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En renonçant –sagement– aux 2500 m du Shipton-Darwin eu égard au temps imparti et à la météo subie, les guides du Rêve de Darwin dans la cordillère du même nom, n’ont pas eu à rougir. Au cours du demi-siècle écoulé — faut-il encore le rappeler ?– seules six expéditions  internationales sur 70 ont touché le but fixé.  Ici l’objectif était une traversée intégrale. Les éléments en ont décidé autrement. Idem pour l’ascension du culmen de la cordillère visée en dernier lieu, en guise de compensation sportive en quelque sorte.

Par la faute du dérèglement climatique, les conditions chaotiques de cette ultime terre au bout du bout de l’Amérique du Sud ne s’arrangent pas. Et se dégraderont, hélas, surement dans les décennies à venir dressant toujours plus de pièges et de chausses trappes sous les crampons des découvreurs du futur.

Les hommes d’Yvan Estienne l’ont vécu (Yvan en personne), notamment lors d’une tentative de franchissement du glacier Roncagli, désormais impossible en dehors du cœur de l’hiver austral qui solidifie à peine plus les glaces. Ils l’ont éprouvé lors d’une tentative –avortée– de passage du col Saint-Valentini. C’en était fait alors de l’objectif numéro 1.

Restait à réussir une autre expérience, dans une autre dimension. Celle-là a abouti. C’est  une sorte de reconquête de l’essentiel, de  »ce que l’on ne voit bien qu’avec le cœur »comme disait le renard au Petit Prince.  Une qualité d’émotion  sommitale qui se grave non pas dans la cire des tablettes du Livre des Records mais dans l’esprit (l’âme, si vous croyez) des Hommes se frottant à la haute mer comme à la montagne et qui les rend plus grands qu’eux-mêmes, plus grands que leur vie.

Ci-dessus (plus tard dans la journée), des extraits des souvenirs à chaud des guides du Rêve de Darwin que vous lirez en intégralité sur www.unrevededarwin.fr . Vous y retrouverez des reflets du passage initiatique dont je veux parler. Il y a aussi bien sûr des fragments d’un discours amoureux suscité par Eros, le discours du désir charnel inassouvi, le soupir du séducteur (macho ?) inassouvi , Don Juan pour une fois éconduit. Cela fait aussi partie du retour d’expérience de la Cordillère Darwin, qui demeure une terre d’exploration avant d’être un terrain d’exploits. Les deux mots commencent pareil mais divorcent après les premiers pas.

 Tout apprentissage profond doit commencer par une révolte, une rébellion. C’est donc bon signe.

Dans cette philosophie-là, le chemin compte autant ou plus que l’objectif. C’était, m’expliquait l’explorateur Christian Clot (photo de sa tente solitaire dans la cordillère ci-dessus), la philosophie d’un Eric Shipton, himalayiste atypique de son temps, le premier vainqueur du Darwin au prix d’un jeu de patience qui dura cinq mois (et non cinq semaines ou cinq jours).

Elle est aux antipodes de ce qui fait courir aujourd’hui un Ueli  Steck sur les cimes et les parois. Il exécute la  face nord de l’Eiger en trois heures, et celle des Grandes Jorasses en 2h21’chrono.  Et dire que l’on aime en France à dauber la prétendue lenteur suisse : Ueli, 33 ans,  Piolet d’or, est originaire de l’Emmental et prépare ses courses comme un athlète olympique.  Ca donne envie de le mettre au pied du  Darwin . Je parie ma caméra que la Cordillère lui tiendrait le langage de la fable 

–Rien ne sert de courir, mon petit Ueli…

Morale : cette autre approche de la montagne (par voie de mer, qui plus est) dont nous parle la Cordillère Darwin, est celle que nous choisissons, ici, sur www.ecrins-leblog.com. C’est elle que nous voulons promouvoir et faire partager, pas plus tard que demain, n’importe où sur la planète en commençant par Ailefroide, le vallon du Fournel, Puy Aillaud et autres lieux d’exploration.

Parce que le Rêve de Darwin s’achève sur le terrain mais continue dans nos têtes.

Comme dit le sage de Freissinières, j’ai nommé Lionel Condemine :

–Ce n’est pas à l’homme d’adapter la montagne, mais à l’homme de s’adapter à la montagne

Yvan des Vigneaux et les siens ont suivi ce haut et noble précepte. Nous saurons en tirer la leçon et la transposer  à nos modestes expéditions. Oui, car même une randonnée peut être une expédition à la rencontre de l’essentiel.

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Extrait du journal de bord du Rêve de Darwin daté du 23 octobre (le 24 au pays des Ecrins, pour cause de décalage)

“Tout va bien, autant au camp de base de Pia qu’au Camp 1, établit hier soir. La nuit a été très calme, la santé et le moral de toute l’équipe engagée dans le secteur du Shipton sont excellents. Nous saurons demain matin si le Camp  2 a pu être monté, et si l’ensemble de l’équipe a pu s’y rejoindre.”

Dans le même compte rendu, confirmation qu’Yvan Estienne, le chef d’expédition, doit avoir rejoint à l’heure où j’écris, le camp de base de Pia.

Au compteur de l’expédition il reste trois jours (retour prévu initialement le 28).

J’entends encore le dernier message transmis par l’ami Serge Ouachée d’Ushuaïa à la veille d’embarquer sur le voilier Xplore, destination la Georgie-du-Sud (un autre sacrée croisière).

–Ici rien n’est fini. Tout est le commencement…. Tu verras Jean-Pierre, ils vont nous émerveiller !

Et Serge d’envoyer son rire Ushuaïen

–Jajajajajajajajajajajajajajajajajajajaja

C’était le 14 octobre.  Il voyait juste le Sergio qui devrait toucher Punta Arenas ce 28 octobre.

Tout est en place autour du Shipton pour un finale en apothéose.

Plus que trois jours. Officiellement. Mais l’exploit est déjà-là. En soi, trouver ses marques et les clés de la Cordillère de Darwin, où tant ont échoué parmi les plus grands, représentait un phénomènal challenge. Ils l’ont fait !!!!!

–Je me demande si ça ne va pas leur donner un goût de revenez-y , m’a dit Annick Estienne au téléphone l’autre soir.

Ou bien une envie de prolongations ?

J’ai de mon côté fini ma repentance.

Mon esprit et mon coeur sont avec Dominique, Yann et Mat qui dégustent du “lyoph” à la santé de ce vieux Shipton.

A suivre si vous le voulez-bien, c’est maintenant que ça commence. Oui, Serge, ici rien n’est fini.

Aujourd’hui, il neige sur Ushuaïa. Printemps, oui, mais austral quand même. Pas de son de l’expé. Iridium, iridium à quoi sers-tu ? A moins que….

–« Si tu étais concentré sur une affaire urgente, tu ne le couperais pas ton téléphone, toi ? », me fais remarquer l’ami Serge d’Ushuaïa. Oui, certes. Ben oui Serge.

Pas de son, alors quelques images muettes mais parlantes.

Caleta Ferrari – Bahia Yendegaïa, entre Cordillère de Darwin au nord et canal Beagle au sud. -54.8666667° -68.75°. Le numéro gagnant d’un gros lot en forme de paradis presqu’antarctique… Un corridor écologique intact. Chevaux et taureaux sauvages, oies de kelt et j’en passe (des oiseaux rares). Sur l’ancien territoire des indiens Yamanas –ils se nommaient eux-mêmes « bien portants » dans leur langue— se trouve une estancia de 40 000 km 2 dépendant d’une fondation, dont Serge nous a parlé. Un gaucho solitaire (presque) vit là depuis 11 ans. Sympa, et sa copine d’origine belge aussi, notre correspondant d’Ushuaïa les connait bien.

Ici une seule loi règne : « Ceux qui viennent aiment la nature, la paix, la solitude » (tiens, je n’ai pas souvenance du passage de Nicolas Hulot, ici, dites mois si je me trompe ?). La bande des 12 hauts alpins avec Yvan Estienne à sa tête a frappé à la bonne porte pour pénétrer sur le territoire de la Cordillère Darwin. Un hâvre, un répit avant d’attaquer vent debout les glaciers vierges et sommets inconnus qui les attendent désormais.

Ceux qui viennent ici aiment la nature… Ca me rappelle un autre décor. Et je n’en connais qu’un seul de comparable à sa manière, avec son Pelvoux, sa barre des Ecrins, son pré de Madame Carle …. et le sanctuaire du Parc naturel auquel il donne accès : le Pays des Ecrins. C’est en France dans les Hautes-Alpes. Ca ne vous tente pas ?
Moi j’y file au Pays des Ecrins. Demain à la même heure, si tout va bien, je serai avec Annick Estienne, l’épouse d’Yvan, la mère de Yann et Ludivine, dans la Maison Estienne, aux Vigneaux. Et si iridium veut bien fonctionner, on tentera une réunion de famille.

Je laisse à Serge le soin de continuer sa veille.
Si l’Espagnol (la langue) ne vous rebute pas, jetez un œil ci-dessous. Et faites de beaux rêves.
http://percataldo.spaces.live.com/blog/cns!79234704950A7CA4!435.entry

Les images promises. Attention, certaines peuvent choquer les « âmes sensibles ». Déconseills aux enfants, ce n’est pas une blague. La vie sauvage ne ressemble pas à du Walt Disney.

Par JPP

patagonie_galerie01Pays des Ecrins, Hautes-Alpes, France. Pluvieux au dessus de la Maison Estienne aux Vigneaux. Min. 4°c-Max. 17°C. Pas grave, retour prévu du grand beau temps, mardi. Punta Arenas, détroit de Magellan, Chili. Couvert avec averses (même heure en TU). Min. -2°c- max. 7°c. Les manchots se marrent : t’as pas chaud toi avec ton pull… Un apéritif frileux.

Ils se sont envolés : les membres français de l’expédition française « Un rêve de Darwin », dont une brochette « significative » de guides des Ecrins. Un saut de 12 000 km entre l’automne précoce d’ici et un printemps tardif, spécialité fuégienne des Antipodes. Destination Punta Arenas, port du détroit de Magellan, ultime  repentir possible des cap-horniers d’autrefois avant la bestialité têtue du Horn. Connu pour son cimetière marin, dont les petites cases évoquent le funérarium du Père- Lachaise à Paris… Et, en moins mélancolique, pour la marche impérieuse des manchots de Magellan. Ouf , nos explorateurs sont en tout cas à l’abri d’un choc thermique anticipé en terre de « feu ». Avant le début des choses sérieuses, ç’eut été dommage…

Si vous avez manqué le début : 2009, année du centenaire du bureau des guides des Ecrins… L’un d’eux, Yvan Estienne, quinqua retrempé, qui a vu l’Ama Dablan, yeux dans les yeux, a décidé de marquer ça, à sa façon, par une première mondiale.

Objectif : la traversée d’ouest en est de la Cordillère Darwin, depuis Bahia Océano jusqu’à Bahia Yendegaia.  100 Km dans l’inconnu des dernière “terres” (gelées, on s’en doute) vierges, inexplorées à ce jour, de la planète. Bref une première “mondiale”, avec au programme l’ascension de sommets anonymes (oubliez les topos des copains, merci) et le franchissement de glaciers aussi cahotiques qu’indomptés pour cause de vents cataclysmiques. C’est cela le “Rêve de Darwin”, Charles –“My Name Is Darwin”– dont on célèbre le bicentenaire en 2009, par ailleurs. Charles Robert Darwin qui découvrit, en 1832, à bord du Beagle, ce frisson austral des Andes, au coeur demeuré vierge, intact ou presque.

 THE last blanck, dernier “petit” blanc avant le très grand blanc de l’Antarctique. Darwin, père de la théorie de l’évolution , soi même, emporta cette vision dantesque au panthéon de la science et de l’aventure réunies. C’est donc à une parcelle d’inconscient collectif  qui nous parle à tous – nous, tous les organismes vivants de cette biosphère  dont quelques bipèdes grimpeurs— que s’attaque Yvan et ses “Darwinautes”.

Qui sont les “Darwinautes” 2009 ? Au moins six haut-alpins parmi eux (vous lirez leur CV sur http://www.unrevededarwin.fr/lequipe/ ) dont je retiens quelques GDHM made in Ecrins, en tout chauvinisme assumé  :

Yvan ESTIENNE, organisateur et chef d’Expédition, formateur au CRET et au SNGM, chef d’expédition sur plus de 20 sommets en Himalaya et dans les Andes… Mais encore…

Dominique STUMPERT, crédité de l’ouverture et équipements de plus de 60 voies dans les Alpes. Organisateur de 10 voyages avec des groupes d’enfants handicapés. Responsable des formations GPS au Syndicat National des Guides. Président de la Commission Technique Nationale des Guides. M. le président, respect…

Stéphane MONARI, organisateur raids en ski de randonnée :  Norvège, Chili, Turquie. Formateur au CRET de Briançon. Responsable des formations alpinisme des gardes des Parcs nationaux. Grande expertise sur glace. Ca va servir…

Yann ESTIENNE, aspirant Guide au Pays des Ecrins, moniteur de ski (le fils du chef…).
Expédition à ski au Mustagh Ata (7545 m), initiateur et participant à plusieurs expéditions en Mongolie (Mont Khuiten), dans le massif de Quimsa Cruz en Bolivie, ouverture de nombreux itinéraires d’escalade en terrain d’aventure. Prometteur…

Mathieu MAYNADIER, Pérou, Népal, Alaska,Islande et beaucoup de voyages d’escalade Mexique (El Gigante) Maroc, Turquie et cascades de Glace au Québec, Etat-Unis, Ecosse… Participation à plusieurs films PETZL. Capabe de 7C à vue et de 8A après travail. Can ç’est du PETZL !

Pierre MULLER, praticien a l`hopital de briancon connu pour ses  ouvertures de voies “ED” en rocher : Kirgysztan, Jordanie, Madagascar. Faces Nord du Cervin, de l’Eiger, de l’Ailefroide. Pratique aussi voile et plongée sous-marine. En espérant que ça ne serve pas…

Je vous présenterai le reste de l’équipe avec la complicité de Thomas Baratier (d’avance merci, Thomas, de nous préparer un “trombinoscope” dûment légendé, pour la postérité — celui de ton excellent site n’est pas évident, cher Thomas) chargé du  développement de l’expédition sur le Web –leur lien avec le monde. Les compétences de Thomas s’étendent à la cuisine (pas seulement éditoriale) et, ça, c’est vital…

En ce “D” Day du Rêve de Darwin, deux nouvelles encourageantes : Alejandro, le skipper du bateau « La Nueva Galicia », qui servira de camp de base flottant aux “darwinautes” connaît le terrain de manière atavique. Fils de son père qui a beaucoup croisé dans les parages, il a accompagné les raids de Christian Clot, l’explorateur franco-suisse, qui a devancé la trace d’Yvan et des siens.

L’autre message réjouissant, c’est celui de Florence,  proche de  l’une des têtes scientifiques du Rêve de Darwin. Il a été déposé sur le site officiel www.unrevededarwin.fr  :

– Elle a affronté la rudesse des hivers de Montréal, ma Marie, alors elle devrai tenir le coup :O). Vous allez bien rire avec elle. Flo du Canada.

Par expérience, je confirme que c’est un atout supplémentaire pour la réalisation du rêve de Darwin. Go, Yvan, Go, comme on dit à Montréal les soirs de Hockey.

La prochaine fois, on sort la carte, promis.

sept
19
Classé dans (Histoires de Montagne, Ils aiment les Ecrins) par Ecrins le 19-09-2009

Par JPP.

calanquesLe débat chauffe dans les bivouacs numériques (camptocamp.org). Une pétition a déjà récolté 5000 signatures (à l’heure ou j’ai signé). Oui, il faut sauver la liberté d’escalade dans les Calanques de Marseille à La Ciotat ! Car sa pratique paraît peu ou prou menacée, à l’instar la sieste anisée à l’ombre des cabanons,  par la création d’une future réserve nationale qui préservera –enfin !– ce sanctuaire d’un redoutable prédateur omnivore et bipède, mammifère aussi redoutable qu’invasif et proliférant. Qui ça ? Ben voyons, vous et moi, bien sûr.

Nous appartenons, comme 5,999 milliards d’autres spécimens, à cette espèce qui a décidément mérité depuis l’origine l’exclusion de tout paradis, aussi vertical et aride fut-il. Aussi vertes et pures soient ses intentions,  le grimpeur des calanques appartient, ne lui en déplaise, à l’espèce en question, sous –embranchement de l’ escalanquistus heroïcus ou calanquiste jouisseur. Té pauvre, il a qu’à se dépêcher à jouir de ses falaises, condamné qu’il est à une double peine d’exil.

Bon, qu’on ne compte pas sur moi pour nier que l’humanité a démontré combien elle était nuisible à son propre écosystème (un porc dans sa souille, me dit ma copine Corinne, fermière bio, et je te parle pas du lisier…).

C’est tristement prouvé, scientifiquement irréfutable, vrai de vrai trois fois hélas. C’est plus fort qu’elle, l’humanité. D’ailleurs, elle se condamne (à terme) elle-même à disparaître.  « Bon débarras », comme l’écrit Yves Paccalet, un montagnard très très vert pour son âge ?

Mais de quoi je me mêle ? Après tout, les calanques ne sont pas ma tasse de Ricard. Ici au Pays des Ecrins, on a le génépy, Ailefroide (attention : essuyer ses chausson avant de pénétrer sur le Pré de Madame Carles !!!), des blocs, des parois et même un truc phénoménal –si, si, je vous jure– pour grimper dessus qui s’appelle le Pelvoux… Et, avec ça, tout un massif naturellement équipé pour ce genre d’activités. D’accord, il n’y a pas la mer… mais des lacs, et puis la haute montagne ça vous à une de ces gueules… Et surtout on a aussi, depuis lurette, un grand Parc National des Ecrins dont je n’entends personne se plaindre (en tout cas à haute voix) et qui n’interdit pas l’ascension.

N’empêche, aux Ecrins on se sent solidaire des calanquistes nos frères. Au nom des irréductibles Vaudois qui trouvèrent, ici, un sanctuaire,  j’ose affirmer que ce territoire béni ne rejettera aucun des nouveaux réprouvés de l’escalade libre. Au contraire… Car on est ici totalement favorable à la réintroduction de l’homme dans la nature (je sais,  à l’origine c’est le slogan d’une marque, mais fallait pas être un aigle pour le trouver…)

Attention, une réinsertion raisonnée de cette espèce menaçante et non pas menacée. Au prix de précautions et d’une (ré)éducation qui favorise au préalable l’introduction du sens de la nature dans l’homme. Et nous avons, sur place, tout ce qu’il faut pour organiser des stages de la sorte. Dans le plaisir et le bonheur, faites un séjour aux Ecrins et vous verrez.

Si vous voulez ajouter votre pierre au débat sur les Calanques libres :

http://www.camptocamp.org/forums/viewtopic.php?pid=1157090

Pour soutenir nos frères calanquistes, signez là :
http://www.escalade-calanques.fr/

Pour la suite du mouvement en faveur de la réinsertion de l’homme dans la nature, restez fidèle à ce blog. Nous vous ferons prochainement part d’expérimentations réussies au Pays des Ecrins. A bientôt.

sept
03
Classé dans (100 ans des guides en Ecrins) par Ecrins le 03-09-2009

Par Claude Albrand

Retour de course, le guide fatigué sait qu’il doit remonter au refuge dans deux heures.
Son fils demande
- Papa, peux-tu m’emmener aux Traverses ? Je voudrais essayer une longueur, tu sais, celle que j’ai travaillée l’autre jour.
- Je n’ai pas beaucoup de temps, objecte le père
- Ca ira, je suis déjà échauffé et concentré exprès, j’avais prévu. On fait juste l’aller retour …
Quinze minutes de voiture, demande polie aux grimpeurs présents, s’escrimant vainement sur cette longueur de bien vouloir la libérer quelques instants.
Le gamin gravit la voie en libre au premier essai, sans faute, sans effort apparent, replie la corde sous les yeux médusés des spectateurs, persuadés que ce gamin vient de réussir un voie 7c+ à vue, sans échauffement ni préparation.
A treize ans, il figurera dans les meilleurs mondiaux en compétition d’escalade …

Pour illustrer cette anecdote authentique, rapportée dans l’ouvrage Cent ans de guides en Ecrins (écrit et coordonné par Claude Albrand), jetez un œil à ce petit bijou réalisé ces derniers jours par TLC Prod autour des blocs d’Ailefroide (Rassemblement 2009). Vous vérifierez (aller directement à 2’18, si vous êtes pressés) que la grimpe peut-être un jeu d’enfant … prodige. Un peu de résine, énormément de talent.
A côté, les « grands » ont l’air vraiment lourdauds – cruel mais juste.

Le Pays des Ecrins comme si vous y étiez … On vous attend ce week-end ?

août
18
Classé dans (100 ans des guides en Ecrins) par Ecrins le 18-08-2009

Par Fanny Langevin,

Fille de Tiapa Langevin, guide BHM depuis 1953, et
arrière-petite fille du physicien Paul Langevin.

Il me semble que le jour de la fête des guides, il a toujours fait beau.
Il faut dire que coincée entre juillet et août, il n’y a pas de meilleur moment pour le soleil.
A la maison la fête commençait dès le matin : papa était là au petit déjeuner ! En saison, c’était plutôt rare. Certains matins, j’arrivais parfois à me glisser entre les odeurs de café, de cordes et de casse-croûtes, mais les courses qui commençaient du bas n’étaient pas très fréquentes …
Ce jour là, donc, pas question de traîner pour autant. Il fallait arriver à Ailefroide avec assez d’avance sur la fin de la messe pour que tout soit prêt. Après la bénédiction des cordes et des piolets, place au vin d’honneur.
L’effervescence régnait au bureau des guides. Tous étaient là et avaient sorti les habits de cérémonie : veste vert bouteille, cravate en cuir, knickers beige et chaussettes jacquard. Seuls les guides militaires ou gendarmes pouvaient à la rigueur, échapper à cet uniforme. L’important dans tout ça, c’était de garder une place pour la médaille plantée en évidence sur la poitrine. Elle n’a que très peu changé depuis que je la connais avec sa gentiane bleue des Alpes, son sommet à la Samivel et son piolet (…)
Je ne me souviens pas des discours … Je profitais de ce court moment sans surveillance pour courir dans les prés avoisinants en attendant le grand moment de gloire : la vente des billets de la tombola. Plantés près du pont dès l’heure du déjeuner au milieu des épilobes et des framboises, nous avions le droit magique d’arrêter les voitures qui montaient et descendaient pour leur proposer des tickets numérotés et leur promettre monts et merveilles.
Nous lisions la liste des cadeaux récoltés méticuleusement depuis le mois de juin : opinels, photos des écrins, truite vivante, repas en refuge, séjours en hôtel et … course avec guide. Bien sûr les cadeaux les plus convoités ne tombaient pas toujours dans notre escarcelle.
Il m’a fallu trente ans pour obtenir la photo des Ecrins au soleil levant et je dois avouer que c’est mon fils qui l’a gagnée ! (…)
Le centre des activités se déplaçait en début d’après-midi vers la paroi d’escalade d’Ailefroide (…)
Pendant qu’une partie des guides évoluaient dans les grandes voies, en bas près des blocs, le spectacle s’organisait. Les cordes tendues de la tyrolienne permettant aux enfants de traverser d’un mélèze à l’autre à quelques mètres du sol. L’hélicoptère du secours en montagne se posait dans un nuage d’herbe coupée, nous étions partagés entre recul et curiosité mais soulagés de ne pas le savoir en sauvetage (…)
Mais le dîner à peine avalé, il fallait à nouveau courir pour arriver à temps à l’église où le curé nous attendait, nous confiait les clefs et nous aidait à tout installer (…) L’écran, immense assemblage de draps réalisé par des femmes de guide, s’élevait doucement devant la chaire. Le public arrivait à la nuit tombée pour le diaporama sonorisé, immanquablement sur fond des Quatre saisons de Vivaldi (…)
Le retour sous une brise un peu frisquette annonçait du beau temps pour le lendemain.
Papa pourrait partir pour Roche Faurio, les arêtes de Sialouze ou la traversée du Pelvoux sans inquiétude.

août
13
Classé dans (100 ans des guides en Ecrins) par Ecrins le 13-08-2009

Par Jean-Pierre Fédéle, guide

J’écris ces lignes pour le centenaire du Bureau des guides d’Ailefroide depuis le Delta de la Plata, près de Buenos Aires, où je prépare un trek autour du Fitz Roy, histoire d’user mes derniers os …

Les Ecrins, le Pelvoux. 45 ans d’activité professionnelle et de vie affective pour le petit Marseillais que j’étais, poussé par une horreur viscérale de l’eau (…)

45 ans d’une carrière qui aurait pu se terminer au berceau … Rêvant d’imiter Lionel Terray, notre idole, nous nous lancions, à 16 ans, dans la célèbre fissure d’Ailefroide.

La pluie sur le lichen et l’inexpérience nous ont arrêté à 30 mètres de la sortie. La corde à linge emprunté à la Mère Giraud n’était pas conçue pour résister à la chute …

Nous avons été sauvés, par le haut, par Pierre Engilberge et Jean Giraud. Gratifiés de gentilles moqueries, nous avons dû promettre de ne plus grimper des « crottes » !

Aujourd’hui, la formation et le matériel donnent le tournis.

Qui voudrait encore du pantalon “Bonneval” qui tombait sur les chaussures quand il pleuvait ? Qui se sentirait encore de pratiquer un rappel en “S” dont les cuisants souvenirs ont marqué notre génération ? Qui chausserait des Terray-Saussois-Livanos, le top des chaussures rigides et aussi des ampoules ? Sans oublier l’encordement direct à la taille avec des cordes en chanvre statiques …

(…) C’est (…) avec peu de matériel mais beaucoup de désir d’aventures vraies, « engagées », que des voies nouvelles, difficiles, ont étés ouvertes. Victor Chaud en Oisans, Paul Keller à la Tour de Mustag et au Jannu, l’Aman Dablam par des guides du bureau emmenés par Raymond Renaud …

(…) On ne se construit jamais tout seul même si la montagne parfois conduit à l’individualisme. J’ai eu la chance de rencontres essentielles où le mot “cordée” prend tout son sens. D’abord, André Giraud … Avec André, imprégné de la nature de sa vallée, grimpeur spontané, “visualisant” avec une grande rapidité les passages les plus difficiles, nous fîmes la troisième ascension du couloir Chaud …

Crampons dix pointes, piolet en bois, broches “tire-bouchons”, sortie en glace de 70-80 degrés ! L’engueulade que nous reçûmes au retour, de la part du père Giraud, n’avait d’égal que son émotion et sa fierté …

Encore amateur, nous nous joignîmes aux guides Tiapa Langevin et Jean Lepeut . Ils avaient à leur actif de grandes voies ouvertes aux côtés des Keller, Molinatti, Matheoud.

Objectif : la face sud des Bans, paroi verticale connue pour avoir résisté à de nombreux assauts d’alpinistes réputés. Ce jour-là, André trouva à l’instinct, le passage clé, d’une grande difficulté et très exposé. Il engageait, une vie de guide de grande classe …

Des années plus tard, la fille du guide, Marie-Laurence accompagnée par Fred Augé parcouraient en « ballerines » la voie redoutable, en quelques heures.

Une nouvelle génération était née.

couverture-livreRetrouvez d’autres témoignages, anecdotes, souvenirs et récits dans le livre « 100 ans de Guides en Écrins » disponible aux Éditions du Fournel

août
10
Classé dans (100 ans des guides en Ecrins) par Ecrins le 10-08-2009

Par Frédo Jullien

…Je me souviens d’avoir bataillé dans les voies d’Ailefroide avec les copains quand nous grimpions pieds nus « comme Edlinger », et que nous finissions les grandes voies les pieds en sang mais trop fiers pour nous plaindre.

Un jour à Buoux après un sixième vol dans une voie bien trop dure, je me résous à descendre. N’ayant pas prévu le maillon rapide et ne voulant pas laisser un mousqueton, je crispe une prise main gauche et de l’autre main, je me décorde passe la corde dans un ring puis me rattache.

C’est à ce genre de « miracle» que le directeur de l’ENSA a fait allusion lorsqu’en entrant en formation de guide, il nous a souhaité la bienvenue

si vous êtes là, c’est que vous avez eu beaucoup de chance…

Bien avant de penser à guider en tant que professionnel, je me suis  lancé seul dans des traversées de massifs montagneux et de déserts.

Je me laissais guider par les lignes de crêtes, la météo du jour, les oasis, les beaux sommets… avec seulement une direction générale : l’ouest dans les Pyrénées, l’est dans le Haut Atlas, le nord dans le Sahara mauritanien, le sud dans les Andes.

Ces expériences ont été capitales pour moi. Elles m’ont permis d’acquérir une forte confiance en moi et une bonne connaissance de mes possibilités et de mes limites. Avant de guider les autres, mieux vaut savoir où l’on va soi même.

Durant ces voyages j’ai toujours écrit pour faire partager mes expériences, tout d’abord aux enfants des classes primaires avec qui je correspondais puis ensuite aux adultes. Trois ouvrages relatent mes voyages.

Naviguer dans les grands espaces. Laisser l’espace diluer le temps. S’accrocher aux dos des montagnes pour atteindre leur sommet, traverser des océans de dunes pour trouver l’oasis verte …

Après  ces grandes traversées je ne pouvais pas envisager un autre quotidien que celui qui est le mien aujourd’hui, dans les montagnes, dans le paysage, dans la nature …. en faire partie.

Il me fallait un métier pour faire partager ces milieux aux amateurs de verticalités, d’horizons….

Vraiment, on ne devient pas guide par hasard.

août
07
Classé dans (100 ans des guides en Ecrins) par Ecrins le 07-08-2009

Par  Frédo Jullien, guide

Je n’avais jamais trop envisagé de devenir guide de haute montagne mais plutôt marin de haute mer, navigateur de tour du monde (…). Je passais le plus clair de mes étés à enseigner la voile en juillet. En août, j’installais ma tente dans les Alpes ou dans les Pyrénées. Pas assez fortuné pour me payer des courses avec des guides, je m’encordais avec des amateurs ou des copains.

De ces étés à sillonner le massif des Ecrins, je me souviens de ma première ascension du Pelvoux depuis le camping d’Ailefroide avec des amis que j’avais rejoins. Eux, étaient arrivés depuis déjà une semaine et s’étaient acclimatés en gravissant l’Ailefroide Orientale (…). Je ne refusais pas la proposition de partir à minuit du village alors que je n’avais pas même eu le temps de monter ma tente.

Nous avons atteint le refuge plutôt rapidement à mon goût et les premières cordées, encore endormies, en  sortaient déjà. Là-haut, j’ai fait l’erreur de me désaltérer avec une eau glaciale qui m’a tordu les boyaux tout le reste de la nuit et de la journée.

Au beau milieu du couloir Coolidge, je fus pris de vertiges et de maux de ventre terribles. Nous n’étions pas encordés, mes amis jugeant que les conditions ne le nécessitaient pas (…). Parvenus sur le plateau du glacier des Violettes, et les autres me voyant plutôt pâle, ils décidèrent qu’il valait mieux s’encorder…. Pour le meilleur et pour le pire !

Dans la descente je me fis distancer et en bon dernier découvrant l’itinéraire, je me trompais évidemment dans les vires d’Ailefroide.

De retour à la tente j’ai dormi durant 15 heures.

C’est avec ce souvenir que 15 ans plus tard, j’ai refait la voie normale du Pelvoux en tant que guide. J’ai conseillé à mes clients, qui souhaitaient partir du camping, de dormir au refuge. Nous nous sommes encordés dans le couloir Coolidge et j’ai bien reconnu l’endroit, où, dans les vires, il ne faut pas descendre mais traverser en remontant un peu…

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