août
20
Classé dans (100 ans des guides en Ecrins) par Ecrins le 20-08-2009

Par Louis Reynaud

Glaciologue, membre des Comités Scientifiques du Parc National des Écrins et du Club Alpin Français (FFCAM Fédération française des clubs alpins et de montagne).

Élève en terminale, mon professeur de physique, André Georges, m’interpelle à la sortie du cours.

- Que faites-vous cet été ?
- Je vais travailler sur un chantier …

- Laissez tomber, vous garderez le refuge Caron !

Refuge Caron, 27 aout 1948 © Michel WagnerVoilà comment cet enseignant, président de la section du Club alpin de Briançon qui n’admettait guère la réplique (…) me propulsa, pour deux étés consécutifs, gardien de refuge en remplacement de Benjamin Reymond qui devait récupérer d’un problème de santé.

J’avais déjà travaillé en montagne, et ne recherchai que cela. Alors, vous imaginez ma joie à la perspective de passer deux mois à garder, avec le fils de Benjamin, ce prestigieux refuge, à 3170 m, porte et fenêtres donnant sur la face Nord des Écrins, entouré des Barres Blanches, Noires, des Sagnes, etc.

Certes, c’était un rude job d’été. Lever 2 h. du matin, départs successifs en course, puis nettoyage, vaisselle, cuisine, etc. Prévu pour trente six places, la fréquentation du refuge atteignait la soixantaine de personnes. On en mettait jusque sous les tables qu’on sortait quelquefois pour « agrandir » l’unique pièce servant aussi de chambre à coucher.

Le peuple des visiteurs de la montagne fournissait le spectacle. De simples promeneurs en famille flanqués de jeunes enfants qui pique-niquaient cérémonieusement face aux cimes. Des M. Hulot en vacances, curieux de tout et insatiable sur les sommets et les cordées qui redescendaient. Des accompagnateurs de colonies de vacances téméraires qui déboulaient avec une ribambelle de gamins, sans autre équipement que leur enthousiasme. Ou encore une jeune religieuse en cornette et sa « compagnie » de jeunes filles. Époque insouciante du début des années 1960 …

Il y avait aussi des « cas ». Ce skieur qui chaque début d’été revenait faire le Dôme, ces amoureux de la haute montagne qui venaient passer une nuit au refuge seulement et déroulaient lentement leur journée de redescente. Ou encore les « sans guides » qui préparaient gravement et sérieusement leur course.

Le père Georges devant le refuge Caron, achevé de construire le 6 aout 1922 © Louis ChiorinoLes Guides avec leurs clients ou en attente de client … C’était tout un monde ces Guides. Les anciens parlaient encore Occitan entre eux et les tout jeunes à l’équipement, au matériel et aux attitudes « modernes » : tous se donnaient rendez-vous dans la cuisine du Gardien et dans la minuscule entrée du refuge pour discuter, le soir à la veillée, en se taquinant les uns les autres et se racontant leurs différentes expériences …

Ces grands gaillards, ces professionnels expérimentés profitaient du moindre temps libre pour dormir ! Ils me firent comprendre que ce métier était épuisant au plus fort de l’été, par les longues montées en refuge, les courses qui s’enchaînaient d’un côté à l’autre du massif.

« Poum » m’emmena même en course à l’arête sud de la Pointe Louise, avec trois de ses clients, pour m’initier à la pratique du métier de guide (…)

Je n’ai pas tenté de faire ma vie comme eux, bien que gagné par la passion de cette haute montagne. Roland Vivet m’a donné l’occasion de connaître le Laboratoire de Glaciologie. C’est devenu mon métier.

Et finalement, j’ai passé moi aussi beaucoup de temps sur les glaciers des Alpes, des Andes et du Groenland.