Par Serge Ouachée, Ushaïa. 30/09/2009.
15 h 42 heure française.
Pour ceux qui auraient manqué les épisodes précédents : Serge Ouachée
vit à Ushuaïa et affrête notamment des croisières
extrêmes dans le secteur du Horn et parmi les archipels
du détroit de Magellan, où l’expédition Un Rêve de Darwin
a trouvé refuge avant de reprendre sa route vers
la Cordillère de Darwin, son objectif. Serge
from Ushuaïa est le nouveau super consultant
de ce blog, une perle qui connaît aussi le Pays des Ecrins,
Yvan Estienne, le chef d’expé, et ses lieutenants. Il fait aussi
de sublimes image. Le coucher de soleil en Terre de Feu,
ci-dessus, est de lui. C’est à toi Serge…
La nuit dernière, le vent a tourné N/W mais
ne faiblit pas forcément… Même si dans les canaux
c’est bien plus calme, pour atteindre leur objectif l’expédition doit sortir de l’archipel par
le canal Cockburn pour rejoindre la Bahia Desolada
et ainsi le canal Beagle (bras nord-est) et entrer
dans le fjord en question (Bahia Oceano, où il était
prévu qu’elle débarque en fin de semaine dernière).
Rappel : l’accès à la Cordillère ne se fait que par la mer et les canaux.
Si je lis ce genre de bulletins météos et que je suis
dans les canaux, j’estime que cela n’est pas bon et je
me mets à l’abri dans une caleta et surtout je ne tente
pas la sortie vers le Passage du Drake (cap Horn !). J’ajoute facilement 15 à 20 noeuds supplémentaires
de vent aux bulletins annoncés pour me rapprocher
de la réalité
Bref : malheureusement, Yvan Estienne et
les membres du Rêve de Darwin subissent
une météo pourrie. Mais je les préfère là que là-haut,
avec ce temps. Et comme dirait l’autre : après la pluie
le beau temps ! Yvan a plus d’une corde stratégique
à son arc et une ruse dans son sac. On peut lui faire confiance.
Alors comment Yvan-Ulysse-Estienne des Ecrins va-t-il s’en sortir ?
A suivre (aussi) sur :
Pour les initiés, le bulletin météo de la Marine Chilienne :
http://weather.gmdss.org/bulletins/METAREA15.HIGH_SEAS_FORECAST_COASTAL.1124.3011251524756.html
ou
http://meteoarmada.directemar.cl/site/pronosticos/pronostico_canales_australes.html
S.O.
Pour suivre l’ami Serge sur le Web www.butterflyvoyages.com
Pour naviguer (virtuellement) vers
le Passage de Drake = 58°34′49′’s-62°54′34″o.
Citation du jour à l’ordre de l’équipage haut-alpin de la Nueva Galicia quelque part dans le détroit de Magellan en route pour la Cordillère de Darwin :
–Tout ce que les hommes (et les femmes) ont fait de beau et de bien, ils l’ont construit avec leurs rêves…
C’est de Bernard Moitessier (in La Longue route), archétype du tourdumondiste à la voile. Il franchit le Horn –l’Everest des marins– tous les jours et à jamais pour les siècles des siècles. Amen.
Dios Gracias, comme on dit en Patagon créole. Des photos sont arrivées ce 30/09/2009 (voir www.unrevededarwin.fr). A bord de la Nueva Galicia, la discipline règne.
Tandis qu’à l’extérieur s’impose le désordre, d’aucuns appellent ça le baston…

Pour nos lecteurs fidèles, un cadeau expédié de là-bas par l’envoyé spécial permanent du Pays des Ecrins, l’ami Serge d’Ushuaïa : la météo en direct de l’aéroport de la capitale de la Terre de Feu. Déplacez vous avec votre souris vers la gauche, et vous aurez un superbe aperçu satellitaire en temps réel de la Cordillère convoitée.
http://www.wunderground.com/global/stations/87938.html
Le commentaire de Serge Ouachée (ex Briançonnais, he oui)
– Pour celles et ceux qui décodent les cartes météos, ils comprendront facilement les vagues de 5 m qu’affrontent les membres de l’expédition Un Rêve de Darwin. Pour les autres, eh bien, vous saurez le faire dorénavant !!! jajajjajaa (Ndlr, forme de rire des antipodes hispanophones provoqué par la carence en pizzas italiennes, voir commentaires du précédent billet).
Pour ceux qui se moquent de la météo (les veinards ?), bons baisers de la Terre de Feu avec ce craquant bisou (alimentaire en vérité) de manchots, en direct de la Terre de Feu. Je sais, c’est de travers mais justement, pour mémoire, nous sommes aux Antipodes (tête un quart à droite SVP). Dédicade spéciale à P’tit Jules que je ne connais pas (encore).
Aujourd’hui mercredi 30 septembre, il fait grand soleil sur l’Argentière-la-Bessée (44°47’n-6°33’e) avec une brise de demoiselle n’excédant pas les 5 km/h. (On n’est pas bien au Pays des Ecrins ? Venez, vous verrez).
Message reçu depuis Ushuaïa capitale argentine de la Terre de Feu, à l’est de la Cordillère de Darwin, de la part du nouveau correspondant local du Pays des Ecrins, « l’ami Serge d’Ushuaïa » résidant de la ville la plus australe du monde, la fin du monde.
54°48’s-68°18’w Le 29/09/2009 à 22 h 41 min…
–Après une journée de calme, voici ce sacré vent du S/SO qui revient à la charge… (là, à l’instant où je t’écris ce message, la maison vibre et la terre de la « rue » se soulève en énormes nuages de poussières marrons) C’est toujours aussi soudain et violent.
– En 5 minutes, ce vent te surprend et pas le temps de prévoir quoi que ce soit… Les pêcheurs des canaux connaissent de nombreuses caletas (petites baies) bien protégées où ils attendent que la baston fasse son oeuvre ! C’est ce que le capitaine de la Nueva Galicia (le bateau-camp de base de l’expé Un Rêve de Darwin) a fait (et bien fait) entre Punta Arenas et la Bahia Oceano (ndlr : point de départ prévu de l’expédition Un Rêve de Darwin sur la Cordillère du même nom)
Une pensée forte pour l’équipage d’alpinistes de la Nueva Galicia et son chef Yvan Estienne, guide au Pays des Ecrins. On ne les laissera pas tomber dans la tempête, on croise les doigts pour la suite.
PS. Le sel des voyages ce sont les rencontres, mêmes virtuelles sur le Web. Notre nouvel ami à Ushuaïa s’appelle Serge Ouachée. Son job ? Organiser des treks et des croisières aussi extrêmes en latitude que sur mesure pour ses clients tour du Cap Horn compris.
A suivre sur : http://blogbutterflyvoyages.wordpress.com
Serge connaît les parages comme sa poche, il m’a promis des cartes de l’Armada chilienne (la marine quoi) en échange de pizzas du cap Froward (voir nos échanges d’hier dans les commentaires). J’attends ces cartes super précises et je vous les faits partager.
Pas d’amélioration en vue sous 48 h, m’indique ce 29/09 à 13 heures (heure du Pays des Ecrins) Michel Dimitrieff, routeur météo de l’expédition française en route pour la Cordillère de Darwin. Cape au cap Froward. Vivement la vacation du soir sur Iridium.
Dernier relevé sur et certain : latitude 53°47s-longitude 70°58w, adresse du phare San Isidro sur des cartes sinon muettes du moins peu loquaces. Quand on zoome on n’y voit que du blanc et du bleu.
–Ahhh, quel apprentissage de la patience que ces coins-là ! Cela souffle fort ici aussi, à Ushuaïa, et cela ne m’étonne pas de vous voir bloqués. Je m’en vais discuter avec les Dieux du Temps et leur proposer des p’tites vacances plus au Nord, commentait l’ami Serge — résidant dans la capitale de la Terre de Feu, côté argentin à l’Est– sur le carnet de voyage virtuel du Rêve de Darwin www.unrevededarwin.fr
Et dire que par mer calme (de décembre à mars, durant l’été austral), le cap Froward tout à l’extrémité du continent sud-américain est l’un spot privilégié pour l’observation des baleines à bosse s’ébattant dans un de leurs garde à manger préféré du Pacifique …L’office du tourisme local propose aussi la visite du phare avec vue sur les fjords patagoniens, le parc marin Coloane et ses pingouins de Magellan, ses phoques en colonies et ses d’oiseaux endémiques… M… J’avais oublié la « forêt magellane » et ses lichens d’époque et le fameux crucifix de Froward. Ca pour une croix, ç’en est une. Yvan ses alpinistes ne sont pas venus pour jouer les touristes…
Citation du jour :
– Gardez le cap dans la tempête et tenez fermement la barre.
Une phrase historique de Guy Roux, entraîneur de foot et consultant télévisuel.
Bon, histoire de se dérouiller les jambes, un extrait sorti des archives de la Patagonia Race, sorte de triathlon de l’extrême qui se termine ici au Cap Froward, dont on espère oublier bientôt le nom. Et puis au Pays des Ecrins on aussi notre Trail, et question VTT+Kayak on n’a rien à craindre.
Pour vous aider à suivre l’expédition française conduite par le guide des Ecrins Yvan Estienne, ces quelques cartes empruntées poliment au dossier de présentation du Rêve de Darwin…
Et d’abord, la situation sur le globe, tout en bas de l’Amérique du Sud à 13 800 km de Vallouise et des Vigneaux au Pays des Ecrins.
Aux dernières informations reçues (27/09 à 18h30 heure locale), le bateau-camp de base se trouvait au cap Froward, quelque part au nord-ouest, hors du champ de cette carte.
Voici maintenant la trajectoire prévue de cette première tentative mondiale de traversée de la Cordillère de Darwin. Excusez le manque de précision, il s’agit d’une des dernières terres vierges de la planète. L’itinéraire va d’Ouest en Est au départ d’une baie nommée Bahia Oceano.
Et maintenant, la même chose vu du ciel, avec une idée du relief. Le mont Darwin (ou Shipton du nom de son vainqueur en 1061), culmine à 2488 m.
En prime, une carte chilienne qui fait apparaître le cap Froward et son passage (Paso de Froward). Cliquez et zoomez sur la Péninsule de Brunswick, tout au sud, à la pointe du coude qu’elle forme dans le Détroit de Magellan. Vous situerez ainsi la dernière position relevée du Nueva Galicia à bord duquel naviguent Yvan Estienne et les membres de son expédition.
Enfin,
ci-dessous, un aperçu du Darwin. Vivement que l’escalade reprenne ses droits sur l’Odyssée.
N’oubliez pas, l’aventure c’est sur www.unrevededarwin.fr
PS. Sur Google Earth, qui voit tout, sait tout, entend tout (ah, les les grands yeux, les grandes oreilles… satellitaires de Google), la zone persite à se cacher sous des nébulosités opaques. C’est ça une terre vraiment vierge…Un blank de chez blank ! Mais on ne désespère pas au Pays des Ecrins de trouver la solution interactive pour vous permettre de vivre cette extraordinaire épopée de plus près… A suivre.
Dimanche 27/09/2009, 18 h 30 heure locale, à bord du Nueva Galicia au Cap Froward en route vers la Cordillère de Darwin.
“ Nous sommes parvenus à l’extrémité sud du continent américain. Coincés sur le bord ouest du détroit de Magellan, nous ne sommes pas parvenus à traverser le canal par le sud (de l’autre côté se trouve la cordillère de Darwin). Les vagues sont supérieures à 5 mètres dans le centre du détroit.” A défaut de carto et alors que des nuages persistent à masquer le secteur sur Google Earth, disons que le Cap Froward de sinistre réputation se trouve à la pointe du coude formé par la péninsule de Brunswick, sur la rive nord du Détroit de Magellan dans sa partie ouest (côté Pacifique). Secteur parsemé d’îles autrefois fréquenté par les Fuégiens sur leurs canots, transportant leur feu, et ( toujours) par les baleines à bosse.
Avaries machines, mer forcissante, escale forcée dans une baie abritée (Bahia Escondida)
Un Rêve de Darwin prend momentanément la tournure d’ une Odyssée. Inattendue ou plutôt sous-estimée, reconnaît Yvan Estienne, le chef d’expé. Après le forfait contraint et forcé de Mathieu Maynadier pour cause de mauvaise chute (voir billet du 26/09), nouvelle défection : celle de la scientifique Sandra Lavorel. Motif billet de retour non négociable.
Temp perdu mais le moral tient la mer : samedi soir, l’équipe a fêté l’anniversaire de Ludivine Estienne, la fille du chef et nouvelle passagère, et de Yann Michalet, l’homme qui fait parler la poudre(use) de la Meije (chef du gang “Band of boarders” et organisateur du Derby glisse de la Meije). Au menu araignées de mer et champagne !
Rien de franchement anormal dans la situation. Voir pour illustration ce qu’écrivait Louis-Antoine de Bougainville dans le journal de bord de son tour du monde sur la Boudeuse en 1768
__ (…) la carte particulière que j’ai faite de cette intéressante partie de la côte des Terres de Feu. Jusqu’à présent, on n’y connaissait aucun mouillage, et les navires évitaient de l’approcher (…)Le cap Froward en a toujours été un des points les plus redoutés des navigateurs… »
A l’intention des Darwinautes (et des autres), cette phrase d’Emmanuel Kant, philosophe, qu’appliquent à la lettre les membres de l’expé Un rêve de Darwin :
–Le bonheur ne se vit pas, il se mérite…
A suivre sur www.unrevededarwin.fr
Et pour patienter, un peu d’air du pays avec des images du Derby de la Meije édition 2009, filmées par Pierre Petit, le cinéaste du Rêve de Darwin.
A ne pas manquer dans le Parc national des Ecrins : un rendez-vous nature fabuleux, samedi 10 octobre, avec le plus grand rapace d’Europe. L’opportunité rare d’un séjour au Pays des Ecrins pour tous les amoureux authentiques de faune sauvage.
C’est à l’automne, quand la montagne roussit, que leurs amours s’envolent. Vols synchrones, duos, courbettes, offrandes… Grâces de géants planant aux sommets des chaînes montagneuses comme alimentaire.
En Dauphiné, le gypaète se faire encore rare, pour autant l’année 2009 a été riche en observation dans les Ecrins.
Malgré ses près de trois mètres d’envergure, le gypaète barbu, plus grands des oiseaux d’Europe, est un rescapé en convalescence.
Divers contes et sornettes en avaient fait un ogre mythique accusé de décimer les troupeaux de moutons voire d’emporter les petits enfants dans son nid pour les dévorer. Le même genre d’abominable réputation a été faite au condor des Andes (vultur gryphus). Un vautour qui, en dépit de ses 3, 50 de voilure, n’a jamais pu physiquement prendre son envol avec une proie, sauf dans Tintin et le Temple du Soleil…
En Europe, dans les Alpes, le rapace témoin des exploits des Whymper et autres pionniers de l’alpinisme, a donc été « éradiqué » –abattu, piégé, empoisonné, bref assassiné— au début du XXe. Tout à fait disparu dans les années 1930, il a été réintroduit depuis 20 ans à grand frais (on parle de 9 millions d’euros !) et au prix d’une campagne pédagogique. Oui, ce vautour à la barbiche de plumes est capable de briser les os — la base de son régime- en bombardant les rochers. Mais, charognard et non pas ogre sanguinaire, il se nourrit de carcasses d’animaux morts. Un formidable recycleur doué c’est vrai d’un phénoménal gosier qui peut gober, de-ci de-là, un lézard ou une tortue !!! (S’il en reste).
Aujourd’hui, après deux décennies d’investissement, l’espèce serait à nouveau viable, à même de survivre « de ses propres ailes » à l’échelle de l’arc alpin. Plus ou moins 130 individus, une dizaine de couples reproducteurs actifs. A priori, un solde démographique positif. Mais tout cela reste précaire.
Pour en avoir le cœur net, une campagne prospection internationale a été programmée ce samedi 10 octobre.
Les responsables du Parc national des Ecrins vous convient à y participer par des observations sur des postes fixes accessibles facilement, en voiture ou à pied (c’est mieux !).Un guide d’identification du gypaète barbu, une fiche et une carte d’observation vous seront remis pour cette journée. Toutes les photos, les notes seront utiles. Vos yeux aideront à sa réinsertion.
Une opportunité unique d’assister à un spectacle unique : la parade nuptiale d’un rapace fabuleux et hyper-protégé !!! Tout en contribuant à sa sauvegarde.
Et si le spectacle n’est pas garanti, comme disait Kant : « Le bonheur ne se vit pas, il se mérite. » Aux pays des Ecrins tout est prêt pour vous recevoir, organiser votre séjour bref ou prolonger autour de cet extraordinaire rendez-vous nature.
Informations et inscriptions : Christian Couloumy, tél. : = 33 (0)4 92 43 23 31 christian.couloumy@ecrins-parcnational.fr Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
Voir aussi : www.ecrins-parcnational.fr
Pour préparer son séjour aux Pays des Ecrins : www.ecrins.latitude-gallimard.com
Pour préparez votre œil, cette vidéo amateur. Je vous recommande un grand moment : le chassé croisé du gypaète et des traînées de d’un avion…. Un paradoxe en condensé.
Dire que je me targue de ne jamais manquer de rêvasser sur les épitaphes…. Et j’étais passé à côté de la citation gravée au pied de la statue d’Edward Whymper, le conquérant de la barre des Ecrins, le plus grand alpiniste des temps héroïques : quand les sommets des Alpes étaient encore presque aussi vierges que la Cordillère de Darwin aujourd’hui.
Je me dois une baffe. Car voici ce que l’on lit sur ce monument d’acier couleur du temps qui fuit, érigé l’été dernier pour le centenaire du bureau des Guides des Ecrins, à la sortie de l’Argentière-la-Bessée…
« Guide : ce métier est celui qu’il faut apprendre quotidiennement et qu’on n’en finit jamais d’écrire. C’est le métier d’homme. Est qu’est ce qu’un homme ? C’est un être debout qui se hausse sur la pointe des pieds pour apercevoir l’univers. »
L’auteur ? Les auteurs ? Ni philosophes, ni poètes. La phrase provient d’une étude consacrée aux guides de haute montagne par Jean-Olivier Majastre, un anthropologue-alpiniste (ça existe aussi, eh oui !, lecteur de Pierre Bourdieu, de surcroît) en collaboration avec Erik Decamp. Bien sûr c’est une dédicace à tous les guides et tous les … Hommes.
Qu’ajouter ? Qu’on espère en 2009 (on en est sûr en fait) que l’homme dont il est question englobe les deux sexes qui sont l’humanité. Et qu’une autre option consiste, non à se hausser sur la pointe des pieds, mais à se hisser (escalader au besoin) sur les épaules de géants…
L’occasion de se remémorer que Whymper, aimanté par les sommets alpins vierges, fut aussi découvreur d’horizons plus « horizontaux » . Equateur et Groenland. Il démontra vers 1870 que l’Arctique se pouvait pénétrer grâce à des chiens de traîneaux et en rapporta une collection de plantes fossiles qu’il déposa au British Museum de Londres. Yvan Estienne, entre autres, guide au Pays des Ecrins, et chef de l’expédition « Un rêve de Darwin » à de qui tenir à sa manière.
Autre leçon : ce blog désormais s’efforcera de (ré)explorer les joyaux naturels que recèle le pays des Ecrins. Des Ecrins pour vos (nos) émotions. Et pas plus tard que tout à l’heure, juré.
A priori ça y est, les « Darwinautes » (ci-dessus) de l’expédition française Un Rêve de
Darwin ont pris la mer ce matin – enfin– cap sur Bahia Oceano, le point de départ,
à proprement parler, de l’expédition, qu’ils devraient atteindre dimanche soir ou lundi.
Mais l’aventure à déjà commencé…
L’aventure on la reconnaît à son grain, plus ou moins abrasif. Gros grain concernant le
rapatriement en France du benjamin de l’équipe, Mathieu Maynadier, 26 ans.
Fractures aux deux pieds, selon le site officiel du Rêve de Darwin. Pas eu d’explications à l’heure
où j’écris ce billet, sur la cause d’un accident –fatalement aussi triste qu’absurde— qui prive
l’expédition d’un des talents les plus prometteurs –et d’un garçon chaleureux– de l’alpinisme
françaiset Mathieu de sa part de rêve. Le jeune guide haut-alpins a réalisé l’an dernier une
remarquable première en Alaska avec le Groupe excellence alpinisme de la fédération des
Cubs alpins. Juré qu’il y en aura beaucoup d’autres et des plus belles encore, Mathieu.
On le le souhaite avec nos meilleurs vœux de rétablissement
En grain plus fin, quelques « broutilles » , comparées à la mésaventure précédente :
vents administratifs contraires, manque d’eau à bord, ont retardé l’appareillage de 48 heures. Vous
le lirez en détail sur le Carnet de voyage de l’excellent site de l’expé, notamment sous la plume
de Ludivine Estienne. Car un regroupement familial semble s’être opéré. La fille d’Yvan Estienne,
juriste et globe trotteuse, a retrouvé son père Yvan, guide au Pays des Ecrins
– le « papa » de l’expédition — ainsi que son frère Yan, jeune guide, qui accompagne son père.
Reste au pays des Ecrins Annick, leur mère et épouse, qui tient la barre de la
Maison Estienne aux Vigneaux, le gîte familial, tout en se sentant une âme de « femme de marin »,
nous y reviendrons.
A l’heure qu’il est, La Nueva Galicia, avec les Darwinautes à son bord, devrait croiser
les sillages de Charles Darwin et du Beagle ainsi que ceux de l’expédition française
du Romanche et plus de l’écrivain Jean Raspail, auteur de « Moi, Antoine de Tounens,
roi de Patagonie ». Il ne manque que les indiens Alakaluf, « nomades des mers » « civilisés »,
avec plein de guillemets en forme de pincettes. Ils transportaient depuis des millénaires
le feu à bords de leurs canots. D’où le nom de Terre de Feu que donna Magellan
au passage entre le continent et le Horn.
Une ancienne légende indienne dit qu’une cité mythique, sorte d’Atlantide des glaces,
se cacherait dans la Cordillère de Darwin. Yvan Estienne et ses compagnons l’atteindront-ils ?
A suivre ici et sur http://www.unrevededarwin.fr/.
PS. On croit comprendre depuis chez nous que le mal de mer sévirait dans l’équipage.
Des hauts-alpins qui n’auraient pas le pied marin ? Non, sans blague !
Comme Catherine Destivelle et 6189 autres (à 9h30, ce 25 septembre) signez et faites signer la pétition pour sauver la liberté de l’escalade (et des activités nature) dans les calanques marseillaises. Le guide André Bernard, alias le « King des Calanques », un complice d’Yvan Estienne, guide au pays des Ecrins qui poursuit son Rêve de Darwin du côté de la Terre de Feu, a pris la tête d’une juste croisade, selon nous –la liberté ne se divise pas— même si une certaine polémique se développe.
Le problème n’est pas la création –légitime, attendue—d’un parc naturel des Calanques. Le monde de la grimpe et de la haute montagne saluent l’initiative. Les grimpeurs sont les premiers activistes de la préservation du monde vertical, ultime refuge d’une vie sauvage. Et libre, et qui doit le rester. Le problème c’est le concept de réserve « intégrale » (attention : intégral ça commence comme intégrisme…). L’homme a déjà été une fois exclu du paradis, alors pourquoi cette double peine ?
Je cite André Bernard :
— La zone proposée couvre 40% des surfaces grimpées dans le massif des Calanques et cette zone est emblématique de « l’esprit des lieux ». Ce sont bien ces grandes voies situées dans ce secteur qui ont fait la réputation des Calanques et c’est bien là que les plus grands noms de l’escalade et de l’alpinisme ont signé parmi leurs plus belles réalisations : Gaston Rébuffat et Georges Livanos pour ne citer qu’eux.
L’objectif d’André est de parvenir à un terrain d’entente raisonnable avec le groupement d’intérêts ( GIP) du futur parc. Encore une fois, le grimpeur, embranchement éco-conscient de l’espèce humaine, certes menaçante, mérite-t-il d’être éradiqué de la nature ? Vos commentaires sont bienvenus.
Une manifestation est prévue en novembre. Nous en serons.
Voir, écouter et commenter l’interview d’André Bernard :
http://www.tvmountain.com/index.php?option=com_hwdvideoshare&task=viewvideo&Itemid=129&video_id=1415
S’informer, signer et faire signer la pétition :
http://www.escalade-calanques.fr/
En guise de manifeste, je vous propose de voir et revoir cet extrait d’Au-delà des Cimes. Catherine Destivelle en toute liberté dans les Alpes, avec des amis, subliment filmée par la caméra de Rémy Tézier. Du bonheur, quand on voit ça on se dit que quelque part le Rêve de Darwin et le rêve de Catherine riment bien ensemble.