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Six guides et sportifs du Pays des Ecrins ont entrepris un raid original : rallier Sisteron à la Grave en ski nordique. Une robuste randonnée départementale de 168 km, à défaut de la traversée de la Cordillère Darwin tentée à l’automne dernier par l’expédition Un Rêve de Darwin conduite par Yvan Estienne.

Un des membres de ce Rêve inachevé fait partie de la nouvelle expédition et l’aventure est ouverte à tous ceux qui veulent s’y joindre. Et c’est gratuit : il suffit d’appeler Dominique Stumpert au 06 08 21 39 49 pour participer, à son gré, à son rythme.

Mais d’abord, un petit flash back.
1/Embuez vos lunettes ou votre masque de ski…
2/Plongez la tête un bon moment dans un congélateur *** réglé au max…

3/Tentez de déchiffrer le mode de préparation d’une boîte de surgelés, imprimé en corps 5, et en Chinois de préférence, sachant que les idéogrammes sont de toute façon dans le désordre et qu’il en manque…

Si vous tentez cette petite expérience – un rien givrée– vous aurez alors une idée du curieux défi qu’a été le Rêve de Darwin, tel que s’en souvient un de ses membres : Dominique Stumpert, guide de haute montagne au Pays des Ecrins. Et encore, imaginez qu’un brouillard aussi opaque que laiteux persiste à vous cacher l’emballage d’un surgelé pourtant gros comme le mont Shipton-Darwin, 2 500 m d’altitude.
« On a été bien secoués », reconnaît Dominique Stumpert, 56 ans, Alsacien d’origine, Pelvousien d’adoption et de cœur, 60 ouvertures de voies à son compteur. Mais de déception, point. « J’ai pris ça comme des vacances », rit ce « vieux » complice d’Yvan Estienne, chef de l’expédition Un rêve de Darwin.

Moins de trois mois plus tard, Dom remet ça avec d’autres guides des Ecrins. Presque sans crier gare. Un message posté à minuit le 17 janvier sur ce blog :
–Après être allés chercher de la neige, des paysages somptueux et de l’aventure aux quatre coins du monde, voila que l’hiver nous offre la même chose à notre porte ; le département des Hautes Alpes est enneigé du sud au nord. Cela lui donne des airs de Laponie, et l’occasion est trop belle pour ne pas profiter de pareilles conditions « chez nous ».

Une petite équipe de hauts alpins (du pays des Ecrins) s’attaque dès lundi à la traversée du département en ski de fond, en 5 jours, de Sisteron à La Grave….

Lundi, c’est-à-dire ce 18 janvier, ils étaient partis. Certes le raid est moins raide que la cordillère Darwin au Sud du Sud de l’Amérique latine, le dernier frisson glacé des Andes avant le Cap Horn. Le parcours est honnêtement balisé : un itinéraire bien tracé sur l’équivalent de 32 feuilles format A4. La neige est splendide, le temps magnifique.

Et pourtant dès le premier jour des obstacles imprévus se sont dressés sur le chemin des skieurs… Des obstacles dû cette fois non à l’hostilité de la nature, mais aux aménagements humains… Un siphon qui coupe  la piste, un Béoul infranchissable, un pont autoroutier redoutable, une bande d’arrêt d’urgence glissante…

Dominique nous a promis un compte rendu de son cru et bien sûr nous allons suivre cette nouvelle expédition, grâce aussi aux images de Guillaume Christian dès qu’il trouvera un spot WiFi de qualité pour les transmettre (désolé pas de satellite dispo).

D’ores et déjà une confirmation : l’aventure commence bien dès qu’on glisse une spatule hors de chez soi…
A destination de ceux qui seraient tentés de suivre la trace de Dominique, Guillaume et leur compagnons dont Martine de Vallouise et Didier instituteur au Pays des Ecrins, je republie les étapes de la semaine.

Mardi 19, décollage ce matin à 7 heures : de Tallard à Embrun par la vallée de l’Avance, Chorges, Savines, Embrun.

Mercredi 20 : Embrun, Châteauroux, St Clément, Chanteloube, l’Argentière-La-Bessée.

Jeudi 21 : l’Argentière La Bessée, Villard Meyer, Prelles, St Blaise, Les Queyrelles, Chantemerle, Monètier, Le Casset, Le Lauzet.

Vendredi 22 : Le Lauzet, col du Lautaret, Villard d’Arène, La Grave, les Fréaux et limite du département.

Pour se fixer rendez-vous un seul numéro : 06 08 21 39 49.

 
Enfin session de rattrapage, sur l’Ice Climbing du Pays des Ecrins, perturbé par la neige, mais ça n’empêche rien, la preuve vue sur le blog de Guillaume Coquin
http://guillaumecoquin.wordpress.com/2010/01/10/we-aux-ecrins-snow-et-glace-au-hasard/
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« Nous avons vécu une aventure extraordinaire. Mais tout reste à faire. La cordillère Darwin reste un défi majeur. Il y a ici pour un siècle d’alpinisme à venir. »

Yvan Estienne, guide des Ecrins, chef de l’expédition « Un Rêve de Darwin » à l’AFP, ce 30/10/2009.

Un siècle d’alpinisme à venir … Noble phrase, magnifique perspective, vaste programme. A suivre, donc.

La réflexion de l’explorateur Christian Clot : quand les Russes et les Chinois s’y mettront….

Oui mais, les haut-alpins ont-ils dit leur dernier mot ?Mont Darwin

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Il a 37 ans aujourd’hui.  Natif de Neuchâtel (Suisse), cet ancien étudiant en art dramatique est devenu membre de la société des explorateurs français sur le tas
. En se livrant à tout ce que les milieux  de la planète ont d’extrême. Rien à voir avec un pseudo extrême sponsorisé où ses variantes télévisuelles diverses et avariées.  

La montagne n’est pas indifférente à cet ancien aspirant guide –« j’étais peut-être trop radical à l’époque pour assumer », dit-il—, baroudeur confirmé ainsi que  plongeur et parachutiste breveté. Ni la connaissance. Christian  ambitionne un doctorat de géographie à Paris où il transite entre deux « expés ». Et se passionne pour la gestion du stress en situations également extrêmes –son dada—un des sujets d’études de l’expédition française Rêve de Darwin. Ces détails pour situer le bonhomme qui a précédé au cœur de la cordillère Darwin le groupe d’alpinistes  de haut niveau conduit par Yvan Estienne, guide aux Pays des Ecrins et hymalayiste chevronné.

Christian Clot est celui –sans doute le seul humain– qui a effectué un périple au cœur de la Cordillère de Darwin — en solo, totale autonomie et sans la moindre balise Argos avec des raquettes aux pieds (le meilleur moyen, selon son expérience). Ultima Cordillera, la dernière terre inconnue, son  bouquin (éd.Arthaud) –« le sous-titre n’est pas de moi », préfère-t-il prévenir—relate cette boucle de 80 km, réalisée entre octobre et décembre 2006, dans un univers  glacé hyper-hostile où le vent délivre des uppercuts à 200 km/h, les crevasses s’ouvrent sous les pas, les tentes lévitent et la topographie évolue d’heure en heure à la vitesse de variations météo aussi brutales qu’impromptues. Un total bordel ambiant ou cahos perpétuel impossible à cartographier, pour cause.

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En préalable à toute analyse des différents déboires et revers subis par le Rêve de Darwin, l’explorateur tient à préciser que sur ce terrain « miné » l’expérience accumulée par les uns ne sert guère à leurs successeurs. La raison ? L’évolution permanente et imprévisible des obstacles, liée au contexte sub polaire –« les pires conditions du monde– et au bouleversement climatique général.  Sa tentative de fin 2006 a été précédée de deux voyages « d’approche » en 2004 et début 2006.

« J’ai appris Darwin à ma manière » juge-t-il. Et pourtant, Christian sait qu’aujourd’hui  que ce bagage ne servirait pas à grand-chose. Illustration, le glacier Marinelli qu’il a fréquenté a beaucoup changé. En pire.

–En 47 ans, ce glacier a perdu 10 km en longueur  et 500 mètres d’épaisseur. Ce qui signifie que les cascades de glace s’élevant à 250 m à l’époque de la conquête du Mont Darwin (ci-dessus) par Eric Shipton (1962) en mesurent désormais 750 ! Demandez à n’importe quel glaciairiste : la différence est monstrueuse….Et ce n’est qu’un exemple pour exprimer combien la difficulté de ce genre d’expédition a cru.

Lors du dernier demi-siècle, 70 expéditions ont affronté la cordillère et seules six ont atteint leur objectif. Chacun en leur temps, les meilleurs, la crème des alpinistes, des Scott, des Yates ou des Boivin, s’y sont cassé les dents, le dernier ne parvenant pas à franchir ce premier cercle de l’enfer darwinien que représente la forêt primaire côtière. Ce défi-là au moins l’équipe des hauts-alpins l’a surmonté.

Au-delà, estime Christian Clot, cela relevait du coup de poker, une chance sur 5 maximum, particulièrement le Roncagli depuis lequel Yvan Estienne a tenté d’aborder en vain  le cœur de Darwin.  L’explorateur explique :

–Luis Turi, la référence des guides de montagne locaux, a totalement renoncé à  y conduire ses clients en dehors de la saison hivernale (notre été). Jamais vous ne le ferez s’y aventurer en octobre ou janvier.  L’hiver impose des conditions plus dures mais au moins la glace est solidifiée, le terrain moins piégeux (souvenez vous de l’aventure d’Yvan  sur un « glaçon » à bascule). Idem pour les séracs déments du col Saint-Valentini qui ont imposé un demi-tour à l’autre équipe du Rêve.

En réalité, en les contraignant à inverser le projet initial, juge l’explorateur, le mauvais temps de la première semaine a condamné les hommes d’Yvan Estienne à entreprendre leur traversée par le mauvais bout.

–A l’est donc, ç’est à dire la où se dressent les ¾ des pires difficultés d’une traversée intégrale telles qu’ils la projetaient, avec des secteurs de folies plus redoutables que la pire voies de l’Eiger. Oui un coup de poker, c’est ça. Mais attention, je ne dis pas que ce qui les attendaient étaient plus aisé, rien ne l’est dans cette cordillère…

A suivre ce 15/10 sur les Ecrins le Blog pour connaître notamment les recomandations sinon les conseils (ils se refuse à en donner) de Christian  Clot à l’équipe du rêve de Darwin…

Pour se procurer Ultima Cordillera

http://www.christianclot.com/livres/ecrit_christian.html

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La galère du jour c’est l’avarie et l’échouage de La Nueva Galicia à Yendegaïa (voir le site officiel). Le debriefing, c’est celui que nous offre le Franco-Suisse Christian Clot, un des meilleurs experts de la Cordillère de Darwin, ici même-ce soir vers 22 h, heure de Pelvoux. Restez à l’écoute pour découvrir ses amicales recommandations  au team d’Yvan Estienne.

La Citation du jour dédiée à l’équipe haute alpine du Rêve de Darwin :

“Dans une expédition, partir c’est déjà réussir et  ça il faut le marteler au grand public!”

Christian Clot, explorateur, ce 14/10/09.

Christian  a parcouru en 2006, en solitaire et en autonomie,  le coeur de la Cordillère Darwin qui se refuse aux membres de l’expédition  française Un Reve de Darwin, conduite par le guide des Ecrins Yvan Estienne. Comment ? Pourquoi ?

Sur 70 expéditions qui ont défié la cordillère australe au cours du demi-siècle écoulé, seules six ont atteint leur objectif, rappelle Christian, membre actif de la Société des explorateurs français qui a accepté de me donner une ITW.

A tous ceux qui suivent avec nous Yvan Estienne et ses alpinistes, depuis le Pays des Ecrins et partout en France (en Europe et aussi … en Afrique et à Papeete), je donne rendez vous ce soir vers 22 heures  sur Les Ecrins le Blog, avec cet aventurier doublé d’un expert et historien  de la Patagonie pour aller plus loin, plus profond dans ce Rêve de Darwin, qui prend des nuances de galère.

Pire que la galère, la galère au sec sur  la grève : A nouveau, comme lors du départ le 25 septembre, l’expédition Un Rêve de Darwin tourne littéralement à l’Odyssée. Le bateau-camp de base Nueva Galicia est à l’heure actuelle à sec sur la grève de la Bahia Yendegaïa en attendant une marée salvatrice. Vous lirez tous les détails sur www.unrevededarwin.fr.

Ci-dessous, Christian Clot au coeur de la Cordillère de Darwin…. Pour en savoir plus, www.christianclot.com

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19h07, le 7 octobre, dans la Maison Estienne, aux Vigneaux, Pays des Ecrins. Sur le répondeur de l’iPhone d’Annick Estienne, un message, disons espéré…

– Oui ma chérie, c’est ton mari. Bon, ben voilà dommage qu’on ne puisse pas t’avoir, on réessayera peut-être un peu plus tard. Simplement pour te dire que tout va bien. Là, on part pour la deuxième équipe. Donc Ludivine part ce soir, elle, pour Puerto Williams, donc elle pourra t’avoir ensuite directement, beaucoup plus facilement. C’est dommage…. Ecoute on t’embrasse très fort on t’aime pour l’instant tout va bien on a du beau temps tout est OK d’accord….

Petit mot presque banal d’un mari en déplacement d’affaire. Sauf qu’il émane d’un guide de haute montagne crapahutant à 13 800 km d’ici, du côté de la baie Roncagli, un fjord austral, aux flancs de la Cordillère de Darwin où Yvan Estienne, le guide, conduit l’expédition baptisée Rêve de Darwin. Au Sud du Sud de l’Amérique, à deux doigts du cap Horn.
Annick, l’épouse du guide, depuis 30 ans, mon hôtesse au Pays des Ecrins, petite bombe blonde d’énergie et d’effervescence aux yeux bleux, l’attendait cette communication. Elle le pressentait — je peux en témoigner– depuis la veille. Pas de nouvelles de vive voix depuis combien de temps ? 96 heures, voire plus.
Le répondeur a enregistré le message quelques minutes avant qu’Annick ne rentre chez elle. Raté d’un souffle l’appel. Sonnerie dans le vide. M…

Là bas en Terre de Feu chilienne l’expédition d’Yvan à la conquête d’ultimes terres inexplorées se déploie. Mais ici aussi, au Pays des Ecrins, sous un doux soleil automnal certes, la vie d’Annick s’apparente à une « expé » du quotidien. Banquier, TVA, factures, compta–« Je dois tout rendre le 15 », souffle-t-elle,. Donc la gérante de la jolie maison d’hôte des Vigneaux avait une foultitude de rendez-vous à Briançon aujourd’hui. Elle est donc rentrée, une poignée de seconde trop tard pour parler à son mari. Nous attendons encore le prochain appel….

–Moi aussi, j’ai ma vie, j’y tiens. Une vie qu’Annick refuse de voir se résumer à celle d’une femme de guide de haute montagne suspendue à l’attente, une « vie de femme de marin ». Yvan et elle, c’est l’une des love stories heureuses du Pays des Ecrins. 35 ans, déjà. Voilà trente ans, leur fille aînée allait voir je jour, ici. Yvan lui était dans l’Himalaya. Première de l’Ama Dablam, presque 7000 m, une des grandes pages de l’histoire du centenaire des guides des Ecrins. A l’époque, ni satellites, ni portables. Juste une dose d’angoisse qui s’insinue dans le bonheur de la maternité, une angoisse apprivoisée de femme de guide avec laquelle il faudra compter d’expés en expés. Gérer l’angoisse et les nuits blanches…

Dans quelques jours, Ludivine va fêter son trentième anniversaire à Santiago du Chili. C’est la Ludivine du message, celle qui quitte l’expédition patagone où elle a rejoint son père et son frère Yann devenu aspirant guide, dans la voie paternelle.
Entre temps Annick a pris en charge son existence propre pour que la montagne, la passion qu’elle engendre chez les hommes (le sien, donc), sa sublime beauté si cruelle parfois, ne la lui dévore pas tout entière, sa vie de femme de guide. Elle y parvient, comme par paliers. Sa maison d’hôte, ses amis (nombreux, chaleureux) et la plongée sous-marine, comme anti-dote. Une bulle anti stress pour reprendre sa respiration dans un détendeur.

–En novembre quand ils rentreront, moi je pars plonger en Martinique. J’ai un besoin vital d’eaux turquoises et tièdes avant la saison d’hiver…
–Une fois, me dit Annick, j’ai réussi à sortir Yvan de ses montagnes pour qu’il m’accompagne lors d’une croisière sous les Tropiques. La mer, c’est pas son truc, mais il a fini par apprécier.
Ci-dessus, Annick m’a confié une image de cette parenthèse volée à l’appel des sommets. Un guide de haute montagne en touriste sous les cocottiers. Regardez-bien, c’est un authentique document.

Résumé du jour de l’expédition « Un rêve de Darwin » à suivre en détail sur www.unrevededarwin.com. Hier soir Michel Dimitrieff, le routeur météo qui réside à Vallouise, et qui nous a initié au langage des « isobars », prévoyait au moins 84 heures de beau temps sub-polaire. Comme nous le prévoyions, la Nueva Galicia a rejoint sans souci l’expédition française. Ces heures ci, un groupe de 4 conduit par Yvan Estienne s’apprête à faire la jonction avec les huit partis de Yendegaïa samedi. Ils devraient se retrouver quelque part au pied du Mont Darwin dont on admire sur Google-Earth la belle face Sud (66% de dénivelé) et la crête sans fin. Bref la montage reprend tous ses droits.

PS bis.Aux Ecrins, pendant ce temps, Annick plonge dans sa comptabilité. J’ai de mon côté rendez-vous avec la mémoire du Pays des Ecrins et aussi Michel Dimitrieff, vous savez, « celui qui rêve de traverser les Alpes avec son handicap ». Un mec exceptionnel avec un charisme rare. Oui au Pays des Ecrins, les vies ressemblent à des expéditions. Plus ou moins grandes. A chacun la sienne. Si vous rêveyez de vivre la votre au Pays des Ecrins, je vous recommande un excellent camp de base. www.maisonestienne.com

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Moins 23°, 120 km/h de vent … Aux Vigneaux ce dimanche soir 4 octobre, Annick en « panique ».

Je me trouve, comme promis, à ses côtés, à un jet de caillou de l’Argentière-la-Bessée, au cœur du Pays des Ecrins, dans la Maison Estienne, cette maison d’hôte que l’épouse d’Yvan Estienne, chef de l’expédition française dans la Cordillère de Darwin, a créé et anime. Nous nous trouvons à 13 800 km de la Bahia Yendegaïa où les alpinistes s’apprêtent à entrer action mais en contact permanent avec l’expédition, comme si Annick était leur camp base. Outre son mari, son fils et sa fille, ses deux enfants, se trouvent là bas sur le grand glacier austral. Au Sud du Sud.

Comme chaque jour depuis l’embarquement de l’équipe, Michel Dimitrieff (alias Dibona !), le routeur météo du Rêve de Darwin basé ici à Vallouise , communique ses informations à Annick. Ce soir, inquiétude à l’écoute d’un bulletin qui fait froid dans le dos. Annick m’explique :

–23°, quelle horreur avec ce vent. D’après le dernier mail reçu de ma fille Ludivine (le 3/10 à 17 h. heure française), une première équipe se prépare à partir. On va les accompagner jusqu’au premier glacier. Ils ont tous 30 kilos à porter au moins soit une autonomie de 15 jours.

Yvan Estienne, guide, Yann Estienne, guide, Ludivine Estienne juriste… Ils sont tous du côté de la Cordillère. Sauf Annick qui veille sur le refuge familial des Vigneaux.

–Depuis que Yann, mon fils, sait marcher, il suit la trace de son père, confie Annick. Ma fille n’est pas guide, elle, mais a le même virus de l’aventure. Après son master de droit international (Ludivine travaille pour l’ONU) elle a parcouru la planète sac au dos, durant trois ans. Elle s’est mise en disponibilité pour vivre cette aventure avec eux. Yvan, un homme qui a la passion de transmettre, tenait à donner à de jeunes guides(dont son fils) la chance de lancer leur carrière, une chance qu’Yvan a eu il y a trente ans avec la première de l’Ama Dablam (Népal).

Ce soir, aux Vigneaux, le Pays des Ecrins, à travers l’une de ses familles, s’étend jusqu’à la Terre de Feu. L’Argentière la Bessée et Ushuaïa ne font qu’un. Notre veillée près d’internet et du téléphone durera jusqu’à deux heures du matin.

Ce lundi 5 octobre la vitesse du vent devrait diminuer à 60 km/h sur la cordillère Darwin. Il fera grand soleil sur le Pays des Ecrins.
PS. – Un point sur l’expédition avec l’ami Serge d’Ushuaïa à la date du 4 octobre. L’objectif de Yvan, selon Serge : une première équipe est partie vers le glacier Alemania (ou vers le glacier Serka (?) ; porte d’entrée de la langue glaciaire centrale de la cordillère. Une autre équipe va les rejoindre avec le matériel à dos de cheval . Confirmation sur le site officiel www.unrevededarwin.fr : deux équipes ont été formées : un premier groupe de huit alpinistes à pied rejoint par une seconde équipe aidée de huit chevaux. Ensuite les hommes tireront le matériel à l’aide de luges.

Détail de la météo d’Ushuaïa lundi soir 21:27 heure locale : 0 °C  nuages épars – refroidissement éolien – 7°C – humidité 93% – point de rosée -1°C – vent 39 km/h orienté SO –

pression 995 hPa à la hausse – visibilité 10 km

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Iridium c’est le nom d’un réseau de téléphone mobile satellitaire par lequel on est censé joindre ses amis aventuriers au bout du bout du monde comme j’appelle ma belle-mère (parfois) pour le week-end… Juste à faire le 88 au début…
A l’origine, il y avait 77 satellites d’où le nom en rapport — Wiki le dit— avec l’atome du métal le plus résistant à la corrosion de l’univers. Oui, eh bien ça a rouillé quand même…

Parce que ce soir, satellite ou pas, c’est zone blanche du côté de Punta Arenas. On se croirait au Pays des Ecrins dans certains spots. Ou quelque part en montagne. Je connais un coin de Savoie où seule la statue du poilu de 14, en guise d’antenne relais, permet d’appeler que tu sois SFR, Orange, ou Bouygues. Et dire que certains voudraient en plus taxer les com’ par la bonne vieille radio, au secours !.
Iridium idem. C’est mal raccroché ou ça passe pas, ou qu’est-ce. Ou ça répond en boucle « don’t hang up… » et des sornettes comme quoi il faut recomposer. J’ai composé, j’ai recomposé, je suis décomposé.
Pas eu ni camp de base, ni expé.
Iridium c’est toute une constellation (de satellites), je dois être né sous la mauvaise étoile. Bon, le GSM (le mobile de base) leur a fait du tort économiquement, mais ni Yvan Estienne, ni les autres, ni moi n’y sommes pour rien. Décomposé…

D’autant que Serge Ouachée envoie depuis Ushuaïa, à deux pas de la Cordillère de Darwin et de sa Bahia Yendegaïa, un message que je fais passer sans le relire tellement ça finit par f… les b… :

–« Bonjour Jean-Pierre,
Noon, pas de nouvelles. Mais la météo n’est pas du tout favorable, cela souffle encore plus qu’hier, le canal Beagle, devant moi est tout blanc d’écume soulevée par le vent. Entre 70 et 90 km/h avec des rafales à 120 km/h. Imagine au large du cap Horn…. Je ne sais pas s’ ils ont quitté le port de PA (Punta Arenas) ou s’ils attendent un peu plus loin de passer dès que cela se présente… Patience, patience mais avec ce vent aujourd’hui ils ne peuvent sortir, c’est sûr… zut zut. Il faut 36 heures pour rejoindre Puerto Williams…
Voili-voilou. Excuse mais j’ai mille trucs à préparer, désolé !! »
(l’ami Serge monte sa propre expé à destination de la Georgie du Sud, un confetti antarctique, 54°26′S 36°33′W, fameux pour sa faune, il aime la nature sauvage, Serge)

Alors j’ai retourné les pages de mon dictionnaire de citations virtuel et j’ai trouvé ça :
–Pris la main dans le sac, le gentilhomme se suicide, un bourgeois démissionne, un politicien nie… un aventurier persévère.

C’est un truc sage et slave de Vladimir Volkoff.
Et j’ai souri, parce que le sac à rêve d’Yvan est vaste et profond, et qu’il n’a pas fini de persévérer.

Please Do not Hang Up c’est le message de circonstance. Oui, s’il vous plaît, ne raccrochez pas les gars de Punta Arenas…. Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiip.

Plein de superbes photos sur www.unrevededarwin.fr

Ici thérapie du mal contre le mal ; je n’ai que ça à vous proposer, mais c’est du Moitessier, dans La Longue route au détour du Horn. Et demain je reviens au Pays des Ecrins, juré.

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Avec Serge Ouachée, à Ushuaïa – Situation au 1/10/2009, 01h30 heure locale des Ecrins.

Face aux conditions impossibles de navigation, changement de stratégie, on renverse le problème et on change d’embarcation, un transbordeur en acier au lieu d’une “lancha” en bois…Le Rêve de Darwin doit troquer La Nueva Galicia contre le solide ferry Bahia Azul à destination de Puerto Williams qui déposerait au passage les alpinistes sur la Cordillère de Darwin.Du coup, l’équipe d’alpinistes du Rêve de Darwin envisage désormais de tenter sa traversée de la Cordillère de Darwin non plus d’Est en Ouest, comme prévu, mais à l’inverse d’ouest en est. En partant cette fois de Bahia Yendegaia, pas loin d’Ushuaïa, pour se diriger vers Bahia oceano, au risque assumé de progresser avec le vent de face. Une éventuelle difficulté supplémentaire mais qui vaut mieux que l’inaction forcée des derniers jours. Une inaction relative, ci-dessous.
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La prise de décision en situation imprévue… C’est justement l’un des thèmes d’étude scientifique de l’expédition française Un Rêve de Darwin conduite par le guides des Ecrins Yvan Estienne.

Face aux conditions météo qui lui interdisent l’accès à son objectif, la Cordillère de Darwin, Yvan a décidé d’appliquer la recette à chaud au prix de quelques nuits d’ insomnie.

Pourquoi cette décision ? Vagues de 5 mètres et vents de 45 noeuds.  La Nueva Galicia, vénérable et pittoresque lancha (bateau de pêche) en bois à bord de laquelle l’expé a établi son camp de base flottant, est un peu “juste” dans le contexte météo actuel du  détroit de Magellan.  Pour atteindre le point de débarquement initialement prévu et situé à l’Ouest de la Cordillère, la Nueva Galicia devait emprunter des canaux qui s’ouvrent sur le redoutable Passage de Drake et s’exposer à de forts courants, vents et houle. Trop dangereux pour ce petit bateau. Les tentatives ont été infructueuses. Aucune fenêtre météo favorable n’est prévue dans les prochaines heures par le routeur météo au Pays des Ecrins Michel Dimitrieff (Dibona). Ci dessous la Nueva Galicia sur fond de cordillère inatteignable.
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D’où l’option d’Yvan : changer de bateau en revenant au départ, à Punta Arenas. (Le Dr Muller et François Neukirch sont partis en éclaireurs). A Punta Arenas, un ferry en acier de 46 m et 384 tonnes assure la liaison avec Puerto Williams l’ultime ville chilienne (et au monde) . Son itinéraire  passe devant la Bahia Yendegahia au bord de la Cordillère de Darwin. Nom du transbordeur, Bahia Azul. Son capitaine affirme lui pouvoir affronter les éléments.

 Après négociations, il accepte de débarquer les alpinistes dans la Bahias Yendegaia. Le reste de l’équipe les rejoindraient avec La Nueva Galicia lorsque le temps s’arrangerait. Voilà le nouveau plan. Les alpinistes ont pris leurs billets à bord du Bahia Azul.

Hier dans le carnet de bord, le médecin de l’expé, le Dr Pierre Muller notait :

–“Il faudra toutefois que le vent se calme et les prévisions (hélas, ndlr) ne vont pas dans ce sens. L’inaction nous pèse. Cette solution devrait nous permettre de mettre les pieds plus rapidement sur la cordillère. ce matin nous avons croisé un détachement de l’armée brésilienne eux aussi sont en attente dune accalmie pour aller en Antarctique.”

Pour lire le reste et voir les dernières photos :

www.unrevededarwin.fr

La citation du jour, encore Moitessier :

-      Le vent a viré au sud-ouest, ce qui, conjugué avec la forte hausse barométrique, indique d’une façon formelle que la dépression s’éloigne de nous.
Dans Le cap Horn à la voile  (1966), histoire de faire venir le beau temps, on y croit.

Pour suivre le Rêve de Darwin, nouvelle adresse :

Bahia Yendegaia
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Latitude. -54.8666667°, Longitude. -68.75°. Pour une fois très clair sur Google Earth.

Voir aussi :

http://travelingluck.com/South+America/Chile/Magallanes+y+Ant%C3%A1rtica+Chilena/_3867688_Bah%C3%ADa+Yendegaia.html#local_map

L’ancien plan de navigation ci-dessous abandonné hier  :
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Le nouveau plan de navigation qui suit la ligne du Bahia Azul.
nouveau plan

Citation du jour à l’ordre de l’équipage  haut-alpin de la Nueva Galicia quelque part dans le détroit de Magellan  en route pour la Cordillère de Darwin :
–Tout ce que les  hommes (et les femmes)  ont fait de beau et de bien, ils l’ont construit avec leurs rêves…

C’est de Bernard Moitessier (in La Longue route),  archétype du tourdumondiste à la voile. Il franchit le Horn –l’Everest des marins– tous les jours et à jamais pour les siècles des siècles. Amen.

Dios Gracias, comme on dit en Patagon créole. Des photos sont arrivées ce 30/09/2009 (voir www.unrevededarwin.fr). A bord de  la Nueva Galicia, la discipline règne.
brossage-dentsTandis qu’à l’extérieur s’impose le désordre, d’aucuns appellent ça le baston…

 

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Pour nos lecteurs fidèles, un cadeau expédié de là-bas par l’envoyé spécial permanent du Pays des Ecrins, l’ami Serge d’Ushuaïa : la météo en direct de l’aéroport de la capitale de la Terre de Feu. Déplacez vous avec votre souris vers la gauche, et vous aurez un superbe aperçu satellitaire en temps réel de la Cordillère convoitée.

http://www.wunderground.com/global/stations/87938.html

Le commentaire de Serge Ouachée  (ex Briançonnais, he oui)
–  Pour celles et ceux qui décodent les cartes météos, ils comprendront facilement les vagues de 5 m qu’affrontent les membres de l’expédition Un Rêve de Darwin. Pour les autres, eh bien, vous saurez le faire dorénavant !!! jajajjajaa (Ndlr, forme de rire des antipodes hispanophones provoqué par la carence en pizzas italiennes, voir commentaires du précédent billet). 

Pour ceux qui se moquent de la météo (les veinards ?), bons baisers de la Terre de Feu avec ce craquant  bisou  (alimentaire en vérité) de manchots, en direct de la  Terre de Feu. Je sais, c’est de travers mais justement, pour mémoire, nous sommes aux Antipodes  (tête un quart à droite SVP). Dédicade spéciale  à P’tit Jules que je ne connais pas (encore).

Par JPP
Tous les sommets auraient été conquis et la montagne ne serait plus qu’un parc de loisirs géants (et extrêmes)…Tous ? Non. Yvan Estienne, 58 ans, guide au Pays des Ecrins, met le cap sur les dernières cimes sans nom.  Et ce n’est ni sur la Lune, ni sur Mars…

Yvan Estienne, 58 ans, chef de l'expédition "Un rêve de Darwin".

Le  bled  le plus « proche » s’appelle Ushuaia, faubourg d’un bout du monde si cher à Nicolas Hulot. Mais il n’existe ni aéroport ni route –seulement le bateau, en guise de camp de base– pour se rendre là où Yvan Estienne s’apprête à conduire une expédition baptisée « Rêve de Darwin ». Un rêve digne du cercle des explorateurs disparus : poser le pied sur une parcelle — aussi résiduelle soit-elle– de Terra Incognita. Concrètement, il s’agit des derniers arpents de la planète encore inexplorés au XXIe siècle, un « blank on the map » à l’ère de Google Earth.
La destination d’Yvan et sa quinzaine de compagnons se situe à 12 000 km du soleil de la Vallouise et du Pays des Ecrins. Patagonie, le Sud du Sud de l’Amérique en Terre de Feu chilienne.  Un grand vent, le williwaw, balaie un champ glaciaire vaste comme tous les glaciers des Alpes réunis qui entreraient dans la mer, en s’éboulant dans des fjords profonds comme des abîmes. Une chaîne les hérisse. La Cordillère de Darwin — nommée d’après le père de la théorie de l’évolution– figure le dernier soubresaut des Andes à la pointe du continent où l’Atlantique et le Pacifique s’affrontent. Son principal sommet –Mont Darwin, environ 2500 m– a été conquis et ses marges abordées. Mais son cœur et ses pentes restent globalement vierges, malgré les récents raids du franco-suisse Christian Clot (en 2006).  Vierges et pour cause…
Le secteur a la réputation – justifiée– de posséder le « plus redoutable climat  du monde » entrecoupé de rares accalmies miraculeuses. En colère le williwa peut souffler à 250 km/h. Sans prévenir. Force 4 sur une échelle des ouragans qui en comporte cinq. Ici en Vallouise, à l’heure de boucler deux ans de préparatifs, Yvan n’ignore rien des nuances cauchemardesques de son « Rêve de Darwin » :
- Notre objectif est d’être les premiers hommes à gravir des sommets inconnus, à skier des glaciers que personne n’a encore foulés. On a appelé ça un « rêve » parce qu’aujourd’hui c’est tellement exceptionnel de pouvoir aller là où personne n’a jamais mis les pieds ! On sait bien que le climat  est extrême, qu’il va falloir affronter des bourrasques énormes, une météo capricieuse. Mais je crois que c’est cet ensemble qui nous a attiré, résume-t-il.
Yvan Estienne est né au Pays des Ecrins, « comme mes parents, mes grands parents, mes arrières grand parents…Ca remonte à loin », dit-il. Vivre au pays s’imposait. Il a été pisteur et chef pisteur à Puy-Saint-Vincent, avant de devenir guide à temps plein. Et d’assumer un appétit de « globe-grimpeur » : il entraîne aujourd’hui ses plus fidèles clients à travers l’association Azimut, qu’il a cofondée.  A son palmarès, trois 8000 dont deux fois l’Everest, l’Aconcagua (Argentine), le Chopicaqui (Pérou), le Kédar Dom (Inde), le Pic Lénine(Kirghizistan) parmi d’autres mythes planétaires…

L’enfant des Ecrins avait cinq ans quand Paul Keller, athlète de la foi  et haute figure du Bureau des guides des Ecrins, réalisait la première de l’arête sud-est de la Tour du Mustagh-Ata. Ca marque : Yvan fera plus tard ce sommet comme chef d’ « expé ». Il avait 11 ans lorsque le même Keller secondait Lionel Terray dans la conquête du Jannu (Népal). En 1979, âgé de 28 ans, il gagnait lui-même sa place dans la cordée historique  des guides des Ecrins qui réussissait la première de l’arête nord de l’Ama Dablam (Népal) sous la conduite de Raymond Renaud. « La plus belle montagne du monde, sourie-t-il encore. C’est elle qui a été mon déclencheur. »
Trois décennies plus tard, son « Rêve de Darwin » peut s’apparenter à une sorte d’aboutissement. Même si l’altitude moyenne de la Cordillère de Darwin paraît modeste (autour de 2500), l’exploit ne serait pas moindre. Les conditions hyper hostiles, on l’a vu, et le fait de devoir repartir, pour chaque course, depuis le niveau de la mer, ne bradent pas le challenge.
- Comme pour toutes les grandes premières, je crois qu’il y a une véritable jouissance, avoue Yvan.
Pour autant, le défi ne relève pas d’une « conquête de l’inutile ». Prélèvement d’échantillons de glace et topos, étude du fonctionnement des écosystèmes, du stress et de ses répercussions somatiques sur les humains, de l’histoire des premiers Patagons (les Kaweskars) sont inscrits au programme d’une expédition pluridisciplinaire et internationale, à but pédagogique. Ainsi qu’un écrivain et deux cinéastes pour narrer le tout  à destination du grand public (un film de 52’ est prévu ainsi qu’un blog pédagogique).
Parmi les retours d’expérience très « utiles » attendus, deux chercheurs, français et canadiens, vont peaufiner une analyse du management d’équipe et du leadership stratégique dans des situations hautement risquées. Elle pourra resservir dans l’espace ou ailleurs.  Cette dimension, Yvan, par ailleurs enseignant au CRET (« prépa » au probatoire d’aspirant guide) de Briançon, l’a voulue :
- Avec un collègue, nous avons travaillé sur une étude de gestion du risque pour la partie non technique, autant dire humaine. Là on va pouvoir confronter nos théories à la réalité de l’inconnu absolu. C’est totalement passionnant, s’enthousiasme le guide.
L’enjeu  justifie que l’expédition soit financée sur les deniers publics par l’Agence nationale de la recherche (ANR) française et qu’elle ait décroché une  bourse de l’équipementier historique de l’aventure, Millet, dans la catégorie scientifique.
Reste une autre facette du personnage qui a sa place dans le défi : l’humour. Quand il ne grimpe pas, n’enseigne pas, ne skie pas en Argentine ou ne part pas dans des courses en Asie et ailleurs, il invente une rafraichissante caricature de guide de haute-montagne en BD, Désiré Lamour, dont un nouvel album doit sortir (éd. du Fournel). De l’importance tout aussi stratégique de savoir ne pas se prendre fatalement au sérieux …
Le début du « Rêve de Darwin »  est programmé autour du 20 septembre (retour en novembre). J’espère pouvoir transmettre ici des (bonnes) nouvelles de la progression d’Yvan.
En attendant, ce projet démontre déjà deux trucs réjouissants.
1/Passé cinquante ans, tout est vraiment possible même l’impossible !
2/ Passé cent ans, l’âge du Bureau des guides, les rêves ne s’éteignent pas au Pays des Ecrins !
En tout cas une manière intéressante faire coup double : célébrer un centenaire et un bicentenaire, celui de Charles Darwin.
Une question cependant : cela vaut-il vraiment la peine pour l’homme de s’échiner à colorier l’un des derniers « blank on the map » de la Terre à l’heure de la conquête de Mars ? Mais peut-il s’en empêcher ? Serait-ce la résultante de l’évolution de notre espèce chère à Darwin ? A votre avis ?