps, sans le savoir forcément (on pressent surtout a posteriori, non ?), dans un fjord profond de la Cordillère Darwin au Sud du bout du monde austral, en bas tout en bas de l’Amérique latine. Là où la nature se contrefout des règlements et des contraintes qui, ailleurs (dans les Calanques par exemple), excluent l’humain ; le genre d’endroit où l’humanité localise les lieux sacrés et tabous et fantasme des Atlantides mythologiques, forcémet mythologiques….
Rendez-vous pour la cordée de Mathieu et Yann, dans les heures qui viennent– si ce n’est fait, avec des sommets vierges encore anonymes, par-delà le glacier Pia quelque part au Nord de cette Cordillère Darwin (à en croire Google Earth), derrière et autour ces Picos Francès et Italia, déjà gravis.
La Cordillère Darwin au cœur inviolé demeure pour l’heure terre d’exploration absolue plus que de conquête ou d’alpinisme/ski, comme nous le rappelait ici Christian Clot.
A la mi-temps du budget imparti, l’expédition dirigée par Yvan Estienne et François Neukirch a accepté –comme vous le lirez ou l’avez lu sur www.unrevededarwin.fr le deuil de l’impossible traversée intégrale du cahos, l’objectif initial qu’elle s’était fixé. Assumé certes pas digéré.
L’essentiel : un groupe d’alpinistes (Darwin 1) s’apprête, à l’heure où j’écris, à déflorer ces pentes, ces cascades de glace, ces parois soufflées par un williwaw qui déneige mieux qu’un réacteur de 747 sur les piste sur l’aéroport de Montréal ou de Moscou…
Yann et Mathieu,et leurs compagnons de cordée, à savoir selon le site officiel de l’expédition : Momo (Stépane Monari), Pierre M. (Muller, médecin urgentiste et guide), Hubert (Semiond), Pinpin (Pascal Arpin), ont été confiés par Yvan à la vigilance de l’expérimenté Dominique Stumpert, de Pelvoux.
A une exception « tarentaise » près ( celle de Pinpin si je comprends bien), ce sont les montagnes du Pays des Ecrins et du Briançonnais qui doivent épouser cet ultime frisson des Andes, en zone sub polaire et antarctique, qu’est la Cordillère Darwin.
Yvan, 58 ans, a fait cadeau aux « jeunes » de la part à laquelle aspirent leurs ambitions et leur carrière à venir. Cette part qu’il a reçu lui-même voilà 30 ans de Raymond Renaud sur l’Ama Dablam, dans une cordée historique qui a marqué un siècle de guide en Ecrins.
Darwin 2, l’autre groupe ou Les « Vieux » (pardon Yvan, si tu me lis), soit Estienne père, Pierre Petit, Thomas (un junior quand même) et François Neukirch (une sorte de Branson à la française) semblent avoir chopé ce drôle de virus qui traîne dans les pages du bouquin de Jean Raspail Qui se souvient des hommes. Quelque part une des grandes leçons de Darwin semble être passée par-là.
Le virus « HXNX » (au moins) de l’exploration et qu’ils cultivent dans une croisière à bord du voilier Ionara skippé par un certain Marcel, et que j’ai moi-même contracté à distance virtuelle, par procuration numérique. Ils naviguent désormais à la rencontre de l’autre, notre frère qui a choisiou non de vivre entre 40° et 50°. Il s’appelle José, Serge (Ouachée), Anémie, Marcel donc, Christian (Clot) et a aussi sûrement un nom dans la langue des Yamanas.
Je les envie… Et vous, seriez-vous plutôt Darwin 1 ou 2 (gros dilemme, non) ?
PS.
– A Puntas Arenas, le cœur d’Aurora, mère d’Alejandro, le patron de la Nueva Galicia s’est remis à battre depuis que la vielle lancha familiale a repris la mer.
–Aux Vigneaux , l’anxiété d’Annick Estienne s’est allégée de quelques tonnes, cela se sent à sa voix et à ses messages sur le site www.unrevededarwin.fr
–Sur le terrain, en espérant que l’équipe n’a pas oublié de se munir à Santiago du Chili des vues aériennes indispensables pour l’appréciation des sommets à conquérir, les alpinistes restent à la merci d’un météo valable pour les 3 heures qui suivent et un micro périmètre de 10 km 2. Je leur transmets ainsi qu’à Michel Dimitrieff à Vallouise le truc de l’explorateur Christian Clot.
–Appeler la météo de l’aéroport de Punta Arenas et donner sa position et son altitude, le seul moyen d’avoir une prévision provisoire dans l’imprédictible Darwinesque.
A suivre si vous le voulez-bien sur www.unrevededarwin.r et ce modeste blog…
Pour l’ambiance quelques images du glacier Pia, photos et vidéo, comme si vous débarquiez là-bas.
Si l’envie vous prend d’y aller :
http://www.voyageatheme.com/index.htm?http://www.voyageatheme.com/voyage.php?voyage=ARCR001
Citation du jour dédiée aux hommes et femmes de la Nueva Galicia, du côté de la Bahia Yendegaïa et /ou du glacier Roncagli.
“Ce qui m’intéresse c’est la vie des hommes qui ont échoué car c’est le signe qu’ils ont essayé de se surpasser”.
C’est de Clemenceau Georges, alias le Tigre. (Ne pas oublier de se méfier de la commisération de ce genre de grand fauve tutélaire).
Mais, en réalité, l’équipe du Rêve de Darwin, certes au sec sur le rivage de la Cordillère Darwin, selon les dernières news, n’a pas échoué pour autant. Ce n’est, vous l’avez compris, qu’un clin d’oeil…
Avec Christian Clot, explorateur, géographe et historien de l’aventure en Terre de Feu, nous persévérons à restituer toutes ses dimensions à l’impossible traversée intégrale de la Cordillère Darwin qu’a tentée le Rêve de Darwin, alors que l’expédition française conduite par Yvan Estienne, guide de haute montagne au pays des Ecrins et composée de scientiques et d’alpinistes du Briançonnais, a débuté voilà maintenant 18 jours. 18 jours riches en rebondissements et quelques galères comme vous l’avez lu ici et sur www.unrevededarwin.fr.
Rappel. Dès le début de l’aventure, une “banale” (on veut dire courante) tempête sub-polaire a contraint l’expé à s’attaquer à la Cordillère par le mauvais bout, l’Est (voir précédent billet). A cet égard Christian exprime un regret pour Yvan et les siens.
Avec Jorge Gonzales à la barre de la Nueva Galicia, le bateau camp de base, le Rêve aurait eu, selon lui, sa chance, de débarquer à l’ouest comme planifié à l’origine, dans la Bahia Oceano. Hélas Jorge n’est plus de ce monde. Son fils Alejandro lui a succédé. Mais ce sont (seulement) 20 ans d’expérience contre les 40 ans d’audace maîtrisée du père, s’agissant de sortir dans les canaux mal pavés de Patagonie par tous les temps. Que faire contre les décrets du destin ? Comment forcer la chance ?
Chance ? C’est le mot qui vient à l’esprit quand on évoque l’alpiniste britannique Eric Shipton (ci-dessus). En 1962, Shipton réussit –au premier essai, c’est ce qui est extraordinaire !—la première ascension du sommet culminant de la Cordillère Darwin. Même s’il s’évertue à le nommer Darwin, il ne s’agit pas du culmen apparent qu’autrefois le capitaine FitzRoy du Beagle, avait ainsi baptisé… Mais d’un autre sommet, distinct –autour de 2500-2600– qu’on appelle désormais le Shipton, à juste titre, en le différenciant du Mont Darwin.
Eric Shipton a, en fait, favorisé sa chance avec l’aide de deux précieux alliés. D’abord une denrée prohibée en 2009 : le temps. Ce temps long, tissé d’une infinité d’instants décisifs, parfois propices toujours brefs. Ce long terme, consubstantiel au durable, dont la raréfaction nous tue aussi surement que la privation d’oxyène (voyez la Crise, n’est ce pas….). Qui aujourd’hui imiterait un Moitessier suivant sa “Longue Route” ? Non, un tropisme suicidaire nous pousse à abréger…
Eric Earle Shipton, né en 1907, auréolé de la conquête du Muztagh Ata (7500 m-1947), membre de la Royal Geographic, étoilé de la British Himalayan Mountaineers, lui, s’est donné cinq mois (au moins) pour atteindre son objectif. Quand désormais cinq — au plus sept– semaines, semblent l’infini dans la mémoire raccourcie des médias et sponsors en attente de retombées médiatiques.
Ce fils de l’Empire de la Reine Victoria et d’un planteur de thé installé à Ceylan est un curieux sujet de Sa Majesté, mieux un esprit curieux. On lui doit même la persistance d’un mythe à poil laineux le Yéti, dont il sera le premier à identifier l’empreinte, du côté du glacier Menlung (6000 m) sur les pentes de l’Everest (voir photo).
C’était en 1951 et Tintin au Tibet (1960) venait de germer dans le cervau d’Hergé.
En résumé, Shipton a le temps et aussi la fibre d’un explorateur. Deux atouts vitaux dans des terres australes et inhospitalières vaguement défrichées au XIXe siècle par un aventurier de la foi, j’ai nommé le Padre Agostini…
A ce moment du récit, je vous imagine vous dire que le type qui écrit tout ça est un dingue : enfermez-le… Mais où est-ce qu’il nous emmène ? Eh bien pas loin. Au Pays des Ecrins, précisément, que domine désormais la statue d’Edward Whymper, autre Britannique, le premier à franchir la barre des Ecrins, 60 ans avant (en 1864).
Pour cette race d’explo-alpiniste en voie de disparition, cette cordée qui va de Whymper à Shipton et quelques autres, il demeure impensable de ne pas faire appel au savoir local, à la connaissance intime de la montagne par les gens qui la vivent. Et Shipton, himalayiste distingué, va recruter comme il se doit dans la tradition ses guides sur place….
A suivre sur ce blog, si vous voulez connaître la suite de la longue marche du Rêve de Darwin.
En guise de document, les itinéraires et boucles de Christian Clot sur la Cordillère Darwin. Ultima Cordillera-Expedition-Project-Map
Ci-dessous le Padre Agostini et un indien de la Terre de Feu quand elle était encore peuplée…
Non ce n’est pas lui le Yéti de Shipton.
Pour l’abominable homme des neiges, voyez la trace photographiée par Shipton en 1951.

Il a 37 ans aujourd’hui. Natif de Neuchâtel (Suisse), cet ancien étudiant en art dramatique est devenu membre de la société des explorateurs français sur le tas. En se livrant à tout ce que les milieux de la planète ont d’extrême. Rien à voir avec un pseudo extrême sponsorisé où ses variantes télévisuelles diverses et avariées.
La montagne n’est pas indifférente à cet ancien aspirant guide –« j’étais peut-être trop radical à l’époque pour assumer », dit-il—, baroudeur confirmé ainsi que plongeur et parachutiste breveté. Ni la connaissance. Christian ambitionne un doctorat de géographie à Paris où il transite entre deux « expés ». Et se passionne pour la gestion du stress en situations également extrêmes –son dada—un des sujets d’études de l’expédition française Rêve de Darwin. Ces détails pour situer le bonhomme qui a précédé au cœur de la cordillère Darwin le groupe d’alpinistes de haut niveau conduit par Yvan Estienne, guide aux Pays des Ecrins et hymalayiste chevronné.
Christian Clot est celui –sans doute le seul humain– qui a effectué un périple au cœur de la Cordillère de Darwin — en solo, totale autonomie et sans la moindre balise Argos avec des raquettes aux pieds (le meilleur moyen, selon son expérience). Ultima Cordillera, la dernière terre inconnue, son bouquin (éd.Arthaud) –« le sous-titre n’est pas de moi », préfère-t-il prévenir—relate cette boucle de 80 km, réalisée entre octobre et décembre 2006, dans un univers glacé hyper-hostile où le vent délivre des uppercuts à 200 km/h, les crevasses s’ouvrent sous les pas, les tentes lévitent et la topographie évolue d’heure en heure à la vitesse de variations météo aussi brutales qu’impromptues. Un total bordel ambiant ou cahos perpétuel impossible à cartographier, pour cause.
En préalable à toute analyse des différents déboires et revers subis par le Rêve de Darwin, l’explorateur tient à préciser que sur ce terrain « miné » l’expérience accumulée par les uns ne sert guère à leurs successeurs. La raison ? L’évolution permanente et imprévisible des obstacles, liée au contexte sub polaire –« les pires conditions du monde– et au bouleversement climatique général. Sa tentative de fin 2006 a été précédée de deux voyages « d’approche » en 2004 et début 2006.
« J’ai appris Darwin à ma manière » juge-t-il. Et pourtant, Christian sait qu’aujourd’hui que ce bagage ne servirait pas à grand-chose. Illustration, le glacier Marinelli qu’il a fréquenté a beaucoup changé. En pire.
–En 47 ans, ce glacier a perdu 10 km en longueur et 500 mètres d’épaisseur. Ce qui signifie que les cascades de glace s’élevant à 250 m à l’époque de la conquête du Mont Darwin (ci-dessus) par Eric Shipton (1962) en mesurent désormais 750 ! Demandez à n’importe quel glaciairiste : la différence est monstrueuse….Et ce n’est qu’un exemple pour exprimer combien la difficulté de ce genre d’expédition a cru.
Lors du dernier demi-siècle, 70 expéditions ont affronté la cordillère et seules six ont atteint leur objectif. Chacun en leur temps, les meilleurs, la crème des alpinistes, des Scott, des Yates ou des Boivin, s’y sont cassé les dents, le dernier ne parvenant pas à franchir ce premier cercle de l’enfer darwinien que représente la forêt primaire côtière. Ce défi-là au moins l’équipe des hauts-alpins l’a surmonté.
Au-delà, estime Christian Clot, cela relevait du coup de poker, une chance sur 5 maximum, particulièrement le Roncagli depuis lequel Yvan Estienne a tenté d’aborder en vain le cœur de Darwin. L’explorateur explique :
–Luis Turi, la référence des guides de montagne locaux, a totalement renoncé à y conduire ses clients en dehors de la saison hivernale (notre été). Jamais vous ne le ferez s’y aventurer en octobre ou janvier. L’hiver impose des conditions plus dures mais au moins la glace est solidifiée, le terrain moins piégeux (souvenez vous de l’aventure d’Yvan sur un « glaçon » à bascule). Idem pour les séracs déments du col Saint-Valentini qui ont imposé un demi-tour à l’autre équipe du Rêve.
En réalité, en les contraignant à inverser le projet initial, juge l’explorateur, le mauvais temps de la première semaine a condamné les hommes d’Yvan Estienne à entreprendre leur traversée par le mauvais bout.
–A l’est donc, ç’est à dire la où se dressent les ¾ des pires difficultés d’une traversée intégrale telles qu’ils la projetaient, avec des secteurs de folies plus redoutables que la pire voies de l’Eiger. Oui un coup de poker, c’est ça. Mais attention, je ne dis pas que ce qui les attendaient étaient plus aisé, rien ne l’est dans cette cordillère…
A suivre ce 15/10 sur les Ecrins le Blog pour connaître notamment les recomandations sinon les conseils (ils se refuse à en donner) de Christian Clot à l’équipe du rêve de Darwin…
Pour se procurer Ultima Cordillera

La galère du jour c’est l’avarie et l’échouage de La Nueva Galicia à Yendegaïa (voir le site officiel). Le debriefing, c’est celui que nous offre le Franco-Suisse Christian Clot, un des meilleurs experts de la Cordillère de Darwin, ici même-ce soir vers 22 h, heure de Pelvoux. Restez à l’écoute pour découvrir ses amicales recommandations au team d’Yvan Estienne.
La Citation du jour dédiée à l’équipe haute alpine du Rêve de Darwin :
“Dans une expédition, partir c’est déjà réussir et ça il faut le marteler au grand public!”
Christian Clot, explorateur, ce 14/10/09.
Christian a parcouru en 2006, en solitaire et en autonomie, le coeur de la Cordillère Darwin qui se refuse aux membres de l’expédition française Un Reve de Darwin, conduite par le guide des Ecrins Yvan Estienne. Comment ? Pourquoi ?
Sur 70 expéditions qui ont défié la cordillère australe au cours du demi-siècle écoulé, seules six ont atteint leur objectif, rappelle Christian, membre actif de la Société des explorateurs français qui a accepté de me donner une ITW.
A tous ceux qui suivent avec nous Yvan Estienne et ses alpinistes, depuis le Pays des Ecrins et partout en France (en Europe et aussi … en Afrique et à Papeete), je donne rendez vous ce soir vers 22 heures sur Les Ecrins le Blog, avec cet aventurier doublé d’un expert et historien de la Patagonie pour aller plus loin, plus profond dans ce Rêve de Darwin, qui prend des nuances de galère.
Pire que la galère, la galère au sec sur la grève : A nouveau, comme lors du départ le 25 septembre, l’expédition Un Rêve de Darwin tourne littéralement à l’Odyssée. Le bateau-camp de base Nueva Galicia est à l’heure actuelle à sec sur la grève de la Bahia Yendegaïa en attendant une marée salvatrice. Vous lirez tous les détails sur www.unrevededarwin.fr.
Ci-dessous, Christian Clot au coeur de la Cordillère de Darwin…. Pour en savoir plus, www.christianclot.com
Par JPP
Pays des Ecrins, Hautes-Alpes, France. Pluvieux au dessus de la Maison Estienne aux Vigneaux. Min. 4°c-Max. 17°C. Pas grave, retour prévu du grand beau temps, mardi. Punta Arenas, détroit de Magellan, Chili. Couvert avec averses (même heure en TU). Min. -2°c- max. 7°c. Les manchots se marrent : t’as pas chaud toi avec ton pull… Un apéritif frileux.
Ils se sont envolés : les membres français de l’expédition française « Un rêve de Darwin », dont une brochette « significative » de guides des Ecrins. Un saut de 12 000 km entre l’automne précoce d’ici et un printemps tardif, spécialité fuégienne des Antipodes. Destination Punta Arenas, port du détroit de Magellan, ultime repentir possible des cap-horniers d’autrefois avant la bestialité têtue du Horn. Connu pour son cimetière marin, dont les petites cases évoquent le funérarium du Père- Lachaise à Paris… Et, en moins mélancolique, pour la marche impérieuse des manchots de Magellan. Ouf , nos explorateurs sont en tout cas à l’abri d’un choc thermique anticipé en terre de « feu ». Avant le début des choses sérieuses, ç’eut été dommage…
Si vous avez manqué le début : 2009, année du centenaire du bureau des guides des Ecrins… L’un d’eux, Yvan Estienne, quinqua retrempé, qui a vu l’Ama Dablan, yeux dans les yeux, a décidé de marquer ça, à sa façon, par une première mondiale.
Objectif : la traversée d’ouest en est de la Cordillère Darwin, depuis Bahia Océano jusqu’à Bahia Yendegaia. 100 Km dans l’inconnu des dernière “terres” (gelées, on s’en doute) vierges, inexplorées à ce jour, de la planète. Bref une première “mondiale”, avec au programme l’ascension de sommets anonymes (oubliez les topos des copains, merci) et le franchissement de glaciers aussi cahotiques qu’indomptés pour cause de vents cataclysmiques. C’est cela le “Rêve de Darwin”, Charles –“My Name Is Darwin”– dont on célèbre le bicentenaire en 2009, par ailleurs. Charles Robert Darwin qui découvrit, en 1832, à bord du Beagle, ce frisson austral des Andes, au coeur demeuré vierge, intact ou presque.
THE last blanck, dernier “petit” blanc avant le très grand blanc de l’Antarctique. Darwin, père de la théorie de l’évolution , soi même, emporta cette vision dantesque au panthéon de la science et de l’aventure réunies. C’est donc à une parcelle d’inconscient collectif qui nous parle à tous – nous, tous les organismes vivants de cette biosphère dont quelques bipèdes grimpeurs— que s’attaque Yvan et ses “Darwinautes”.
Qui sont les “Darwinautes” 2009 ? Au moins six haut-alpins parmi eux (vous lirez leur CV sur http://www.unrevededarwin.fr/lequipe/ ) dont je retiens quelques GDHM made in Ecrins, en tout chauvinisme assumé :
Yvan ESTIENNE, organisateur et chef d’Expédition, formateur au CRET et au SNGM, chef d’expédition sur plus de 20 sommets en Himalaya et dans les Andes… Mais encore…
Dominique STUMPERT, crédité de l’ouverture et équipements de plus de 60 voies dans les Alpes. Organisateur de 10 voyages avec des groupes d’enfants handicapés. Responsable des formations GPS au Syndicat National des Guides. Président de la Commission Technique Nationale des Guides. M. le président, respect…
Stéphane MONARI, organisateur raids en ski de randonnée : Norvège, Chili, Turquie. Formateur au CRET de Briançon. Responsable des formations alpinisme des gardes des Parcs nationaux. Grande expertise sur glace. Ca va servir…
Yann ESTIENNE, aspirant Guide au Pays des Ecrins, moniteur de ski (le fils du chef…).
Expédition à ski au Mustagh Ata (7545 m), initiateur et participant à plusieurs expéditions en Mongolie (Mont Khuiten), dans le massif de Quimsa Cruz en Bolivie, ouverture de nombreux itinéraires d’escalade en terrain d’aventure. Prometteur…
Mathieu MAYNADIER, Pérou, Népal, Alaska,Islande et beaucoup de voyages d’escalade Mexique (El Gigante) Maroc, Turquie et cascades de Glace au Québec, Etat-Unis, Ecosse… Participation à plusieurs films PETZL. Capabe de 7C à vue et de 8A après travail. Can ç’est du PETZL !
Pierre MULLER, praticien a l`hopital de briancon connu pour ses ouvertures de voies “ED” en rocher : Kirgysztan, Jordanie, Madagascar. Faces Nord du Cervin, de l’Eiger, de l’Ailefroide. Pratique aussi voile et plongée sous-marine. En espérant que ça ne serve pas…
Je vous présenterai le reste de l’équipe avec la complicité de Thomas Baratier (d’avance merci, Thomas, de nous préparer un “trombinoscope” dûment légendé, pour la postérité — celui de ton excellent site n’est pas évident, cher Thomas) chargé du développement de l’expédition sur le Web –leur lien avec le monde. Les compétences de Thomas s’étendent à la cuisine (pas seulement éditoriale) et, ça, c’est vital…
En ce “D” Day du Rêve de Darwin, deux nouvelles encourageantes : Alejandro, le skipper du bateau « La Nueva Galicia », qui servira de camp de base flottant aux “darwinautes” connaît le terrain de manière atavique. Fils de son père qui a beaucoup croisé dans les parages, il a accompagné les raids de Christian Clot, l’explorateur franco-suisse, qui a devancé la trace d’Yvan et des siens.
L’autre message réjouissant, c’est celui de Florence, proche de l’une des têtes scientifiques du Rêve de Darwin. Il a été déposé sur le site officiel www.unrevededarwin.fr :
– Elle a affronté la rudesse des hivers de Montréal, ma Marie, alors elle devrai tenir le coup :O). Vous allez bien rire avec elle. Flo du Canada.
Par expérience, je confirme que c’est un atout supplémentaire pour la réalisation du rêve de Darwin. Go, Yvan, Go, comme on dit à Montréal les soirs de Hockey.
La prochaine fois, on sort la carte, promis.
Message reçu ce 18/09/2009 à 13 h 25, heure de Paris, depuis les coulisses de l’expédition d’Yvan Estienne, guide en Ecrins, en route pour la Cordillère de Darwin, à la pointe chilienne de la terre de feu, à la tête de la première expédition française dans le secteur. Là où il reste, a priori, les dernières cimes et glaciers inviolés de la planète que convoitent Yvan et ses compagnons.
Le message :
« Bonjour, ici Yann Estienne, le fils d’Yvan, je me permets de vous répondre car mon père est déjà au chili et aura peut-être quelques difficultés pour vous joindre.
Nous fignolons les derniers préparatifs (regroupement du matériel, derniers dossiers de subvention (!), négociations de volume de communication, étude des cartes et du terrain grâce à Google Earth, communication radio et presse papier…)
Nous décollerons tous dimanche ( en direction de Punta Arenas) ou nous attend notre bateau,
sinon pour nous suivre hésitez pas à consulter le site internet unrevededarwin.fr, qui sera mis à jour régulièrement grâce à la présence de notre webmaster sur le bateau… »
Yann Estienne
Bien noté, on ira tous sur
http://www.unrevededarwin.fr/
et on tentera ici de donner des nouvelles en « live ».
Au passage, on relève que quand il s’agit, comme Yvan Estienne et ses compagnons, d’aller à la découverte de « blank on the map » Google Earth, qui voit tout même les recoins « blancs », est tout aussi utile que pour reconnaître le pavillon de mes parents.
Et aussi que la quête des sous-sous continue jusqu’au dernier moment…
Pour avoir un ressenti des conditions locales qui attendent l’expé, jetez un oeil à cet extrait du film Ultima Cordillera, réalisé par l’aventurier Christian Clot, en 2004, lors de son premier raid dans le secteur.
Allez bon vent Yvan. Et à dimanche pour la suite…