Mallory-and-Irvine

Un vieux doute subsiste sur la paternité de l’Everest, question première. 1924 ou 1954 ? Cela pourrait se jouer sur une photo finish, prisonnière latente et sans doute congelée, d’un Vest Pocket Kodak d’avant (la seconde) guerre. Un appareil à soufflet, ancêtre des compacts d’aujourd’hui, mais pas un pixel numérique, d’où l’espoir.

L’espoir, le rêve, le délire (?) est celui d’un certain Tom Holzel, historien agréé du « Toit du monde ».  Ce Tom Holzel jure qu’il a repéré (sur des vues satellites) une « forme oblongue » qui pourrait bien être la dépouille d’un des deux premiers vainqueurs du sommet, 30 ans avant Sir Hillary et Tenzing Norgay.

La  momie des cimes  serait, selon Holzel, celle d’Andrew Irvine. A ses côtés se trouve, peut-être, le boîtier Kodak, nonagénaire, contenant virtuellement  la preuve immatérielle qu’Irvine et son compagnon George Mallory avaient touché au but  vers le 8 juin 1924. 

Certes, l’espoir est plus mince qu’un film de celluloïde. Seule certitude, Irvine et Mallory ont trouvé la mort lors de leur tentative de 1924, réussie ou pas. La réflexion de Holzel s’est enclenchée après la découverte du cadavre de Mallory en 1999. La montagne conserve…

Les chaussure ferrées et autres oripeaux de Mallory ont résisté aux décennies telles les frusques d’un Otzi, l’homme des glaces du néolithique. Cependant — 1er indice pour l’historien– on n’a pas retrouvé sur lui la photo d’une épouse chérie et dont il avait juré, Mallory, qu’il la déposerait là-haut. On n’a pas plus retrouvé –seconde indice– l’appareil photo Vest Pocket Kodak dont Mallory ne se séparait jamais.

Alors, si Mallory n’avait pas son appareil sur lui, c’est sans doute qu’il l’avait passé à son compagnon Irvine de façon à se faire portraiturer. Et pourquoi pas en vainqueur de l’Everest ? Clic-clac, merci Kodak. 

C’est en tout cas ce qu’extrapole un Holzel qui croit suffisamment à sa thèse pour annoncer une expédition (en mars ?) dédiée à la recherche d’Irvine et surtout du fameux Kodak, histoire de réécrire –son rêve– l’Histoire de l’Himalayisme grâce à une image dont nul ne sait si elle a impressionné la pellicule et, si oui, comment développer un film antédiluvien.

A quoi bon tant de risques alors que le jeune Namygal Sherpas projette lui de débarasser la zone des 8000 m de l’Everest des vestiges de ses conquêtes en tout genre. Soit, je le rappelle deux tonnes de « déchets » dont certains « restes » humains. Et pourquoi pas quelques grammes de précieuse pellicule argentique dans les restes hypothétiques, on l’a vu, d’un Vest Pocket Kodak comme on n’en trouve plus aux puces ? Aussi bien, Namygal et son équipe pourraient redescendre le glorieux souvenir –s’il existe– d’Irvine et Mallory célébrant leur éphémère victoire, entre autres impérissables souvenirs. Ce serait toujours ça. Autant qu’à jouer les éboueurs, que la mission soit historique. Les poubelles n’abondent-elles pas de trésors ?

A toutes fins utiles, Holzel a déposé un mode d’emploi des précautions manipulatoires de l’éventuelle relique photographique sur le Web  :

http://www.scientificamerican.com/search/index.cfm?q=tom+holzel

Reste à mettre en contact Namygal et Tom. Pour ce faire, je ne connais qu’un homme : il s’appelle Yvan Estienne, guide de haute montagne du pays des Ecrins et passablement familier de l’Himalaya… Alors Yvan, un effort, appelle Namygal, qu’il rapporte le Kodak au monsieur et qu’on ait le cœur net. Mais pourquoi évoquer cette vieille histoire sur un blog consacré au rayonnement du Pays des Ecrins ?

Pourqoi ? Eh bien, parce que la quête de la photo preuve est toujours d’actualité. Par exemple, Dominique Stumpert,  guide de haute montagne du Pays des Ecrins, a passé dernièrement une nuit blanche à s’escrimer en vain à transmettre les images véridiques de sa traversée des Hautes-Alpes en compagnie d’autres guides et sportifs. 

Son dernier message : « Les photos ne passent pas, mon tuyau est trop petit… ». Mais non, Dom, mais non. On va les attendre tes photos et on ne lancera pas une expé pour autant. D’autat qu’il existe des images preuves de votre aventure, elles figurent sur le site de Christian Guillaume.

http://www.escalade-aventure.com/hautes-alpes-ski-nordique-18.php

Et puis au fond, avions besoin du film ? Le récit de « Dom » digne de foi est précis. D’ailleurs on se le repasse ici-même dès demain.

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