Je n’avais jamais trop envisagé de devenir guide de haute montagne mais plutôt marin de haute mer, navigateur de tour du monde (…). Je passais le plus clair de mes étés à enseigner la voile en juillet. En août, j’installais ma tente dans les Alpes ou dans les Pyrénées. Pas assez fortuné pour me payer des courses avec des guides, je m’encordais avec des amateurs ou des copains.
De ces étés à sillonner le massif des Ecrins, je me souviens de ma première ascension du Pelvoux depuis le camping d’Ailefroide avec des amis que j’avais rejoins. Eux, étaient arrivés depuis déjà une semaine et s’étaient acclimatés en gravissant l’Ailefroide Orientale (…). Je ne refusais pas la proposition de partir à minuit du village alors que je n’avais pas même eu le temps de monter ma tente.
Nous avons atteint le refuge plutôt rapidement à mon goût et les premières cordées, encore endormies, en sortaient déjà. Là-haut, j’ai fait l’erreur de me désaltérer avec une eau glaciale qui m’a tordu les boyaux tout le reste de la nuit et de la journée.
Au beau milieu du couloir Coolidge, je fus pris de vertiges et de maux de ventre terribles. Nous n’étions pas encordés, mes amis jugeant que les conditions ne le nécessitaient pas (…). Parvenus sur le plateau du glacier des Violettes, et les autres me voyant plutôt pâle, ils décidèrent qu’il valait mieux s’encorder…. Pour le meilleur et pour le pire !
Dans la descente je me fis distancer et en bon dernier découvrant l’itinéraire, je me trompais évidemment dans les vires d’Ailefroide.
De retour à la tente j’ai dormi durant 15 heures.
C’est avec ce souvenir que 15 ans plus tard, j’ai refait la voie normale du Pelvoux en tant que guide. J’ai conseillé à mes clients, qui souhaitaient partir du camping, de dormir au refuge. Nous nous sommes encordés dans le couloir Coolidge et j’ai bien reconnu l’endroit, où, dans les vires, il ne faut pas descendre mais traverser en remontant un peu…