Un commentaire laissé sur ce blog aujourd’hui par notre nouvel ami Luis Azua, vieux complice d’Yvan Estienne et guide franco-chilien, me fait rebondir sinon bondir. Luis poursuit un trek au long cours dans les montagnes du Yunnan au Sud de la Chine…
D’abord, Luis explique pourquoi il emploie dans ses messages le féminin accolé au nom Darwin.
– Quelqu’un disait que cette chaîne se laissait seulement « caresser »… (ndlr, ça on l’a bien vu Luis, rude caresse en retour). En fait pour nous, au Chili, nous la connaissons simplement comme « La cordillera de Darwin »… Cordillera est du féminin : d’où vient le terme familier de « la » Darwin que j’emploie comme tous les Chiliens…
Mais ce n’est pas ça qui m’a fait sursauter, au fond je m’en doutais…Non c’est la suite…
–C’était difficile d’avoir des nouvelles de l’expédition par le site http://www.unrevededarwin.fr. Problème propre à la Chine ? s’interroge Luis.
La question de Luis n’a rien d’absurde : pour endiguer la libre parole (certains mots sont tabous à Pékin, Tib…, Dalaï L…, Dro… de l’Hom…) qui s’écoule sur Internet comme un fleuve en cru, les autorités de la République populaire ont dressé un barrage. En termes techniques, un « fire wall ». Un pare-feu.
A l’extérieur on lui a donné un petit nom : « la Grande Muraille pare-feu de Chine ». C’est ironique, car la Grande Muraille, la vraie, en pierre, celle que l’on voit depuis la lune dans les légendes urbaines (car c’est archi-faux), n’a jamais empêché aucune invasion. Elle sert aujourd’hui à vendre des cartes postales et de squatt à d’ « impudents » randonneurs étrangers ! Ci-dessus une amusante version Aqualand (un montage bien sûr). Tout un symbole.
N’empêche, ce système que les derniers mandarins de la dynastie décadente post-maoïste ont poétiquement baptisé « Bouclier d’or » a pour résultat de « bloquer » l’ouverture de certains sites choisis sur le Web, depuis les PC situés sur le territoire chinois. Sur la base du nom de domaine (exemple http//www.machintruc-tibetlibrebordel.com/) avant tout. En Français on dit censure.
Je conjecture : le mot « Rêve » serait-il proscrit par les héritiers de la Longue Marche et de son avatar sanglant, je veux dire la Révolution culturelle ? Pas impossible si l’on en croit Luis. Pas impossible encore que le mot Darwin ait aggravé le cas du Rêve Interdit.
Pensez-vous, Darwin, un représentant de l’idéologie impérialiste professant que dans l’évolution des espèces les mâles dominants roulent dans des Ferrari rouges pour mieux transmettre leurs gênes égoïstes. Bouhhhhhhhhh, c’est pas en Chine qu’on verrait ça, hein, des milliardaire rouges draguant la fleur de lotus en bouton dans des Ferrari itou et même pas honteux d’avoir leur carte du PCC.
Précision importante : www.unrevededarwin.fr était disponible au moindre clic depuis n’importe où sur la planète, d’Ushuaïa en Alaska. Sauf en Chine… Un problème technique, ben voyons l’informatique c’est pas fiable…
Ici faut pas rêver camarades. Darwin, porc révisionniste, au bûcher, allez zou !!!! Si on rajoute en plus le « .fr » comme France où tout un tas de crapules petites bourgeoises s’entichent d’un mec à lunettes qui sourit tout le temps bien que son pays soit envahi depuis des décennies, d’un type louche qui offre des écharpes à tous ceux qu’il rencontre (vous l’avez reconnu). Bien sûr, là je parle au nom de mes amis de Pékin, hein, ce n’est pas moi qui le dit, on ne confond pas.
Concrètement, donc, certains mots écrits sur le Web, l’Internet, ne franchissent pas le pare-feu de la grande Chine nouvelle. Apparemment c’est le cas pour la phrase « Un rêve de Darwin.fr ». Pour contourner l’obstacle, le franchir à tout prix, des petits malins utilisent une arme : « l’anonymiseur » de site.
En gros, un site d’appellation anodine qui sert de cheval de Troie au contenu interdit comme la Cité du même nom pour mieux s’y faufiler et prendre les abrutis à revers.
C’est ainsi que ce blog que vous lisez a servi d’anonymiseur au Rêve de Darwin, de cheval de Troie à l’expé française conduite par Yvan Estienne dans le pays aux dirigeants les plus gâteux du monde. Et j’en suis heureux.
Parce qu’Yvan qui croyait marcher sur un glacier dansait en fait sur un volcan politique….
Parce que www.ecrins-leblog.com ça parle des Ecrins à sa manière mais ça ne craint pas, apparemment pour les descendants édentés mais sournois des « Gardes Rouges ». Doivent croire que c’est un site marchand pour camelote cheap genre Gagata et bijoux tocs. Tant mieux..
Tant mieux, si ce blog, mon pote depuis trois mois sonnés maintenant, n’a servi qu’à ça : faire sa petite brèche à lui dans la Grande Muraille de la Connerie , à l’heure où l’on célèbre les 20 ans de la chute du mur de Berlin justement.
Bien content, flatté, réjoui même que Luis finisse son petit mot par ça :
–Donc heureusement, à travers vous, j’ai pu savoir plus des activités de nos amis depuis le Yunnan. Merci pour votre site, je n’ai pas été deçu du tout ! Hasta pronto.
Le blog des Ecrins et moi te remercions, gracias Luis, poursuit ta longue marche à toi. J’espère qu’ils ne t’emmerderont pas à cause de ce billet (en fait pas de risque puisque c’est un cheval de Troie, vous verrez même pas une plainte de l’ambassade de Chine).
Pour fêter ça des images d’il y a 20 ans qu’on ne se lasse pas de voir et revoir. Beau comme une sortie au sommet du Pelvoux quand le jour se lève.
Bientôt le tour de la Grande muraille de la Crétinerie Céleste…(et je compte sur Google pour traduire aux intéressés).
PS – Pour qu’il n’y ait pas de confusion, je persiste et je signe : Jean-Pierre Pustienne (les Ecrins n’y sont pour rien, ni Yvan, ni personne) que le signataire.
Et j’ajoute vive le Tibet libre de croire au drôle de bonhomme qui distribue des écharpes même à ceux qui ne sont pas ses supporters.