Eternelle question. Pourquoi grimpe-t-on, escalade-t-on ? Pourquoi veut-on atteindre le sommet ?
Parce que… Les conquérants de l’inutile : tel est la réponse volontairement provocatrice qu’avait choisie Lionel Terray dans un livre formidable, devenue lieu commun (le titre, pas l’ouvrage). A propos de cette prétendue inutilité de l’alpinisme, le guide Paul-Louis Rousset, nous dit Claude Albrand, aimait rappeler que parmi 116 images témoignant de l’Humanité, encapsulées dans la sonde spatiale Voyager, figure un guide de haute montagne au sommet de sa carrière : Gaston Rébuffat, auteur des Cents plus belles courses et randonnées dans le Massif des Ecrins.
- Debout au sommet d’un vertigineux gendarme, face au Mont Blanc. Tout en lovant sa corde au-dessus du vide, il regarde au loin en pleine lumière. Libre, il est là, fier, rien que pour le plaisir d’avoir risqué et pour le bonheur d’avoir vaincu. Tout en contemplant la gloire de la terre, il exalte le dépassement de soi et la prééminence de l’esprit. Voilà le message parti dans l’Univers à la rencontre d’hypothétiques intelligences extra-terrestres, écrivait Paul-Louis Rousset (en substance). Autre réponse, qui rejoint la précédente, en plus poétique mais pas forcément moins orgueilleuse : celle du Savoyard Yves Paccalet, lue sur son formidable blog.
- Les mots « ascension » et « ascèse » sont cousins : l’un traduit l’investissement physique, l’autre la quête spirituelle. Ils se combinent lorsqu’on monte. On ne s’élève que si l’on ambitionne de devenir un peu plus grand que l’animal résumé à ses gènes égoïstes. On grimpe pour donner de l’expansion à son âme, propose le compagnon de feu Cousteau.
Pendant ce temps, Gaston Rébuffat, le guide, poursuit son voyage vers l’infini, couché (ou gravé si l’on veut) sur un disque d’or, dans une étrange « bouteille cosmique » baptisée Voyager par la Nasa. En fond musical, l’accompagnent, dans une planante play-list, Bach et Mozart, un chant initiatique pour jeunes filles pygmées et Johnny B. Goode de Chuck Berry.
A l’heure qu’il est, Gaston n’est pas loin des limites du système solaire, s’il ne les a pas déjà dépassées. Il continue de grimper…
Et vous, pourquoi escaladez-vous ?