
Il a 37 ans aujourd’hui. Natif de Neuchâtel (Suisse), cet ancien étudiant en art dramatique est devenu membre de la société des explorateurs français sur le tas. En se livrant à tout ce que les milieux de la planète ont d’extrême. Rien à voir avec un pseudo extrême sponsorisé où ses variantes télévisuelles diverses et avariées.
La montagne n’est pas indifférente à cet ancien aspirant guide –« j’étais peut-être trop radical à l’époque pour assumer », dit-il—, baroudeur confirmé ainsi que plongeur et parachutiste breveté. Ni la connaissance. Christian ambitionne un doctorat de géographie à Paris où il transite entre deux « expés ». Et se passionne pour la gestion du stress en situations également extrêmes –son dada—un des sujets d’études de l’expédition française Rêve de Darwin. Ces détails pour situer le bonhomme qui a précédé au cœur de la cordillère Darwin le groupe d’alpinistes de haut niveau conduit par Yvan Estienne, guide aux Pays des Ecrins et hymalayiste chevronné.
Christian Clot est celui –sans doute le seul humain– qui a effectué un périple au cœur de la Cordillère de Darwin — en solo, totale autonomie et sans la moindre balise Argos avec des raquettes aux pieds (le meilleur moyen, selon son expérience). Ultima Cordillera, la dernière terre inconnue, son bouquin (éd.Arthaud) –« le sous-titre n’est pas de moi », préfère-t-il prévenir—relate cette boucle de 80 km, réalisée entre octobre et décembre 2006, dans un univers glacé hyper-hostile où le vent délivre des uppercuts à 200 km/h, les crevasses s’ouvrent sous les pas, les tentes lévitent et la topographie évolue d’heure en heure à la vitesse de variations météo aussi brutales qu’impromptues. Un total bordel ambiant ou cahos perpétuel impossible à cartographier, pour cause.
En préalable à toute analyse des différents déboires et revers subis par le Rêve de Darwin, l’explorateur tient à préciser que sur ce terrain « miné » l’expérience accumulée par les uns ne sert guère à leurs successeurs. La raison ? L’évolution permanente et imprévisible des obstacles, liée au contexte sub polaire –« les pires conditions du monde– et au bouleversement climatique général. Sa tentative de fin 2006 a été précédée de deux voyages « d’approche » en 2004 et début 2006.
« J’ai appris Darwin à ma manière » juge-t-il. Et pourtant, Christian sait qu’aujourd’hui que ce bagage ne servirait pas à grand-chose. Illustration, le glacier Marinelli qu’il a fréquenté a beaucoup changé. En pire.
–En 47 ans, ce glacier a perdu 10 km en longueur et 500 mètres d’épaisseur. Ce qui signifie que les cascades de glace s’élevant à 250 m à l’époque de la conquête du Mont Darwin (ci-dessus) par Eric Shipton (1962) en mesurent désormais 750 ! Demandez à n’importe quel glaciairiste : la différence est monstrueuse….Et ce n’est qu’un exemple pour exprimer combien la difficulté de ce genre d’expédition a cru.
Lors du dernier demi-siècle, 70 expéditions ont affronté la cordillère et seules six ont atteint leur objectif. Chacun en leur temps, les meilleurs, la crème des alpinistes, des Scott, des Yates ou des Boivin, s’y sont cassé les dents, le dernier ne parvenant pas à franchir ce premier cercle de l’enfer darwinien que représente la forêt primaire côtière. Ce défi-là au moins l’équipe des hauts-alpins l’a surmonté.
Au-delà, estime Christian Clot, cela relevait du coup de poker, une chance sur 5 maximum, particulièrement le Roncagli depuis lequel Yvan Estienne a tenté d’aborder en vain le cœur de Darwin. L’explorateur explique :
–Luis Turi, la référence des guides de montagne locaux, a totalement renoncé à y conduire ses clients en dehors de la saison hivernale (notre été). Jamais vous ne le ferez s’y aventurer en octobre ou janvier. L’hiver impose des conditions plus dures mais au moins la glace est solidifiée, le terrain moins piégeux (souvenez vous de l’aventure d’Yvan sur un « glaçon » à bascule). Idem pour les séracs déments du col Saint-Valentini qui ont imposé un demi-tour à l’autre équipe du Rêve.
En réalité, en les contraignant à inverser le projet initial, juge l’explorateur, le mauvais temps de la première semaine a condamné les hommes d’Yvan Estienne à entreprendre leur traversée par le mauvais bout.
–A l’est donc, ç’est à dire la où se dressent les ¾ des pires difficultés d’une traversée intégrale telles qu’ils la projetaient, avec des secteurs de folies plus redoutables que la pire voies de l’Eiger. Oui un coup de poker, c’est ça. Mais attention, je ne dis pas que ce qui les attendaient étaient plus aisé, rien ne l’est dans cette cordillère…
A suivre ce 15/10 sur les Ecrins le Blog pour connaître notamment les recomandations sinon les conseils (ils se refuse à en donner) de Christian Clot à l’équipe du rêve de Darwin…
Pour se procurer Ultima Cordillera
Lundi 27 juillet, au journal de 20 heures de TF1, un reportage de Didier Piereschi, Jean Yves Mey et Thierry Valtat, consacré aux guides des Écrins a été diffusé, en voici le contenu :

André Giraud : Ce sentier a été construit en 1950 !
Au Pays des Écrins il est la référence, André Giraud, 68 ans dont 50 passés à guider les randonneurs, à raconter sa montagne. Les résidents exceptés, personne ne la connaît aussi bien.
André Giraud : Le glacier faisait 80 mètres de hauteur, et sur le glacier, y’avait des balises.
Pour la première fois, le doyen fait équipe avec Yann, aspirant guide depuis 2 ans. Deux générations, deux écoles de la montagnes confrontées.
André Giraud : Tiens regarde, ça c’est une aile de mouche. On avait des chaussures cloutées.
Yann Romaneix : Les fameuses chaussures à clous. Ca devait être un peu particulier. Effectivement sur la neige ça devait bien accrocher, ça devait éviter de mettre des crampons.
Objectif du groupe aujourd’hui, le sommet de la roche Foriot, à 3730 mètres d’altitude. Une marche de plusieurs heures au coeur du parc naturel, avec étape obligatoire au refuge des écrins. Chaque soir une centaine de marcheurs viennent ici reprendre des forces, car les choses sérieuses vont commencer au petit matin, lorsque les cordées se mettent en marche.
André et Yann n’ont pas choisi le plus haut sommet des Écrins, mais peut-être celui qui offre les plus beaux panoramas. Et même après 50 ans de métier, chaque course est une découverte.
André Giraud : La montagne elle change sans arrêt, les paysages évoluent ! C’est toujours aussi beau.
Yann Romaneix : C’est le rêve de beaucoup de jeunes guides comme moi de faire 50 ans de carrière et d’être encore présent physiquement, comme il l’est et d’avoir vécu tout ce qu’il a vécu. C’est l’objectif.
Deuxième site d’alpinisme français derrière le Mont Blanc, le Parc des Écrins est apprécié pour sa beauté et ses accès facile. L’ascension du dôme a plus de 4000 mètres peut se faire en famille, à condition d’être bien encadré.
Le guide Raymond Peru est l’un des doyens de la compagnie des Ecrins. Aspirant guide en 1963, au sortir de l’Ecole nationale de ski et d’escalade de Chamonix (l’ENSA), il entame en 2009 sa 46e saison d’alpinisme. Même s’il avoue « lever un peu le pied » à l’aube de ses 69 ans, il n’en continue pas moins de mener des clients au Glacier Blanc, sur le Dôme des Ecrins ou pour une traversée de la Meije, classiques parmi les classiques. « La majorité des gens n’ayant jamais fait de haute montagne rêvent d’inscrire un 4 000 à leur palmarès. C’est tout un travail de pédagogie, de patience, que de les amener à choisir une course d’initiation pour commencer. Mieux vaut en effet réussir une petite course pour débuter plutôt que de rater une première grande ! »
Raymond affirme être resté traditionnel. Escalade l’été, ski de randonnée l’hiver. Comme tout bon guide, il connaît ses limites. « Le but est de faire partager à nos clients des moments d’exception dans un cadre exceptionnel, mais surtout de les ramener vivants dans la vallée. Je ne me lancerai plus seul avec un client dans le pilier Sud des Ecrins… »
C’est la raison pour laquelle il a cédé quelques courses à Sébastien Foissac, l’un des benjamins du bureau, arrivé dans la vallée en 1995 comme objecteur de conscience, avant de faire l’ENSA. Spécialiste de la glace et de l’escalade, Sébastien a trouvé dans la vallée de Vallouise tout ce dont il rêvait lorsque, adolescent, il s’entraînait sur les falaises près de Cahors : un cadre idyllique, du soleil, « des gens actifs et sympas » et une bonne émulation pour grimper, skier, et s’adonner à la montagne.
L’un comme l’autre constatent une baisse de la pratique de l’alpinisme classique au profit de nouvelles disciplines plus ludiques, moins gourmandes en investissement physique et en temps : escalade sur falaise, canyoning, cascades de glace… Tous deux se rejoignent sur une conception souple de leur métier, obligé de se renouveler par la force des choses. Les pratiques évoluent, les modes évoluent, les équipements évoluent, et tous ces éléments convergent pour une plus grande autonomie de leurs clients mais aussi une certaine raréfaction des purs amateurs de haute montagne : Raymond Peru le regrette, mais les guides ont toujours su s’adapter à la demande. Les jeunes aiment le canyon, le surf, le freeride, les couloirs, les goulottes, la via ferrata? Qu’à cela ne tienne, les guides des Ecrins répondent présents, pourvu qu’ils puissent continuer à partager leur passion !