jan
10
Classé dans (Non classé) par Ecrins le 10-01-2010

Il y a des mots capables de crever le mutisme d’un blog inanimé.

Voilà. Ca parle de la Mère Montage. Ca me console et me rapproche du merveilleux Pays des Ecrins.

« Mère Montagne… Mère ambigüe, qui met à l’épreuve la solidarité de mon corps avec les choses. Car si je me risque : chaos, mêlée des origines, espace inculte ignorant la géométrie, partes intra partes, fait des coins qui ne savent pas qu’ils sont des angles, d’empiètements et de chevauchements prêtant à la confusion entre le réel et l’imaginaire…

L’alpinisme est une morale de la libération, il permet de voir les choses à leurs vraies dimensions, qui par nature ne nous sont pas appropriées.

Et aussi bien, pour apprendre à supporter les hommes, il est bon de s’entraîner avec des rochers et des crevasses (…) Le monde humain comporte l’équivalent de la douceur perfide de la neige… »

C’est de François George, alias François-George Maugarlone, écrivain et philosophe, 62 ans, déjà auteur d’une Histoire personnelle de la France. Il vient de récidiver chez Grasset avec Présentation de la France  à ses enfants, une frise des paysages de la France saisis dans leur intime, un bas relief baroque dont on se délecte des ombres portées.

Un prodigieux voyage pour même pas 20 € : drôle de pays que cette mosaïque à laquelle Vauban s’évertua à conférer la forme d’un ouvrage défensif, un hexagone.

Allez-y vous m’en direz des nouvelles.

nov
19
Classé dans (Histoires de Montagne) par Ecrins le 19-11-2009

tomazhumar
 « This is my last… » Ma dernière…. Mon dernier…. Nul ne saura jamais ici bas ce que Tomaz voulait désigner dans son ultime message transmis par téléphone satellite le 9 novembre dernier. Pas besoin d’imaginer, hélas.

Le 14 novembre 2009, un hélico, avec des proches à bord, repérait son corps à 5 600 m sur les pentes du Langtang Lirung (7 227 m, Népal).

Il avait fêté ses 40 ans en février dernier, broyait volontiers la main qu’il serrait, disait entendre des voix qui l’appelaient vers l’Himalaya, racontait des histoires de troisième œil –si j’en crois la nécro publiée dans Le Monde par Charlie Buffet.

Tomaz Humar était la star slovène de l’alpinisme, un absolutiste limite mystique assumé, soloïste engagé au-delà de toute raison. « One way ticket » disait-il

Aller sans retour… Gloire nationale dans son pays, Tomaz était du genre à débrancher sa radio pour ne pas entendre un quelconque avertissement dans une ascension de l’Annapurna. C’était en 1995. Tempête. Il était sorti seul par le sommet quand ses compagnons humains avaient fait demi-tour.

Du genre aussi à s’opérer soi-même, au couteau,d’un abcès dentaire lors d’un séjour contraint et forcé de 7 jours dans la paroi sud du Dhaulagiri (8 167 mètres) en 1999.

En 2005, toujours en solo, le Slovène avait bénéficié, dans le Nangat Parbat (Pakistan), de ce qui demeure à ce jour le plus haut hélitreuillage jamais réalisé :  5 900 m. Une date qu’il célébrait comme une « deuxième naissance » (à lire sur www.nationalgeographic.com/adventure/0512/features/tomaz_humar.html

Entre temps, en 2000, il était tombé de son toit, chez lui. Depuis,  il lui était,  écrit Charlie Buffet, « plus facile de grimper que de marcher »… « Les montagnes sont le seul endroit en je me sente proche de moi », affirmait le Slovène sur son site Web.

 Jusqu’où faut-il se découvrir pour se perdre à jamais ? Existe-t-il des relevés mensuels à la banque de la chance pour savoir où en est son capital ?

PS. La trajectoire de Tomaz me fait encore mieux appréhender rétrospectivement les angoisses partagées avec Annick Estienne, certains soir de veillées aux Vigneaux durant l’expédition Un Rêve de Darwin. Et louer haut la prudence professionnelle d’Yvan Estienne, guide au pays des Ecrins et chef d’expé, grand dans sa noblesse du savoir renoncer.

La conquête de l’inutile ? Merci, on a déjà donné. Combien faudrait-il de Tomaz défunts pour « vaincre » la cordillère Darwin ?

nov
16
Classé dans (Histoires de Montagne) par Ecrins le 16-11-2009

Ce lundi n’est pas (n’importe quel) lundi. La pétition lancée par le guide André Bernard et les associations fédérées par le refus de l’exclusion de l’homme et du grimpeur dans le futur Parc national des Calanques marseillaises a recueilli  (à 9h30 heure de Pelvoux) … 10 027 signatures de tous les horizons et du monde entier dont celle de la Grande Catherine (Destivelle).

Pour mémoire, il s’agit en signant de dire « Oui » au Parc mais «Non » à une réserve intégrale condamnant toute activité humaine.

10 000 atouts en main des partisans de la liberté de grimper dans le respect (et l’amour vrai) de l’environnement pour s’assoir maintenant à la table des discussions…

Le regretté Bunny, guide pyrénéen dont on a parlé ici, peut sourire en regardant vers notre vallée humaine.

Les auteurs et les amis de ce blog se réjouissent… Parce que 10 000 signatures pour une activité que l’on juge souvent confidentielle, c’est un beau recensement plein d’espoir. Et un gros trou dans le mur de l’intolérance.

Bien sûr, pas une raison pour s’abstenir de signer sur

http://les-calanques.org/

PS. Après une semaine de lâche relâche, les Ecrins le blog reprend sa course. Prochain rendez-vous avec les amis de la MUL, les gypaète de Vallouise, les cascades du Fournel et un flash back à tout casser sur le Rêve de Darwin. Alors à bientôt ?

calanque_escalade

Avant de revenir au Pays des Ecrins pour hiverner, un dernier détour, par Marseille (et le Golfe du Morbihan).

A l’heure où la planète célèbre à l’envi et en boucle (médiatique) l’anniversaire de la chute du « Mur de la Honte » à Berlin, le goût d’en dresser de nouveaux n’est toujours pas passé. Exemple, parmi d’autres hélas — virtuels, moraux ou bien concrets : en béton bien armé– , celui que préméditent d’ériger quelques intégristes de la biodiversités  autour des Calanques de Marseille et de leurs falaises aussi sublimes qu’historiques pour l’escalade.

Un mur certes transparent mais néanmoins légal dressé entre la nature et ceux qui l’aiment, la pratique respectueusement, vivent et respirent avec. Bref un projet de « Parc national maritime et terrestre aux portes de la deuxième ville de France », le Parc des Calanques, dont certaines espèces : grimpeur, kayakiste, randonneur ou rêveur, seraient exclues au profit d’une certaine idée fondamentaliste de l’environnement.

La même idée d’absolu qui, poussée à l’absurde, conduit à faire massacrer l’ ibis sacré au prétexte qu’il vient d’ailleurs (l’Egypte des anciens Pharaons…), migrateur ailé fatalement sans papiers (on ne lui avait pas dit ou il n’a pas entendu ?) flingué au vol ou au nid.

Ce n’est pas une mauvaise blague, mais un vrai « cauchemar de Darwin » pour le coup, un authentique génocide « légal » avec autorisation préfectorale (officiellement « régulation ») qui se déroule aujourd’hui en Bretagne sud et, en particulier, le Golfe du Morbihan, consistant à éradiquer une espèce naturelle au nom de la … sauvegarde des espèces naturelles plus proches. Ibis déclaré espèce « invasive » =  espèce condamnée. Après ça on s’étonnera que la biodiversité planétaire soit plus que jamais salement en péril…

A se demander si l’écologie n’est pas une affaire trop sérieuse pour être confiée à (certains) écologistes intégristes (on appelle ça  les Khmers verts ?).

On veut bien que les grimpeurs évoquent parfois de « drôles d’oiseaux » accrochés à leurs falaises…Mais de là à se laisser « tirer » comme de pauvres Ibis, il y a un pas.

Contre la clôture des Calanques, la proscription de la grimpe libre, c’est un guide de haute-montagne, André Bernard (encore un ami d’Yvan Estienne du Pays des Ecrins), alias Dédé, alias le « King des Calanques », qui a sonné l’alarme, battu le rappel et créé l’association Des calanques et des hommes – www.les-calanques.org– pour défendre la liberté d’escalader les calanques, une histoire d’alpinisme en balcon sur la Grande Bleue vieille de 130 ans.

Le combat de Dédé est clair : oui au Parc des Calanques ne serait qu’en mémoire des  alpinistes qui furent parmi ses premiers protecteurs ; non à la réserve intégrale, au « sanctuaire » naturel excluant les humains non nantis.  

 Les Ecrins, à travers ce blog, s’étaient déclarés solidaires de Dédé. La liberté d’un grimpeur, c’est la liberté de tous les grimpeurs, pour paraphraser JFK en 1963 à Berlin, au pied du sinistre Mur…

Deux mois après la mobilisation de Dédé et près de 9700 signatures (les ibis n’en avaient recueillies que 670, les pauvres…) après, quelque chose me dit qu’une brèche a été percée dans le projet de mur des Calanques.

Ce 9 au matin, La Provence, insitution faite journal et journal de l’insitution s’il en est, rendait hommage à sa manière à André et ses « 9000 signatures de toute la France et de l’étranger ». Manière un peu vache de la consoeur rappelant que les calanques sont « le terrain de jeu et le gagne-pain » de Dédé. Et alors ? Ca devrait le discréditer ? Il n’empêche, c’était un signe et selon nous un plutôt bon signe à l’heure où devait se tenir un nouvelle réunion entre « usagers » et promoteurs du Parc.

Ce n’est pas une raison pour ne pas signer et faire signer la pétition en ligne sur www.les-calanques.org. Le sommet des 10 000 signatures est en vue encore un effort pour faire gagner Dédé parce que nous savons que sa bataille est la nôtre, celle de tous ceux qui aiment la nature au point de faire corps avec..

Et si vous vous êtes sentis touchés par le sort de l’ibis sacré et massacré (au nom des sternes !) lisez et signez sur http://ibisdebretagne.bloguez.com/  et/ou procurez-vous Le Monde Magazine du 7/11 ( « Espèces, vos papiers ») avec une formidable enquête du confrère Laurent Carpentier.

Ibis sacré, le sacre de la beauté qui accompagnait les Pharaons dans  leur vie éternelle, la beauté que l’on massacre en Bretagne, en 2009 au nom de la … biodiversité locale.

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Un commentaire laissé sur ce blog aujourd’hui par notre nouvel ami Luis Azua, vieux complice d’Yvan Estienne et guide franco-chilien, me fait rebondir sinon bondir. Luis poursuit un trek au long cours dans les montagnes du Yunnan au Sud de la Chine…

D’abord, Luis explique pourquoi il emploie dans ses messages le féminin accolé au nom Darwin.

Quelqu’un disait que cette chaîne se laissait seulement « caresser »…  (ndlr, ça on l’a bien vu Luis, rude caresse en retour). En fait pour nous, au Chili, nous la connaissons simplement comme « La cordillera de Darwin »… Cordillera est du  féminin : d’où vient le terme familier de « la » Darwin que j’emploie comme tous les Chiliens…

Mais ce n’est pas ça qui  m’a fait sursauter, au fond je m’en doutais…Non c’est la suite…

–C’était difficile d’avoir des nouvelles de l’expédition par le site http://www.unrevededarwin.fr. Problème propre à la Chine ? s’interroge Luis.

La question de Luis n’a rien d’absurde : pour endiguer la libre parole (certains mots sont tabous à Pékin, Tib…, Dalaï L…, Dro… de l’Hom…) qui s’écoule sur Internet comme un fleuve en cru, les autorités de la République populaire ont dressé un barrage. En termes techniques, un « fire wall ». Un pare-feu.

A l’extérieur on lui a donné un petit nom : « la Grande Muraille pare-feu de Chine ». C’est ironique, car la Grande Muraille, la vraie, en pierre, celle que l’on voit depuis la lune dans les légendes urbaines (car c’est archi-faux), n’a jamais empêché aucune invasion. Elle sert aujourd’hui à vendre des cartes postales et de squatt à d’ « impudents » randonneurs étrangers ! Ci-dessus une amusante version Aqualand (un montage bien sûr). Tout un symbole.

N’empêche, ce système que les derniers mandarins  de la dynastie décadente post-maoïste ont poétiquement baptisé « Bouclier d’or » a pour résultat de « bloquer » l’ouverture de certains sites choisis sur le Web, depuis les PC situés sur le territoire chinois. Sur la base du nom de domaine (exemple http//www.machintruc-tibetlibrebordel.com/) avant tout. En Français on dit censure.

Je conjecture : le mot « Rêve » serait-il proscrit par les héritiers de la Longue Marche et de son avatar sanglant, je veux dire la Révolution culturelle ? Pas impossible si l’on en croit Luis. Pas impossible encore que le mot Darwin ait aggravé le cas du Rêve Interdit.

Pensez-vous, Darwin, un représentant de l’idéologie impérialiste  professant que dans l’évolution des espèces les mâles dominants roulent dans des Ferrari rouges pour mieux transmettre leurs gênes égoïstes. Bouhhhhhhhhh, c’est pas en Chine qu’on verrait ça, hein, des milliardaire rouges  draguant la fleur de lotus en bouton dans des Ferrari itou et même pas honteux d’avoir leur carte du PCC.

Précision importante : www.unrevededarwin.fr était disponible au moindre clic depuis n’importe où sur la planète, d’Ushuaïa en Alaska. Sauf en Chine… Un problème technique, ben voyons l’informatique c’est pas fiable…

Ici faut pas rêver camarades. Darwin, porc révisionniste, au bûcher, allez zou !!!! Si on rajoute en plus le « .fr » comme France où tout un tas de crapules petites bourgeoises s’entichent d’un mec à lunettes qui sourit tout le temps bien que son pays soit envahi depuis des décennies, d’un type louche qui offre des écharpes à tous ceux qu’il rencontre (vous l’avez reconnu).  Bien sûr, là je parle au nom de mes amis de Pékin, hein, ce n’est pas moi qui le dit, on ne confond pas.

Concrètement, donc, certains mots écrits sur le Web, l’Internet, ne franchissent pas le pare-feu de la grande Chine nouvelle. Apparemment  c’est le cas pour la phrase « Un rêve de Darwin.fr ». Pour contourner l’obstacle, le franchir à tout prix, des petits malins utilisent une arme : « l’anonymiseur » de site.

En gros, un site d’appellation anodine qui sert de cheval de Troie au contenu interdit comme la Cité du même nom pour mieux s’y faufiler et prendre les abrutis à revers.

C’est ainsi que ce blog que vous lisez a servi d’anonymiseur au Rêve de Darwin, de cheval de Troie à l’expé française conduite par Yvan Estienne dans le pays aux dirigeants les plus gâteux du monde. Et j’en suis heureux.

Parce qu’Yvan qui croyait marcher sur un glacier  dansait en fait sur un volcan politique….

Parce que www.ecrins-leblog.com ça parle des Ecrins à sa manière mais ça ne craint pas, apparemment pour les descendants édentés mais sournois des « Gardes Rouges ». Doivent croire que c’est un site marchand pour camelote cheap genre Gagata et bijoux tocs. Tant mieux..

Tant mieux, si ce blog, mon pote depuis trois mois sonnés maintenant, n’a servi qu’à ça : faire sa petite brèche à lui dans la Grande Muraille de la Connerie , à l’heure où l’on célèbre les 20 ans de la chute du mur de Berlin justement.
Bien content, flatté, réjoui même que Luis finisse son petit mot par ça :

–Donc heureusement, à travers vous, j’ai pu savoir plus des activités de nos amis depuis le Yunnan. Merci pour votre site, je n’ai pas été deçu du tout ! Hasta pronto.

Le blog des Ecrins et moi te remercions, gracias Luis, poursuit ta longue marche à toi. J’espère qu’ils ne t’emmerderont pas à cause de ce billet (en fait pas de risque puisque c’est un cheval de Troie, vous verrez même pas une plainte de l’ambassade de Chine).

Pour fêter ça des images d’il y a 20 ans qu’on ne se lasse pas de voir et revoir. Beau comme une sortie au  sommet du Pelvoux quand le jour se lève.

Bientôt le tour de la Grande muraille de la Crétinerie Céleste…(et je compte sur Google pour traduire aux intéressés). 

PS – Pour qu’il n’y ait pas de confusion, je persiste et je signe : Jean-Pierre Pustienne (les Ecrins n’y sont pour rien, ni Yvan, ni personne) que le signataire.

Et j’ajoute vive le Tibet libre de croire au drôle de bonhomme qui distribue des écharpes même à ceux qui ne sont pas ses supporters.

nov
05
Classé dans (Non classé) par admin le 05-11-2009

Ma carte :

Afficher Un rêve de Darwin aux Ecrins sur une carte plus grande

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« EXPEDITION « LE REVE DE DARWIN »
Ils sont revenus, il y a quelques heures »…

C’est le titre du joli article du correspondant du Dauphiné ce matin du 4/11 dans l’édition du 05, Hautes-Alpes. Chapeau Robert Gerbet. Tout est dans ton « papier ».  

Les cartes existantes très succinctes (et contradictoires), les trois semaines perdues en mer, un glacier grand comme tous ceux des Alpes réunis et casse-gueule comme pas un,  l’imprévisibilité de la météo, les cols qui finissent en impasse, le taux d’humidité associé (comme un malfaiteur)  au refroidissement éolien pour descendre, en direct live, à du  -45° (à 500m d’altitude !)

Merci Robert de me ramener à l’essentiel. Et comme je suis un vrai « ingrat », je te « pique » la photo (promis je te la revaudrais au Kiosque) où les cinq aventuriers de « la » Darwin (comme dit Luis, voir billet précédent)  pose devant l’âtre de cette Maison Estienne où Annick et moi avons passé quelques soirées de « conjecturations », un mixte anxieux de conjectures et de conjuration.  D’un  malheur évité, grâce à la vigilante expérience d’Yvan. Ouf. Il avait juré qu’il ramènerait son monde vif et sauf. Devoir de guide. Mission accomplie. Pro de chez pro.

–Je suis que sûr que notre histoire va relancer une course à la traversée de la Cordillère Darwin, me disait hier soir Yvan. Je le crois volontiers.

 Sixième personnage (septième avec la cheminée…)  de l’expé sur ton image, Robert, la guitare de Dom (inique). Ecoutez… Ses cordes ont joué leur partition quand il s’agissait de dénouer les nerfs à la veillée. En rêve, j’entends leur écho dans la cabane de l’estancia de la Bahia Yendegaïa, le domaine du gaucho José, si près, si loin déjà.

Il faudra que je parle longuement de « Dom » : il y a quelque chose de Riccardo Cassin en lui –cette noblesse sans phrases du boulot bien fait, en ouvrier qualifié–  dussé-je violenter sa bonhommie sereine qui n’égale que son équanimité souriante. Un grand guide, sûr,  à qui je confierais mes pas sur tous les glaciers du monde. Et ceux de mes enfants. Comme aux autres membres du team (Pascal, Hubert, Stéphane : je vous appelle demain juré).

Reprenons notre discussion avec Yvan. Où en étions-nous ? Ah oui, le temps…. La durée….L’attente…

–La première de l’Ama Dablam au Népal dans laquelle j’étais (il y a 30 ans, 1979), c’était du ric-rac.  Nous sommes sortis par le sommet  à la dernière minute …C’est souvent comme ça. Ca passe, quand ça passe, à l’ultime instant. Dans la Cordillère Darwin, c’est vrai qu’idéalement il aurait fallu patienter des mois, à condition de tenir moralement. On en parlait tout à l’heure. Mais les billets d’avion sont chers, c’est pour ça aussi qu’on peut comprendre les deux Yann (Estienne, son fils qui s’affute sur les Torres Del Paine, et Michalet) d’en profiter un peu plus…

A ce point de la conversation, Robert du Dauphiné me tend la perche : « Et demain ils reprennent leur boulot de guides ». On allait l’oublier. Attention, ici « spoiler » comme on dit chez les amateurs de séries télévisée à suspense, ce qui suit en l’occurrence peut polluer  d’une certaine manière la légende, celle qu’il faudrait toujours écrire pour vendre du papier  (mais on n’est plus au Far-West, non ?).

–Il faut bien vivre aussi. Une expé comme ça (malgré les sponsors, les subventions et tout, ndlr) signifie deux mois de manque à gagner pour un guide de haute montagne. Non seulement, ça ne rapporte rien mais certains y ont été de leur poche, témoigne Yvan.

C’est l’autre pente du Rêve de Darwin, la face nord, cachée, de l’exploit accompli en tout ou partie, l’exploit d’être partis et revenus en entier. Oui partir, c’est réussir…. On dira que c’est le prix de la passion. A mes yeux (je ne sais pas pour vous) c’est aussi ce genre de don total de soi, de son temps, de son talent, qui confère son relief –positif et généreux— à l’Aventure, avec ce fameux grand A.

Le Rêve de Darwin n’est pas une sorte de Koh Lanta avec des pseudos baroudeurs cachetonnant (tant mieux pour eux, après tout  ils l’ont gagné contre TF1, un exploit judiciaire). Non, c’est « total respect » pour des hommes et femmes qui ne comptent pas, ne monétisent pas leur geste, leur peau, leurs engelûres. C’est tellement rare en 2009/2010 que je ne voulais pas passer à côté. Et m… à ceux qui me diront qu’ils n’ont qu’à rester devant TF1 et l’Ile de la Tentation… 

–Là je souffle un peu et ensuite je reprends avec les clients dans ma petite structure, Azimut. Norvège, Groenland, Dolomites. Le ski de grande randonnée… 

Ca donne envie, ne vous privez pas, cliquez sur  www.azimut-montagne.com

Les « derniers aventuriers »… Ces cinq devant l’âtre et l’objectif de Robert en sont. Je ne l’ai pas rêvé. Voyez sur le site de L’Express

http://www.lexpress.fr/diaporama/diapo-photo/actualite/environnement/les-derniers-aventuriers_794156.html

Yvan, Dom, Pascal, Hubert, François et les autres… Ils cohabitent sur le Web, en diaporama, avec Jean-Louis Etienne, qui sait ce que veut dire survivre financièrement compris;
Patrice Fransceshi, qui éponge en Sysiphe un tonneau des Danaïdes de dettes nommé Boudeuse;
Tara la ruineuse dans le sillage de Darwin ;
Laurence de la Ferrière
que je ne vous présente pas;
Mike Horn
qui a franchi tous les caps;
Jean-Christophe Lafaille (in memoriam);
 Loïc Jean-Albert
qui réinvente le mythe d’Icare;
 Jacky Bonnemain (in memoriam);
 Bertrand Piccard
qui court après le tour du monde en planeur solaire;
 Alain « Spiderman » Robert;
Nicolas Vanier
qui sort son film sur sa danse avec les loups (Loup, le 9 décembre sur les Ecrins, pardon les écrans).
Et Nicolas Hulot, mais parce qu’il fallait bien remplir le diaporama…

Quand le confrère de L’Express numérique m’a demandé s’il y avait un inconvénient à utiliser la photo que j’avais moi-même empruntée à www.unrevededarwin.fr, je lui ai dit : ne te gêne surtout pas. C’est pour ça que Robert du Dauphiné ne m’en voudra pas. J’espère…

Parce que  Yvan et son équipe appartiennent à cette famille-là. Ils ne l’ont pas volé et ça vaut toutes les médailles, et autres Légion d’Horreur…. 

Merci Robert, vive le Dauphiné, le pays des Ecrins et l’Aventure. Tout ça n’est qu’une même chose.
.
En prime, regardez la bande annonce de Loup, spécial dédicace pour un certain p’tit Jules qui hante les commentaires ci-dessous…Il a 7 ans, Nicolas please fait lui un petit coucou, toi qui aime les enfants…Tu veux pas?

Allez pour p’tit Jules qui m’a dessiné un mouton, voici le Loup même pas méchant p’tit Jules

A suivre…

 

Taklamakan-x

Si l’intuition, le sixième sens, font partie des matières que l’on enseigne dans la formation des guides de haute montagne, alors Yvan Estienne du pays des Ecrins doit être un formidable pédagogue, au CRET de Briançon comme à l’ENSA — l’ENA de la montagne– où il dispense son savoir plus que trentenaire…

Voici pourquoi : lundi (voir billet du 02) je m’interrogeais sur l’inconnu du Yunnan (Sud de la Chine) qui suivait avec attention le Rêve de Darwin sur ce blog. Yvan, hier soir, songeait à un guide franco-chilien de sa connaissance…

Pile dans le mille. Ce matin au petit déj’, je reçois ce commentaire en forme de cadeau inattendu. L’inconnu du Yunnan n’est pas un Fils du Ciel, mieux que ça. Du coup je laisse tomber mon croissant dans le bol de Nescafé, bonjour le « bain de pied ». Et je ne résiste pas à l’envie vous faire part de ma surprise….

La voici, la voilà

Luis Azua, le 4 novembre, 2009 à 6 h 09 min #

Bonjour, les blogueurs (salut Luis, mais je suis tout seul à l’instant) : oui, votre enquête était bonne!  Je suis Luis, un vieil ami d’Yvan qui essayait de connaître, depuis l’Empire du Milieu, les aventures du groupe auquel j’aurais dû participer. Hélas, je n’ai pas pu y aller.. .

Je rêvais aussi de cette terre déchaînée qui est « la » Darwin. Et je pensais souvent lors des campements dans les sables du Taklamakan (ci-dessus) ou bien au pieds du Muztag Hata, aux mille et une difficultés que vous deviez affronter dans cette cordillère.

Cette météo infernale , la même qui provoquait l’effroi des indiens de la Terre de  Feu,  Kaweskars et Yamanas à travers leurs  dieux tutélaires Ayayema et Kawtcho , fait de la Darwin une forteresse, protégée par les vagues de l’océan et les williwas violents. Elle résiste aux assauts depuis des décennies .

Super Yvan, Francois, Pierre et tous les autres d’avoir pu l’approcher et revenir.
Depuis la Chine, au revoir les amis.

Zhaijian ! Luis.

Pour en savoir plus sur Luis Azua et ses activités en Chine

http://www.allibert-trekking.com/index/2/82-nous-rencontrer.htm

PS. Quand je vous disais que les Vigneaux étaient au centre de toutes les chaînes du monde et le pays des Ecrins bien plus vaste qu’on ne le croit, je ne pensais pas avoir raison à ce point.

4les-vigneauxIls sont rentrés au pays des Ecrins. Mat Carlhian, le beau brun, a filé sur Nice histoire de  filer  en réalité le parfait amour (quand on a 27 ans…). Les deux Yann, Estienne et Michalet, Thomas, Ludivine… Eux, les autres jeunes, ils  ont opté pour prolonger à leur manière un certain  Rêve de Darwin, au bout du bout du monde, au sud du Sud de l’Amérique Latine,  langue prudente  dont la pointe s’aventure et s’enroule,  avec un délice masochiste, dans  la tourmente  glaciale de l’Antarctique.

Les « Vieux » –si l’on veut…–  ont regagné le Pays, les pénates, le foyer. Dominique, Pascal, Stéphane, Hubert Sémiond, Pierre « le Doc’ » Muller et les autres (pardon pour l’ellipse)

Ni flons-flons, ni  discours. Pizzas et légumes à croquer dans la chaleur du cocon reconstitué au rez-de-chaussée de la Maison Estienne au Vigneaux, au dessus de l’Argentière (ci-dessus).  (Maison d’hôte oblige :  les étages sont pour les « clients » et/ou amis).  C’était le cadeau-surprise d’Annick-Pénélope au retour de son Ulysse des Andes maritimes :  un foyer restauré ! Michel Dimitrieff, le routeur météo de l’expé –qui n’en pouvait mais– est venu de Vallouise. Elisabeth et Jean-Paul Carlhian, les parents de Mathieu, étaient descendus exprès de leur nid d’aigle franco-italien de Montgenèvre (belles sensations garanties, un ski dans chaque pays, descente sur la grande piste de l’Histoire…)

Otage anonyme de ce rapt motorisé dont le périphérique parisien est l’autre nom, j’ai raté le rendez-vous téléphonique  pris avec  ces héros. J’ai manqué la « fête ». M…. Demain je rappelle tout le monde. Un par un.

 20 h (de Paris) et pas mal de CO2 absorbé plus tard. Annick me passe Yvan, le chef de l’expédition Un Rêve de Darwin redevenu (temporairement) homme au foyer , foyer réhabilité. Faut bien récupérer.

–C’est beau… Revenir ici, au pays des Ecrins, chaque fois je suis aussi content de rentrer que de partir… On n’habite quand même pas dans une cité du  brouillard, tu le sais (oui Yvan, je suis dedans, dedans ce crachin gris honni que tu dédaignes, et tu as tellement raison que j’aimerais avoir des ailes…). Vous pouvez vérifier ci-dessus aussi.

Alors ça fait quoi, ce renoncement  à un sommet  ?

–On revient toujours grandi quelque part,  même si  là, avec la Cordillère Darwin, c’est vrai que les mots patience et humilité reviennent souvent… C’était fort, incontrôlable. Le vent. 140/150 km/h. Par surprise. Pas de signe avant-coureur. Pas le temps de monter une tente qui ne s’envole. Un froid modeste comme l’altitude : – 10°, -15° c au pire. Mais un taux d’humidité record. Résultat, si  tu ne bouges pas immédiatement, tu  meurs sur pieds en moins d’une heure ;  en quelques minutes le givre opacifie les lunettes, le masque…  J’ai 58 ans et une trentaine d’expéditions extrêmes au compteur et je n’avais jamais vécu ça nulle part ailleurs, ni dans l’Himalaya, ni dans les Andes…

Eric Shipton avait attendu son heure cinq mois avant de profiter de « la »  fenêtre  favorable pour gravir le « Darwin ». Il vous a manqué du temps ?

–Sans doute… Mais encore faut-il que le moral des hommes tienne le coup dans ce genre d’attente… On n’a jamais vu, visuellement parlant, le sommet  du Darwin-Shipton en fait, toujours resté encapuchonné. Même l’ultime jour quand ça s’est levé… enfin. C’était  le jour du départ. Mais on ne saura jamais comment la météo a tourné une fois que nous avons quitté la Bahia Pia sur le bateau. Ca change à la minute là-bas, tout en bas. Et puis c’est  aussi une question d’argent…

La suite de cet entretien vérité  à bâtons rompus plus tard,  les yeux me piquent.  Pas le givre, la pollution. A demain, si vous le voulez bien, pour découvrir avec moi la différence qu’il y a entre des aventures et l’Aventure avec un grand « A ». Sur ce blog qui entend aller au bout du bout du Rêve de Darwin, coûte que coûte, avec ceux qui en reviennent pour de bon.

PS – Un indice m’a été fourni par Yvan sur l’éventuelle identité de notre lecteur mystère  du Yunnan (Chine du Sud). Il pourrait bien s’agir d’un certain Luis, guide franco-chilien, proche d’Yvan qui accompagne des clients dans cette chaîne aux confins du Vietnam et de la Birmanie.

Oui, il est grand le pays des Ecrins, bien plus grand qu’on ne l’imagine. Un pays où le soleil paraît plus de 300 jours par ans. Et se couche toujours en apothéose. Ou ne se couche pas.

nov
03
Classé dans (Non classé) par Ecrins le 03-11-2009

Ce soir nous sommes tous conviés, chers lecteurs fidèles, à  la fête du retour des héros de Darwin dans la Maison Estienne, aux Vigneaux dans le pays des Ecrins, par ce blog interposé naturellement. Annick a préparé une surprise. Vous pouvez venir comme vous êtes sur ce blog, c’est tout à fait informel, pas de discours ni de banquet, un apéro comme on sait les préparer chez nous.

A tout à l’heure.