Il est le 20e homme de l’expédition française «Un rêve de Darwin » qui embarque ce soir à Punta Arenas — cap sur la Bahia Oceano et l’inconnu blanc de la Cordillère de Darwin en Patagonie. Le 20e homme, mais pas le moins important, lui n’a pas quitté Vallouise, au Pays des Ecrins, où il réside.
Michel Dimitrieff, que nous avons déjà présenté ici (voir billet du 31/08), assure le routage météo de l’expédition conduite par le guide des Ecrins, Yvan Estienne. Michel a 39 ans, c’est un fou d’alpinisme qui a décidé de vivre aux Ecrins. Depuis le deuxième jour de sa naissance, il souffre d’une infirmité motrice qui le fait marcher en rotation interne. Il ne peut ni couper sa viande lui-même, ni lacer ses chaussures. Mais cela ne le prive ni d’un solide humour –« chez moi, en ski, la technique du chasse neige est innée», s’amuse-t-il— ni d’un rêve bien à lui, en forme de challenge : franchir les Alpes avec (ou malgré) son handicap. Souvenez-vous : il a dû interrompre sa tentative cette année. Partie remise.
En attendant de concrétiser son propre rêve, il contribue donc à la marche du Rêve de Darwin. Et ce n’est pas un mince exploit. Il va être ce compagnon de cordée invisible mais vital, celui qui transmet les prévisions météo cruciales à l’heure des décisions : on y va ou pas ? Une interface entre les machines et les hommes qui risquent leur peau, à l’image du Suisse Yan Giezendanner, –l’homme qui a gravi 20 fois l’Everest dans un fauteuil roulant– »le Routeur des Cimes » (voir commentaire ci-dessous) et fut le complice des Bérhault et Lafaille. (Michel et Yan se sont d’ailleurs rencontrés par l’intermédiaire de Patrick Bérhault)
Le routage météo est une tâche ardue, prenante, qui consiste à jongler avec des modèles numériques et des vues satellitaires en temps réel.Une énorme responsabilité et une mission rendue encore plus difficile par l’incroyable versatilité des conditions du détroit de Magellan, à la pointe la plus australe de l’Amérique du Sud.
–On peut passer de 5 à 10 nœuds de vent à 60 et plus en quelques minutes, ça ne rigole pas, commente Michel. Il faut une bonne dose d’expérience. J’ai déjà routé plusieurs expéditions en montagne dont celle de Christophe Moulin (guide, par ailleurs son ami et coach d’alpinisme) expédition en Alaska, voilà deux ans.
–En fait, je reviens à mon premier métier, explique Michel, quand je travaillais pour une société de météo marine. On s’occupait notamment des navigateurs solitaires du Vendée Globe, les Michel Desjoyaux et autres. J’ai donc une idée des coups de tabac dans les « 50° hurlants », qu’empruntent les marins quand ils doublent le Cap Horn en compétition. Yvan (Estienne) et François (Neukirch) (les initiateurs du Rêve de Darwin) m’ont donc proposé le job. Que j’ai accepté.
Du coup, Michel Dimitrieff a démissionné du Conseil Général des Hautes-Alpes où il s’occupait de tourisme à destination des handicapés. Son objectif désormais se consacrer à la préparation de sa traversée des Alpes à partir du printemps 2010 et aussi :
–Je vais créer ma propre boîte de routage météo. Mais pas toute de suite, fin 2010 ou début 2011, une fois que j’aurais accompli la traversée des Alpes. Cette fois on va alléger les parcours de liaisons mais augmenter l’ambition des sommets : Cervin, Grandes Jorasses, Cima Grande di Lavaredo, etc.
On l’a compris, il n’est pas question pour Michel de galvauder son propre rêve sur les traces de son ami disparu Patrick Bérhault. Dans les dernières semaines il a passé le cap du « 6a » en escalade et intensifié son entraînement de fond, toujours à raison de 400 à 500 abdominaux par jour. Ce qu’on appelle avoir du cœur au ventre. Un ventre d’acier comme sa volonté.
Pour le contacter :
http://www.son-art.info/ChallengeVerticalVallouiseEcrins/Contact_r7.html
Une vidéo de Michel Dimitrieff lors de sa première tentative de traversée des Alpes. Extrait en suivant le lien.
http://www.son-art.info/ChallengeVerticalVallouiseEcrins/Traversee-de-l-arc-alpin-episode-N-5_a70.html