« Nous avons vécu une aventure extraordinaire. Mais tout reste à faire. La cordillère Darwin reste un défi majeur. Il y a ici pour un siècle d’alpinisme à venir. »
Yvan Estienne, guide des Ecrins, chef de l’expédition « Un Rêve de Darwin » à l’AFP, ce 30/10/2009.
Un siècle d’alpinisme à venir … Noble phrase, magnifique perspective, vaste programme. A suivre, donc.
La réflexion de l’explorateur Christian Clot : quand les Russes et les Chinois s’y mettront….

A 13 800 km d’ici, au Sud, un Rêve de Darwin joue les prolongations histoire de faire cueillette de sublimes images (ci-dessus) destinées à compléter un film sur les hauts lieux de l’alpinisme patagon. Perito Moreno (un glacier pas un cousin de Carlos Gardel) et Mont FitzRoy comme un saphir dans l’écrin des Ecrins. Sûr que les spectateurs auront leur part de rêve servie dans un fauteuil…
Allez, faut se réveiller… Annick Estienne, la femme d’Yvan, s’est chargé de me pincer gentiment :
–Nous allons tous un peu revivre ou vivre tout simplement… Eh oui, c’est ça une expé; il faut réapprendre à vivre après….
Merci Annick. Même si pas évident.
Avant de “sauter du lit” retour sur www.unrevededarwin.fr, une minute encore. Ca y est la relation (presque) intégrale de la folle semaine des guides des Ecrins sur les pentes de la Cordillère est en ligne. A ne pas rater. Inutile de la paraphraser.
Pourtant je reviens comme malgré moi sur deux ou trois épisodes.
1/ L’explorateur Christian Clot doutait que l’on puisse franchir l’obstacle d’une insensée forêt primaire au sol tourbeux et spongieux avec des skis sur le dos. Il n’avait pas compté avec le coup de machette de Dominique, je crois, pour se frayer un chemin dans les nothofagus (faux hêtres mais vrais guépiers) aussi biscornus qu’enchevêtrés….La machette, je croyais que c’était l’apanage tropical des coupeurs de cannes. Raté : encore une spécialité pelvousienne qui m’avait échappé.
2/La Cordillère de Darwin parle occitan, voire le patois des Ecrins : « le col du Boutchiul » (ou col du buisson en parler de la Vallouise) culmine à 1440 m, belvédère avec vue exclusive sur le Shipton-Darwin. Ses coordonnées GPS sont : S 45 48 59-W 69 28 37. Autres données : le « Pico Ludivine » (du nom de la fille d’Annick et Yvan, un cadeau d’anniversaire de galants guides) culmine à 1187 m. (S 54 48 49
W 69 32 07).
Pour mémoire en Cordillère de Darwin toute course part du niveau de la mer, 1200 m équivalant à du 5000 m ailleurs sur la planète pour causes atmosphériques (selon Christian Clot).
3/ Yamahuste ! Un nouveau mot devrait apparaître dans le dictionnaire Chileno/occitan (mais ne le cherchez pas encore c’est un pur néologisme). En fait l’acronyme pour Pour YAnn, MAthieu, HUbert, STEphane, ses “conquérants”. C’est à ça que l’on sait que l’on a changé d’ère. Fut un temps où ce genre de privilège ne se partageait guère. Yann et Mathieu étant de surcroît deux “bleus”. A ce propos un rectificatif : c’est Mathieu Carlhian qui appartenait à la même promo de l’ENSA que Karine Ruby qui a désormais aussi son Pico darwinien. Yann Estienne les suivait dans la promo d’après.
En tout cas voilà une cordée unie dans le marbre des tablettes (sous réserve bien sûr d’homologation par les autorités chiliennes). Une leçon d’amitié et de confraternité qui va bien dans le sens de l’esprit du centenaire bureau des guides de Pelvoux (Ecrins). Solitaires souvent, solidaires toujours.
Voilà, je ne pourrais pas être de la fête du retour au Vigneaux. J’enrage, mais je leur prépare une surprise virtuelle sur ce blog qui continue son expé à lui sur d’autres chemins, peut-être plus proches désormais de la vallée. Allez savoir ?
Mes respects à l’Amiral, alias Henri qui cite sur www.unrevededarwin.fr un grand poète libanais :
– Entre les rivages des océans et le sommet de la plus haute montagne est tracée une route secrète que vous devez absolument parcourir avant de ne faire qu’un avec les Fils de la Terre.
Je la lui pique parce qu’elle était trop belle pour moi…
Le « document » promis tourné par Serge Ouachée à bord du voilier Xplore, Challenge de 67 pieds construit pour le Global Challenge (tour du monde à l’envers et en équipage), skippé par Stephen Wilkins. Traversée d’un White Squall (Grain blanc).
C’était le 27/10 au 50°12′ Sud. A la même heure, plus au sud encore, les alpinistes du Rêve de Darwin s’escrimaient sur leur paroi dans une autre tempête dont nous n’avons pas les images. Deux phénomènes ultra localisés et donc sans rapport, avec pourtant un trait commun : l’imprédictibilité d’une météo darwinesque. Pensée pour Michel Dimitrieff, le routeur météo de l’expé à Vallouise.
Les images. Accrochez vous….
Depuis Serge ne fait plus jajajajaja mais jjjajjjajjarhg, nuance.
François Neukirch confirme dans un flash expé (daté de mercredi 13 h 00, dispo en ligne sur www.unrêvededarwin.fr depuis 6 h 00 ce jeudi 29) ce qu’Annick Estienne m’avait confié dès la soirée du mardi 27 octobre. Pour une fois la liaison passait mieux entre la Cordillère Darwin et les Vigneaux au pays des Ecrins qu’entre la Bahia Pia et les Torres del Paine chiliennes (un sublime spot de grimpe soit dit en passant, voyez ci-dessus …) vers lesquelles croisait François.
Donc, même si vous saviez la substance voici la chair sous le clavier de François
–“La tentative ultime d’ascension du Mont Darwin, lancée par Momo, Hubert, Yann E (Estienne)., Mathieu, Pierre M (Muller)., Pinpin, Yann M (Michallet) mardi 27 octobre a échouée. De nouveau, le mauvais temps a stoppé l’élan des alpinistes …. Tout a été tenté, dans les limites acceptables de la sécurité, pour couronner notre expédition d’un succès alpin majeur, mais la Terre e Feu s’est chargé de nous rappeler ses règles implacables, utilisant l’ensemble de son arsenal météorologique, sur mer, sur terre, et dans les airs.”
C’est marrant la mitoyenneté des métaphores adjacentes . Je disais moi que la grande lâche se défaussait derrrière son alibi météorologique. J’étais donc énervée … Mais le résultat est identique : ils sont saufs heureux et sur la route du retour.
Et François de conclure par un : Adios Tierra del Fuego, ou peut-être simplement au revoir ?
Vers la même heure Serge d’Ushuaïa actuellement en escale à Punta Arenas sur le voilier Xplore m’annonce un “document historique”, accompagné de ce message apparemment codé mais qui sera clair pour ceux qui ont aimé la partier “voileuse” du Rêve de Darwin. Sinon, je suis certain qu’Henri, dit l’Amiral, se fera un plaisir de décrypter.
Voici :
- Regarde ça. Le bruit de fond est le moteur à 1400 tours / min ; nous avions 4 ris et une demi trinquette déchirée ; nous avancions à 10 noeuds ; le baro plongea à 961 HpA avec des variations de 3 points en 3 minutes. Bref un grand moment si j’en crois le commentaire de l’ Amiral, l’autre jour !
Toutes mes amitiés vers toi ! hasta pronto
En attendant que je mette la main sur la vidéo de Serge, voici des images d’archives prises à bord d’Xplore.
En attendant que je mette la main sur la vidéo de Serge, voici des images d’archives prises à bord d’Xplore.
Que se passe-t-il entre somme et réveil quand on se raccroche aux lambeaux d’un rêve qui reflue dans la zone blême de l’inconscient ? On veut rembobiner. Retrouver le fil, replonger…. C’était quoi le début ?
J’ai cliqué sur le gros bouton rouge Rêve de Darwin du blog, à gauche. Cinquante pages plus profond j’ai retrouvé un texte que j’avais oublié, qui s’était défilé durant des jours au fils des canaux indociles de la Patagonie, qui avait sombré dans des crevasses aveugles, sur des ponts de neige précaires comme le rêve lui-même. Comme emporté par un coup de williwaw, le souvenir de ce billet.
L’accroche : « Cordillère de Darwin : le rêve d’Yvan Estienne ». Lui, le guide des Ecrins, il était entré dedans depuis des lunes et des lustres. Deux ans « autistiques » comme dirait sa femme, Annick.
Nous avons, vous avez, ils ont plongé à sa suite. Son équipe, ses amis, son fils, sa fille, son frère, ses sponsors. Idem l’auteur de ces lignes tricotant leur part d’une histoire qui lui échappe pendant qu’elle se déroule.
Pourtant nous étions tous cramponnés à ce frisson glacé des Andes pincées entre le Pacifique et l’Atlantique dans les 50° Sud. Nous avons navigué par force 12. Nous avons grimpé depuis niveau de la mer jusqu’à 1500, plusieurs fois par jour, nous avons tangué sur des blocs instables, nous avons renoncé, nous avons encaissé des gnons d’un vent de furieux, nous avons bouffé des crabes royaux et dégusté du lyophilisé. Nous avons bu Nous avons vécu un poil plus que d’habitude. Deux mots.
–Merci Yvan.
Annick , Emmanuelle, Serge, Yann, Mat, Dominique, Logan, Henri, Iva, Geneviève, François, Stéphane, Michèle, Ludivine, Mathieu, Marcel, Thomas, Christian, Jean-Paul, Elisabeth, Julie et tous les autres que j’ai croisés avec vous…
Je vous en prie : pincez-moi pour que je me souvienne que ce rêve était un rêve éveillé dans lequel nous nous sommes vraiment rencontrés, au-delà du virtuel.
Il y aura du monde mardi prochain dans la Maison Estienne, au Vigneaux, épicentre du pays des Ecrins pour un soir. Mais chut, c’est une surprise, ne le répétez pas. Laissez les continuer à rêver .
Demain promis je tente un réveil en forme de retour d’expérience grâce à www.unrevededarwin.fr. Eux ils ont tout consigné. Noir sur blanc. Dans la mémoire vive du Web, gravé dans les disques des serveurs informatique…
Amis, pincez-moi mais pas trop fort, je rêve à la prochaine…. Encore un instant M. le Bureau…

Par Serge Ouachée, à Punta Arenas
Hola Jean-Pierre et amigos des Ecrins,
Finalement Dame Nature n’allait pas nous laisser croire qu’Elle ronronne tout le temps par ce réchauffement climatique !
En face de Rio Gallegos, au 50°12′ Sud, en 30 minutes le vent monte de 30 noeuds, les vagues avec ! Cela nous rugit dans la gueule : leur renommée à préserver. Cela ne sert à rien d’être un gentil ou un méchant. Dans ces instants, tu es toi, point barre. Pas le temps d’avoir peur, tu constates et tu lui parles : » Ok ! ok ! Montre ta colère, j’en ai pas autant que Toi, mais si tu me titilles encore comme ça, je saurais être fier de ne pas t’avoir laissé me planter ton poignard dans le dos ! Je te suis en face et j’attends ! ».
Je n’ai pas eu peur sur cette mer devenue furie d’écume mousseuse et tourbillonnante, face aux vagues immenses fracassant la coque. Je me demande encore comment tout cela a résisté dans une essoreuse à 5000 tours/ minute . Cela craque, le yankee (une des voile d’avant) se déchire, le voilier tangue, titube, se redresse et avance.
La sortie est étourdissante, je pose le pied sur le ponton en béton de Punta Arenas, je reçois le mal de terre en pleine poire, mais je suis à bon port !
Les montagnes des Mers du Sud : derrière moi !
Hasta pronto, Amigos del Norte…
Commentaire : je dédie cette histoire d’une rencontre avec un White Squall (grain blanc) le 27 octobre 2009 à bord du voilier XPlore — à quelques encablures de l’atterrissage à Punta Arenas– à François et Marcel, aux veinards qui étaient à bord du voilir Ionara par calme plat en virant un Horn atone et aphone… Aussi à Henri, dit l’Amiral qui l’appréciera, en mémoire de Bernard Moitessier, le mythe qui parle aux marins comme comme aux montagnards. Et puis ça reste dans le ton de cette aventure a demi maritime que demeurera le Rêve de Darwin.
M… Je vais me coucher : je me fais moi-même penser à Michel Drucker, je dois couver une saloperie.
A tous amitié et bonne lecture d’un fabuleux récit sur www.unrevededarwin.fr.
Moi je ne lis plus rien, je garde cette citation pour la vie qui recommence demain :
« Le pessimisme n’a pas sa place ici sur la Cordillère et dans cette équipe. Nous vivons et prenons les choses telles qu’elles sont, conscients de vivre des moments d’exception …”
C’est de Yvan Estienne. Guide au pays des Ecrins. Qu’ajouter qui soit plus universel et plus humain qu’une parole venue de la Cordillère Darwin, où naguère vivaient ceux qui s’appelaient eux-mêmes les Hommes ?
Cinq minutes avant le verdict du jury….Ca y est vous lirez tout, sous la dictée de ceux qui l’ont fait (la seule version qui vaille) sur www.unrevededarwin.fr.
Prochaine vacation du Rêve de Darwin à ooHoo heure des Ecrins. On est encore le 27, pour ceux qui veillent avec nous, je m’autorise à passer mes nerfs en tuant le suspense. Le crime est léger. Que des bonnes nouvelles.
Annick écrit :
-« Oui Jean-Pierre, un sommet de la Cordillère de Darwin s’appelle « Karine Ruby »… Karine à fait pleurer la France avec une médaille d’or au slalom géant des Jeux Olympiques de Nagano en 1998. Six médailles d’or et quatre médailles d’argent aux championnats du monde de snowboard en slalom parallèle, slalom géant et cross entre 1996 et 2005. Elle est la snowboardeuse la plus titrée de son temps.
C’était une jeune femme pleine de vie.
Elle était aussi aspirant guide, et devait participer au Rêve de Darwin, mais la vie en à décidé autrement.
Tes (nos, vos, leurs, ils, ndlr) copains guides de l’expé te saluent.
Et moi aussi.
No comment
18 heures à l’Argentière. 14 heures ce 27/10 sur les parois du Mont « Shipton-Darwin » où devraient être engagés les guides des Ecrins dans une deuxième tentative d’ascension du culmen de la Cordillère Darwin en deux jours.
A Punta Arenas, Serge Ouachée vient juste de mettre pied à terre. Secoué. Il a ravalé son célèbre « jajajajajajajaj »(forme de rire ushuaïen, donc extrême), c’est la première fois.
–P… j’ai pensé très fort à Yvan et à ses braves et bon gars dans la montagne, tu sais. Hier (lundi 26) à bord du voilier XPlore, on a été secoués comme jamais. On se trouvait à 15 milles du port de Punta Arenas. Même le skipper, un Australien avec 350 000 milles dans le sillage et trois tours du monde dont un à l’envers au loch, n’avait jamais. Il a appelé ça un White Squall. Je ne peux pas te traduire mais ça veut dire la collision d’un front froid et d’un front chaud, comme à la guerre. Un enfer dans lequel le ciel devient d’un blanc aveuglant. Alors oui on s’est fait brasser d’une manière inouïe, crois moi.
Je le crois, Sergio n’est pas un baroudeur d’opérette même s’il a ses côtés ami des oiseaux bucolique.
Renseignement pris, le White Squall n’est pas un requin blanc. C’ est une variété semi mythologique de monstre météorologique capable, si l’on en croit la littérature maritime anglo-saxonne, de gober un schooner de 80 pieds avec ses voiles, ses mats, son équipage….XPlore doit être un sacré bateau pour avoir échappé aux crocs du Leviathan. Sans doute qu’Henri, alias l’Amiral, me confirmera qu’on appelle ça un gros grain blanc en français. Un grain comme une montagne, hein Henri.
A peu de temps près, l’ami Serge a rencontré le White Squall à l’heure où Darwin 2 renonçait hier à grimper en raison de la tempête. Je sais que le phénomène de Serge est décrit comme une tempête explosive micro-locale (micro-burst, en VO)mais je ne peux m’empêcher d’avoir froid dans le dos en pensant aux guides cramponnés à leur glacier un plus au Sud, à 1200 m d’altitude. Ca n’arrange pas les perturbations cataclysmiques familières de la région. Imprédictibles.
–On s’est fait b… par les prévisions météo, dit Serge. Comment ils vont à Darwin ?
Bien, ce matin ils étaient OK en quittant la Bahia Pia pour la montagne… Mais là, à 18 heures, j’en sais rien amigo.
Christian Clot me disait que dans la Cordillère, la prédiction météo la plus fine (auprès de l’aéroport de Punta Arenas) n’était valable que pour une poignée d’heure et dans un périmètre grand comme quelques terrains de foot.
Mais pourquoi je m’étends comme ça ? J’ai l’impression que je tape sur l’ordi comme si ça pouvait faire fuire les White Squall et faire fermer sa g … au Williwa. Pobre de mi. Et puis je pense à ce qu’a vécu Serge, qui pense à ce que vivent les guides, je pense à Annick qui pense à eux. On ne pense plus quà ça. C’est blanc, j’ai froid avec eux…
J’attends, ça crispe

Nous nous y préparions, c’est en cours de réalisation dans une difficulté extrême, à l’image de la Cordillère Darwin, au bout du bout du monde austral.
Darwin 2, à savoir vraisemblablement Dominique Stumpert, Yann Estienne, Mathieu Carlhian et/ou leurs compagnons de montagne (ils sont sept) ont entrepris l’ascension d’un des points culminants de la Cordillère Darwin dans des conditions météo épouvantables, propres à la cordillère, auxquelles nous sommes habitués (et eux aussi).
Ils ont été bloqués par une tempête dans la journée d’hier lundi 26. Retour au camp de base flottant Nueva Galicia.
Le site officiel www.unrevededarwin.fr évoque aujourd’hui une tentative d’ascension du Mont Darwin alors que les précédents messages émis faisaient état d’une préparation autour du Mont Shipton. S’agit-il d’une confusion ? Pour mémoire Darwin et Shipton sont des sommets distincts même si l’himalayiste britannique Eric Shipton a nagère les a lui même confondus. Allez disons que c’est le Shipton-Darwin !
A l’instar de la météo (pluie) les communications sont mauvaises avec la Bahia Pia, vous le lirez sur www.unrevededarwin.fr, le compte rendu préparé par Yvan n’a pu être transmis ou reçu.
Les guides de Darwin 2 qui se sont préparé une semaine durant en multipliant les premières (voir nos précédents billets) devaient faire une nouvelle tentative dans la matinée de ce mardi 27. L’ultime ?
A suivre pour le dénouement, dès ce soir ou cette nuit, ici même et sur www.unrevededarwin.fr.
Sinon, nos amis les médias se réveillent enfin. Les membres de l’expé ont donné une interview samedi dernier sur France Info.
Autre médiatisation sur le net à découvrir ci-dessous sous forme de diaporama en forme d’hommage aux “Derniers aventuriers”. Un excellent titre !
Précision : notre image (aquarelle) du jour (ci-dessus), le Mont Shipton, provient du film Ultima Terra de l’explorateur Christian Clot.
Iridium, iridium… C’est un sacré réseau de téléphonie satellitaire qui vous « fusille » un forfait de 70 euros en 7 minutes. Si, si, c’est arrivé à Annick Estienne, la femme du chef de l’expédition française dans la Cordillère Darwin. Elle a eu le malheur d’appeler son mari d’un petit coup de portable, histoire de papoter. J’en connais qui craqueraient…
De toute façon ce soir, quand on appelle le Rêve du même nom (Darwin), c’est Mister Williwa qui répond. Quelqu’un de très mal élevé qui n’éternue même pas dans son coude, pas entendu parler des miasmes H1N1 (mouché, coulé…) médiatiques qui sont censés nous avoir décimés depuis quelques mois et qui ont même empêché le derby de la mort entre le PSG et l’OM, peuchère.
Vous voulez avoir une idée de son haleine à ce Williwa ? Alors la minute bricolage. Placez un gros ventilateur, mû par un moteur Pratt&Whitney (made in Canada) de préférence, au fond de votre congélateur. Faites tourner et engagez votre visage dans le congélateur ainsi ventilé.
Si ça vous picote vous aurez une idée de la raison pour laquelle les indiens qui vivaient dans ces parages sub polaires , avant d’être « digérés » par l’ogre « civilisationnel », s’appelaient eux même les « Hommes » dans leur langue, infiniment plus riche de nuances qu’il n’y paraissait. Plus riche que la nôtre en vérité et pour cause. Il faut des outils dialectiques raffinés pour survivre dans l’extrême de l’extrême au Sud du Sud.
« Accessoirement » (j’insiste sur les guillemets) vous aurez aussi le goût de ce qu’ont vécu durant la semaine écoulée les sept guides de Darwin 2 (dont deux « aspis » frais émoulus de l’ENSA) entre le glacier Pia et les pentes du Shipton. (Manifestement, le williwa congèle même la parole et les ondes hertziennes. Il n’y a qu’Yvan Estienne qui les entend).
Ceux qui appartiennent à la génération Bolino (le régal des soirées de dèche quand on avait 20 ans) touilleront tout ça avec leurs souvenirs pour obtenir cette arrière-bouche pâteuse, boisé-moisi, propre au lyophilisé du soir que l’on délaye dans l’eau bouillie. Ce bon vieux « Lyoph » qui fait la saveur âpre de l’aventure, avant de se glisser sous une tente sifflante, dans un duvet humide, dans des fringues mouillées, pour un sommeil aussi léger que la saveur du Bolino, Bolino, ô. Je vous fais grâce des quintaux de matériel à se « moufler « du camp 1 au camp 2. Faut bien survivre, les Hommes. Je vous fais grâce des autres détails aussi.
Lionel Condemine, guide et hôtelier à Freissinières, le « poète » qui « inventa » la via ferrata en France voilà 20 ans, est passé hier soir dans la Maison Estienne. Il a laissé un message de sagesse.
–S’ils sont en montagne c’est qu’ils aiment ça. Après, ils auront tout oublié, ils recommenceront.
Comme toutes les femmes après les douleurs de l’enfantement. Amnésie du bonheur.
Et que fait-on quand on n’a pas de nouvelles (indirectes) du Mont Shipton depuis 72 heures ? Annick et moi, on papote au téléphone, à se « fusiller » un forfait de plus. Elle me confie un détail qu’elle ne m’avait pas encore dit :
–Tu sais, il y a 30 ans quand Yvan a fait la première de l’Ama Dablam au Népal, je suis restée un mois et demi sans nouvelles. Il n’y avait ni portable, ni Internet. Pour lui faire savoir la naissance de sa fille Ludivine, j’ai envoyé un télex au consulat de France à Katmandou. C’est un mail runner (un coureur des montagnes, archaïque ancêtre d’un certain Gmail) qui lui a apporté le message. Je crois qu’Yvan a reçu l’info 15 jours après l’évévénement… Aujourd’hui on est accro aux nouvelles comme jamais…
Est-ce que nous sommes plus heureux ?
Il est 18 h 40 à Ushuaïa. 23 h 40 aux Vigneaux. Le téléphone est gelé.
Le site www.unrevededarwin.fr aussi, momentanément bien sûr.