grande-muraille-de-chine1

Un commentaire laissé sur ce blog aujourd’hui par notre nouvel ami Luis Azua, vieux complice d’Yvan Estienne et guide franco-chilien, me fait rebondir sinon bondir. Luis poursuit un trek au long cours dans les montagnes du Yunnan au Sud de la Chine…

D’abord, Luis explique pourquoi il emploie dans ses messages le féminin accolé au nom Darwin.

Quelqu’un disait que cette chaîne se laissait seulement « caresser »…  (ndlr, ça on l’a bien vu Luis, rude caresse en retour). En fait pour nous, au Chili, nous la connaissons simplement comme « La cordillera de Darwin »… Cordillera est du  féminin : d’où vient le terme familier de « la » Darwin que j’emploie comme tous les Chiliens…

Mais ce n’est pas ça qui  m’a fait sursauter, au fond je m’en doutais…Non c’est la suite…

–C’était difficile d’avoir des nouvelles de l’expédition par le site http://www.unrevededarwin.fr. Problème propre à la Chine ? s’interroge Luis.

La question de Luis n’a rien d’absurde : pour endiguer la libre parole (certains mots sont tabous à Pékin, Tib…, Dalaï L…, Dro… de l’Hom…) qui s’écoule sur Internet comme un fleuve en cru, les autorités de la République populaire ont dressé un barrage. En termes techniques, un « fire wall ». Un pare-feu.

A l’extérieur on lui a donné un petit nom : « la Grande Muraille pare-feu de Chine ». C’est ironique, car la Grande Muraille, la vraie, en pierre, celle que l’on voit depuis la lune dans les légendes urbaines (car c’est archi-faux), n’a jamais empêché aucune invasion. Elle sert aujourd’hui à vendre des cartes postales et de squatt à d’ « impudents » randonneurs étrangers ! Ci-dessus une amusante version Aqualand (un montage bien sûr). Tout un symbole.

N’empêche, ce système que les derniers mandarins  de la dynastie décadente post-maoïste ont poétiquement baptisé « Bouclier d’or » a pour résultat de « bloquer » l’ouverture de certains sites choisis sur le Web, depuis les PC situés sur le territoire chinois. Sur la base du nom de domaine (exemple http//www.machintruc-tibetlibrebordel.com/) avant tout. En Français on dit censure.

Je conjecture : le mot « Rêve » serait-il proscrit par les héritiers de la Longue Marche et de son avatar sanglant, je veux dire la Révolution culturelle ? Pas impossible si l’on en croit Luis. Pas impossible encore que le mot Darwin ait aggravé le cas du Rêve Interdit.

Pensez-vous, Darwin, un représentant de l’idéologie impérialiste  professant que dans l’évolution des espèces les mâles dominants roulent dans des Ferrari rouges pour mieux transmettre leurs gênes égoïstes. Bouhhhhhhhhh, c’est pas en Chine qu’on verrait ça, hein, des milliardaire rouges  draguant la fleur de lotus en bouton dans des Ferrari itou et même pas honteux d’avoir leur carte du PCC.

Précision importante : www.unrevededarwin.fr était disponible au moindre clic depuis n’importe où sur la planète, d’Ushuaïa en Alaska. Sauf en Chine… Un problème technique, ben voyons l’informatique c’est pas fiable…

Ici faut pas rêver camarades. Darwin, porc révisionniste, au bûcher, allez zou !!!! Si on rajoute en plus le « .fr » comme France où tout un tas de crapules petites bourgeoises s’entichent d’un mec à lunettes qui sourit tout le temps bien que son pays soit envahi depuis des décennies, d’un type louche qui offre des écharpes à tous ceux qu’il rencontre (vous l’avez reconnu).  Bien sûr, là je parle au nom de mes amis de Pékin, hein, ce n’est pas moi qui le dit, on ne confond pas.

Concrètement, donc, certains mots écrits sur le Web, l’Internet, ne franchissent pas le pare-feu de la grande Chine nouvelle. Apparemment  c’est le cas pour la phrase « Un rêve de Darwin.fr ». Pour contourner l’obstacle, le franchir à tout prix, des petits malins utilisent une arme : « l’anonymiseur » de site.

En gros, un site d’appellation anodine qui sert de cheval de Troie au contenu interdit comme la Cité du même nom pour mieux s’y faufiler et prendre les abrutis à revers.

C’est ainsi que ce blog que vous lisez a servi d’anonymiseur au Rêve de Darwin, de cheval de Troie à l’expé française conduite par Yvan Estienne dans le pays aux dirigeants les plus gâteux du monde. Et j’en suis heureux.

Parce qu’Yvan qui croyait marcher sur un glacier  dansait en fait sur un volcan politique….

Parce que www.ecrins-leblog.com ça parle des Ecrins à sa manière mais ça ne craint pas, apparemment pour les descendants édentés mais sournois des « Gardes Rouges ». Doivent croire que c’est un site marchand pour camelote cheap genre Gagata et bijoux tocs. Tant mieux..

Tant mieux, si ce blog, mon pote depuis trois mois sonnés maintenant, n’a servi qu’à ça : faire sa petite brèche à lui dans la Grande Muraille de la Connerie , à l’heure où l’on célèbre les 20 ans de la chute du mur de Berlin justement.
Bien content, flatté, réjoui même que Luis finisse son petit mot par ça :

–Donc heureusement, à travers vous, j’ai pu savoir plus des activités de nos amis depuis le Yunnan. Merci pour votre site, je n’ai pas été deçu du tout ! Hasta pronto.

Le blog des Ecrins et moi te remercions, gracias Luis, poursuit ta longue marche à toi. J’espère qu’ils ne t’emmerderont pas à cause de ce billet (en fait pas de risque puisque c’est un cheval de Troie, vous verrez même pas une plainte de l’ambassade de Chine).

Pour fêter ça des images d’il y a 20 ans qu’on ne se lasse pas de voir et revoir. Beau comme une sortie au  sommet du Pelvoux quand le jour se lève.

Bientôt le tour de la Grande muraille de la Crétinerie Céleste…(et je compte sur Google pour traduire aux intéressés). 

PS – Pour qu’il n’y ait pas de confusion, je persiste et je signe : Jean-Pierre Pustienne (les Ecrins n’y sont pour rien, ni Yvan, ni personne) que le signataire.

Et j’ajoute vive le Tibet libre de croire au drôle de bonhomme qui distribue des écharpes même à ceux qui ne sont pas ses supporters.

1103213357_8868abda-c8b2-11de-8e65-75c79d05dd44_jpg[435x-1]
« EXPEDITION « LE REVE DE DARWIN »
Ils sont revenus, il y a quelques heures »…

C’est le titre du joli article du correspondant du Dauphiné ce matin du 4/11 dans l’édition du 05, Hautes-Alpes. Chapeau Robert Gerbet. Tout est dans ton « papier ».  

Les cartes existantes très succinctes (et contradictoires), les trois semaines perdues en mer, un glacier grand comme tous ceux des Alpes réunis et casse-gueule comme pas un,  l’imprévisibilité de la météo, les cols qui finissent en impasse, le taux d’humidité associé (comme un malfaiteur)  au refroidissement éolien pour descendre, en direct live, à du  -45° (à 500m d’altitude !)

Merci Robert de me ramener à l’essentiel. Et comme je suis un vrai « ingrat », je te « pique » la photo (promis je te la revaudrais au Kiosque) où les cinq aventuriers de « la » Darwin (comme dit Luis, voir billet précédent)  pose devant l’âtre de cette Maison Estienne où Annick et moi avons passé quelques soirées de « conjecturations », un mixte anxieux de conjectures et de conjuration.  D’un  malheur évité, grâce à la vigilante expérience d’Yvan. Ouf. Il avait juré qu’il ramènerait son monde vif et sauf. Devoir de guide. Mission accomplie. Pro de chez pro.

–Je suis que sûr que notre histoire va relancer une course à la traversée de la Cordillère Darwin, me disait hier soir Yvan. Je le crois volontiers.

 Sixième personnage (septième avec la cheminée…)  de l’expé sur ton image, Robert, la guitare de Dom (inique). Ecoutez… Ses cordes ont joué leur partition quand il s’agissait de dénouer les nerfs à la veillée. En rêve, j’entends leur écho dans la cabane de l’estancia de la Bahia Yendegaïa, le domaine du gaucho José, si près, si loin déjà.

Il faudra que je parle longuement de « Dom » : il y a quelque chose de Riccardo Cassin en lui –cette noblesse sans phrases du boulot bien fait, en ouvrier qualifié–  dussé-je violenter sa bonhommie sereine qui n’égale que son équanimité souriante. Un grand guide, sûr,  à qui je confierais mes pas sur tous les glaciers du monde. Et ceux de mes enfants. Comme aux autres membres du team (Pascal, Hubert, Stéphane : je vous appelle demain juré).

Reprenons notre discussion avec Yvan. Où en étions-nous ? Ah oui, le temps…. La durée….L’attente…

–La première de l’Ama Dablam au Népal dans laquelle j’étais (il y a 30 ans, 1979), c’était du ric-rac.  Nous sommes sortis par le sommet  à la dernière minute …C’est souvent comme ça. Ca passe, quand ça passe, à l’ultime instant. Dans la Cordillère Darwin, c’est vrai qu’idéalement il aurait fallu patienter des mois, à condition de tenir moralement. On en parlait tout à l’heure. Mais les billets d’avion sont chers, c’est pour ça aussi qu’on peut comprendre les deux Yann (Estienne, son fils qui s’affute sur les Torres Del Paine, et Michalet) d’en profiter un peu plus…

A ce point de la conversation, Robert du Dauphiné me tend la perche : « Et demain ils reprennent leur boulot de guides ». On allait l’oublier. Attention, ici « spoiler » comme on dit chez les amateurs de séries télévisée à suspense, ce qui suit en l’occurrence peut polluer  d’une certaine manière la légende, celle qu’il faudrait toujours écrire pour vendre du papier  (mais on n’est plus au Far-West, non ?).

–Il faut bien vivre aussi. Une expé comme ça (malgré les sponsors, les subventions et tout, ndlr) signifie deux mois de manque à gagner pour un guide de haute montagne. Non seulement, ça ne rapporte rien mais certains y ont été de leur poche, témoigne Yvan.

C’est l’autre pente du Rêve de Darwin, la face nord, cachée, de l’exploit accompli en tout ou partie, l’exploit d’être partis et revenus en entier. Oui partir, c’est réussir…. On dira que c’est le prix de la passion. A mes yeux (je ne sais pas pour vous) c’est aussi ce genre de don total de soi, de son temps, de son talent, qui confère son relief –positif et généreux— à l’Aventure, avec ce fameux grand A.

Le Rêve de Darwin n’est pas une sorte de Koh Lanta avec des pseudos baroudeurs cachetonnant (tant mieux pour eux, après tout  ils l’ont gagné contre TF1, un exploit judiciaire). Non, c’est « total respect » pour des hommes et femmes qui ne comptent pas, ne monétisent pas leur geste, leur peau, leurs engelûres. C’est tellement rare en 2009/2010 que je ne voulais pas passer à côté. Et m… à ceux qui me diront qu’ils n’ont qu’à rester devant TF1 et l’Ile de la Tentation… 

–Là je souffle un peu et ensuite je reprends avec les clients dans ma petite structure, Azimut. Norvège, Groenland, Dolomites. Le ski de grande randonnée… 

Ca donne envie, ne vous privez pas, cliquez sur  www.azimut-montagne.com

Les « derniers aventuriers »… Ces cinq devant l’âtre et l’objectif de Robert en sont. Je ne l’ai pas rêvé. Voyez sur le site de L’Express

http://www.lexpress.fr/diaporama/diapo-photo/actualite/environnement/les-derniers-aventuriers_794156.html

Yvan, Dom, Pascal, Hubert, François et les autres… Ils cohabitent sur le Web, en diaporama, avec Jean-Louis Etienne, qui sait ce que veut dire survivre financièrement compris;
Patrice Fransceshi, qui éponge en Sysiphe un tonneau des Danaïdes de dettes nommé Boudeuse;
Tara la ruineuse dans le sillage de Darwin ;
Laurence de la Ferrière
que je ne vous présente pas;
Mike Horn
qui a franchi tous les caps;
Jean-Christophe Lafaille (in memoriam);
 Loïc Jean-Albert
qui réinvente le mythe d’Icare;
 Jacky Bonnemain (in memoriam);
 Bertrand Piccard
qui court après le tour du monde en planeur solaire;
 Alain « Spiderman » Robert;
Nicolas Vanier
qui sort son film sur sa danse avec les loups (Loup, le 9 décembre sur les Ecrins, pardon les écrans).
Et Nicolas Hulot, mais parce qu’il fallait bien remplir le diaporama…

Quand le confrère de L’Express numérique m’a demandé s’il y avait un inconvénient à utiliser la photo que j’avais moi-même empruntée à www.unrevededarwin.fr, je lui ai dit : ne te gêne surtout pas. C’est pour ça que Robert du Dauphiné ne m’en voudra pas. J’espère…

Parce que  Yvan et son équipe appartiennent à cette famille-là. Ils ne l’ont pas volé et ça vaut toutes les médailles, et autres Légion d’Horreur…. 

Merci Robert, vive le Dauphiné, le pays des Ecrins et l’Aventure. Tout ça n’est qu’une même chose.
.
En prime, regardez la bande annonce de Loup, spécial dédicace pour un certain p’tit Jules qui hante les commentaires ci-dessous…Il a 7 ans, Nicolas please fait lui un petit coucou, toi qui aime les enfants…Tu veux pas?

Allez pour p’tit Jules qui m’a dessiné un mouton, voici le Loup même pas méchant p’tit Jules

A suivre…

 

Taklamakan-x

Si l’intuition, le sixième sens, font partie des matières que l’on enseigne dans la formation des guides de haute montagne, alors Yvan Estienne du pays des Ecrins doit être un formidable pédagogue, au CRET de Briançon comme à l’ENSA — l’ENA de la montagne– où il dispense son savoir plus que trentenaire…

Voici pourquoi : lundi (voir billet du 02) je m’interrogeais sur l’inconnu du Yunnan (Sud de la Chine) qui suivait avec attention le Rêve de Darwin sur ce blog. Yvan, hier soir, songeait à un guide franco-chilien de sa connaissance…

Pile dans le mille. Ce matin au petit déj’, je reçois ce commentaire en forme de cadeau inattendu. L’inconnu du Yunnan n’est pas un Fils du Ciel, mieux que ça. Du coup je laisse tomber mon croissant dans le bol de Nescafé, bonjour le « bain de pied ». Et je ne résiste pas à l’envie vous faire part de ma surprise….

La voici, la voilà

Luis Azua, le 4 novembre, 2009 à 6 h 09 min #

Bonjour, les blogueurs (salut Luis, mais je suis tout seul à l’instant) : oui, votre enquête était bonne!  Je suis Luis, un vieil ami d’Yvan qui essayait de connaître, depuis l’Empire du Milieu, les aventures du groupe auquel j’aurais dû participer. Hélas, je n’ai pas pu y aller.. .

Je rêvais aussi de cette terre déchaînée qui est « la » Darwin. Et je pensais souvent lors des campements dans les sables du Taklamakan (ci-dessus) ou bien au pieds du Muztag Hata, aux mille et une difficultés que vous deviez affronter dans cette cordillère.

Cette météo infernale , la même qui provoquait l’effroi des indiens de la Terre de  Feu,  Kaweskars et Yamanas à travers leurs  dieux tutélaires Ayayema et Kawtcho , fait de la Darwin une forteresse, protégée par les vagues de l’océan et les williwas violents. Elle résiste aux assauts depuis des décennies .

Super Yvan, Francois, Pierre et tous les autres d’avoir pu l’approcher et revenir.
Depuis la Chine, au revoir les amis.

Zhaijian ! Luis.

Pour en savoir plus sur Luis Azua et ses activités en Chine

http://www.allibert-trekking.com/index/2/82-nous-rencontrer.htm

PS. Quand je vous disais que les Vigneaux étaient au centre de toutes les chaînes du monde et le pays des Ecrins bien plus vaste qu’on ne le croit, je ne pensais pas avoir raison à ce point.

4les-vigneauxIls sont rentrés au pays des Ecrins. Mat Carlhian, le beau brun, a filé sur Nice histoire de  filer  en réalité le parfait amour (quand on a 27 ans…). Les deux Yann, Estienne et Michalet, Thomas, Ludivine… Eux, les autres jeunes, ils  ont opté pour prolonger à leur manière un certain  Rêve de Darwin, au bout du bout du monde, au sud du Sud de l’Amérique Latine,  langue prudente  dont la pointe s’aventure et s’enroule,  avec un délice masochiste, dans  la tourmente  glaciale de l’Antarctique.

Les « Vieux » –si l’on veut…–  ont regagné le Pays, les pénates, le foyer. Dominique, Pascal, Stéphane, Hubert Sémiond, Pierre « le Doc’ » Muller et les autres (pardon pour l’ellipse)

Ni flons-flons, ni  discours. Pizzas et légumes à croquer dans la chaleur du cocon reconstitué au rez-de-chaussée de la Maison Estienne au Vigneaux, au dessus de l’Argentière (ci-dessus).  (Maison d’hôte oblige :  les étages sont pour les « clients » et/ou amis).  C’était le cadeau-surprise d’Annick-Pénélope au retour de son Ulysse des Andes maritimes :  un foyer restauré ! Michel Dimitrieff, le routeur météo de l’expé –qui n’en pouvait mais– est venu de Vallouise. Elisabeth et Jean-Paul Carlhian, les parents de Mathieu, étaient descendus exprès de leur nid d’aigle franco-italien de Montgenèvre (belles sensations garanties, un ski dans chaque pays, descente sur la grande piste de l’Histoire…)

Otage anonyme de ce rapt motorisé dont le périphérique parisien est l’autre nom, j’ai raté le rendez-vous téléphonique  pris avec  ces héros. J’ai manqué la « fête ». M…. Demain je rappelle tout le monde. Un par un.

 20 h (de Paris) et pas mal de CO2 absorbé plus tard. Annick me passe Yvan, le chef de l’expédition Un Rêve de Darwin redevenu (temporairement) homme au foyer , foyer réhabilité. Faut bien récupérer.

–C’est beau… Revenir ici, au pays des Ecrins, chaque fois je suis aussi content de rentrer que de partir… On n’habite quand même pas dans une cité du  brouillard, tu le sais (oui Yvan, je suis dedans, dedans ce crachin gris honni que tu dédaignes, et tu as tellement raison que j’aimerais avoir des ailes…). Vous pouvez vérifier ci-dessus aussi.

Alors ça fait quoi, ce renoncement  à un sommet  ?

–On revient toujours grandi quelque part,  même si  là, avec la Cordillère Darwin, c’est vrai que les mots patience et humilité reviennent souvent… C’était fort, incontrôlable. Le vent. 140/150 km/h. Par surprise. Pas de signe avant-coureur. Pas le temps de monter une tente qui ne s’envole. Un froid modeste comme l’altitude : – 10°, -15° c au pire. Mais un taux d’humidité record. Résultat, si  tu ne bouges pas immédiatement, tu  meurs sur pieds en moins d’une heure ;  en quelques minutes le givre opacifie les lunettes, le masque…  J’ai 58 ans et une trentaine d’expéditions extrêmes au compteur et je n’avais jamais vécu ça nulle part ailleurs, ni dans l’Himalaya, ni dans les Andes…

Eric Shipton avait attendu son heure cinq mois avant de profiter de « la »  fenêtre  favorable pour gravir le « Darwin ». Il vous a manqué du temps ?

–Sans doute… Mais encore faut-il que le moral des hommes tienne le coup dans ce genre d’attente… On n’a jamais vu, visuellement parlant, le sommet  du Darwin-Shipton en fait, toujours resté encapuchonné. Même l’ultime jour quand ça s’est levé… enfin. C’était  le jour du départ. Mais on ne saura jamais comment la météo a tourné une fois que nous avons quitté la Bahia Pia sur le bateau. Ca change à la minute là-bas, tout en bas. Et puis c’est  aussi une question d’argent…

La suite de cet entretien vérité  à bâtons rompus plus tard,  les yeux me piquent.  Pas le givre, la pollution. A demain, si vous le voulez bien, pour découvrir avec moi la différence qu’il y a entre des aventures et l’Aventure avec un grand « A ». Sur ce blog qui entend aller au bout du bout du Rêve de Darwin, coûte que coûte, avec ceux qui en reviennent pour de bon.

PS – Un indice m’a été fourni par Yvan sur l’éventuelle identité de notre lecteur mystère  du Yunnan (Chine du Sud). Il pourrait bien s’agir d’un certain Luis, guide franco-chilien, proche d’Yvan qui accompagne des clients dans cette chaîne aux confins du Vietnam et de la Birmanie.

Oui, il est grand le pays des Ecrins, bien plus grand qu’on ne l’imagine. Un pays où le soleil paraît plus de 300 jours par ans. Et se couche toujours en apothéose. Ou ne se couche pas.

 P1010114

Avant de s’envoler pour l’Europe, ils ont livré leurs frais souvenirs à chaud, sur www.unrevededarwin  pour l’intégralité, en extraits ici.

Un joli petit exercice littéraire qui révèle, mine de rien, à travers la manière de restituer ses émotions et son rapport à demi avoué à la montagne –car la montagne comme la mer agit comme un révélateur– certains aspects de personnalités singulières qui forment un sacré team. 

Tout aussi parlant : la façon de chacun d’aborder la frustration, la nostalgie et ce lien étrange qui semble s’être créé entre les membres du rêve de Darwin et la Cordillère australe.

A cet égard, ils sont deux à sécher l’avion du retour. Yann Estienne, je vous en ai parlé. Mais aussi Thomas Baratier qui embarque, lui, à destination de la Géorgie du Sud. Ne serait-ce pas en compagnie de Serge Ouaché à bord du voilier Xplore ? Petits cachottiers, va…

D’où l’envie de vous proposer un petit jeu basé sur la morphopsychologie pour mieux découvrir ces guides qui ont taquiné le Darwin (et pour ceux, surtout, qui n’ont pas encore lu les témoignages sur www.unrevededarwin.fr) Les parents, proches et amis ont le droit de jouer, puisqu’on ne va pas quand même déranger un huissier pour ça, non ?

Alors vous y êtes : d’abord les morceaux choisis numérotés en dessous le trombinoscope. A vous de recoller les morceaux, de faire correspondre les propos à la bonne personne. Rien à gagner sinon faire progresser sa propre perspicacité.  Les réponses plus tard ou bien voyez www.unrevededarwin.fr

Vu la difficulté vous avez le droit, exceptionnellement, d’imprimer cette page pour répondre, le cachet de la Poste étant de mauvaise fois par les temps qui courent…

Alors qui a dit quoi, qui est qui ? Eux sont censé mieux se connaître. Et vous sauriez vous les distinguer ?

1./Neuf  jours à patienter au pied d’une montagne de 2500 m, l’entrevoir du bout des yeux, la sentir à portée de nos piolets, l’imaginer sous nos crampons sans pouvoir la gravir, c’est un peu difficile à admettre pour nos modes de pensée d’alpins pourtant habitués aux expéditions himalayennes et andines… 

2/« On ne pourra pas coucher avec toutes les femmes du monde, mais on se doit d’essayer ». Appliquée à nos convoitées montagnes, ce trait de Sacha Guitry résume à mes yeux l’inutilité, la déraison, et la beauté de la passion qui anime nos cœurs de montagnards.

3/ Trente jours ! Il m’aura fallu trente jours avant de fouler mon premier glacier dans ces montagnes du bout du monde. Trente longues journées de faux départs, de retours, de fuites devant la tempête ….penchés sur ces mauvaises cartes que l’on scrute mille fois par jour, y cherchant des réponses comme dans un Tarot.

 4/Ici tout et tous s’affrontent pour finalement cohabiter harmonieusement. C’est comme si la force et la violence n’inspiraient que la tendresse et la douceur… Des petites montagnes, moins de 2000 mètres d’altitude … En fait elles sont immenses, inconnues et inaccessibles.  Autant d’aventures sont à venir ici que celles vécues par nos aïeux dans les alpes.

 5/Ici c’est la nature et dans la nature la loi du plus fort a toujours été respectée. Les saprophytes que nous sommes n’ont jamais été au sommet de la chaîne. Darwin nous avait prévenu, l’homme est une simple espèce, un animal interdépendant qui se cache et baisse les oreilles quand il a peur…

6/Darwin : l’Ultima Cordillera !!!!! L’aventure prend fin et, ce matin, devant nos yeux ébahis, en grande Dame que tu es, c’est déshabillée que tu t’es présentée. Venue  nous dire au revoir ou adieu… ? Tu étais si belle dans ta nudité…  Chaque pointe, chaque courbe de ton corps se dessinaient sur ce ciel enfin devenu bleu…

7/Darwin, Shipton, lequel des deux est devant nous, lequel des deux est le plus haut, quel itinéraire, quel glacier, quelle arête choisir ? Autant de questions que nous nous sommes posé, sans en trouver les réponses … C’est donc un curieux sentiment qui m’habite en ce jour de départ. Mélange de joie, de fascination et impression d’immense petitesse…

8/On aura appris qu’en Patagonie, la mer peut vous refuser la montagne… Bref, la montagne tu ne la touches pas comme ça en Terre de feu, n’est ce pas Dom ?… Yvan, merci d’avoir rendu cette aventure possible, merci de m’avoir proposé il y a près de 2 ans un soir à l’Ice de l’Argentière-la-Bessée de m’associer à ce projet… Au fait, tu en as d’autres des projets aussi fous que celui là ? Oui ?

9/Le feu, on le retrouve dans la chaleur de l’accueil et la sympathie des gens qui vivent ici, mais pas dans le climat. La Cordillère de Darwin est constituée de montagnes mystérieuses, pudiques qui ne dévoilent que très rarement leurs charmes. Nous l’apprendrons plus tard à nos dépends…

9/Voilà cinq semaines que nous attendions cet instant, le Mont Shipton est face à nous, imposant, ses immenses calottes glaciaires surplombent de grandes faces mixtes, une crête interminable le relie au Mont Darwin. Pas un souffle de vent n’agite les arêtes. Les conditions semblent parfaites, la montagne s’ouvre enfin à nous… Un bruit sourd se fait entendre… Alejandro, le capitaine du Nueva Galicia, vient de démarrer le moteur, c’est le départ 

10/Terre de Feu : terre de contrastes et du risque réalisé. Mais aussi terre de rencontres, de découvertes et d’action. Terre australe et austère, où chaque jour se mérite, où demain est incertain mais où chaque journée qui s’achève porte en elle une victoire pour la vie. Et j’ai aussi appris à vos cotés que le seul et véritable échec, c’est la passivité et l’inaction…

 Le trombinoscope

dominiquefneukirchmathieu-carlhianthumbs_hubertthumbs_pascal-arpin
thumbs_pierre-mullerthumbs_stephaneYvan_Estiennethumbs_thomasthumbs_yann-michaletthumbs_yann-estienne De gauche à droite, de haut en bas : Dominique Stumpert, guide à Pelvoux        – François Neukirch, alpiniste et entrepreneur         Mat Carlhian, aspi et moniteur de ski, Montgenèvre              Huber Sémiond, glaciologue et skieur

Pascal Arpin, guide en Haute-Tarentaise                            Pierre Muller, médecin urgentiste et guide

Stéphane Molinari, guide au pays des Ecrins                            -Yvan Estienne, papa alias le chef

Thomas Baratier, le webmaster                                                       -Yann Michallet, organisateur du Derby de la Meije

Yann Estienne, aspirant guide au pays des Ecrins

 Sourire du matin sur la chaîne du Yunnan, chine du Sud 2

 l’autre jour j’évoquais la prophétie de Christian Clot concernant la traversée intégrale de la Cordillère Darwin : « Le jour où les Chinois s’y mettront… »

Ce 2 novembre, un honorable internaute connecté à Kunming, capitale du montagneux Yunnan, à  la frontière du Vietnam et de la Birmanie, consacre 18 longues minutes à la question sur cet humble blog (je le sais grâce à mon écran de contrôle magique qui voit tout, normal c’est Google et moi aussi j’espionne camarade). C’est la première fois qu’on ouvre www.ecrins-leblog.com dans l’Empire du milieu.  

Qui es-tu délectable lecteur, que médites-tu, d’où viens tu ? 

Alternative :

1/ Tu es un alpiniste chinois, fils du ciel titillé par le mot-clé  « exploit » et tu t’es fais traduire ces pages par cet affameur de Google qui exploite une innombrable armée d’interprètes en échange de même pas un grain de riz par jour (remarquez pour l’étrange boulot qu’ils rendent parfois)…

2/ Tu es encore un copain d’Yvan Estienne en vadrouille dans un coin de la planète où la terre s’évertue à rejoindre le ciel (c’est déjà arrivé plus d’une fois…). Ou encore un nostalgique natif de Pelvoux, l’Argentière ou Vallouise parti faire fortune dans l’Empire du désir  de croissance à deux chiffres ?

Dans un cas comme dans l’autre (les autres), confirmation que la montagne possède bien un langage universel, un esperanto des cimes.  

En Français comme en Mandarin (merci quand même Goo-Babel), je te le demande : STP  dépose ici un commentaire, un message, un seul mot, un idéogramme, je te contacterai. J’aimerai savoir ce que l’on ressent à propos d’hommes venus du pays des Ecrins, le plus bel endroit des Alpes françaises, pour affronter un bout extrême  et hostile des Andes, en Terre de Feu chilienne, quand on se trouve au chaud dans le sud-ouest de la Chine. C

C’est pour élargir l’horizon de ma culture, ami du Yunnan.

Bon, je sais qu’un nid d’hirondelle ne fait pas le printemps ni même une soupe pour plusieurs, et que le lecteur ou la lectrice de Kunming a peut-être ouvert ces pages par inadvertance avant de piquer du nez sur son clavier, mais j’espère.

Toujours rêvé d’avoir un correspondant chinois. Pas vous ?

cda3-tenteseule-v-moy
En renonçant –sagement– aux 2500 m du Shipton-Darwin eu égard au temps imparti et à la météo subie, les guides du Rêve de Darwin dans la cordillère du même nom, n’ont pas eu à rougir. Au cours du demi-siècle écoulé — faut-il encore le rappeler ?– seules six expéditions  internationales sur 70 ont touché le but fixé.  Ici l’objectif était une traversée intégrale. Les éléments en ont décidé autrement. Idem pour l’ascension du culmen de la cordillère visée en dernier lieu, en guise de compensation sportive en quelque sorte.

Par la faute du dérèglement climatique, les conditions chaotiques de cette ultime terre au bout du bout de l’Amérique du Sud ne s’arrangent pas. Et se dégraderont, hélas, surement dans les décennies à venir dressant toujours plus de pièges et de chausses trappes sous les crampons des découvreurs du futur.

Les hommes d’Yvan Estienne l’ont vécu (Yvan en personne), notamment lors d’une tentative de franchissement du glacier Roncagli, désormais impossible en dehors du cœur de l’hiver austral qui solidifie à peine plus les glaces. Ils l’ont éprouvé lors d’une tentative –avortée– de passage du col Saint-Valentini. C’en était fait alors de l’objectif numéro 1.

Restait à réussir une autre expérience, dans une autre dimension. Celle-là a abouti. C’est  une sorte de reconquête de l’essentiel, de  »ce que l’on ne voit bien qu’avec le cœur »comme disait le renard au Petit Prince.  Une qualité d’émotion  sommitale qui se grave non pas dans la cire des tablettes du Livre des Records mais dans l’esprit (l’âme, si vous croyez) des Hommes se frottant à la haute mer comme à la montagne et qui les rend plus grands qu’eux-mêmes, plus grands que leur vie.

Ci-dessus (plus tard dans la journée), des extraits des souvenirs à chaud des guides du Rêve de Darwin que vous lirez en intégralité sur www.unrevededarwin.fr . Vous y retrouverez des reflets du passage initiatique dont je veux parler. Il y a aussi bien sûr des fragments d’un discours amoureux suscité par Eros, le discours du désir charnel inassouvi, le soupir du séducteur (macho ?) inassouvi , Don Juan pour une fois éconduit. Cela fait aussi partie du retour d’expérience de la Cordillère Darwin, qui demeure une terre d’exploration avant d’être un terrain d’exploits. Les deux mots commencent pareil mais divorcent après les premiers pas.

 Tout apprentissage profond doit commencer par une révolte, une rébellion. C’est donc bon signe.

Dans cette philosophie-là, le chemin compte autant ou plus que l’objectif. C’était, m’expliquait l’explorateur Christian Clot (photo de sa tente solitaire dans la cordillère ci-dessus), la philosophie d’un Eric Shipton, himalayiste atypique de son temps, le premier vainqueur du Darwin au prix d’un jeu de patience qui dura cinq mois (et non cinq semaines ou cinq jours).

Elle est aux antipodes de ce qui fait courir aujourd’hui un Ueli  Steck sur les cimes et les parois. Il exécute la  face nord de l’Eiger en trois heures, et celle des Grandes Jorasses en 2h21’chrono.  Et dire que l’on aime en France à dauber la prétendue lenteur suisse : Ueli, 33 ans,  Piolet d’or, est originaire de l’Emmental et prépare ses courses comme un athlète olympique.  Ca donne envie de le mettre au pied du  Darwin . Je parie ma caméra que la Cordillère lui tiendrait le langage de la fable 

–Rien ne sert de courir, mon petit Ueli…

Morale : cette autre approche de la montagne (par voie de mer, qui plus est) dont nous parle la Cordillère Darwin, est celle que nous choisissons, ici, sur www.ecrins-leblog.com. C’est elle que nous voulons promouvoir et faire partager, pas plus tard que demain, n’importe où sur la planète en commençant par Ailefroide, le vallon du Fournel, Puy Aillaud et autres lieux d’exploration.

Parce que le Rêve de Darwin s’achève sur le terrain mais continue dans nos têtes.

Comme dit le sage de Freissinières, j’ai nommé Lionel Condemine :

–Ce n’est pas à l’homme d’adapter la montagne, mais à l’homme de s’adapter à la montagne

Yvan des Vigneaux et les siens ont suivi ce haut et noble précepte. Nous saurons en tirer la leçon et la transposer  à nos modestes expéditions. Oui, car même une randonnée peut être une expédition à la rencontre de l’essentiel.

thumbs_yann-estienneAmusant le dernier message d’Annick Estienne, la femme d’Yvan, chef de l’expé Un Rêve de Darwin sur www.unrevededarwin.fr

–Tout le monde est de retour sur le continent, fatigué mais heureux… Encore quelques démarches administratives, une journée de repos à Punta Arenas (avec visite-hommage à ces monuments que sont le FitzRoy et les Torres del  Paine), puis l’avion lundi (ce 2/11) et la maison mardi.

Allez zou, les gars, tout le monde à la maison, à table. Tout le monde vraiment ? Eh bien non. Car les enfants d’Annick, Ludivine et Yann, ne seront pas dans l’avion du retour…

« Lu », nantie désormais d’un sommet patagon, que lui ont décroché pour ses 30 ans son petit frère et ses copain guide file sur Santiago où l’attend une copine.

Yann, 27 ans, fils des Ecrins et  cadet de l’expé (il est aspi), lui, a fait un choix original : il revient illico sur la Cordillère Darwin toutes affaires cessantes.  A priori, pas pour se lancer dans une traversée intégrale en solo que la cordillère a refusé à son père. Mais pour passer quelques jours ou semaines de vacances sauvages. Destination la Baie Yendegaïa , l’ancien territoire des indiens Yamanas, où l’attendent  José, sa copine belge, les steacks   sauvages et les chevaux itou,  l’estancia kilométrique d’el senor Ted Turner…Alors Yann a laissé partir les autres dont son presque double, Mathieu Carlhian, l’autre jeunôt de la bande.

Mon Yann a pris goût à l’équitation, sourit Annick. Il va aussi naviguer jusqu’au Cap Horn avec Marcel (le skipper belge du Ionara qui a convoyé Darwin 1). Je suis ravie qu’il prenne goût au bateau.

Elle dit ça Annick parce qu’elle-même « met les voiles » sous peu à destination des Caraïbes pour un séjour de plongée (« les mers chaudes, c’est mon équilibre » dit la femme du guide de haute-montagne). Bref, vous l’avez compris la Maison Estienne va fermer pour quelques semaines pour cause de « retour à la vie normale ». La vie normale à la sauce Estienne, comprendre nomade.

A l’âge (tendre) où les mômes d’aujourd’hui pleurent pour une PSP, une Playstation, une Wi (j’en sais quelque chose) le petit Yann se levait à 3 heures du matin et se jetait entre les jambes paternelles pour qu’Yvan l’emmène en course avec lui. Et parfois ça marchait. Bien, tellement bien que le fils a mis ses crampons dans ceux du paternel.

La bougeotte est-elle affaire d’hérédité ou de mimêsis ? Vaste débat.  Pouquoi pas « nurture », ce subtil concept (darwinien en diable) anglo-saxon qui fait la part des deux (inné et acquis pour ceux qui sont en terminale « L »)  et de tout un tas d’interaction entre nature et expériences singulières ?

Alors disons  que lorsque l’on est né aux Ecrins, aux Vigneaux précisément, sous le toit des Estienne (tout une épopée ces Estienne) l’aventure s’inscrit dans la « nurture » des choses.

Et c’est ainsi que Yann affamé se ressert une part de cordillère rien que pour lui. Un cavalier entre dans le champ de la caméra. Panoramique sur le coucher de soleil sub-polaire. Une oie de Kelt s’envole . Beau générique de fin non ?

P1010384

« Nous avons vécu une aventure extraordinaire. Mais tout reste à faire. La cordillère Darwin reste un défi majeur. Il y a ici pour un siècle d’alpinisme à venir. »

Yvan Estienne, guide des Ecrins, chef de l’expédition « Un Rêve de Darwin » à l’AFP, ce 30/10/2009.

Un siècle d’alpinisme à venir … Noble phrase, magnifique perspective, vaste programme. A suivre, donc.

La réflexion de l’explorateur Christian Clot : quand les Russes et les Chinois s’y mettront….

Oui mais, les haut-alpins ont-ils dit leur dernier mot ?Mont Darwin

P1030798
A 13 800 km d’ici, au Sud, un Rêve de Darwin joue les prolongations histoire de faire cueillette de sublimes images (ci-dessus) destinées à compléter un film sur les hauts lieux de l’alpinisme patagon. Perito Moreno (un glacier pas un cousin de Carlos Gardel) et Mont FitzRoy comme un saphir dans l’écrin des Ecrins. Sûr que les spectateurs auront leur part de rêve servie dans un fauteuil…
Allez, faut se réveiller… Annick Estienne, la femme d’Yvan, s’est chargé de me pincer gentiment :
–Nous allons tous un peu revivre ou vivre tout simplement… Eh oui, c’est ça une expé; il faut réapprendre à vivre après….


Merci Annick. Même si pas évident.
Avant de “sauter du lit” retour sur www.unrevededarwin.fr, une minute encore. Ca y est la relation (presque) intégrale de la folle semaine des guides des Ecrins sur les pentes de la Cordillère est en ligne. A ne pas rater. Inutile de la paraphraser.
Pourtant je reviens comme malgré moi sur deux ou trois épisodes.
1/ L’explorateur Christian Clot doutait que l’on puisse franchir l’obstacle d’une insensée forêt primaire au sol tourbeux et spongieux avec des skis sur le dos. Il n’avait pas compté avec le coup de machette de Dominique, je crois, pour se frayer un chemin dans les nothofagus (faux hêtres mais vrais guépiers) aussi biscornus qu’enchevêtrés….La machette, je croyais que c’était l’apanage tropical des coupeurs de cannes. Raté : encore une spécialité pelvousienne qui m’avait échappé.
2/La Cordillère de Darwin parle occitan, voire le patois des Ecrins : « le col du Boutchiul » (ou col du buisson en parler de la Vallouise) culmine à 1440 m, belvédère avec vue exclusive sur le Shipton-Darwin. Ses coordonnées GPS sont : S 45 48 59-W 69 28 37. Autres données : le « Pico Ludivine » (du nom de la fille d’Annick et Yvan, un cadeau d’anniversaire de galants guides) culmine à 1187 m. (S 54 48 49
W 69 32 07).

Pour mémoire en Cordillère de Darwin toute course part du niveau de la mer, 1200 m équivalant à du 5000 m ailleurs sur la planète pour causes atmosphériques (selon Christian Clot).
3/ Yamahuste ! Un nouveau mot devrait apparaître dans le dictionnaire Chileno/occitan (mais ne le cherchez pas encore c’est un pur néologisme). En fait l’acronyme pour Pour YAnn, MAthieu, HUbert, STEphane, ses “conquérants”. C’est à ça que l’on sait que l’on a changé d’ère. Fut un temps où ce genre de privilège ne se partageait guère. Yann et Mathieu étant de surcroît deux “bleus”. A ce propos un rectificatif : c’est Mathieu Carlhian qui appartenait à la même promo de l’ENSA que Karine Ruby qui a désormais aussi son Pico darwinien. Yann Estienne les suivait dans la promo d’après.

En tout cas voilà une cordée unie dans le marbre des tablettes (sous réserve bien sûr d’homologation par les autorités chiliennes). Une leçon d’amitié et de confraternité qui va bien dans le sens de l’esprit du centenaire bureau des guides de Pelvoux (Ecrins). Solitaires souvent, solidaires toujours.
Voilà, je ne pourrais pas être de la fête du retour au Vigneaux. J’enrage, mais je leur prépare une surprise virtuelle sur ce blog qui continue son expé à lui sur d’autres chemins, peut-être plus proches désormais de la vallée. Allez savoir ?

Mes respects à l’Amiral, alias Henri qui cite sur www.unrevededarwin.fr  un grand poète libanais :
– Entre les rivages des océans et le sommet de la plus haute montagne est tracée une route secrète que vous devez absolument parcourir avant de ne faire qu’un avec les Fils de la Terre.

Je la lui pique parce qu’elle était trop belle pour moi…