fév
04
Classé dans (Non classé) par Ecrins le 04-02-2010

Message personnel du rédacteur préposé à ce blog…

Je ne connais pas ton nom, j’ignore si tu es Français parcourant en pas de patineur le pays de Selma Lagerlöf, à jamais première femme récipiendaire d’un Prix Nobel de littérature, l’auteure du Merveilleux voyage de Nils Holgerson, ou ce qui serait extraordinaire locuteur de cette belle langue nordique.

Ce que je découvre c’est que tu as passé aujourd’hui 20 minutes sur le texte aride de la quête du Vest Pocket perdu en 1924 sur une pente de l’Everest par un certain Mallory sur un humble blog dédié au Pays des Ecrins. 

Si par hasard tu parlais la langue de Selma, que tu te prénommes Nils (en VO Nils Holgerssons underbara resa genom Sverige) , que tu as tendance à prendre la voie des, je retirerai tout sarcasme émis malencontreusement dans ces pages concernant Google Translate.

Tu te trouvais le 4 janvier à Solna, dans la grande banlieue de Stockholm. Il faisait – 14 ° dans la soirée. Tu m’as réchauffé à distance. Merci, cher inconnu de Solna.DPAG_2~1

Si tu es au Sud du pays des Lapons, à la veille d’une expé, racontes-nous, je t’en prie…

jan
24
Classé dans (Histoires de Montagne, Non classé) par Ecrins le 24-01-2010

On pourrait appeler ça une cote d’alerte. Nos ordures débordent jusque par dessus le Toit du Monde, le sommet de l’Everest, à plus de 8000.  On a souillé la « mère des vents », nom tibétain de la montagne. Logique que ça ne sente pas la rose ici bas.

Plus de deux tonnes de « détritus » abandonnées. Des bouteilles d’oxygène, des tas de cordes, des vieilles tentes, des drapeaux de prière, « et au moins deux cadavres », recense Namygal Sherpa, 30 ans, qui a gravi déjà sept fois l’Everest.

Namygal va conduire, entre avril et la mousson, une expédition népalaise d’une vingtaine de membres dans ce qu’on appelle la « zone de la mort », là où l’oxygène se fait trop rare pour vivre. Objectif redescendre les déchets à raison de 15 kilos par homme à chaque voyage. Un curieux challenge.

Cette expédition sera une première, une vraie « audacieuse et héroïque » avoue le Sherpa. Tout ça pour quoi ? Récemment sur le Web, une amoureuse de la montagne confiait son désarroi. Elle venait de visionner un documentaire célébrant l’ascension de l’Everest pas un groupe d’alpiniste roumaine, au prix de la vie d’un Sherpa. Tragédie sobrement éludée par le commentaire tout à la glorification du pseudo exploit des roumaines. Qui ignore encore que de parfaits néophytes sont couramment « hissés » là haut, juste une question de fric. On se doute que bien des agences de trekking avec pignon sur sommet omettent de vérifier que les Sherpas bénéficient d’une assurance au profit des éventuelles veuves et orphelins… Est-ce que ça refroidit leurs fortunés clients ?

Donc que les Sherpas vivent et crèvent de la conquête de l’inutile, on le savait. Ce qui est nouveau c’est qu’ils se transforment en éboueurs de l’impossible, à nouveau au péril de leur peau pour ramasser la m… laissée par leur glorieux « clients » dans le giron de la Mère des Vents.

« Vous êtes priés de laisser les lieux aussi propre que vous souhaiteriez les trouver ». C’est le genre de panonceaux que l’on trouvait dans les WC des bistrots de campagne autrefois. Apparemment, ce genre de sagesse n’a jamais atteint le cerveau de prétendus alpinistes… Au moins ceux qui tels Strangl affrontent l’Everest sans assistance respiratoire ne laisse pas derrières eux leurs bouteilles vides et même peut-être consignées.

 

 

jan
10
Classé dans (Non classé) par Ecrins le 10-01-2010

Il y a des mots capables de crever le mutisme d’un blog inanimé.

Voilà. Ca parle de la Mère Montage. Ca me console et me rapproche du merveilleux Pays des Ecrins.

« Mère Montagne… Mère ambigüe, qui met à l’épreuve la solidarité de mon corps avec les choses. Car si je me risque : chaos, mêlée des origines, espace inculte ignorant la géométrie, partes intra partes, fait des coins qui ne savent pas qu’ils sont des angles, d’empiètements et de chevauchements prêtant à la confusion entre le réel et l’imaginaire…

L’alpinisme est une morale de la libération, il permet de voir les choses à leurs vraies dimensions, qui par nature ne nous sont pas appropriées.

Et aussi bien, pour apprendre à supporter les hommes, il est bon de s’entraîner avec des rochers et des crevasses (…) Le monde humain comporte l’équivalent de la douceur perfide de la neige… »

C’est de François George, alias François-George Maugarlone, écrivain et philosophe, 62 ans, déjà auteur d’une Histoire personnelle de la France. Il vient de récidiver chez Grasset avec Présentation de la France  à ses enfants, une frise des paysages de la France saisis dans leur intime, un bas relief baroque dont on se délecte des ombres portées.

Un prodigieux voyage pour même pas 20 € : drôle de pays que cette mosaïque à laquelle Vauban s’évertua à conférer la forme d’un ouvrage défensif, un hexagone.

Allez-y vous m’en direz des nouvelles.

nov
05
Classé dans (Non classé) par admin le 05-11-2009

Ma carte :

Afficher Un rêve de Darwin aux Ecrins sur une carte plus grande

4les-vigneauxIls sont rentrés au pays des Ecrins. Mat Carlhian, le beau brun, a filé sur Nice histoire de  filer  en réalité le parfait amour (quand on a 27 ans…). Les deux Yann, Estienne et Michalet, Thomas, Ludivine… Eux, les autres jeunes, ils  ont opté pour prolonger à leur manière un certain  Rêve de Darwin, au bout du bout du monde, au sud du Sud de l’Amérique Latine,  langue prudente  dont la pointe s’aventure et s’enroule,  avec un délice masochiste, dans  la tourmente  glaciale de l’Antarctique.

Les « Vieux » –si l’on veut…–  ont regagné le Pays, les pénates, le foyer. Dominique, Pascal, Stéphane, Hubert Sémiond, Pierre « le Doc’ » Muller et les autres (pardon pour l’ellipse)

Ni flons-flons, ni  discours. Pizzas et légumes à croquer dans la chaleur du cocon reconstitué au rez-de-chaussée de la Maison Estienne au Vigneaux, au dessus de l’Argentière (ci-dessus).  (Maison d’hôte oblige :  les étages sont pour les « clients » et/ou amis).  C’était le cadeau-surprise d’Annick-Pénélope au retour de son Ulysse des Andes maritimes :  un foyer restauré ! Michel Dimitrieff, le routeur météo de l’expé –qui n’en pouvait mais– est venu de Vallouise. Elisabeth et Jean-Paul Carlhian, les parents de Mathieu, étaient descendus exprès de leur nid d’aigle franco-italien de Montgenèvre (belles sensations garanties, un ski dans chaque pays, descente sur la grande piste de l’Histoire…)

Otage anonyme de ce rapt motorisé dont le périphérique parisien est l’autre nom, j’ai raté le rendez-vous téléphonique  pris avec  ces héros. J’ai manqué la « fête ». M…. Demain je rappelle tout le monde. Un par un.

 20 h (de Paris) et pas mal de CO2 absorbé plus tard. Annick me passe Yvan, le chef de l’expédition Un Rêve de Darwin redevenu (temporairement) homme au foyer , foyer réhabilité. Faut bien récupérer.

–C’est beau… Revenir ici, au pays des Ecrins, chaque fois je suis aussi content de rentrer que de partir… On n’habite quand même pas dans une cité du  brouillard, tu le sais (oui Yvan, je suis dedans, dedans ce crachin gris honni que tu dédaignes, et tu as tellement raison que j’aimerais avoir des ailes…). Vous pouvez vérifier ci-dessus aussi.

Alors ça fait quoi, ce renoncement  à un sommet  ?

–On revient toujours grandi quelque part,  même si  là, avec la Cordillère Darwin, c’est vrai que les mots patience et humilité reviennent souvent… C’était fort, incontrôlable. Le vent. 140/150 km/h. Par surprise. Pas de signe avant-coureur. Pas le temps de monter une tente qui ne s’envole. Un froid modeste comme l’altitude : – 10°, -15° c au pire. Mais un taux d’humidité record. Résultat, si  tu ne bouges pas immédiatement, tu  meurs sur pieds en moins d’une heure ;  en quelques minutes le givre opacifie les lunettes, le masque…  J’ai 58 ans et une trentaine d’expéditions extrêmes au compteur et je n’avais jamais vécu ça nulle part ailleurs, ni dans l’Himalaya, ni dans les Andes…

Eric Shipton avait attendu son heure cinq mois avant de profiter de « la »  fenêtre  favorable pour gravir le « Darwin ». Il vous a manqué du temps ?

–Sans doute… Mais encore faut-il que le moral des hommes tienne le coup dans ce genre d’attente… On n’a jamais vu, visuellement parlant, le sommet  du Darwin-Shipton en fait, toujours resté encapuchonné. Même l’ultime jour quand ça s’est levé… enfin. C’était  le jour du départ. Mais on ne saura jamais comment la météo a tourné une fois que nous avons quitté la Bahia Pia sur le bateau. Ca change à la minute là-bas, tout en bas. Et puis c’est  aussi une question d’argent…

La suite de cet entretien vérité  à bâtons rompus plus tard,  les yeux me piquent.  Pas le givre, la pollution. A demain, si vous le voulez bien, pour découvrir avec moi la différence qu’il y a entre des aventures et l’Aventure avec un grand « A ». Sur ce blog qui entend aller au bout du bout du Rêve de Darwin, coûte que coûte, avec ceux qui en reviennent pour de bon.

PS – Un indice m’a été fourni par Yvan sur l’éventuelle identité de notre lecteur mystère  du Yunnan (Chine du Sud). Il pourrait bien s’agir d’un certain Luis, guide franco-chilien, proche d’Yvan qui accompagne des clients dans cette chaîne aux confins du Vietnam et de la Birmanie.

Oui, il est grand le pays des Ecrins, bien plus grand qu’on ne l’imagine. Un pays où le soleil paraît plus de 300 jours par ans. Et se couche toujours en apothéose. Ou ne se couche pas.

nov
03
Classé dans (Non classé) par Ecrins le 03-11-2009

Ce soir nous sommes tous conviés, chers lecteurs fidèles, à  la fête du retour des héros de Darwin dans la Maison Estienne, aux Vigneaux dans le pays des Ecrins, par ce blog interposé naturellement. Annick a préparé une surprise. Vous pouvez venir comme vous êtes sur ce blog, c’est tout à fait informel, pas de discours ni de banquet, un apéro comme on sait les préparer chez nous.

A tout à l’heure.

18 heures à l’Argentière. 14 heures ce 27/10 sur les parois du Mont « Shipton-Darwin »  où devraient être engagés les guides des Ecrins dans une deuxième tentative d’ascension du culmen de la Cordillère Darwin en deux jours.

A Punta Arenas, Serge Ouachée vient  juste de mettre pied à terre. Secoué. Il a ravalé son célèbre « jajajajajajajaj »(forme de rire ushuaïen, donc extrême), c’est la première fois.

–P… j’ai pensé  très fort à Yvan et à ses braves et bon gars dans la montagne, tu sais. Hier (lundi 26) à bord du voilier  XPlore,  on a été secoués comme jamais. On se trouvait à 15 milles du port de Punta Arenas. Même le skipper, un Australien avec 350 000 milles dans le sillage et trois tours du monde dont un à l’envers  au loch, n’avait jamais. Il a appelé ça un White Squall. Je ne peux pas te traduire mais ça veut dire la collision d’un front froid et d’un front chaud, comme à la guerre. Un enfer dans lequel le ciel devient d’un blanc aveuglant. Alors oui on s’est fait brasser d’une manière inouïe, crois moi.

Je le crois, Sergio n’est pas un baroudeur d’opérette même s’il a ses côtés ami des oiseaux bucolique.

Renseignement pris, le White Squall n’est pas un requin blanc. C’ est une variété semi mythologique de monstre météorologique capable, si l’on en croit la littérature maritime anglo-saxonne, de gober un schooner de 80 pieds avec  ses voiles, ses mats, son équipage….XPlore doit être un sacré bateau pour avoir échappé aux crocs du Leviathan. Sans doute qu’Henri, alias l’Amiral, me confirmera qu’on appelle ça un gros grain blanc en français. Un grain comme une montagne, hein Henri.

A peu de temps près, l’ami Serge a rencontré le White Squall à l’heure où Darwin 2 renonçait hier à grimper en raison de la tempête.  Je sais que le phénomène de Serge est décrit comme une tempête explosive micro-locale (micro-burst, en VO)mais je ne peux m’empêcher d’avoir froid dans le dos en pensant aux guides cramponnés à leur glacier un plus au Sud, à 1200 m d’altitude. Ca n’arrange pas les perturbations cataclysmiques familières de la région. Imprédictibles.

–On s’est fait b… par les prévisions météo, dit Serge.  Comment ils vont à Darwin ?

Bien, ce matin ils étaient OK en quittant la Bahia Pia pour la montagne… Mais là, à 18 heures, j’en sais rien amigo.

Christian Clot me disait que dans la Cordillère, la prédiction météo la plus fine (auprès de l’aéroport de Punta Arenas) n’était valable que pour une poignée d’heure et dans un périmètre grand comme quelques terrains de foot.

Mais pourquoi je m’étends comme ça ? J’ai l’impression que je tape sur l’ordi comme si ça pouvait faire fuire les White Squall et faire fermer sa g … au Williwa. Pobre de mi. Et puis je pense à ce qu’a vécu Serge, qui pense à ce que vivent les guides, je pense à Annick qui pense à eux. On ne pense plus quà ça. C’est blanc, j’ai froid avec eux…

 J’attends, ça crispe

J-P. comme Je suis Piteux. C’est moi. Pour trois mots apparemment tabou évoquant une vieille série télé américaine où il est question de croisière,  glissés  dans un commentaire sur www.unrevededarwin.fr, des personnes que j’estime, sans les connaître personnellement (Iva et Geneviève), m’accusent de discréditer et l’expédition Un Rêve de Darwin et le pays des Ecrins.  Tout le contraire de l’objectif de ce blog, tout le contraire de ce qui m’anime, de ce dont je voudrais tant partager l’amour… Ca fait mal.

J’ai mérité  cette volée de bois vert, retour de bâton pour jeu de mot laid. Aujourd’hui dimanche, c’est  repentance. Doublement, parce que je n’aime pas ce vice contemporain qu’est la quête universelle du pardon universel. Tant pis, je demande pardon, humblement…

Quelle tarentule m’a piquée ?  Trop de centollas, trop de photos de voilier, trop de ceviche et de bonnes bouteilles, de matelots hilares dans le carré, trop de chance de faire le Horn par une insolite pétole (même s’il y a des précédents dans la littérature maritime)….

 Je me suis demandé si je ne faisais par une allergie au crabe de l’antarctique. Eh bien non, en vérité, ce n’est pas de l’urticaire mais une démangeaison plus sévère. Appelez-là jalousie ou envie, bref la plus basse de nos pulsions, celle qui nous conduit aux pires errements, vous le savez. Voilà, j’ai déc…

Encore pardon, d’autant que je suis un adepte du détourisme  –je précise bien qu’il s’agit de l’art du détour, de faire des détours, pour couper court à tout procès d’intention. Or cette navigation par le Horn d’une partie de l’expédition d’Yan et François est bien un superbe détour dans un rêve qui avait pour but initial la Cordillère de Darwin. Je confesse avoir, moi-même, meublé sur ce blog à la poursuite du Rêve de Darwin avec les meilleures intentions. Dédramatiser, sourire, encourager malgré l’adversité. Ceux qui  m’ont fait l’honneur et le plaisir de me lire l’ont, je l’espère, compris.

A mes yeux l’essentiel est ailleurs, du côté du Shipton, point culminant de la Cordillère Darwin où sept guides ont engagé une haletante course contre la montre. Plus que trois jours au calendrier officiel.

 Ce n’était pas une raison pour être con. Et re-pardon.

Désormais je ne parlerai plus que de ça… De la montagne. A bientôt.

Jean-Pierre Pustienne.

PS – Ci-dessous, l’objet de ma jalousie … Trinquer moi aussi au Cap Horn….

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Ils sont aspirants guides, ont  27 ans en 2009. Quand ils en avaient douze, le temps de l’amitié à vie, le dôme des Ecrins leur servait à tous deux de jardin d’enfance de (futurs) guides de haute montagne. Les photos en Kodachrome des albums de famille ont postérisé leur slalom parallèle. Close up sur Yann et Mathieu

Yann Estienne,  le fils du chef de l’expédition Un Rêve de Darwin et d’Annick (que nous avons rencontrés ensemble sur ce blog). Mathieu Carlhian, le fils de Jean-Paul, délégué régional de l’Ecole du ski français à Montgenèvre et d’Elisabeth, brune et douce sujette d’Albion (Grande Bretagne) tombée en amour pour les Ecrins et un homme taillé dans un bloc d’Ailefroide, aux yeux d’azur par-dessus les cimes. J’ai désigné Jean-Paul.

Les destins de Yann et Mathieu se sont croisés avant qu’ils ne se rencontrent au collège, comme des traces dans la poudreuse vierge. Avaient-ils quatre ou cinq ans ? Le premier juché sur des crampons sur mesure, un piolet forgé et taillé exprès pour sa menotte. Le second sur les spatules paternelles.

Ils avaient rendez-vous depuis longtemps, sans le savoir forcément (on pressent surtout a posteriori, non ?),  dans un fjord profond de la Cordillère Darwin au Sud du bout du monde austral, en bas tout en bas de l’Amérique latine. Là où la nature se contrefout des règlements et des contraintes qui, ailleurs (dans les Calanques par exemple), excluent l’humain ; le genre d’endroit où l’humanité localise les lieux sacrés et tabous et fantasme des Atlantides mythologiques, forcémet mythologiques….

Rendez-vous pour la cordée de Mathieu et Yann, dans les heures qui viennent– si ce n’est fait, avec des sommets vierges encore anonymes, par-delà le glacier Pia quelque part au Nord de cette Cordillère Darwin (à en croire Google Earth), derrière et autour ces Picos Francès et Italia, déjà gravis.  

La Cordillère Darwin au cœur inviolé demeure pour l’heure terre d’exploration absolue plus que de conquête ou d’alpinisme/ski, comme nous le rappelait ici Christian Clot.  

A la mi-temps du budget imparti, l’expédition dirigée par Yvan Estienne et François Neukirch a accepté –comme vous le lirez ou l’avez lu sur www.unrevededarwin.fr le deuil de l’impossible traversée intégrale du cahos, l’objectif initial qu’elle s’était fixé. Assumé certes pas digéré.

L’essentiel : un groupe d’alpinistes (Darwin 1) s’apprête, à l’heure où j’écris, à déflorer ces pentes, ces cascades de glace, ces parois soufflées par un williwaw qui déneige mieux qu’un réacteur de 747 sur les piste sur l’aéroport de Montréal ou de Moscou…

Yann et Mathieu,et leurs compagnons de cordée, à savoir selon le site officiel de l’expédition : Momo (Stépane Monari), Pierre M. (Muller, médecin urgentiste et guide), Hubert (Semiond), Pinpin (Pascal Arpin),  ont été confiés par Yvan à la vigilance de l’expérimenté Dominique Stumpert, de Pelvoux.

A une exception « tarentaise » près ( celle de Pinpin si je comprends bien), ce sont les montagnes du Pays des Ecrins et du Briançonnais qui  doivent épouser cet ultime frisson des Andes, en zone sub polaire et antarctique, qu’est la Cordillère Darwin.

Yvan, 58 ans, a fait cadeau aux « jeunes » de la part à laquelle aspirent leurs ambitions et leur carrière à venir. Cette part qu’il a reçu lui-même voilà 30 ans de Raymond Renaud sur l’Ama Dablam, dans une cordée historique qui a marqué un siècle de guide en Ecrins.

Darwin 2, l’autre groupe ou Les « Vieux » (pardon Yvan, si tu me lis), soit Estienne père, Pierre Petit, Thomas (un junior quand même) et François Neukirch (une sorte de Branson à la française) semblent avoir chopé ce drôle de virus qui traîne dans les pages du bouquin de Jean Raspail Qui se souvient des hommes. Quelque part une des grandes leçons de Darwin semble être passée par-là.

Le virus  « HXNX » (au moins) de l’exploration et qu’ils cultivent dans une croisière à bord du voilier Ionara skippé par un certain Marcel, et que j’ai moi-même contracté à distance virtuelle, par procuration numérique. Ils naviguent désormais à la rencontre de l’autre, notre frère qui a choisiou non de vivre entre  40° et 50°. Il s’appelle José, Serge (Ouachée), Anémie, Marcel donc, Christian (Clot) et a aussi sûrement un nom dans la langue des Yamanas.

Je les envie… Et vous, seriez-vous plutôt Darwin 1 ou 2 (gros dilemme, non) ?

PS.

– A Puntas Arenas, le cœur d’Aurora, mère d’Alejandro, le patron de la Nueva Galicia s’est remis à battre depuis que la vielle lancha familiale a repris la mer.

–Aux Vigneaux , l’anxiété d’Annick Estienne s’est allégée de quelques tonnes, cela se sent à sa voix et à ses messages sur le site www.unrevededarwin.fr

–Sur le terrain, en espérant que l’équipe n’a pas oublié de se munir  à Santiago du Chili des vues aériennes indispensables pour l’appréciation des sommets à conquérir, les alpinistes restent à la merci d’un météo valable pour les 3 heures qui suivent et un micro périmètre de 10 km 2. Je leur transmets ainsi qu’à Michel Dimitrieff à Vallouise le truc de l’explorateur Christian Clot.

–Appeler la météo de l’aéroport de Punta Arenas et donner sa position et son altitude, le seul moyen d’avoir une prévision provisoire dans l’imprédictible Darwinesque.

A suivre si vous le voulez-bien sur www.unrevededarwin.r  et ce modeste blog…

 Pour l’ambiance quelques images du glacier Pia, photos et  vidéo, comme si vous débarquiez là-bas.

pia
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Si l’envie vous prend d’y aller :
http://www.voyageatheme.com/index.htm?http://www.voyageatheme.com/voyage.php?voyage=ARCR001

p1000850

Citation du jour

La patience est le courage de la vertu…
Bernardin de Saint-Pierre, in Paul et Virginie.

Aux Vigneaux, Pays des Ecrins, Annick Estienne, l’épouse d’Yvan, le chef de l’expé Un Rêve de Darwin, abuse de son remède contre le manque de nouvelles. Elle s’active comme jamais. Semaine prochaine, quatre chambres de la Maison Estienne sont reservées pour cause de sommet des élus de la Montagne, l’Argentière-la-Bessée se prépare. On attend un ministre, plus que 6 jours…

A Punta Arenas, Chili, Aurora se mine. Elle est la veuve de Jorge, le défunt skipper d’innombrables aventures et expéditions dans les canaux patagons. Leur fils Alejandro a pris sa succession. La Nueva Galicia, leur bateau, a pris la suite du vaillant petit Cabo Tamar. Elle représente tout leur capital, toute leur vie, des millions de pesos. Echouée, aux dernières nouvelles transmises par l’expédition, sur la grève –trop hospitalière pour le coup– de Yendegaïa. Pourvu que la brave lancha reprenne la mer.

A Paris, 11e arrondissement, Christian Clot,  explorateur en solo de la Cordillère Darwin, en 2006, conjecture et conjure. Je l’ai rencontré ce matin, nous avons reparlé ce soir. A priori, il approuve l’option prise sur le fjord Pia et son sommet (vierge). “On ne peut pas le manquer, sa situation est claire. De sacrées cascades de glace qui commencent au niveau de la mer”. Lui aussi s’inquiète pour La Nueva Galicia et son devenir. Il connaît Aurora et Alejandro. Naguère, Jorge l’avait acheminé.

Là où il se trouve (lieu que j’ignore),  Jean-Michel Asselin,  l’”écrivain” de l’expédition, qui a dû rester en France suite à des soucis personnels, reconsulte peut-être ses notes. Le casting de l’aventure convoquait les pics Roncagli, 2360 m, Francès, 2150, Italia, 2350 m, de nouvelles voies. La Bahia Pia figurait au générique en dernier cairn avant la plongée au coeur de la Cordillère. Des altitudes en apparence modestes mais qui équivalent largement en raison de l’invraisemblable “bordel” atmosphérique et météorologique ambiant à d’estimables courses himalayennes. On sait que le scenario a été réécrit par la Cordillère Darwin elle même…

A Mongenèvre, Jean-Paul Carlhian, grand bonhomme du ski haut-alpin aux yeux clair et au calme serein, relativise. Il est le père de Mathieu, l’un des deux jeunes aspirants guide engage dans ce curieux Rêve (l’autre s’appelle Yann Estienne). “Je préfère les savoir là qu’en train de faire du base-jump”

Je suis devant mon écran et, comme vous peut-être , je guette la confirmation d’un éventuel demi-tour de l’équipe (selon Annick) qui appareillé hier de Yendegaïa à bord d’un voilier. Il reste 18 jours avant le terme prévu de l’expé et le retour en France, milieu du gué.

Doit-on redouter qu’à bout de cette patience qu’impose la Cordillère Darwin, Yvan et son team ne cèdent à la tentation d’un va-tout trop risqué ?

–Je n’ai pas de conseils à leur donner, souffle Christian Clot. C’est maintenant qu’ils vont démontrer qu’ils sont de grands et bons guides.

Dans son topo d’avant l’expé, Jean-Michel Asselin avait écrit :

–  Une autre difficulté sera la mise à l’épreuve de nos caractères. La gestion de notre stress sera une extraordinaire et mystérieuse exploration de nous même.

De verdad, Jean-Mi.