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Classé dans (100 ans des guides en Ecrins) par Ecrins le 13-08-2009

Par Jean-Pierre Fédéle, guide

J’écris ces lignes pour le centenaire du Bureau des guides d’Ailefroide depuis le Delta de la Plata, près de Buenos Aires, où je prépare un trek autour du Fitz Roy, histoire d’user mes derniers os …

Les Ecrins, le Pelvoux. 45 ans d’activité professionnelle et de vie affective pour le petit Marseillais que j’étais, poussé par une horreur viscérale de l’eau (…)

45 ans d’une carrière qui aurait pu se terminer au berceau … Rêvant d’imiter Lionel Terray, notre idole, nous nous lancions, à 16 ans, dans la célèbre fissure d’Ailefroide.

La pluie sur le lichen et l’inexpérience nous ont arrêté à 30 mètres de la sortie. La corde à linge emprunté à la Mère Giraud n’était pas conçue pour résister à la chute …

Nous avons été sauvés, par le haut, par Pierre Engilberge et Jean Giraud. Gratifiés de gentilles moqueries, nous avons dû promettre de ne plus grimper des « crottes » !

Aujourd’hui, la formation et le matériel donnent le tournis.

Qui voudrait encore du pantalon “Bonneval” qui tombait sur les chaussures quand il pleuvait ? Qui se sentirait encore de pratiquer un rappel en “S” dont les cuisants souvenirs ont marqué notre génération ? Qui chausserait des Terray-Saussois-Livanos, le top des chaussures rigides et aussi des ampoules ? Sans oublier l’encordement direct à la taille avec des cordes en chanvre statiques …

(…) C’est (…) avec peu de matériel mais beaucoup de désir d’aventures vraies, « engagées », que des voies nouvelles, difficiles, ont étés ouvertes. Victor Chaud en Oisans, Paul Keller à la Tour de Mustag et au Jannu, l’Aman Dablam par des guides du bureau emmenés par Raymond Renaud …

(…) On ne se construit jamais tout seul même si la montagne parfois conduit à l’individualisme. J’ai eu la chance de rencontres essentielles où le mot “cordée” prend tout son sens. D’abord, André Giraud … Avec André, imprégné de la nature de sa vallée, grimpeur spontané, “visualisant” avec une grande rapidité les passages les plus difficiles, nous fîmes la troisième ascension du couloir Chaud …

Crampons dix pointes, piolet en bois, broches “tire-bouchons”, sortie en glace de 70-80 degrés ! L’engueulade que nous reçûmes au retour, de la part du père Giraud, n’avait d’égal que son émotion et sa fierté …

Encore amateur, nous nous joignîmes aux guides Tiapa Langevin et Jean Lepeut . Ils avaient à leur actif de grandes voies ouvertes aux côtés des Keller, Molinatti, Matheoud.

Objectif : la face sud des Bans, paroi verticale connue pour avoir résisté à de nombreux assauts d’alpinistes réputés. Ce jour-là, André trouva à l’instinct, le passage clé, d’une grande difficulté et très exposé. Il engageait, une vie de guide de grande classe …

Des années plus tard, la fille du guide, Marie-Laurence accompagnée par Fred Augé parcouraient en « ballerines » la voie redoutable, en quelques heures.

Une nouvelle génération était née.

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