
En renonçant –sagement– aux 2500 m du Shipton-Darwin eu égard au temps imparti et à la météo subie, les guides du Rêve de Darwin dans la cordillère du même nom, n’ont pas eu à rougir. Au cours du demi-siècle écoulé — faut-il encore le rappeler ?– seules six expéditions internationales sur 70 ont touché le but fixé. Ici l’objectif était une traversée intégrale. Les éléments en ont décidé autrement. Idem pour l’ascension du culmen de la cordillère visée en dernier lieu, en guise de compensation sportive en quelque sorte.
Par la faute du dérèglement climatique, les conditions chaotiques de cette ultime terre au bout du bout de l’Amérique du Sud ne s’arrangent pas. Et se dégraderont, hélas, surement dans les décennies à venir dressant toujours plus de pièges et de chausses trappes sous les crampons des découvreurs du futur.
Les hommes d’Yvan Estienne l’ont vécu (Yvan en personne), notamment lors d’une tentative de franchissement du glacier Roncagli, désormais impossible en dehors du cœur de l’hiver austral qui solidifie à peine plus les glaces. Ils l’ont éprouvé lors d’une tentative –avortée– de passage du col Saint-Valentini. C’en était fait alors de l’objectif numéro 1.
Restait à réussir une autre expérience, dans une autre dimension. Celle-là a abouti. C’est une sorte de reconquête de l’essentiel, de »ce que l’on ne voit bien qu’avec le cœur »comme disait le renard au Petit Prince. Une qualité d’émotion sommitale qui se grave non pas dans la cire des tablettes du Livre des Records mais dans l’esprit (l’âme, si vous croyez) des Hommes se frottant à la haute mer comme à la montagne et qui les rend plus grands qu’eux-mêmes, plus grands que leur vie.
Ci-dessus (plus tard dans la journée), des extraits des souvenirs à chaud des guides du Rêve de Darwin que vous lirez en intégralité sur www.unrevededarwin.fr . Vous y retrouverez des reflets du passage initiatique dont je veux parler. Il y a aussi bien sûr des fragments d’un discours amoureux suscité par Eros, le discours du désir charnel inassouvi, le soupir du séducteur (macho ?) inassouvi , Don Juan pour une fois éconduit. Cela fait aussi partie du retour d’expérience de la Cordillère Darwin, qui demeure une terre d’exploration avant d’être un terrain d’exploits. Les deux mots commencent pareil mais divorcent après les premiers pas.
Tout apprentissage profond doit commencer par une révolte, une rébellion. C’est donc bon signe.
Dans cette philosophie-là, le chemin compte autant ou plus que l’objectif. C’était, m’expliquait l’explorateur Christian Clot (photo de sa tente solitaire dans la cordillère ci-dessus), la philosophie d’un Eric Shipton, himalayiste atypique de son temps, le premier vainqueur du Darwin au prix d’un jeu de patience qui dura cinq mois (et non cinq semaines ou cinq jours).
Elle est aux antipodes de ce qui fait courir aujourd’hui un Ueli Steck sur les cimes et les parois. Il exécute la face nord de l’Eiger en trois heures, et celle des Grandes Jorasses en 2h21’chrono. Et dire que l’on aime en France à dauber la prétendue lenteur suisse : Ueli, 33 ans, Piolet d’or, est originaire de l’Emmental et prépare ses courses comme un athlète olympique. Ca donne envie de le mettre au pied du Darwin . Je parie ma caméra que la Cordillère lui tiendrait le langage de la fable
–Rien ne sert de courir, mon petit Ueli…
Morale : cette autre approche de la montagne (par voie de mer, qui plus est) dont nous parle la Cordillère Darwin, est celle que nous choisissons, ici, sur www.ecrins-leblog.com. C’est elle que nous voulons promouvoir et faire partager, pas plus tard que demain, n’importe où sur la planète en commençant par Ailefroide, le vallon du Fournel, Puy Aillaud et autres lieux d’exploration.
Parce que le Rêve de Darwin s’achève sur le terrain mais continue dans nos têtes.
Comme dit le sage de Freissinières, j’ai nommé Lionel Condemine :
–Ce n’est pas à l’homme d’adapter la montagne, mais à l’homme de s’adapter à la montagne
Yvan des Vigneaux et les siens ont suivi ce haut et noble précepte. Nous saurons en tirer la leçon et la transposer à nos modestes expéditions. Oui, car même une randonnée peut être une expédition à la rencontre de l’essentiel.
Oui ! et p’tit Jules l’a expérimenté dans nos modestes rando de la semaine dernière : l’essentiel était de rencontrer des vautours (pas trop près quand même mais il les a salué) et de grimper, descendre, observer à la recherche de l’essentiel pour lui : s’amuser !!! C’était mieux que la télé je vous assure !!!!
Oui s’amuser, rien ne dit que l’essentiel est fatalement triste. Et si je ne me trompe pas le p’tit Jules doit avoir l’âge du Petit Prince. Dessine moi une rose.
Pardon p »tit Jules c’était dessine moi un mouton pour protéger la rose….
Jules me dit de vous dire « j’essayerai de te faire le monton d’accord ! »
c’est pareil : Jules vos disait « le mouton, j’essaye de te le faire Jean-Pierre ! » Pardon pour ces défauts d’écriture pourtant on est en journée !!!
Le mouton est dessiné est prêt à partir ! (ce sera par « vieux » courrier postal car on aime toujours ça chez nous même si on affectionne aussi les courriels !
Je ne pensais pas que p’tit Jules était si « vieux »que ça. Bon j’attends son mouton, je vous transmets mon adresse par mail privé. Mais je préfère vous prévenir, les manuscrits ne sont pas retournés à leurs auteurs après publication…Alors dites ça à p’tit Jules.
Non p’tit Jules a bientôt ses 7 ans (le 7 décembre !) mais il aime beaucoup recevoir de « vrais » courriers grâce au facteur (ou la factrice !) dans une enveloppe ou un paquet !!! et non il n’attend pas de retour car c’est un cadeau pour le monsieur qui lui parle sur ce blog et qu’il a l’impression de connaître et qui lui raconte des histoires ! Il avait deux dessins cadeaux un pour vous et un pour Jean-Paul (une espèce en voie de disparition, qui s’appelle maître E, enseignant spécialisé des RASED !!!!)