![1103213357_8868abda-c8b2-11de-8e65-75c79d05dd44_jpg[435x-1] 1103213357_8868abda-c8b2-11de-8e65-75c79d05dd44_jpg[435x-1]](http://www.ecrins-leblog.com/blog/wp-content/uploads/2009/11/1103213357_8868abda-c8b2-11de-8e65-75c79d05dd44_jpg435x-1-300x200.jpg)
« EXPEDITION « LE REVE DE DARWIN »
Ils sont revenus, il y a quelques heures »…
C’est le titre du joli article du correspondant du Dauphiné ce matin du 4/11 dans l’édition du 05, Hautes-Alpes. Chapeau Robert Gerbet. Tout est dans ton « papier ».
Les cartes existantes très succinctes (et contradictoires), les trois semaines perdues en mer, un glacier grand comme tous ceux des Alpes réunis et casse-gueule comme pas un, l’imprévisibilité de la météo, les cols qui finissent en impasse, le taux d’humidité associé (comme un malfaiteur) au refroidissement éolien pour descendre, en direct live, à du -45° (à 500m d’altitude !)
Merci Robert de me ramener à l’essentiel. Et comme je suis un vrai « ingrat », je te « pique » la photo (promis je te la revaudrais au Kiosque) où les cinq aventuriers de « la » Darwin (comme dit Luis, voir billet précédent) pose devant l’âtre de cette Maison Estienne où Annick et moi avons passé quelques soirées de « conjecturations », un mixte anxieux de conjectures et de conjuration. D’un malheur évité, grâce à la vigilante expérience d’Yvan. Ouf. Il avait juré qu’il ramènerait son monde vif et sauf. Devoir de guide. Mission accomplie. Pro de chez pro.
–Je suis que sûr que notre histoire va relancer une course à la traversée de la Cordillère Darwin, me disait hier soir Yvan. Je le crois volontiers.
Sixième personnage (septième avec la cheminée…) de l’expé sur ton image, Robert, la guitare de Dom (inique). Ecoutez… Ses cordes ont joué leur partition quand il s’agissait de dénouer les nerfs à la veillée. En rêve, j’entends leur écho dans la cabane de l’estancia de la Bahia Yendegaïa, le domaine du gaucho José, si près, si loin déjà.
Il faudra que je parle longuement de « Dom » : il y a quelque chose de Riccardo Cassin en lui –cette noblesse sans phrases du boulot bien fait, en ouvrier qualifié– dussé-je violenter sa bonhommie sereine qui n’égale que son équanimité souriante. Un grand guide, sûr, à qui je confierais mes pas sur tous les glaciers du monde. Et ceux de mes enfants. Comme aux autres membres du team (Pascal, Hubert, Stéphane : je vous appelle demain juré).
Reprenons notre discussion avec Yvan. Où en étions-nous ? Ah oui, le temps…. La durée….L’attente…
–La première de l’Ama Dablam au Népal dans laquelle j’étais (il y a 30 ans, 1979), c’était du ric-rac. Nous sommes sortis par le sommet à la dernière minute …C’est souvent comme ça. Ca passe, quand ça passe, à l’ultime instant. Dans la Cordillère Darwin, c’est vrai qu’idéalement il aurait fallu patienter des mois, à condition de tenir moralement. On en parlait tout à l’heure. Mais les billets d’avion sont chers, c’est pour ça aussi qu’on peut comprendre les deux Yann (Estienne, son fils qui s’affute sur les Torres Del Paine, et Michalet) d’en profiter un peu plus…
A ce point de la conversation, Robert du Dauphiné me tend la perche : « Et demain ils reprennent leur boulot de guides ». On allait l’oublier. Attention, ici « spoiler » comme on dit chez les amateurs de séries télévisée à suspense, ce qui suit en l’occurrence peut polluer d’une certaine manière la légende, celle qu’il faudrait toujours écrire pour vendre du papier (mais on n’est plus au Far-West, non ?).
–Il faut bien vivre aussi. Une expé comme ça (malgré les sponsors, les subventions et tout, ndlr) signifie deux mois de manque à gagner pour un guide de haute montagne. Non seulement, ça ne rapporte rien mais certains y ont été de leur poche, témoigne Yvan.
C’est l’autre pente du Rêve de Darwin, la face nord, cachée, de l’exploit accompli en tout ou partie, l’exploit d’être partis et revenus en entier. Oui partir, c’est réussir…. On dira que c’est le prix de la passion. A mes yeux (je ne sais pas pour vous) c’est aussi ce genre de don total de soi, de son temps, de son talent, qui confère son relief –positif et généreux— à l’Aventure, avec ce fameux grand A.
Le Rêve de Darwin n’est pas une sorte de Koh Lanta avec des pseudos baroudeurs cachetonnant (tant mieux pour eux, après tout ils l’ont gagné contre TF1, un exploit judiciaire). Non, c’est « total respect » pour des hommes et femmes qui ne comptent pas, ne monétisent pas leur geste, leur peau, leurs engelûres. C’est tellement rare en 2009/2010 que je ne voulais pas passer à côté. Et m… à ceux qui me diront qu’ils n’ont qu’à rester devant TF1 et l’Ile de la Tentation…
–Là je souffle un peu et ensuite je reprends avec les clients dans ma petite structure, Azimut. Norvège, Groenland, Dolomites. Le ski de grande randonnée…
Ca donne envie, ne vous privez pas, cliquez sur www.azimut-montagne.com
Les « derniers aventuriers »… Ces cinq devant l’âtre et l’objectif de Robert en sont. Je ne l’ai pas rêvé. Voyez sur le site de L’Express
Yvan, Dom, Pascal, Hubert, François et les autres… Ils cohabitent sur le Web, en diaporama, avec Jean-Louis Etienne, qui sait ce que veut dire survivre financièrement compris;
Patrice Fransceshi, qui éponge en Sysiphe un tonneau des Danaïdes de dettes nommé Boudeuse;
Tara la ruineuse dans le sillage de Darwin ;
Laurence de la Ferrière que je ne vous présente pas;
Mike Horn qui a franchi tous les caps;
Jean-Christophe Lafaille (in memoriam);
Loïc Jean-Albert qui réinvente le mythe d’Icare;
Jacky Bonnemain (in memoriam);
Bertrand Piccard qui court après le tour du monde en planeur solaire;
Alain « Spiderman » Robert;
Nicolas Vanier qui sort son film sur sa danse avec les loups (Loup, le 9 décembre sur les Ecrins, pardon les écrans).
Et Nicolas Hulot, mais parce qu’il fallait bien remplir le diaporama…
Quand le confrère de L’Express numérique m’a demandé s’il y avait un inconvénient à utiliser la photo que j’avais moi-même empruntée à www.unrevededarwin.fr, je lui ai dit : ne te gêne surtout pas. C’est pour ça que Robert du Dauphiné ne m’en voudra pas. J’espère…
Parce que Yvan et son équipe appartiennent à cette famille-là. Ils ne l’ont pas volé et ça vaut toutes les médailles, et autres Légion d’Horreur….
Merci Robert, vive le Dauphiné, le pays des Ecrins et l’Aventure. Tout ça n’est qu’une même chose.
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En prime, regardez la bande annonce de Loup, spécial dédicace pour un certain p’tit Jules qui hante les commentaires ci-dessous…Il a 7 ans, Nicolas please fait lui un petit coucou, toi qui aime les enfants…Tu veux pas?
Allez pour p’tit Jules qui m’a dessiné un mouton, voici le Loup même pas méchant p’tit Jules
A suivre…
Si l’intuition, le sixième sens, font partie des matières que l’on enseigne dans la formation des guides de haute montagne, alors Yvan Estienne du pays des Ecrins doit être un formidable pédagogue, au CRET de Briançon comme à l’ENSA — l’ENA de la montagne– où il dispense son savoir plus que trentenaire…
Voici pourquoi : lundi (voir billet du 02) je m’interrogeais sur l’inconnu du Yunnan (Sud de la Chine) qui suivait avec attention le Rêve de Darwin sur ce blog. Yvan, hier soir, songeait à un guide franco-chilien de sa connaissance…
Pile dans le mille. Ce matin au petit déj’, je reçois ce commentaire en forme de cadeau inattendu. L’inconnu du Yunnan n’est pas un Fils du Ciel, mieux que ça. Du coup je laisse tomber mon croissant dans le bol de Nescafé, bonjour le « bain de pied ». Et je ne résiste pas à l’envie vous faire part de ma surprise….
La voici, la voilà
Luis Azua, le 4 novembre, 2009 à 6 h 09 min #
Bonjour, les blogueurs (salut Luis, mais je suis tout seul à l’instant) : oui, votre enquête était bonne! Je suis Luis, un vieil ami d’Yvan qui essayait de connaître, depuis l’Empire du Milieu, les aventures du groupe auquel j’aurais dû participer. Hélas, je n’ai pas pu y aller.. .
Je rêvais aussi de cette terre déchaînée qui est « la » Darwin. Et je pensais souvent lors des campements dans les sables du Taklamakan (ci-dessus) ou bien au pieds du Muztag Hata, aux mille et une difficultés que vous deviez affronter dans cette cordillère.
Cette météo infernale , la même qui provoquait l’effroi des indiens de la Terre de Feu, Kaweskars et Yamanas à travers leurs dieux tutélaires Ayayema et Kawtcho , fait de la Darwin une forteresse, protégée par les vagues de l’océan et les williwas violents. Elle résiste aux assauts depuis des décennies .
Super Yvan, Francois, Pierre et tous les autres d’avoir pu l’approcher et revenir.
Depuis la Chine, au revoir les amis.
Zhaijian ! Luis.
Pour en savoir plus sur Luis Azua et ses activités en Chine
http://www.allibert-trekking.com/index/2/82-nous-rencontrer.htm
PS. Quand je vous disais que les Vigneaux étaient au centre de toutes les chaînes du monde et le pays des Ecrins bien plus vaste qu’on ne le croit, je ne pensais pas avoir raison à ce point.
Ils sont rentrés au pays des Ecrins. Mat Carlhian, le beau brun, a filé sur Nice histoire de filer en réalité le parfait amour (quand on a 27 ans…). Les deux Yann, Estienne et Michalet, Thomas, Ludivine… Eux, les autres jeunes, ils ont opté pour prolonger à leur manière un certain Rêve de Darwin, au bout du bout du monde, au sud du Sud de l’Amérique Latine, langue prudente dont la pointe s’aventure et s’enroule, avec un délice masochiste, dans la tourmente glaciale de l’Antarctique.
Les « Vieux » –si l’on veut…– ont regagné le Pays, les pénates, le foyer. Dominique, Pascal, Stéphane, Hubert Sémiond, Pierre « le Doc’ » Muller et les autres (pardon pour l’ellipse)…
Ni flons-flons, ni discours. Pizzas et légumes à croquer dans la chaleur du cocon reconstitué au rez-de-chaussée de la Maison Estienne au Vigneaux, au dessus de l’Argentière (ci-dessus). (Maison d’hôte oblige : les étages sont pour les « clients » et/ou amis). C’était le cadeau-surprise d’Annick-Pénélope au retour de son Ulysse des Andes maritimes : un foyer restauré ! Michel Dimitrieff, le routeur météo de l’expé –qui n’en pouvait mais– est venu de Vallouise. Elisabeth et Jean-Paul Carlhian, les parents de Mathieu, étaient descendus exprès de leur nid d’aigle franco-italien de Montgenèvre (belles sensations garanties, un ski dans chaque pays, descente sur la grande piste de l’Histoire…)
Otage anonyme de ce rapt motorisé dont le périphérique parisien est l’autre nom, j’ai raté le rendez-vous téléphonique pris avec ces héros. J’ai manqué la « fête ». M…. Demain je rappelle tout le monde. Un par un.
20 h (de Paris) et pas mal de CO2 absorbé plus tard. Annick me passe Yvan, le chef de l’expédition Un Rêve de Darwin redevenu (temporairement) homme au foyer , foyer réhabilité. Faut bien récupérer.
–C’est beau… Revenir ici, au pays des Ecrins, chaque fois je suis aussi content de rentrer que de partir… On n’habite quand même pas dans une cité du brouillard, tu le sais (oui Yvan, je suis dedans, dedans ce crachin gris honni que tu dédaignes, et tu as tellement raison que j’aimerais avoir des ailes…). Vous pouvez vérifier ci-dessus aussi.
Alors ça fait quoi, ce renoncement à un sommet ?
–On revient toujours grandi quelque part, même si là, avec la Cordillère Darwin, c’est vrai que les mots patience et humilité reviennent souvent… C’était fort, incontrôlable. Le vent. 140/150 km/h. Par surprise. Pas de signe avant-coureur. Pas le temps de monter une tente qui ne s’envole. Un froid modeste comme l’altitude : – 10°, -15° c au pire. Mais un taux d’humidité record. Résultat, si tu ne bouges pas immédiatement, tu meurs sur pieds en moins d’une heure ; en quelques minutes le givre opacifie les lunettes, le masque… J’ai 58 ans et une trentaine d’expéditions extrêmes au compteur et je n’avais jamais vécu ça nulle part ailleurs, ni dans l’Himalaya, ni dans les Andes…
Eric Shipton avait attendu son heure cinq mois avant de profiter de « la » fenêtre favorable pour gravir le « Darwin ». Il vous a manqué du temps ?
–Sans doute… Mais encore faut-il que le moral des hommes tienne le coup dans ce genre d’attente… On n’a jamais vu, visuellement parlant, le sommet du Darwin-Shipton en fait, toujours resté encapuchonné. Même l’ultime jour quand ça s’est levé… enfin. C’était le jour du départ. Mais on ne saura jamais comment la météo a tourné une fois que nous avons quitté la Bahia Pia sur le bateau. Ca change à la minute là-bas, tout en bas. Et puis c’est aussi une question d’argent…
La suite de cet entretien vérité à bâtons rompus plus tard, les yeux me piquent. Pas le givre, la pollution. A demain, si vous le voulez bien, pour découvrir avec moi la différence qu’il y a entre des aventures et l’Aventure avec un grand « A ». Sur ce blog qui entend aller au bout du bout du Rêve de Darwin, coûte que coûte, avec ceux qui en reviennent pour de bon.
PS – Un indice m’a été fourni par Yvan sur l’éventuelle identité de notre lecteur mystère du Yunnan (Chine du Sud). Il pourrait bien s’agir d’un certain Luis, guide franco-chilien, proche d’Yvan qui accompagne des clients dans cette chaîne aux confins du Vietnam et de la Birmanie.
Oui, il est grand le pays des Ecrins, bien plus grand qu’on ne l’imagine. Un pays où le soleil paraît plus de 300 jours par ans. Et se couche toujours en apothéose. Ou ne se couche pas.