Avant de revenir au Pays des Ecrins pour hiverner, un dernier détour, par Marseille (et le Golfe du Morbihan).
A l’heure où la planète célèbre à l’envi et en boucle (médiatique) l’anniversaire de la chute du « Mur de la Honte » à Berlin, le goût d’en dresser de nouveaux n’est toujours pas passé. Exemple, parmi d’autres hélas — virtuels, moraux ou bien concrets : en béton bien armé– , celui que préméditent d’ériger quelques intégristes de la biodiversités autour des Calanques de Marseille et de leurs falaises aussi sublimes qu’historiques pour l’escalade.
Un mur certes transparent mais néanmoins légal dressé entre la nature et ceux qui l’aiment, la pratique respectueusement, vivent et respirent avec. Bref un projet de « Parc national maritime et terrestre aux portes de la deuxième ville de France », le Parc des Calanques, dont certaines espèces : grimpeur, kayakiste, randonneur ou rêveur, seraient exclues au profit d’une certaine idée fondamentaliste de l’environnement.
La même idée d’absolu qui, poussée à l’absurde, conduit à faire massacrer l’ ibis sacré au prétexte qu’il vient d’ailleurs (l’Egypte des anciens Pharaons…), migrateur ailé fatalement sans papiers (on ne lui avait pas dit ou il n’a pas entendu ?) flingué au vol ou au nid.
Ce n’est pas une mauvaise blague, mais un vrai « cauchemar de Darwin » pour le coup, un authentique génocide « légal » avec autorisation préfectorale (officiellement « régulation ») qui se déroule aujourd’hui en Bretagne sud et, en particulier, le Golfe du Morbihan, consistant à éradiquer une espèce naturelle au nom de la … sauvegarde des espèces naturelles plus proches. Ibis déclaré espèce « invasive » = espèce condamnée. Après ça on s’étonnera que la biodiversité planétaire soit plus que jamais salement en péril…
A se demander si l’écologie n’est pas une affaire trop sérieuse pour être confiée à (certains) écologistes intégristes (on appelle ça les Khmers verts ?).
On veut bien que les grimpeurs évoquent parfois de « drôles d’oiseaux » accrochés à leurs falaises…Mais de là à se laisser « tirer » comme de pauvres Ibis, il y a un pas.
Contre la clôture des Calanques, la proscription de la grimpe libre, c’est un guide de haute-montagne, André Bernard (encore un ami d’Yvan Estienne du Pays des Ecrins), alias Dédé, alias le « King des Calanques », qui a sonné l’alarme, battu le rappel et créé l’association Des calanques et des hommes – www.les-calanques.org– pour défendre la liberté d’escalader les calanques, une histoire d’alpinisme en balcon sur la Grande Bleue vieille de 130 ans.
Le combat de Dédé est clair : oui au Parc des Calanques ne serait qu’en mémoire des alpinistes qui furent parmi ses premiers protecteurs ; non à la réserve intégrale, au « sanctuaire » naturel excluant les humains non nantis.
Les Ecrins, à travers ce blog, s’étaient déclarés solidaires de Dédé. La liberté d’un grimpeur, c’est la liberté de tous les grimpeurs, pour paraphraser JFK en 1963 à Berlin, au pied du sinistre Mur…
Deux mois après la mobilisation de Dédé et près de 9700 signatures (les ibis n’en avaient recueillies que 670, les pauvres…) après, quelque chose me dit qu’une brèche a été percée dans le projet de mur des Calanques.
Ce 9 au matin, La Provence, insitution faite journal et journal de l’insitution s’il en est, rendait hommage à sa manière à André et ses « 9000 signatures de toute la France et de l’étranger ». Manière un peu vache de la consoeur rappelant que les calanques sont « le terrain de jeu et le gagne-pain » de Dédé. Et alors ? Ca devrait le discréditer ? Il n’empêche, c’était un signe et selon nous un plutôt bon signe à l’heure où devait se tenir un nouvelle réunion entre « usagers » et promoteurs du Parc.
Ce n’est pas une raison pour ne pas signer et faire signer la pétition en ligne sur www.les-calanques.org. Le sommet des 10 000 signatures est en vue encore un effort pour faire gagner Dédé parce que nous savons que sa bataille est la nôtre, celle de tous ceux qui aiment la nature au point de faire corps avec..
Et si vous vous êtes sentis touchés par le sort de l’ibis sacré et massacré (au nom des sternes !) lisez et signez sur http://ibisdebretagne.bloguez.com/ et/ou procurez-vous Le Monde Magazine du 7/11 ( « Espèces, vos papiers ») avec une formidable enquête du confrère Laurent Carpentier.
Ibis sacré, le sacre de la beauté qui accompagnait les Pharaons dans leur vie éternelle, la beauté que l’on massacre en Bretagne, en 2009 au nom de la … biodiversité locale.