Par Dominique Stumpert, guide au Pays des Ecrins

J2 Dom ski lac
J2 trio

SKI CARTE DOM

 

En janvier 2010 et en cinq jours, six guides et sportifs du Pays des Ecrins ont effectué la traversée Nord Sud du département de Hautes-Alpes en ski de randonnée. Après une première étape à obstacles divers (voir précédent article), nos héros enfourche des vélos, skis sur le dos…

 J2 – 7h15, température – 11°C. Nous chaussons à l’endroit exact où nous avons déchaussé hier. Courageux, un journaliste nous pose quelques questions et fait ses photos. Ombre menaçante dans les prémices de l’aube, le château se découpe sur le ciel étoilé.

Une fois encore, tous nos vêtements sont sur nous, chaudes vestes en duvet et Gore Tex pour couper le petit noroît qui nous glace. La proximité de la Durance rend l’endroit humide, ce qui accentue la sensation de froid.

Coincés entre falaise et rivière, nous sommes contraints de suivre la seule route de l’endroit, jusqu’à Lettret. Dès que possible nous quittons cette route pour traverser de nouveaux vergers, qui trop rapidement laissent la place à une forêt « folle », sans chemin et sans entretien. Le paradis des sangliers skieurs.

Après 2 heures d’échauffourées avec les baliveaux du lieu et autres herbes des marécages qui ont la fâcheuse manie de retenir la neige « en hauteur », (tout s’effondre quand on passe dessus), nous débouchons sur de larges prairies qui nous conduisent à Valserres. 

Nous sommes dans la vallée de l’Avance, qui à pris ce matin un petit air de Sibérie, moins quinze degrés ! Personne n’émet le souhait de s’arrêter, ne serais-ce qu’un instant, et nous filons encore un heure dans l’ombre froide en lorgnant sur le soleil qui nous nargue en inondant le versant que nous suivons.

Nous pensions trouver des clôtures partout, il n’en est rien. Le « kit clôture » composé d’une paire de tenailles, d’un marteau et de clous « cavaliers » restera dans le sac. Il nous aurait servi à « abaisser » le fil de fer barbelé supérieur pour l’enjamber sans trop de risques, puis à tout remettre en état après être passé. Nous cheminons avec très peu de contraintes dans cette très belle vallée et, quelques heures plus tard, Chorges est en vue.

Aimable, la factrice locale nous donne des renseignements utiles du coté des Vernes et nous prenons pieds dans la cité Cathurige par des chemins qui longent la ligne de chemin de fer.

Deux amies qui nous font une navette de voiture nous préviennent que le bord du lac de Serre Ponçon, contrairement à la semaine précédente, n’est plus skiable. Qu’à cela ne tienne, en deux temps et trois mouvements, Didier, originaire de Chorges, nous trouve quatre vélos et un tandem, ainsi que les moyens de les faire récupérer ce soir.

Nous enfourchons nos engins et, avant même d’être sorti de la cour, ma monture est victime d’une crevaison. Vite réparée par l’expert Didier, qui est quand même allé jusqu’en Chine en vélo…sans avoir crevé une seule fois ! La suite de l’itinéraire est plaisant, et les automobilistes un peu surpris de croiser nos équipages car nous transportons les skis sur nos sac à dos…

Nos moyens de transports occasionnels seront abandonnés à la plage de Boscodon, où nous rechaussons nos skis, et traversons la gravière ou règne une activité incroyable, avec une noria de camions gros comme ceux de la mine de Cerro de Pasco.  Nous rejoignons Embrun par la digue du lac.

Arrivée à 17h30, après 32 km parcourus en ski plus 14 km en vélo. La nuit tombe et nous n’avons pas le courage de parcourir quelques km de plus pour nous avancer un peu… 

Bob nous attendait à Châteauroux avec quelques douceurs locales et un repas de fête. Alors nous avons fait la fête, comme il se doit.

Temps fort de la Traversée des Hautes-Alpes à skis  (janvier 2010) initiée et  racontée par le Guide des Ecrins Dominique Stumpert, voici les images d’une épreuve qui n’a aucune chance de devenir olympique : l’emprunt de bande d’arrêt d’urgence autoroutière par des skieurs de randonnée…. L’autoroute était déserte, sauf une véhicule de patrouille qui survient pile au mauvais moment pour Dominique et ses compagnons. Mais, aucun point ne leur a été heureusement ôté sur leur permis de skier…. Cela se passait le premier jour de cette odyssée originale non dépourvue d’obstacles malgré une fine préparation cartographique.
traversé autoroute
autoroute
obstacle

dominiquePar Dominique Stumpert (guide de haute-montagne du Pays des Ecrins) 

Chose promise… Voici le récit véridique de l’odyssée de Dominique Stumpert, et de ses compagnons, par l’authentique « Dom » Stumpert soi-même, inventeur et initiateur d’un raid instructif où le « pire » ennemi de l’homme n’est pas la nature mais le progrès secrété par l’homme. A défaut de photos, veuillez croire en l’authenticité des images jaillies de la plume de la sincérité faite guide. Et homme. Carnet d’aventure en forme de course d’obstacles. Et ça commence près de chez vous, à un péage.

Jour 1 : de Sisteron à Tallard

4h ; réveil attendu… Je suis debout avant qu’il ne sonne, c’est le grand jour !

4h15 ; appel de notre chauffeur, Dino, qui souffre d’une terrible rage de dents, et qui ne pourra pas nous accompagner. Cela commence bien ! Nous improviserons sur place (copains ou auto stop).

5h; ramassage « scolaire » des compagnons. Deux voitures sont nécessaires (Jacqueline et moi), pour les skieurs et leur matériel. Bonne ambiance et première blagues. La nuit nous empêche de voir l’état d’enneigement des bords du lac de Serre-Ponçon. C’est l’endroit le plus délicat, niveau d’eau assez élevé, schistes noirs, ensoleillement maximum…

7h; rendez vous au péage de Sisteron où nous rencontrons Monsieur Jean Beverragi du Comité Départemental du Tourisme, accompagné d’un journaliste du Dauphiné Libéré et de Christophe Rosanvallon. En quelques minutes, nous finalisons les sacs. Apparemment, aucun autre skieur ne se joindra à nous aujourd’hui.

7h15. Nous quittons le péage, pour la limite du département à 3,5 kilomètre de là, sur la RN 85.

7h30 ; moins 12°. Tous nos vêtements sont sur nous, et nous sommes impatients d’entrer en action. Photo au jour naissant sous le panneau des Hautes Alpes, en présence de notre petit comité d’accueil. Christophe, venu tourner quelques images du début de ce périple s’est pris au jeu. Il restera toute la matinée, nous filmant de place en place au fil de notre progression, petite tache orange que nous avons appris à repérer dans ce paysage de neige.

7h35. La neige elle, est abondante et de très bonne qualité. Elle porte et nous permet, en glissant rapidement entre bois et vergers, de gagner les rives du canal de la Durance un peu en aval du village du Poët. Notre objectif est de suivre le canal jusqu’à La Saulce, puis de gagner Tallard par le domaine de Trébaudon.

Ce matin, dans la voiture, Didier me faisait part de sa crainte « de ne pas avoir de vue » à cause de notre cheminement en fond de vallée. La surprise est de taille, car le canal offre un espace dégagé surplombant la vallée de quelques dizaines de mètres.

Les paysages sont grandioses; lever de soleil sur les montagnes de Mare et de Chabre au sud, vastes crêtes de l’Aup à l’ouest enserrant les villages perchés prisonniers des neiges, maisons Provençales aux chaudes couleurs rehaussées par ce blanc océan, quiétude des eaux calmes du canal, et partout, au delà des vergers, des dizaines de sommets aux apparences « himalayennes ».

Figés dans le froid et éclaboussés de soleil, Upaix et Ventavon glissent dans le décor à notre gauche. Nous progressons à bonne allure face à un petit vent du nord mordant, qui, ajouté au chuintement de nos skis sur la neige dure et à nos éclats de voix, nous empêche d’entendre l’autoroute, pourtant proche.

En passant près d’un pommier chargé de fruits pourris restées accrochées à l’arbre, Marcel (Molinatti) nous fait partager ses souvenirs d’enfance. Ils nous propose de manger ces pommes pourries !

–Non M’sieur, ce ne sont pas des pommes « pourries », mais des pommes « gelées ». Il ne faut pas manger la pulpe sous peine d’ennuis de transit (apparemment, il en a l’expérience…), seulement en retirer le jus sucré, glacé et légèrement fermenté. Nous suivons son exemple et goûtons. C’est un vrai cidre frappé. Délicieux. 

12 h 17. Déjeuner sans façon sur un talus bordant l’autoroute, à l’abri d’un petit bunker en béton qui nous coupe le vent. Quelques véhicules klaxonnent joyeusement en nous apercevant, enfin ceux dont les chauffeurs ont lu le journal…

Réconfortés par cette halte et le casse-croûte, nous reprenons sereinement le chemin du Nord.

13h05. Las, nous n’avions pas remarqué sur nos cartes que le canal, à hauteur de Plan de Vitrolles, passe en siphon sous une petite rivière, Le Déoule. Elle est peu profonde, mais, eu égard au froid, aucun d’entre nous n’accepte de se mouiller les pieds. Un peu de réflexion, quelques astuces et un bon plan d’action viendront à bout de cet obstacle peu commun.

13h30.Le pont de la D220 enjambe l’autoroute, qui elle-même passe sur Le Déoule. D’abord, les consignes : désescalade du pont, regroupement derrière la haie de cyprès, récupération du souffle et des esprits… Puis sprint de 30 mètres sur la bande d’arrêt d’urgence, histoire de ne pas y traîner trop longtemps, des fois que…

Et…nous sommes pris sur le fait par une équipe de patrouilleurs de l’autoroute… Aïe aïe : je n’aime pas qu’on me tire les oreilles.

–Promis, c’était exceptionnel, il ne faut pas le faire et on ne le fera plus !

(Ndlr :Semonce sans PV. Est-ce qu’on vous retire des points sur le permis de skier ????) 

13h50. Une clôture plus loin, nous voila repartis de plus belle, jusqu’à ce que, cette fois, l’autoroute enjambe le canal. Là, pas la moindre chance de ruser, même un souriceau ne pourrait passer. Pourtant, les poutrelles métallique du pont laissent accessible un trottoir pour équilibristes, très étroit, juste au-dessus de l’eau, sans rambarde. Si tu glisses, tu te baignes ! Analyse des enjeux et gestion du risque, réconfort des indécis et nous voici de l’autre coté.

15 h 30.Les vergers se succèdent. Pommiers à l’écorce rose, poiriers à l’écorce rugueuse. Une habitante nous conseille « son » meilleur chemin, en rive gauche de la Durance. Nous avions prévu de passer en rive droite mais c’est très « encombré » (autoroute, péage, nationale, lac de retenue du canal…), et nous nous rangeons à son avis.

16h30. Près de la Bonne Mére, des arboriculteurs en train de tailler leurs arbres nous saluent du haut de leurs plates-formes roulantes, alors que nous glissons vers Curbans. Le temps d’admirer église et chapelle, d’empêtrer nos skis sur les rives boisées de cette Durance sauvage, le soleil décline déjà. 

17h00. Fièrement perché, le château de Tallard accroche les derniers rayons. Fourbus, nous nous hâtons vers le village où nous nous hydratons abondamment. Le repos nous attend.

18h00. Bonne journée dans les jambes, l’étape s’est globalement déroulée comme prévu : 42 km ont été parcourus, et — malgré mes espoirs– pas un de plus qui nous avancerait pour demain…

21h00. Nous passons la nuit à l’aérodrome de Tallard, dans un appartement loué pour une seule nuit.

A Suivre…

dominique
Par Dominique Stumpert, guide de haute montagne.

L’usage veut que l’on commence par le début, mais ce récit-là et sa leçon méritent de s’assoir sur l’usage. C’est l’histoire d’une traversée en ski nordique d’un département alpin, les Hautes-Alpes, par un guide rompu aux premières à travers la planète montagne. Ce pourrait être banal, c’est le contraire. Lisez la conclusion de Dominique Stumpert et demain on refait l’itinéraire de l’aventure avec lui et ses compagnon. Une aventure ? Oh oui. Une leçon de géographie humaine. Extrait.

Sur près de 190 km, et 1500 mètres de dénivelée, entre 500 et 2000 m. d’altitude, nous avons pris le temps de mesurer les traces de l’occupation humaine, intégrées ou non au paysage.

Travaux titanesques ou discrets pour disposer de l’eau (irrigation et énergie), parfois d’accès défendu, entretenus ou rendus à la nature.

Vignobles florissants de La Saulce, Trébaudon, Valserres, survivants à Châteauroux et Saint Clément, ou renaissants aux Vigneaux et à Villard Meyer où Didier vient de replanter quelques pieds d’un robuste cépage…

Petites ou grandes, les routes sont partout. Certaines forcent au meilleur endroit et de manière stratégique les étroitures de la vallées. Si, au volant , nous n’en avons plus conscience, l’emplacement des châteaux et fortifications peuvent nous les rappeler.

Bien qu’ayant pris le train à de nombreuse reprises, nous avons redécouvert une partie de la ligne Gap-Briançon, plus exactement entre Châteauroux les Alpes et Eygliers. A l’instar de la vallée de Chamonix (où le train est gratuit pour les vacanciers qui y séjournent), nous avons évoqué la possibilité d’exploiter à des fins touristiques ce beau tracé ; pour les navettes des sports d’eau vive, le VTT, la randonnée, les visites du patrimoine, etc… Et pourquoi pas avec une vieille locomotive à vapeur et des wagons panoramiques (nous en avons vu circuler sur des lignes aux paysages nettement moins variés). Il est facile de rêver.

Et puis, nous avons rencontrés des habitants ; qu’ils prennent le soleil en début d’après midi ou qu’ils taillent les vergers dans l’air glacé du matin, qu’ils distribuent le courrier, dament ou assurent la sécurité sur les pistes de ski, entretiennent les voies, enseignent, élèvent leurs enfants, travaillent dans le tourisme ou l’information, en retraite, déneigent les routes, tiennent un bar, louent du matériel, Hauts Alpins d’origine ou d’adoption, mais tous Hauts Alpins de cœur.

Je n’ai pas trop parlé de la météo, c’est parce que c’était comme d’habitude en cette saison, grand bleu, bien blanc, bien froid.

C’est déjà fini ? (La traversée a été effectuée par Dominique et ses compagnons en janvier, ndlr.)

J’aime beaucoup la définition suivante de l’aventure :

« L’aventure, c’est quand on ne sait pas comment cela va se terminer ».

Je ne sais pas à qui on la doit, mais je la trouve juste.

Bien que l’on connaisse l’inéluctable fin de tout être vivant, on ne sait ni quand ni comment notre vie va se terminer. Pour moi, la vie elle-même est une aventure.

Alors pour le « C’est déjà fini ? » Eh bien, non. Ce moment est passé, oui, mais maintenant nous allons pouvoir vivre avec ce qu’il a laissé en nous…et l’aventure continue.

Alors demain on recommence au jour 1… Prêts ?

dominiquePar Dominique Stumpert

La traversée à ski de randonnée d’un département alpin vécue et raconté comme une expédition lointaine par un guide de haute montagne chevronné.

J1 : 7h30, température moins 12°. Tous nos vêtements sont sur nous, et nous sommes impatients d’entrer en action. Départ de la limite du département sur la RN85 en présence de Monsieur Jean BEVERAGGI du Comité Départemental du Tourisme, d’un journaliste du Dauphiné Libéré et de Christophe Rosanvallon, venu tourner quelques image du début de ce périple (et qui, pris au jeu, restera toute la matinée).
Très bonne neige qui porte et nous permet de glisser rapidement entre bois et vergers, et de gagner les rives du canal de la Durance tout près du village du Poët. Nous suivrons le canal surplombant la vallée jusqu’à La Saulce, avec des paysages grandioses ; villages perchés prisonniers des neiges, maisons Provençales aux couleurs rehaussées par ce blanc océan, quiétude des eaux calmes du canal, et partout des dizaines de sommets aux apparences « himalayennes ».
Nous progressons à bonne allure face à un petit vent du nord mordant, qui, ajouté au bruit de nos skis sur la neige dure, nous empêche d’entendre l’autoroute pourtant proche.
Nous n’avions pas remarqué sur nos cartes que le canal passe en siphon sous une petite rivière, Le Béoule. Bien que peu profond, aucun d’entre nous n’accepte de se mouiller les pieds.

Un peu de réflexion, quelques astuces et un bon plan d’action viendront à bout de cet obstacle (pont de l’autoroute toute proche, désescalade du pont, regroupement derrière la haie de cyprès, récupération du souffle et des esprits, sprint effréné sur la bande d’arrêt d’urgence, histoire de ne pas y traîner trop longtemps. et …arrivée sur les lieux d’une équipe de patrouilleur…

Aïe j’aime pas qu’on me tire les oreilles. Promis, on ne le fera plus M’sieur!) . Nous voilà repartis de plus belle, jusqu’à ce que l’autoroute enjambe le canal. Là, pas la moindre chance de ruser, même un souriceau ne pourrait passer. Pourtant le constructeur à laissé accessible un « trottoir » étroit, juste au dessus de l’eau et sans rambarde, si tu glisses, tu te baignes !

Analyse des enjeux et gestion du risque, réconfort des indécis et nous voici de l’autre coté. Les vergers aux troncs à l’écorce rose des pommiers se succèdent, une habitante nous conseille le meilleur chemin, des arboriculteurs en train de tailler leurs arbres nous saluent du haut de leurs plate forme roulantes alors que nous glissons vers Curbans.

Déjà le soleil décline et fourbus, nous nous hâtons vers Tallard où le repos nous attend. Bonne journée dans les jambes, il est 18 heures, l’étape s’est globalement déroulée comme prévu, et 42 km ont été parcourus. Mais pas un de plus qui nous avancerait pour demain….

J2 : 7h15, température moins 11°. Une fois de plus, tous nos vêtements sont sur nous, chaudes vestes en duvet et Gore Tex pour couper le petit norois qui nous glace. La proximité de la Durance rend l’endroit humide, ce qui accentue la sensation de froid. Départ du point exact où nous sommes arrivés hier.

Coincés entre falaise et rivière, nous sommes contraints de suivre la seule route de l’endroit, jusqu’à Lettret. Dès que possible nous quittons cette route pour traverser de nouveaux vergers, qui trop rapidement laissent la place à une forêt « folle », sans chemin ni entretiens.Le paradis des sangliers skieurs.

Après quelques échauffourées avec les baliveaux du lieu, nous débouchons sur de larges prairies qui nous conduisent à Valserres. Nous sommes dans la vallée de l’Avance, qui à pris ce matin un petit air de Sibérie, moins quinze degrés ! Personne n’émet le souhait de s’arrêter ne serais-ce qu’un instant et nous filons en lorgnant sur le soleil qui inonde le versant que nous suivons.

Nous pensions trouver des clôtures partout, il n’en est rien. Nous cheminons avec peu de contraintes dans cette très belle vallée et, quelques heures plus tard, Chorges est en vue. Aimable, la factrice locale nous donne des tuyaux et nous prenons pieds dans la cité Cathurige. Deux amies qui nous font une navette de voiture nous préviennent que le bord du lac de Serre Ponçon, contrairement à la semaine précédente, n’est plus skiable.

Qu’à cela ne tienne, en deux temps et trois mouvements, Didier, originaire de Chorges, nous trouve six vélos, et le moyen de les faire récupérer ce soir. L’itinéraire est plaisant, et les automobilistes surpris de nos équipages (nous avons les skis sur nos sac à dos…)

Nos moyens de transports occasionnels seront abandonnés à la plage de Boscodon, où nous rechaussons nos skis, et gagnons Embrun par la digue du lac. Arrivée à 17h30. Bob nous attendais avec quelques douceurs locales et un repas de fête. Alors nous avons fait la fête comme il se doit.

J3 : Bizarre, ce matin il plane quelques brumes dans nos esprits. 7h15, tous les skis sont chaussés, et on y voit à peine. Aucune clôture ne barre notre route, ce qui est préférable vu la vitesse à laquelle nous descendons dans la plaine, pour longer les falaises d’Embrun.

Aujourd’hui encore il fait très froid (moins 12°). La neige porte moins, et très rapidement nous ne trouvons plus que de la poudreuse. Une personne pressée de se rendre à son travail refuse de nous prendre en photo (pas le temps) et une autre sollicitée pour la même tâche se prend au jeu et n’arrête plus de nous mitrailler. Sauf quand le froid la mord elle aussi.
Direction Châteauroux, puis nous suivons une voie royale, large, enneigée, avec de très belles vues sur la Durance, de temps en temps de trucs qui passent en faisant « tchou tchou » nous arrivons à la fontaine pétrifiante. Un bon casse croûte dans l’estomac, quelques traces de skieurs et de raquettes, et nous doublons Saint-Crépin.

Un gros morceau reste : le passage de la carrière, et nous déchaussons sur environ 200 mètres. Une courte et raide descente dans les pins nous ramène au bord de la Durance, et le sport recommence dans une forêt abominable, comme on peut en trouver au bord des rivières. Enfin, un vague chemin se laisse entrevoir et nous le suivons jusqu’à Rama, puis l’Argentière en traversée par la voie verte, le Pont Gamoney et enfin la route des traverses. Il est 18 heures, nous avons fait 38 km et il fait nuit.

Demain (hier jeudi 21/01, en fait), nous reprendrons notre traversée à cet endroit pour nous rendre au Lauzet.

A suivre.

PS.  Marcel Molinatti, le fameux, appartient bien à l’expé traversée des Hautes-Alpes. Il était cité en réalité, mais effectivement dans le message laissé ici par Dominique. Excuses, Marcel….

p1010565
Six guides et sportifs du Pays des Ecrins ont entrepris un raid original : rallier Sisteron à la Grave en ski nordique. Une robuste randonnée départementale de 168 km, à défaut de la traversée de la Cordillère Darwin tentée à l’automne dernier par l’expédition Un Rêve de Darwin conduite par Yvan Estienne.

Un des membres de ce Rêve inachevé fait partie de la nouvelle expédition et l’aventure est ouverte à tous ceux qui veulent s’y joindre. Et c’est gratuit : il suffit d’appeler Dominique Stumpert au 06 08 21 39 49 pour participer, à son gré, à son rythme.

Mais d’abord, un petit flash back.
1/Embuez vos lunettes ou votre masque de ski…
2/Plongez la tête un bon moment dans un congélateur *** réglé au max…

3/Tentez de déchiffrer le mode de préparation d’une boîte de surgelés, imprimé en corps 5, et en Chinois de préférence, sachant que les idéogrammes sont de toute façon dans le désordre et qu’il en manque…

Si vous tentez cette petite expérience – un rien givrée– vous aurez alors une idée du curieux défi qu’a été le Rêve de Darwin, tel que s’en souvient un de ses membres : Dominique Stumpert, guide de haute montagne au Pays des Ecrins. Et encore, imaginez qu’un brouillard aussi opaque que laiteux persiste à vous cacher l’emballage d’un surgelé pourtant gros comme le mont Shipton-Darwin, 2 500 m d’altitude.
« On a été bien secoués », reconnaît Dominique Stumpert, 56 ans, Alsacien d’origine, Pelvousien d’adoption et de cœur, 60 ouvertures de voies à son compteur. Mais de déception, point. « J’ai pris ça comme des vacances », rit ce « vieux » complice d’Yvan Estienne, chef de l’expédition Un rêve de Darwin.

Moins de trois mois plus tard, Dom remet ça avec d’autres guides des Ecrins. Presque sans crier gare. Un message posté à minuit le 17 janvier sur ce blog :
–Après être allés chercher de la neige, des paysages somptueux et de l’aventure aux quatre coins du monde, voila que l’hiver nous offre la même chose à notre porte ; le département des Hautes Alpes est enneigé du sud au nord. Cela lui donne des airs de Laponie, et l’occasion est trop belle pour ne pas profiter de pareilles conditions « chez nous ».

Une petite équipe de hauts alpins (du pays des Ecrins) s’attaque dès lundi à la traversée du département en ski de fond, en 5 jours, de Sisteron à La Grave….

Lundi, c’est-à-dire ce 18 janvier, ils étaient partis. Certes le raid est moins raide que la cordillère Darwin au Sud du Sud de l’Amérique latine, le dernier frisson glacé des Andes avant le Cap Horn. Le parcours est honnêtement balisé : un itinéraire bien tracé sur l’équivalent de 32 feuilles format A4. La neige est splendide, le temps magnifique.

Et pourtant dès le premier jour des obstacles imprévus se sont dressés sur le chemin des skieurs… Des obstacles dû cette fois non à l’hostilité de la nature, mais aux aménagements humains… Un siphon qui coupe  la piste, un Béoul infranchissable, un pont autoroutier redoutable, une bande d’arrêt d’urgence glissante…

Dominique nous a promis un compte rendu de son cru et bien sûr nous allons suivre cette nouvelle expédition, grâce aussi aux images de Guillaume Christian dès qu’il trouvera un spot WiFi de qualité pour les transmettre (désolé pas de satellite dispo).

D’ores et déjà une confirmation : l’aventure commence bien dès qu’on glisse une spatule hors de chez soi…
A destination de ceux qui seraient tentés de suivre la trace de Dominique, Guillaume et leur compagnons dont Martine de Vallouise et Didier instituteur au Pays des Ecrins, je republie les étapes de la semaine.

Mardi 19, décollage ce matin à 7 heures : de Tallard à Embrun par la vallée de l’Avance, Chorges, Savines, Embrun.

Mercredi 20 : Embrun, Châteauroux, St Clément, Chanteloube, l’Argentière-La-Bessée.

Jeudi 21 : l’Argentière La Bessée, Villard Meyer, Prelles, St Blaise, Les Queyrelles, Chantemerle, Monètier, Le Casset, Le Lauzet.

Vendredi 22 : Le Lauzet, col du Lautaret, Villard d’Arène, La Grave, les Fréaux et limite du département.

Pour se fixer rendez-vous un seul numéro : 06 08 21 39 49.

 
Enfin session de rattrapage, sur l’Ice Climbing du Pays des Ecrins, perturbé par la neige, mais ça n’empêche rien, la preuve vue sur le blog de Guillaume Coquin
http://guillaumecoquin.wordpress.com/2010/01/10/we-aux-ecrins-snow-et-glace-au-hasard/
4276882744_052a171a14

jan
11
Classé dans (Ils aiment les Ecrins) par Ecrins le 11-01-2010

J’en ai rêvé, et vous aussi, Sophie a déclenché.

Regardez… Nous y sommes. Enfin presque.

http://sofisofiblog.over-blog.com/article-rayon-de-soleil-sur-les-ecrins-42740610.html

Dans un autre genre, André Bernard s’envole au-delà des 11 000 signatures à sa pétition : Oui au Parc des Calanques de Marseille, Non à la réserve intégrale excluant l’Homme comme dans les plus beaux cauchemars intégristes. André, qui est guide par là bas, m’avait promis des documents exclusifs démontrant que ce parc était en vérité un sacré pastis de Marseille (un doigt de pastaga, un nuage de trouble). Dès qu’il me les transmets je vous les fait passer, promis… Certains devraient devenir rouges, comme les boues du même nom, les boues de la honte.

Catherine Destivelle est désormais la marraine officielle du combat de Dédé et autres calanquistes. Nous ici, au pays des Ecrins, ça ne nous étonne pas : on l’avait élue apparemment avant qu’elle ne se détermine. Ca ne nous empêche pas d’être heureux…

Lisez ici et vous saurez pourquoi…

http://les-calanques.org/dossiers/actualite/catherine-destivelle-marraine-de-l.html

Amitiés à Dédé et à la reine Catherine… Et pour le fun, j’ai piqué ça à quelqu’un qui l’avait volé à quelqu’un qui l’avait emprunté à un autre, mais je le rends sur simple demande…On est sur le Wild Wild Web, non ?

Ca me fait penser à l’Ice Climbing qui vient de se dérouler (500 participants, un nouvel élan) à l’Argentière-la-Bessée. Et aussi à un sujet encore plus hot. Le sort des glaciers… Il faut que pense à vous en parler demain, j’ai un scoop. Avec l’exclu de Dédé, ça fera deux.

calanque_escalade

Avant de revenir au Pays des Ecrins pour hiverner, un dernier détour, par Marseille (et le Golfe du Morbihan).

A l’heure où la planète célèbre à l’envi et en boucle (médiatique) l’anniversaire de la chute du « Mur de la Honte » à Berlin, le goût d’en dresser de nouveaux n’est toujours pas passé. Exemple, parmi d’autres hélas — virtuels, moraux ou bien concrets : en béton bien armé– , celui que préméditent d’ériger quelques intégristes de la biodiversités  autour des Calanques de Marseille et de leurs falaises aussi sublimes qu’historiques pour l’escalade.

Un mur certes transparent mais néanmoins légal dressé entre la nature et ceux qui l’aiment, la pratique respectueusement, vivent et respirent avec. Bref un projet de « Parc national maritime et terrestre aux portes de la deuxième ville de France », le Parc des Calanques, dont certaines espèces : grimpeur, kayakiste, randonneur ou rêveur, seraient exclues au profit d’une certaine idée fondamentaliste de l’environnement.

La même idée d’absolu qui, poussée à l’absurde, conduit à faire massacrer l’ ibis sacré au prétexte qu’il vient d’ailleurs (l’Egypte des anciens Pharaons…), migrateur ailé fatalement sans papiers (on ne lui avait pas dit ou il n’a pas entendu ?) flingué au vol ou au nid.

Ce n’est pas une mauvaise blague, mais un vrai « cauchemar de Darwin » pour le coup, un authentique génocide « légal » avec autorisation préfectorale (officiellement « régulation ») qui se déroule aujourd’hui en Bretagne sud et, en particulier, le Golfe du Morbihan, consistant à éradiquer une espèce naturelle au nom de la … sauvegarde des espèces naturelles plus proches. Ibis déclaré espèce « invasive » =  espèce condamnée. Après ça on s’étonnera que la biodiversité planétaire soit plus que jamais salement en péril…

A se demander si l’écologie n’est pas une affaire trop sérieuse pour être confiée à (certains) écologistes intégristes (on appelle ça  les Khmers verts ?).

On veut bien que les grimpeurs évoquent parfois de « drôles d’oiseaux » accrochés à leurs falaises…Mais de là à se laisser « tirer » comme de pauvres Ibis, il y a un pas.

Contre la clôture des Calanques, la proscription de la grimpe libre, c’est un guide de haute-montagne, André Bernard (encore un ami d’Yvan Estienne du Pays des Ecrins), alias Dédé, alias le « King des Calanques », qui a sonné l’alarme, battu le rappel et créé l’association Des calanques et des hommes – www.les-calanques.org– pour défendre la liberté d’escalader les calanques, une histoire d’alpinisme en balcon sur la Grande Bleue vieille de 130 ans.

Le combat de Dédé est clair : oui au Parc des Calanques ne serait qu’en mémoire des  alpinistes qui furent parmi ses premiers protecteurs ; non à la réserve intégrale, au « sanctuaire » naturel excluant les humains non nantis.  

 Les Ecrins, à travers ce blog, s’étaient déclarés solidaires de Dédé. La liberté d’un grimpeur, c’est la liberté de tous les grimpeurs, pour paraphraser JFK en 1963 à Berlin, au pied du sinistre Mur…

Deux mois après la mobilisation de Dédé et près de 9700 signatures (les ibis n’en avaient recueillies que 670, les pauvres…) après, quelque chose me dit qu’une brèche a été percée dans le projet de mur des Calanques.

Ce 9 au matin, La Provence, insitution faite journal et journal de l’insitution s’il en est, rendait hommage à sa manière à André et ses « 9000 signatures de toute la France et de l’étranger ». Manière un peu vache de la consoeur rappelant que les calanques sont « le terrain de jeu et le gagne-pain » de Dédé. Et alors ? Ca devrait le discréditer ? Il n’empêche, c’était un signe et selon nous un plutôt bon signe à l’heure où devait se tenir un nouvelle réunion entre « usagers » et promoteurs du Parc.

Ce n’est pas une raison pour ne pas signer et faire signer la pétition en ligne sur www.les-calanques.org. Le sommet des 10 000 signatures est en vue encore un effort pour faire gagner Dédé parce que nous savons que sa bataille est la nôtre, celle de tous ceux qui aiment la nature au point de faire corps avec..

Et si vous vous êtes sentis touchés par le sort de l’ibis sacré et massacré (au nom des sternes !) lisez et signez sur http://ibisdebretagne.bloguez.com/  et/ou procurez-vous Le Monde Magazine du 7/11 ( « Espèces, vos papiers ») avec une formidable enquête du confrère Laurent Carpentier.

Ibis sacré, le sacre de la beauté qui accompagnait les Pharaons dans  leur vie éternelle, la beauté que l’on massacre en Bretagne, en 2009 au nom de la … biodiversité locale.

ibis_sacre

1103213357_8868abda-c8b2-11de-8e65-75c79d05dd44_jpg[435x-1]
« EXPEDITION « LE REVE DE DARWIN »
Ils sont revenus, il y a quelques heures »…

C’est le titre du joli article du correspondant du Dauphiné ce matin du 4/11 dans l’édition du 05, Hautes-Alpes. Chapeau Robert Gerbet. Tout est dans ton « papier ».  

Les cartes existantes très succinctes (et contradictoires), les trois semaines perdues en mer, un glacier grand comme tous ceux des Alpes réunis et casse-gueule comme pas un,  l’imprévisibilité de la météo, les cols qui finissent en impasse, le taux d’humidité associé (comme un malfaiteur)  au refroidissement éolien pour descendre, en direct live, à du  -45° (à 500m d’altitude !)

Merci Robert de me ramener à l’essentiel. Et comme je suis un vrai « ingrat », je te « pique » la photo (promis je te la revaudrais au Kiosque) où les cinq aventuriers de « la » Darwin (comme dit Luis, voir billet précédent)  pose devant l’âtre de cette Maison Estienne où Annick et moi avons passé quelques soirées de « conjecturations », un mixte anxieux de conjectures et de conjuration.  D’un  malheur évité, grâce à la vigilante expérience d’Yvan. Ouf. Il avait juré qu’il ramènerait son monde vif et sauf. Devoir de guide. Mission accomplie. Pro de chez pro.

–Je suis que sûr que notre histoire va relancer une course à la traversée de la Cordillère Darwin, me disait hier soir Yvan. Je le crois volontiers.

 Sixième personnage (septième avec la cheminée…)  de l’expé sur ton image, Robert, la guitare de Dom (inique). Ecoutez… Ses cordes ont joué leur partition quand il s’agissait de dénouer les nerfs à la veillée. En rêve, j’entends leur écho dans la cabane de l’estancia de la Bahia Yendegaïa, le domaine du gaucho José, si près, si loin déjà.

Il faudra que je parle longuement de « Dom » : il y a quelque chose de Riccardo Cassin en lui –cette noblesse sans phrases du boulot bien fait, en ouvrier qualifié–  dussé-je violenter sa bonhommie sereine qui n’égale que son équanimité souriante. Un grand guide, sûr,  à qui je confierais mes pas sur tous les glaciers du monde. Et ceux de mes enfants. Comme aux autres membres du team (Pascal, Hubert, Stéphane : je vous appelle demain juré).

Reprenons notre discussion avec Yvan. Où en étions-nous ? Ah oui, le temps…. La durée….L’attente…

–La première de l’Ama Dablam au Népal dans laquelle j’étais (il y a 30 ans, 1979), c’était du ric-rac.  Nous sommes sortis par le sommet  à la dernière minute …C’est souvent comme ça. Ca passe, quand ça passe, à l’ultime instant. Dans la Cordillère Darwin, c’est vrai qu’idéalement il aurait fallu patienter des mois, à condition de tenir moralement. On en parlait tout à l’heure. Mais les billets d’avion sont chers, c’est pour ça aussi qu’on peut comprendre les deux Yann (Estienne, son fils qui s’affute sur les Torres Del Paine, et Michalet) d’en profiter un peu plus…

A ce point de la conversation, Robert du Dauphiné me tend la perche : « Et demain ils reprennent leur boulot de guides ». On allait l’oublier. Attention, ici « spoiler » comme on dit chez les amateurs de séries télévisée à suspense, ce qui suit en l’occurrence peut polluer  d’une certaine manière la légende, celle qu’il faudrait toujours écrire pour vendre du papier  (mais on n’est plus au Far-West, non ?).

–Il faut bien vivre aussi. Une expé comme ça (malgré les sponsors, les subventions et tout, ndlr) signifie deux mois de manque à gagner pour un guide de haute montagne. Non seulement, ça ne rapporte rien mais certains y ont été de leur poche, témoigne Yvan.

C’est l’autre pente du Rêve de Darwin, la face nord, cachée, de l’exploit accompli en tout ou partie, l’exploit d’être partis et revenus en entier. Oui partir, c’est réussir…. On dira que c’est le prix de la passion. A mes yeux (je ne sais pas pour vous) c’est aussi ce genre de don total de soi, de son temps, de son talent, qui confère son relief –positif et généreux— à l’Aventure, avec ce fameux grand A.

Le Rêve de Darwin n’est pas une sorte de Koh Lanta avec des pseudos baroudeurs cachetonnant (tant mieux pour eux, après tout  ils l’ont gagné contre TF1, un exploit judiciaire). Non, c’est « total respect » pour des hommes et femmes qui ne comptent pas, ne monétisent pas leur geste, leur peau, leurs engelûres. C’est tellement rare en 2009/2010 que je ne voulais pas passer à côté. Et m… à ceux qui me diront qu’ils n’ont qu’à rester devant TF1 et l’Ile de la Tentation… 

–Là je souffle un peu et ensuite je reprends avec les clients dans ma petite structure, Azimut. Norvège, Groenland, Dolomites. Le ski de grande randonnée… 

Ca donne envie, ne vous privez pas, cliquez sur  www.azimut-montagne.com

Les « derniers aventuriers »… Ces cinq devant l’âtre et l’objectif de Robert en sont. Je ne l’ai pas rêvé. Voyez sur le site de L’Express

http://www.lexpress.fr/diaporama/diapo-photo/actualite/environnement/les-derniers-aventuriers_794156.html

Yvan, Dom, Pascal, Hubert, François et les autres… Ils cohabitent sur le Web, en diaporama, avec Jean-Louis Etienne, qui sait ce que veut dire survivre financièrement compris;
Patrice Fransceshi, qui éponge en Sysiphe un tonneau des Danaïdes de dettes nommé Boudeuse;
Tara la ruineuse dans le sillage de Darwin ;
Laurence de la Ferrière
que je ne vous présente pas;
Mike Horn
qui a franchi tous les caps;
Jean-Christophe Lafaille (in memoriam);
 Loïc Jean-Albert
qui réinvente le mythe d’Icare;
 Jacky Bonnemain (in memoriam);
 Bertrand Piccard
qui court après le tour du monde en planeur solaire;
 Alain « Spiderman » Robert;
Nicolas Vanier
qui sort son film sur sa danse avec les loups (Loup, le 9 décembre sur les Ecrins, pardon les écrans).
Et Nicolas Hulot, mais parce qu’il fallait bien remplir le diaporama…

Quand le confrère de L’Express numérique m’a demandé s’il y avait un inconvénient à utiliser la photo que j’avais moi-même empruntée à www.unrevededarwin.fr, je lui ai dit : ne te gêne surtout pas. C’est pour ça que Robert du Dauphiné ne m’en voudra pas. J’espère…

Parce que  Yvan et son équipe appartiennent à cette famille-là. Ils ne l’ont pas volé et ça vaut toutes les médailles, et autres Légion d’Horreur…. 

Merci Robert, vive le Dauphiné, le pays des Ecrins et l’Aventure. Tout ça n’est qu’une même chose.
.
En prime, regardez la bande annonce de Loup, spécial dédicace pour un certain p’tit Jules qui hante les commentaires ci-dessous…Il a 7 ans, Nicolas please fait lui un petit coucou, toi qui aime les enfants…Tu veux pas?

Allez pour p’tit Jules qui m’a dessiné un mouton, voici le Loup même pas méchant p’tit Jules

A suivre…

cda3-tenteseule-v-moy
En renonçant –sagement– aux 2500 m du Shipton-Darwin eu égard au temps imparti et à la météo subie, les guides du Rêve de Darwin dans la cordillère du même nom, n’ont pas eu à rougir. Au cours du demi-siècle écoulé — faut-il encore le rappeler ?– seules six expéditions  internationales sur 70 ont touché le but fixé.  Ici l’objectif était une traversée intégrale. Les éléments en ont décidé autrement. Idem pour l’ascension du culmen de la cordillère visée en dernier lieu, en guise de compensation sportive en quelque sorte.

Par la faute du dérèglement climatique, les conditions chaotiques de cette ultime terre au bout du bout de l’Amérique du Sud ne s’arrangent pas. Et se dégraderont, hélas, surement dans les décennies à venir dressant toujours plus de pièges et de chausses trappes sous les crampons des découvreurs du futur.

Les hommes d’Yvan Estienne l’ont vécu (Yvan en personne), notamment lors d’une tentative de franchissement du glacier Roncagli, désormais impossible en dehors du cœur de l’hiver austral qui solidifie à peine plus les glaces. Ils l’ont éprouvé lors d’une tentative –avortée– de passage du col Saint-Valentini. C’en était fait alors de l’objectif numéro 1.

Restait à réussir une autre expérience, dans une autre dimension. Celle-là a abouti. C’est  une sorte de reconquête de l’essentiel, de  »ce que l’on ne voit bien qu’avec le cœur »comme disait le renard au Petit Prince.  Une qualité d’émotion  sommitale qui se grave non pas dans la cire des tablettes du Livre des Records mais dans l’esprit (l’âme, si vous croyez) des Hommes se frottant à la haute mer comme à la montagne et qui les rend plus grands qu’eux-mêmes, plus grands que leur vie.

Ci-dessus (plus tard dans la journée), des extraits des souvenirs à chaud des guides du Rêve de Darwin que vous lirez en intégralité sur www.unrevededarwin.fr . Vous y retrouverez des reflets du passage initiatique dont je veux parler. Il y a aussi bien sûr des fragments d’un discours amoureux suscité par Eros, le discours du désir charnel inassouvi, le soupir du séducteur (macho ?) inassouvi , Don Juan pour une fois éconduit. Cela fait aussi partie du retour d’expérience de la Cordillère Darwin, qui demeure une terre d’exploration avant d’être un terrain d’exploits. Les deux mots commencent pareil mais divorcent après les premiers pas.

 Tout apprentissage profond doit commencer par une révolte, une rébellion. C’est donc bon signe.

Dans cette philosophie-là, le chemin compte autant ou plus que l’objectif. C’était, m’expliquait l’explorateur Christian Clot (photo de sa tente solitaire dans la cordillère ci-dessus), la philosophie d’un Eric Shipton, himalayiste atypique de son temps, le premier vainqueur du Darwin au prix d’un jeu de patience qui dura cinq mois (et non cinq semaines ou cinq jours).

Elle est aux antipodes de ce qui fait courir aujourd’hui un Ueli  Steck sur les cimes et les parois. Il exécute la  face nord de l’Eiger en trois heures, et celle des Grandes Jorasses en 2h21’chrono.  Et dire que l’on aime en France à dauber la prétendue lenteur suisse : Ueli, 33 ans,  Piolet d’or, est originaire de l’Emmental et prépare ses courses comme un athlète olympique.  Ca donne envie de le mettre au pied du  Darwin . Je parie ma caméra que la Cordillère lui tiendrait le langage de la fable 

–Rien ne sert de courir, mon petit Ueli…

Morale : cette autre approche de la montagne (par voie de mer, qui plus est) dont nous parle la Cordillère Darwin, est celle que nous choisissons, ici, sur www.ecrins-leblog.com. C’est elle que nous voulons promouvoir et faire partager, pas plus tard que demain, n’importe où sur la planète en commençant par Ailefroide, le vallon du Fournel, Puy Aillaud et autres lieux d’exploration.

Parce que le Rêve de Darwin s’achève sur le terrain mais continue dans nos têtes.

Comme dit le sage de Freissinières, j’ai nommé Lionel Condemine :

–Ce n’est pas à l’homme d’adapter la montagne, mais à l’homme de s’adapter à la montagne

Yvan des Vigneaux et les siens ont suivi ce haut et noble précepte. Nous saurons en tirer la leçon et la transposer  à nos modestes expéditions. Oui, car même une randonnée peut être une expédition à la rencontre de l’essentiel.