calanque_escalade

Avant de revenir au Pays des Ecrins pour hiverner, un dernier détour, par Marseille (et le Golfe du Morbihan).

A l’heure où la planète célèbre à l’envi et en boucle (médiatique) l’anniversaire de la chute du « Mur de la Honte » à Berlin, le goût d’en dresser de nouveaux n’est toujours pas passé. Exemple, parmi d’autres hélas — virtuels, moraux ou bien concrets : en béton bien armé– , celui que préméditent d’ériger quelques intégristes de la biodiversités  autour des Calanques de Marseille et de leurs falaises aussi sublimes qu’historiques pour l’escalade.

Un mur certes transparent mais néanmoins légal dressé entre la nature et ceux qui l’aiment, la pratique respectueusement, vivent et respirent avec. Bref un projet de « Parc national maritime et terrestre aux portes de la deuxième ville de France », le Parc des Calanques, dont certaines espèces : grimpeur, kayakiste, randonneur ou rêveur, seraient exclues au profit d’une certaine idée fondamentaliste de l’environnement.

La même idée d’absolu qui, poussée à l’absurde, conduit à faire massacrer l’ ibis sacré au prétexte qu’il vient d’ailleurs (l’Egypte des anciens Pharaons…), migrateur ailé fatalement sans papiers (on ne lui avait pas dit ou il n’a pas entendu ?) flingué au vol ou au nid.

Ce n’est pas une mauvaise blague, mais un vrai « cauchemar de Darwin » pour le coup, un authentique génocide « légal » avec autorisation préfectorale (officiellement « régulation ») qui se déroule aujourd’hui en Bretagne sud et, en particulier, le Golfe du Morbihan, consistant à éradiquer une espèce naturelle au nom de la … sauvegarde des espèces naturelles plus proches. Ibis déclaré espèce « invasive » =  espèce condamnée. Après ça on s’étonnera que la biodiversité planétaire soit plus que jamais salement en péril…

A se demander si l’écologie n’est pas une affaire trop sérieuse pour être confiée à (certains) écologistes intégristes (on appelle ça  les Khmers verts ?).

On veut bien que les grimpeurs évoquent parfois de « drôles d’oiseaux » accrochés à leurs falaises…Mais de là à se laisser « tirer » comme de pauvres Ibis, il y a un pas.

Contre la clôture des Calanques, la proscription de la grimpe libre, c’est un guide de haute-montagne, André Bernard (encore un ami d’Yvan Estienne du Pays des Ecrins), alias Dédé, alias le « King des Calanques », qui a sonné l’alarme, battu le rappel et créé l’association Des calanques et des hommes – www.les-calanques.org– pour défendre la liberté d’escalader les calanques, une histoire d’alpinisme en balcon sur la Grande Bleue vieille de 130 ans.

Le combat de Dédé est clair : oui au Parc des Calanques ne serait qu’en mémoire des  alpinistes qui furent parmi ses premiers protecteurs ; non à la réserve intégrale, au « sanctuaire » naturel excluant les humains non nantis.  

 Les Ecrins, à travers ce blog, s’étaient déclarés solidaires de Dédé. La liberté d’un grimpeur, c’est la liberté de tous les grimpeurs, pour paraphraser JFK en 1963 à Berlin, au pied du sinistre Mur…

Deux mois après la mobilisation de Dédé et près de 9700 signatures (les ibis n’en avaient recueillies que 670, les pauvres…) après, quelque chose me dit qu’une brèche a été percée dans le projet de mur des Calanques.

Ce 9 au matin, La Provence, insitution faite journal et journal de l’insitution s’il en est, rendait hommage à sa manière à André et ses « 9000 signatures de toute la France et de l’étranger ». Manière un peu vache de la consoeur rappelant que les calanques sont « le terrain de jeu et le gagne-pain » de Dédé. Et alors ? Ca devrait le discréditer ? Il n’empêche, c’était un signe et selon nous un plutôt bon signe à l’heure où devait se tenir un nouvelle réunion entre « usagers » et promoteurs du Parc.

Ce n’est pas une raison pour ne pas signer et faire signer la pétition en ligne sur www.les-calanques.org. Le sommet des 10 000 signatures est en vue encore un effort pour faire gagner Dédé parce que nous savons que sa bataille est la nôtre, celle de tous ceux qui aiment la nature au point de faire corps avec..

Et si vous vous êtes sentis touchés par le sort de l’ibis sacré et massacré (au nom des sternes !) lisez et signez sur http://ibisdebretagne.bloguez.com/  et/ou procurez-vous Le Monde Magazine du 7/11 ( « Espèces, vos papiers ») avec une formidable enquête du confrère Laurent Carpentier.

Ibis sacré, le sacre de la beauté qui accompagnait les Pharaons dans  leur vie éternelle, la beauté que l’on massacre en Bretagne, en 2009 au nom de la … biodiversité locale.

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« Nous avons vécu une aventure extraordinaire. Mais tout reste à faire. La cordillère Darwin reste un défi majeur. Il y a ici pour un siècle d’alpinisme à venir. »

Yvan Estienne, guide des Ecrins, chef de l’expédition « Un Rêve de Darwin » à l’AFP, ce 30/10/2009.

Un siècle d’alpinisme à venir … Noble phrase, magnifique perspective, vaste programme. A suivre, donc.

La réflexion de l’explorateur Christian Clot : quand les Russes et les Chinois s’y mettront….

Oui mais, les haut-alpins ont-ils dit leur dernier mot ?Mont Darwin

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Nous nous y préparions, c’est en cours de réalisation dans une difficulté extrême, à l’image de la Cordillère Darwin, au bout du bout du monde austral.

Darwin 2, à savoir vraisemblablement Dominique Stumpert, Yann Estienne, Mathieu Carlhian et/ou leurs compagnons de montagne (ils sont sept) ont entrepris l’ascension d’un des points culminants de la Cordillère Darwin dans des conditions météo épouvantables, propres à la cordillère, auxquelles nous sommes habitués (et eux aussi).

Ils ont été bloqués par une tempête dans la journée d’hier lundi 26. Retour au camp de base flottant Nueva Galicia.

Le site officiel www.unrevededarwin.fr  évoque aujourd’hui une tentative d’ascension du Mont Darwin alors que les précédents messages émis faisaient état d’une préparation autour du Mont Shipton. S’agit-il d’une confusion ? Pour mémoire Darwin et Shipton sont des sommets distincts même si l’himalayiste britannique Eric Shipton a nagère les a lui même  confondus. Allez disons que c’est le Shipton-Darwin !

A l’instar de la météo (pluie) les communications sont mauvaises avec la Bahia Pia, vous le lirez sur www.unrevededarwin.fr, le compte rendu préparé par Yvan n’a pu être transmis ou reçu.

Les guides de Darwin 2 qui se sont préparé une semaine durant en multipliant les premières (voir nos précédents billets) devaient faire une nouvelle tentative dans la matinée de ce mardi 27. L’ultime ?

A suivre pour le dénouement, dès ce soir ou cette nuit, ici même et sur www.unrevededarwin.fr.

Sinon, nos amis les médias se réveillent enfin. Les membres de l’expé ont donné une interview samedi dernier sur France Info.

Autre médiatisation sur le net à découvrir ci-dessous sous forme de diaporama en forme d’hommage aux “Derniers aventuriers”. Un excellent titre !

http://www.lexpress.fr/diaporama/diapo-photo/actualite/environnement/les-derniers-aventuriers_794156.html

Précision : notre image (aquarelle) du jour (ci-dessus), le Mont Shipton, provient du film Ultima Terra de l’explorateur Christian Clot.

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Il a 37 ans aujourd’hui.  Natif de Neuchâtel (Suisse), cet ancien étudiant en art dramatique est devenu membre de la société des explorateurs français sur le tas
. En se livrant à tout ce que les milieux  de la planète ont d’extrême. Rien à voir avec un pseudo extrême sponsorisé où ses variantes télévisuelles diverses et avariées.  

La montagne n’est pas indifférente à cet ancien aspirant guide –« j’étais peut-être trop radical à l’époque pour assumer », dit-il—, baroudeur confirmé ainsi que  plongeur et parachutiste breveté. Ni la connaissance. Christian  ambitionne un doctorat de géographie à Paris où il transite entre deux « expés ». Et se passionne pour la gestion du stress en situations également extrêmes –son dada—un des sujets d’études de l’expédition française Rêve de Darwin. Ces détails pour situer le bonhomme qui a précédé au cœur de la cordillère Darwin le groupe d’alpinistes  de haut niveau conduit par Yvan Estienne, guide aux Pays des Ecrins et hymalayiste chevronné.

Christian Clot est celui –sans doute le seul humain– qui a effectué un périple au cœur de la Cordillère de Darwin — en solo, totale autonomie et sans la moindre balise Argos avec des raquettes aux pieds (le meilleur moyen, selon son expérience). Ultima Cordillera, la dernière terre inconnue, son  bouquin (éd.Arthaud) –« le sous-titre n’est pas de moi », préfère-t-il prévenir—relate cette boucle de 80 km, réalisée entre octobre et décembre 2006, dans un univers  glacé hyper-hostile où le vent délivre des uppercuts à 200 km/h, les crevasses s’ouvrent sous les pas, les tentes lévitent et la topographie évolue d’heure en heure à la vitesse de variations météo aussi brutales qu’impromptues. Un total bordel ambiant ou cahos perpétuel impossible à cartographier, pour cause.

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En préalable à toute analyse des différents déboires et revers subis par le Rêve de Darwin, l’explorateur tient à préciser que sur ce terrain « miné » l’expérience accumulée par les uns ne sert guère à leurs successeurs. La raison ? L’évolution permanente et imprévisible des obstacles, liée au contexte sub polaire –« les pires conditions du monde– et au bouleversement climatique général.  Sa tentative de fin 2006 a été précédée de deux voyages « d’approche » en 2004 et début 2006.

« J’ai appris Darwin à ma manière » juge-t-il. Et pourtant, Christian sait qu’aujourd’hui  que ce bagage ne servirait pas à grand-chose. Illustration, le glacier Marinelli qu’il a fréquenté a beaucoup changé. En pire.

–En 47 ans, ce glacier a perdu 10 km en longueur  et 500 mètres d’épaisseur. Ce qui signifie que les cascades de glace s’élevant à 250 m à l’époque de la conquête du Mont Darwin (ci-dessus) par Eric Shipton (1962) en mesurent désormais 750 ! Demandez à n’importe quel glaciairiste : la différence est monstrueuse….Et ce n’est qu’un exemple pour exprimer combien la difficulté de ce genre d’expédition a cru.

Lors du dernier demi-siècle, 70 expéditions ont affronté la cordillère et seules six ont atteint leur objectif. Chacun en leur temps, les meilleurs, la crème des alpinistes, des Scott, des Yates ou des Boivin, s’y sont cassé les dents, le dernier ne parvenant pas à franchir ce premier cercle de l’enfer darwinien que représente la forêt primaire côtière. Ce défi-là au moins l’équipe des hauts-alpins l’a surmonté.

Au-delà, estime Christian Clot, cela relevait du coup de poker, une chance sur 5 maximum, particulièrement le Roncagli depuis lequel Yvan Estienne a tenté d’aborder en vain  le cœur de Darwin.  L’explorateur explique :

–Luis Turi, la référence des guides de montagne locaux, a totalement renoncé à  y conduire ses clients en dehors de la saison hivernale (notre été). Jamais vous ne le ferez s’y aventurer en octobre ou janvier.  L’hiver impose des conditions plus dures mais au moins la glace est solidifiée, le terrain moins piégeux (souvenez vous de l’aventure d’Yvan  sur un « glaçon » à bascule). Idem pour les séracs déments du col Saint-Valentini qui ont imposé un demi-tour à l’autre équipe du Rêve.

En réalité, en les contraignant à inverser le projet initial, juge l’explorateur, le mauvais temps de la première semaine a condamné les hommes d’Yvan Estienne à entreprendre leur traversée par le mauvais bout.

–A l’est donc, ç’est à dire la où se dressent les ¾ des pires difficultés d’une traversée intégrale telles qu’ils la projetaient, avec des secteurs de folies plus redoutables que la pire voies de l’Eiger. Oui un coup de poker, c’est ça. Mais attention, je ne dis pas que ce qui les attendaient étaient plus aisé, rien ne l’est dans cette cordillère…

A suivre ce 15/10 sur les Ecrins le Blog pour connaître notamment les recomandations sinon les conseils (ils se refuse à en donner) de Christian  Clot à l’équipe du rêve de Darwin…

Pour se procurer Ultima Cordillera

http://www.christianclot.com/livres/ecrit_christian.html

Serge Ouachée, Ushuaïa, 21h30 heure fuégienne vendredi– 2h30 heure des Ecrins samedi.

Hello et Hola, amigos mios de los Ecrinos,

Une fois encore, leur  Iridium ne répond pas, donc pas de message direct (ndlr : grrr)

Yvan et son équipe s’apprêtent à débarquer (ndlr, si ce n’est fait à l’heure où vous lisez) dans une large baie à seulement 35 km environ de Ushuaïa, à quelques km du Parc national argentin Tierra del Fuego qui fait frontière avec le Chili. Enfin à deux pas de chez moi si on veut….

Ces terres hébergent une estancia appartenant à un milliardaire américain, Ted Turner. Un couple de gardien y vit : un gaucho chilien et sa copine, une femme et navigatrice belge tombée sous le charme du gaucho et de ses terres…

Il y a des corps de ferme, une piste qui relie Porvenir et un petit poste de douane. Nous allons de temps en temps à cette estancia pour faire du cheval avec nos amis jusqu’au pied du glacier Alemania qui sera sans doute la porte d’entrée de l’expédition haute montagne du Rêve de Darwin. L’acte II en quelque sorte : après le préambule voici le cœur de l’action.

L’endroit est bien entendu grandiose et superbe.. La bahia Yedengaïa a été formée par ce glacier Alemania.

A leur nord, l’expédition se va se trouver face à une courte et basse chaîne de montagnes appelées Montes las Piramides, à leur sud-ouest se trouve le Pico Francès qui culmine à environ 2 150 m ; un peu plus à l’ouest le Cerro Italia à 2 350 m ; deux sommets déjà atteints par des alpinistes.

Yvan et son équipe d’alpinistes vont certainement franchir le glacier Alemania et atteindre ainsi la Campo de Hielo (glacier central et majeur) de la cordillère Darwin ; de ce côté ils atteindront plus rapidement sur le planning le fameux mont Darwin et ses sommets proches inconnus ainsi que le cœur inexploré de la Cordillère.

A ce stade on peut se demander pourquoi l’expédition n’est pas partie d’Uhuaïa ? Quelques raisons à cela : d’abord elle devait progresser d’est en ouest à l’origine, ensuite Punta Arenas et plus importante qu’Ushuaï  et surtout et enfin des questions administratives… La cordillère de Darwin se trouvant en territoire Chilien mieux valait s’élancer depuis une ville chilienne (la frontière passe sur le canal de Beagle que je vous montrais hier soir.).

Sur www.unrêvededarwin, je me suis permis de rassurer Ludivine et les autres –ceux qui resteront dans la baie en attendant quelques jours l’arrivée du bateau camp de base Nueva Galicia– : ils seront bien accueillis par le gaucho et sa compagne, des amis.

Attention je ne voudrais pas qu’on croie que c’est la Croisière s’amuse. Loin d’être le cas. C’est maintenant que commence la très grande aventure pour Yvan et ses alpinistes, avec une semaine de retard sur le programme prévu. Ce qui est le moindre mal chez nous en Terre de Feu.

Pour situer les lieux et l’ambiance, un extrait vidéo amateur tourné manifestement lors d’une croisière (février 2008, en plein été donc).Regardez à quoi ressemblent les abords de la Cordillère.

michelPar JPP

Il est le 20e homme de l’expédition française «Un rêve de Darwin » qui embarque ce soir à Punta Arenas — cap sur la Bahia Oceano et l’inconnu blanc de la Cordillère de Darwin en Patagonie. Le 20e homme, mais pas le moins important, lui n’a pas quitté Vallouise, au Pays des Ecrins, où il réside.

Michel Dimitrieff, que nous avons déjà présenté ici (voir billet du 31/08), assure le routage météo de l’expédition conduite par le guide des Ecrins, Yvan Estienne.  Michel a 39 ans, c’est un fou d’alpinisme qui a décidé de vivre aux Ecrins. Depuis le deuxième jour de sa naissance, il souffre d’une infirmité motrice qui le fait marcher en rotation interne. Il ne peut ni couper sa viande lui-même, ni lacer ses chaussures. Mais cela ne le prive ni d’un solide humour –« chez moi, en ski, la technique du chasse neige est innée», s’amuse-t-il— ni d’un rêve bien à lui, en forme de challenge : franchir les Alpes avec (ou malgré) son handicap. Souvenez-vous : il a dû interrompre sa tentative cette année. Partie remise.

En attendant de concrétiser son propre rêve, il contribue donc à la marche du Rêve de Darwin. Et ce n’est pas un mince exploit. Il va être ce compagnon de cordée invisible mais vital, celui qui transmet les prévisions météo cruciales à l’heure des décisions : on y va ou pas ?  Une interface entre les machines et les hommes qui risquent leur peau,  à l’image du Suisse Yan Giezendanner,  –l’homme qui a gravi 20 fois l’Everest dans un fauteuil roulant–   »le Routeur des Cimes » (voir commentaire ci-dessous) et fut le complice des Bérhault et Lafaille. (Michel et Yan se sont d’ailleurs rencontrés par l’intermédiaire de Patrick Bérhault)

Le routage météo est une tâche ardue, prenante, qui consiste à jongler avec des modèles numériques et des vues satellitaires en temps réel.Une énorme responsabilité et  une mission rendue encore plus difficile par l’incroyable versatilité des conditions du détroit de Magellan, à la pointe la plus australe de l’Amérique du Sud.

On peut passer de 5 à 10 nœuds de vent à 60 et plus en quelques minutes, ça ne rigole pas, commente Michel. Il faut une bonne dose d’expérience. J’ai déjà routé plusieurs expéditions en montagne dont celle de Christophe Moulin (guide, par ailleurs son ami et coach d’alpinisme) expédition en Alaska, voilà deux ans.

En fait, je reviens à mon premier métier, explique Michel, quand je travaillais pour une société de météo marine. On s’occupait notamment des navigateurs solitaires du Vendée Globe, les Michel Desjoyaux et autres. J’ai donc une idée des coups de tabac dans les « 50° hurlants », qu’empruntent les marins quand ils doublent le Cap Horn en compétition. Yvan (Estienne) et François (Neukirch) (les initiateurs du Rêve de Darwin) m’ont donc proposé le job. Que j’ai accepté.

Du coup, Michel Dimitrieff a démissionné du Conseil Général des Hautes-Alpes où il s’occupait de tourisme à destination des handicapés. Son objectif désormais se consacrer à la préparation de sa traversée des Alpes à partir du printemps 2010 et aussi :

Je vais créer ma propre boîte de routage météo. Mais pas toute de suite, fin 2010 ou début 2011, une fois que j’aurais accompli la traversée des Alpes. Cette fois on va alléger les parcours de liaisons mais augmenter l’ambition des sommets : Cervin, Grandes Jorasses, Cima Grande di Lavaredo, etc.

On l’a compris, il n’est pas question pour Michel de galvauder son propre rêve sur les traces de son ami disparu Patrick Bérhault. Dans les dernières semaines il a passé le cap du « 6a » en escalade et intensifié son entraînement de fond, toujours à raison de 400 à 500 abdominaux par jour. Ce qu’on appelle avoir du cœur au ventre.  Un ventre d’acier comme sa volonté.

Pour le contacter :

http://www.son-art.info/ChallengeVerticalVallouiseEcrins/Contact_r7.html

Une vidéo de Michel Dimitrieff lors de sa première tentative de traversée des Alpes. Extrait en suivant le lien.
http://www.son-art.info/ChallengeVerticalVallouiseEcrins/Traversee-de-l-arc-alpin-episode-N-5_a70.html

sept
19
Classé dans (Histoires de Montagne, Ils aiment les Ecrins) par Ecrins le 19-09-2009

Par JPP.

calanquesLe débat chauffe dans les bivouacs numériques (camptocamp.org). Une pétition a déjà récolté 5000 signatures (à l’heure ou j’ai signé). Oui, il faut sauver la liberté d’escalade dans les Calanques de Marseille à La Ciotat ! Car sa pratique paraît peu ou prou menacée, à l’instar la sieste anisée à l’ombre des cabanons,  par la création d’une future réserve nationale qui préservera –enfin !– ce sanctuaire d’un redoutable prédateur omnivore et bipède, mammifère aussi redoutable qu’invasif et proliférant. Qui ça ? Ben voyons, vous et moi, bien sûr.

Nous appartenons, comme 5,999 milliards d’autres spécimens, à cette espèce qui a décidément mérité depuis l’origine l’exclusion de tout paradis, aussi vertical et aride fut-il. Aussi vertes et pures soient ses intentions,  le grimpeur des calanques appartient, ne lui en déplaise, à l’espèce en question, sous –embranchement de l’ escalanquistus heroïcus ou calanquiste jouisseur. Té pauvre, il a qu’à se dépêcher à jouir de ses falaises, condamné qu’il est à une double peine d’exil.

Bon, qu’on ne compte pas sur moi pour nier que l’humanité a démontré combien elle était nuisible à son propre écosystème (un porc dans sa souille, me dit ma copine Corinne, fermière bio, et je te parle pas du lisier…).

C’est tristement prouvé, scientifiquement irréfutable, vrai de vrai trois fois hélas. C’est plus fort qu’elle, l’humanité. D’ailleurs, elle se condamne (à terme) elle-même à disparaître.  « Bon débarras », comme l’écrit Yves Paccalet, un montagnard très très vert pour son âge ?

Mais de quoi je me mêle ? Après tout, les calanques ne sont pas ma tasse de Ricard. Ici au Pays des Ecrins, on a le génépy, Ailefroide (attention : essuyer ses chausson avant de pénétrer sur le Pré de Madame Carles !!!), des blocs, des parois et même un truc phénoménal –si, si, je vous jure– pour grimper dessus qui s’appelle le Pelvoux… Et, avec ça, tout un massif naturellement équipé pour ce genre d’activités. D’accord, il n’y a pas la mer… mais des lacs, et puis la haute montagne ça vous à une de ces gueules… Et surtout on a aussi, depuis lurette, un grand Parc National des Ecrins dont je n’entends personne se plaindre (en tout cas à haute voix) et qui n’interdit pas l’ascension.

N’empêche, aux Ecrins on se sent solidaire des calanquistes nos frères. Au nom des irréductibles Vaudois qui trouvèrent, ici, un sanctuaire,  j’ose affirmer que ce territoire béni ne rejettera aucun des nouveaux réprouvés de l’escalade libre. Au contraire… Car on est ici totalement favorable à la réintroduction de l’homme dans la nature (je sais,  à l’origine c’est le slogan d’une marque, mais fallait pas être un aigle pour le trouver…)

Attention, une réinsertion raisonnée de cette espèce menaçante et non pas menacée. Au prix de précautions et d’une (ré)éducation qui favorise au préalable l’introduction du sens de la nature dans l’homme. Et nous avons, sur place, tout ce qu’il faut pour organiser des stages de la sorte. Dans le plaisir et le bonheur, faites un séjour aux Ecrins et vous verrez.

Si vous voulez ajouter votre pierre au débat sur les Calanques libres :

http://www.camptocamp.org/forums/viewtopic.php?pid=1157090

Pour soutenir nos frères calanquistes, signez là :
http://www.escalade-calanques.fr/

Pour la suite du mouvement en faveur de la réinsertion de l’homme dans la nature, restez fidèle à ce blog. Nous vous ferons prochainement part d’expérimentations réussies au Pays des Ecrins. A bientôt.

sept
07

Eternelle question. Pourquoi grimpe-t-on, escalade-t-on ? Pourquoi veut-on atteindre le sommet ?

GastonRebuffatParce que…  Les conquérants de l’inutile : tel est  la réponse volontairement provocatrice qu’avait choisie Lionel Terray dans un livre formidable,  devenue lieu commun (le titre, pas l’ouvrage).  A propos de cette prétendue inutilité de l’alpinisme, le guide  Paul-Louis  Rousset, nous dit Claude Albrand, aimait rappeler que parmi 116 images témoignant de l’Humanité,  encapsulées dans la sonde spatiale Voyager, figure un guide de haute montagne au sommet de sa carrière : Gaston Rébuffat, auteur des Cents plus belles courses et randonnées dans le Massif des Ecrins.

 - Debout au sommet d’un vertigineux gendarme, face au  Mont Blanc. Tout en lovant sa corde au-dessus du vide, il regarde au loin en pleine lumière. Libre, il est là, fier, rien que pour le plaisir d’avoir risqué et pour le bonheur d’avoir vaincu.  Tout en contemplant la gloire de la terre, il exalte le dépassement de soi et la prééminence de l’esprit. Voilà le message parti dans l’Univers à la rencontre d’hypothétiques intelligences extra-terrestres, écrivait Paul-Louis Rousset (en substance). Autre réponse, qui rejoint la précédente, en plus poétique mais pas forcément moins orgueilleuse : celle du Savoyard Yves Paccalet, lue sur son formidable blog.

- Les mots « ascension » et « ascèse » sont cousins : l’un traduit l’investissement physique, l’autre la quête spirituelle. Ils se combinent lorsqu’on monte. On ne s’élève que si l’on ambitionne de devenir un peu plus grand que l’animal résumé à ses gènes égoïstes. On grimpe pour donner de l’expansion à son âme,  propose le compagnon de feu  Cousteau.
Pendant ce temps, Gaston Rébuffat, le guide,  poursuit son voyage vers l’infini, couché (ou gravé si l’on veut) sur un disque d’or, dans une étrange « bouteille cosmique »  baptisée Voyager par la Nasa. En fond musical, l’accompagnent, dans une planante play-list, Bach et Mozart, un chant initiatique pour jeunes filles pygmées et Johnny B. Goode de Chuck Berry.
A l’heure qu’il est, Gaston n’est pas loin des limites du système solaire, s’il ne les a pas déjà dépassées. Il continue de  grimper…
Et vous, pourquoi escaladez-vous ?

Darwin par temps calme

Darwin par temps calme

 Par JPP

A l’heure où le guide Yvan Estienne, au Pays des Ecrins, met la dernière main aux préparatifs de son expédition « Un rêve de Darwin » en terre de feu chilienne, je vous propose un bref aperçu des conditions qui l’attendent du côté de la Cordillère de Darwin, son objectif. La video ci-dessous est extraite du film Ultima Cordillera, réalisé lors d’un raid, en 2004, dans les parages de la Cordillère par le franco-suisse Christian Clot, en compagnie de Karine Meuzard et Raphaël Escoffier. Ils en ont rapporté ce qu’on appelle « une expérience hors du commun ». Christian Clot a récidivé en 2006 avec une nouvelle incursion dans la Cordillère. En 2009, il a parachevé une  » trilogie patagone » en parcourant, à pied et en kayak, 2000 km du Hielo Continental, le plus grand glacier du monde, durant 6 mois – de janvier à juillet.  Il était accompagné d’une géographe, Mélusine Mallender. Yvan Estienne et lui vont se croiser d’une certaine manière.

Yvan Estienne et ses compagnons ambitionnent plusieurs premières au coeur même de cette Cordillera qui demeure inexploré. 

Au moment où je vous écris, ce dimanche 6 septembre, on prévoit quelques flocons durant la semaine  à Ushuaia, point de départ du « Rêve de Darwin ». La température est comprise entre 1 et 5° c. L’hiver s’étire.  Bientôt le printemps austral, généralement frisquet. Et ce n’est rien à côté de la Cordillère … 

En ce moment, dans la cordillère de Darwin, le vent souffle à 115 km/h. Mais ça me fait plaisir d’affronter les éléments, a dit Yvan au journaliste du Dauphiné venu l’interroger chez lui, dans sa maison des Vignaux.

À 58 ans, Yvan Estienne s’apprête donc à assouvir son « rêve de Darwin » les yeux ouverts, en homme de défi qu’il est :
– On va ouvrir des voies, gravir des glaciers sans noms, faire de la recherche scientifique. Humainement, ça va être fort. Même si on n’arrive pas à faire cette traversée, ce ne sera pas un échec puisque personne n’y est encore parvenu.D’ailleurs, j’ai fait beaucoup d’expé sans arriver au sommet… mais toujours heureux d’avoir fait ma trace. Et la première des réussites, c’est de faire en sorte que tout le monde revienne en bonne santé le 4 novembre (date de retour programmé de l’expé), rappelle-t-il dans Le Dauphiné.

Bonne chance et bon vent Yvan et les autres. Que votre « Rêve » se réalise… Le mot de cinq lettres auquel on ne doit pas répondre.

  Pour visionner, cliquez ci-dessous.

Extrait du film Ultima Cordillera, au coeur des tempêtes, de Christian Clot. Expédition en Cordillera Darwin, janvier 2004.

On peut se procurer Ultima Cordillera en suivant le lien : http://www.christianclot.com/infos/achat.html

août
04
Classé dans (100 ans des guides en Ecrins) par Ecrins le 04-08-2009

Par Paul Luquin, guide.

Extrait de ses « Carnets de course » : Première en solitaire du Pilier Sud des Ecrins (sept. 1961)
Le métier de guide : « Il ne s’agit pas simplement de passer devant pour montrer le chemin. C’est avant tout de faire en sorte que ceux qui suivent fassent réellement leur course dans la sécurité et dans la joie.»

Le mercredi 30. Départ à 1 heure du matin de Cézanne.
Sommet de la moraine du Glacier Noir à 2h15.
Départ de la moraine à 3h45.
Je retrouve Lambert Georges et les gendarmes qui partent rechercher le corps du Suisse tombé à la traversée en V.
Nous passons la rimaye à l’étranglement du couloir du Col des Avalanches et remontons les talus herbeux et caillouteux…
Je pars seul dans les cheminées tandis que les autres s’encordent …
Seul, le rythme d’escalade est rapide et il faut ménager ses efforts.
Je contourne la tête grise et arrive au pied du Bastion.
Vingt mètres au-dessus pendent l’étrier et la corde du malheureux Suisse.
Cheminée puis traversée, corniche et remontée des 120 m ou 150 m, jusqu’à la corniche avant la traversée du verrou.
Essai pour surmonter le ressaut surplombant et ennui avec la corde dans la traversée sous le verrou.
Traversée verrou, toit fissuré, sortie des grandes difficultés à 10h30.
Sommet des Ecrins à 12h30, 30 minutes d’arrêt pour casser la croûte et faire fondre de la neige.
Je débouche juste à la croix.
Temps magnifique.
Descente lente du sommet des Ecrins.
Arrivée à Caron à 14h30.
Matériel : corde d’assurance, 2 étriers, 8 mousquetons, 3 anneaux de corde (…)

…On ne peut discuter valablement de l’alpinisme solitaire que si soi même on l’a déjà pratiqué (…) parce que lorsqu’on se retrouve seul en montagne il y a un contact plus vrai avec elle. Je dirai même un contact plus franc…

Seul, on se retrouve plus dépouillé devant le problème à résoudre (…)

Autrement dit, je crois qu’on ne peut, en aucune manière justifier l’alpinisme solitaire par principe, bien qu’il semble être l’alpinisme le plus authentique…
A suivre…