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Classé dans (Histoires de Montagne) par Ecrins le 19-11-2009

tomazhumar
 « This is my last… » Ma dernière…. Mon dernier…. Nul ne saura jamais ici bas ce que Tomaz voulait désigner dans son ultime message transmis par téléphone satellite le 9 novembre dernier. Pas besoin d’imaginer, hélas.

Le 14 novembre 2009, un hélico, avec des proches à bord, repérait son corps à 5 600 m sur les pentes du Langtang Lirung (7 227 m, Népal).

Il avait fêté ses 40 ans en février dernier, broyait volontiers la main qu’il serrait, disait entendre des voix qui l’appelaient vers l’Himalaya, racontait des histoires de troisième œil –si j’en crois la nécro publiée dans Le Monde par Charlie Buffet.

Tomaz Humar était la star slovène de l’alpinisme, un absolutiste limite mystique assumé, soloïste engagé au-delà de toute raison. « One way ticket » disait-il

Aller sans retour… Gloire nationale dans son pays, Tomaz était du genre à débrancher sa radio pour ne pas entendre un quelconque avertissement dans une ascension de l’Annapurna. C’était en 1995. Tempête. Il était sorti seul par le sommet quand ses compagnons humains avaient fait demi-tour.

Du genre aussi à s’opérer soi-même, au couteau,d’un abcès dentaire lors d’un séjour contraint et forcé de 7 jours dans la paroi sud du Dhaulagiri (8 167 mètres) en 1999.

En 2005, toujours en solo, le Slovène avait bénéficié, dans le Nangat Parbat (Pakistan), de ce qui demeure à ce jour le plus haut hélitreuillage jamais réalisé :  5 900 m. Une date qu’il célébrait comme une « deuxième naissance » (à lire sur www.nationalgeographic.com/adventure/0512/features/tomaz_humar.html

Entre temps, en 2000, il était tombé de son toit, chez lui. Depuis,  il lui était,  écrit Charlie Buffet, « plus facile de grimper que de marcher »… « Les montagnes sont le seul endroit en je me sente proche de moi », affirmait le Slovène sur son site Web.

 Jusqu’où faut-il se découvrir pour se perdre à jamais ? Existe-t-il des relevés mensuels à la banque de la chance pour savoir où en est son capital ?

PS. La trajectoire de Tomaz me fait encore mieux appréhender rétrospectivement les angoisses partagées avec Annick Estienne, certains soir de veillées aux Vigneaux durant l’expédition Un Rêve de Darwin. Et louer haut la prudence professionnelle d’Yvan Estienne, guide au pays des Ecrins et chef d’expé, grand dans sa noblesse du savoir renoncer.

La conquête de l’inutile ? Merci, on a déjà donné. Combien faudrait-il de Tomaz défunts pour « vaincre » la cordillère Darwin ?