Rencontre, avec Michel Dimitrieff, l’homme qui rêve de traverser les Alpes.

Par JDL

Michel Dimitrieff- En 2002, je me suis installé au Pays des Écrins, je n’ai jamais été tenté d’en repartir. Parce qu’ici on me perçoit avant tout comme un montagnard …

Celui qui parle n’est pourtant pas qu’un montagnard parmi d’autres. Un fou de montagne à la passion communicative, sûr. Et un peu plus que cela aussi … Michel Dimitrieff a 39 ans et souffre, depuis sa naissance, d’un handicap moteur avec troubles de la coordination qui lui interdit par exemple de parvernir à lacer seul ses chaussures.

Alors la grimpe… pensez-vous ? Erreur !

- Un jour, mon kiné m’a dit : J’ai un copain guide dans les Écrins, si tu veux on pourrait tenter le Dôme des Écrins … J’ai réalisé l’ascension du Dôme, puis deux autres 4 000 … Jusqu’il y a deux ans, c’était assez amateur. Je connaissais Christophe Moulin (dit « Moulinos », guide spécialiste des grandes hivernales en solo). Il assure, depuis un an et demi, ma préparation avec des activités d’endurance, de la musculation, et des activités spécifiques : escalade, cascades de glaces, randonnée …

Préparation, car Michel poursuit un rêve d’exploit en forme d’hommage à un autre ami Patrick Berhault — « quelqu’un qui comptait beaucoup pour moi » : traverser les Alpes sur le même itinéraire que l’homme aux 82 « 4 000 », de la Slovénie à Menton, en l’adaptant. 300 jours en montagne, 120 000 m de dénivelé, 25 sommets. Seulement ?

Première tentative au printemps dernier accompagnée d’une vraie chaîne de solidarité et d’amitié de la part des guides, des Écrins et d’ailleurs, et de nombreux bénévoles de partout. Michel s’est lancé, avant de devoir arrêter, momentanément.

- Je suis mal tombé. Il y avait énormément de neige, jusqu’à 5,5 m à 2 500 m. La forêt autrichienne était dévastée. J’ai marché longtemps, un genou m’a lâché (burcite). Alors on a essayé de passer, en fond de vallée, à vélo. En haut d’une côte, je suis tombé : entorse du poignet, on a cru que j’avais le scaphoïde pété …

Michel ignore le sens du mot renoncer. Il va repartir …

- J’ai vraiment envie de finir, et de vivre des instants, des tranches de vie comme ceux que j’ai partagés avec Sarah Berthelot (guide), ça soude les liens, c’était génial … Mais l’an prochain, on va réduire ou supprimer les liaisons à pied.

A la mi-août, « guéri », « retapé », à force de volonté et d’abdominaux (4 à 700/jour !), il a repris l’escalade. Un « petit » 5+ aux Voies de l’Horloge à l’Argentière, pour se dérouiller, en compagnie de Fred Roulx. Avant la reprise, sérieuse ces jours-ci.

- A la fin d’une voie, Fred m’a dit : « Bon, comme, tout va bien on va corser l’affaire, on n’est pas là pour enfiler des perles ! ». Je lui ai répondu : « C’est sûr, d’autant qu’avec ma meilleure volonté, les perles, je n’arrive pas à les enfiler ».

Oui, la volonté au sommet carbure à l’humour. Dopée à l’oxygène ou à sa raréfaction. Un sommet de volonté plus haut que l’Everest.

Dans le «civil », Michel Dimitrieff est agent au conseil général des Hautes-Alpes où il s’occupe du label Tourisme&Handicap. Il a aussi fondé, avec sa mère, l’association Challenge Vertical Vallouise Ecrins. Les guides du bureau des Ecrins qui adhèrent offrent, chacun, deux jours de leur temps pour initier des handicapés qui le souhaitent à l’escalade ou la cascade de glace. Mais, Michel déplore un manque de public, « à cause de la frilosité des institutions », dit-il. Pour en savoir plus, adhérer, et faire partie de la grande cordée de Michel Dimitrieff, suivre ce lien, et lui écrire ici avve@orange.fr

PS : Au sommaire de l’émission Rendez-vous en terre inconnue, ce 01/09/2009 septembre, Gilbert Montagné sur les pentes de l’Himalaya. « Comme il lui manque la vue, Gilbert Montagné a développé d’autres sens: sa vision du monde m’intéressait » selon Frédéric Lopez, producteur de l’émission.