Il me semble que le jour de la fête des guides, il a toujours fait beau.
Il faut dire que coincée entre juillet et août, il n’y a pas de meilleur moment pour le soleil.
A la maison la fête commençait dès le matin : papa était là au petit déjeuner ! En saison, c’était plutôt rare. Certains matins, j’arrivais parfois à me glisser entre les odeurs de café, de cordes et de casse-croûtes, mais les courses qui commençaient du bas n’étaient pas très fréquentes …
Ce jour là, donc, pas question de traîner pour autant. Il fallait arriver à Ailefroide avec assez d’avance sur la fin de la messe pour que tout soit prêt. Après la bénédiction des cordes et des piolets, place au vin d’honneur.
L’effervescence régnait au bureau des guides. Tous étaient là et avaient sorti les habits de cérémonie : veste vert bouteille, cravate en cuir, knickers beige et chaussettes jacquard. Seuls les guides militaires ou gendarmes pouvaient à la rigueur, échapper à cet uniforme. L’important dans tout ça, c’était de garder une place pour la médaille plantée en évidence sur la poitrine. Elle n’a que très peu changé depuis que je la connais avec sa gentiane bleue des Alpes, son sommet à la Samivel et son piolet (…)
Je ne me souviens pas des discours … Je profitais de ce court moment sans surveillance pour courir dans les prés avoisinants en attendant le grand moment de gloire : la vente des billets de la tombola. Plantés près du pont dès l’heure du déjeuner au milieu des épilobes et des framboises, nous avions le droit magique d’arrêter les voitures qui montaient et descendaient pour leur proposer des tickets numérotés et leur promettre monts et merveilles.
Nous lisions la liste des cadeaux récoltés méticuleusement depuis le mois de juin : opinels, photos des écrins, truite vivante, repas en refuge, séjours en hôtel et … course avec guide. Bien sûr les cadeaux les plus convoités ne tombaient pas toujours dans notre escarcelle.
Il m’a fallu trente ans pour obtenir la photo des Ecrins au soleil levant et je dois avouer que c’est mon fils qui l’a gagnée ! (…)
Le centre des activités se déplaçait en début d’après-midi vers la paroi d’escalade d’Ailefroide (…)
Pendant qu’une partie des guides évoluaient dans les grandes voies, en bas près des blocs, le spectacle s’organisait. Les cordes tendues de la tyrolienne permettant aux enfants de traverser d’un mélèze à l’autre à quelques mètres du sol. L’hélicoptère du secours en montagne se posait dans un nuage d’herbe coupée, nous étions partagés entre recul et curiosité mais soulagés de ne pas le savoir en sauvetage (…)
Mais le dîner à peine avalé, il fallait à nouveau courir pour arriver à temps à l’église où le curé nous attendait, nous confiait les clefs et nous aidait à tout installer (…) L’écran, immense assemblage de draps réalisé par des femmes de guide, s’élevait doucement devant la chaire. Le public arrivait à la nuit tombée pour le diaporama sonorisé, immanquablement sur fond des Quatre saisons de Vivaldi (…)
Le retour sous une brise un peu frisquette annonçait du beau temps pour le lendemain.
Papa pourrait partir pour Roche Faurio, les arêtes de Sialouze ou la traversée du Pelvoux sans inquiétude.